Le Monde diplomatique
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Conspirationnisme : la paille et la poutre

vendredi 24 août 2012, par Frédéric Lordon

Le peuple est bête et méchant, le peuple est obtus. Au mieux il pense mal, le plus souvent il délire. Son délire le plus caractéristique a un nom : conspirationnisme. Le conspirationnisme est une malédiction. Pardon : c’est une bénédiction. C’est la bénédiction des élites qui ne manquent pas une occasion de renvoyer le peuple à son enfer intellectuel, à son irrémédiable minorité. Que le peuple soit mineur, c’est très bien ainsi. Surtout qu’il veille à continuer d’en produire les signes, l’élite ne s’en sent que mieux fondée à penser et gouverner à sa place.

Pour une pensée non complotiste
des complots (quand ils existent)

Il faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street en 2004 obtiennent à force de pressions une réunion longtemps tenue secrète à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés de capitaux américains, pour obtenir de lui l’abolition de la « règle Picard » limitant à 12 le coefficient de leviérisation globale des banques d’affaires [1], il faudrait une réticence intellectuelle confinant à l’obturation pure et simple pour ne pas y voir l’action concertée et dissimulée d’un groupe d’intérêts spécialement puissants et organisés – soit un complot, d’ailleurs tout à fait couronné de succès. Comme on sait les firmes de Wall Street finiront leviérisées à 30 ou 40, stratégie financière qui fera leur profits hors du commun pendant la bulle… et nourrira une panique aussi incontrôlable que destructrice au moment du retournement. Des complots, donc, il y en a, en voilà un par exemple, et il est de très belle facture.

Sans doute ne livre-t-il pas à lui seul l’intégralité de l’analyse qu’appelle la crise financière, et c’est peut-être là l’une des faiblesses notoires du conspirationnisme, même quand il pointe des faits avérés : son monoïdéisme, la chose unique qui va tout expliquer, l’idée exclusive qui rend compte intégralement, la réunion cachée qui a décidé de tout. Exemple type de monoïdéisme conspirationniste : Bilderberg (ou la Trilatérale). Bilderberg existe ! La Trilatérale aussi. Ce n’est donc pas du côté de l’établissement de ce (ces) fait(s) que se constitue le problème (comme ça peut être le cas à propos du 11 septembre par exemple) : c’est du côté du statut causal qu’on leur accorde. Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. Pour défaire le monoïdéisme de la vision complotiste, il suffit de l’inviter à se prêter à une expérience de pensée contrefactuelle : imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale, ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ? La réponse est évidemment non. Il s’en déduit par contraposition que ces conclaves occultes n’étaient pas les agents sine qua non du néolibéralisme, peut-être même pas les plus importants. Et pourtant ceci n’est pas une raison pour oublier de parler de Bilderberg et de la Trilatérale, qui disent incontestablement quelque chose du monde où nous vivons.

Il suffirait donc parfois d’un soupçon de charité intellectuelle pour retenir ce qu’il peut y avoir de fondé dans certaines thèses immédiatement disqualifiées sous l’étiquette désormais infamante de « conspirationnistes », écarter leurs égarements explicatifs, et conserver, quitte à les réagencer autrement, des faits d’actions concertées bien réels mais dont la doctrine néolibérale s’efforce d’opérer la dénégation – il est vrai qu’il entre constitutivement dans la vision du monde des dominants de dénier génériquement les faits de domination (salariés et employeurs, par exemple, sont des « co-contractants libres et égaux sur un marché du travail »…), à commencer bien sûr par tous les faits de ligue explicite par lesquels les intérêts dominants concourent à la production, à la reproduction et à l’approfondissement de leur domination. Dans un débat public médiatique qui n’a pas son pareil pour saloper irrémédiablement n’importe quelle question, il est donc probablement sans espoir d’imaginer définir une position intermédiaire qui tiendrait ensemble et la régulation contre certains errements extravagants (jusqu’au scandaleux) de la pensée conspirationniste, et l’idée que la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants – mais faire ce genre de distinction est sans doute trop demander, et on voit d’ici venir les commentaires épais qui feront de ce propos une défense apologétique du complotisme et des complotistes…

On pourrait arguer que l’analyse sociologique ou politologique de ces actions concertées, précisément, se déploie hors des schèmes intellectuels caractéristiques du conspirationnisme : monoïdéisme, exclusivisme, attraction sans partage pour l’occulte, ignorance corrélative pour tous les effets impersonnels de structure, etc. [2] Et ce serait parfaitement exact ! C’est bien pourquoi il serait temps de faire la part des complots – comme faits avérés, puisqu’il en existe certains – et du complotisme – comme forme générale –, soit d’en appeler, en quelque sorte, à une pensée non complotiste des complots, c’est-à-dire aussi bien : 1) reconnaître qu’il y a parfois des menées concertées et dissimulées – on pourra les appeler des complots, et 2) refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! Et il faudrait surtout consolider cette position intermédiaire à l’encontre de tous ceux pour qui maintenir l’amalgame des complots et du complotisme a l’excellente propriété de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garantir l’escamotage des faits de synarchie avec la disqualification de la forme « complotisme ».

Le conspirationnisme comme symptôme politique
de la dépossession

Tout ceci cependant est dire à la fois trop et trop peu quand, du conspirationnisme, il est possible de prendre une vue latérale qui vient quelque peu brouiller l’image de ses habituelles dénonciations, et puis, plus encore, celle de ses frénétiques dénonciateurs. Sans doute trouve-t-on de tout à propos du conspirationnisme : des tableaux sarcastiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jusqu’à de savantes (pitoyables) analyses de la « personnalité complotiste » et de ses psychopathologies. Mais d’analyse politique, point ! La puissance des effets de disqualification, la force avec laquelle ils font le tri des locuteurs, les caractéristiques sociales associées à ce tri même, la réservation de la parole légitime à certains et l’exclusion absolue des autres, procédant là aussi par un effet d’amalgame qui confond dans l’aberration mentale, puis dans l’interdiction de parler, toute une catégorie, voire un ensemble de catégories sociales, à partir de quelques égarés isolés, ceci pour faire du discours politique l’affaire monopolistique des « représentants » assistés des experts : tous ces mécanismes devraient pourtant attirer l’attention sur les enjeux proprement politiques engagés dans le « débat sur le conspirationnisme » – au lieu de quoi il n’est matière qu’à gloussements ou cris faussement horrifiés puisque, si isolées soient-elles, les saillies conspirationnistes fournissent la meilleure raison du monde à la dépossession.

Dépossession : tel est peut-être le mot qui livre la meilleure entrée politique dans le fait social – et non pas psychique – du conspirationnisme. Car au lieu de voir en lui un délire sans cause, ou plutôt sans autre cause que l’essence arriérée de la plèbe, on pourrait y voir l’effet, sans doute aberrant, mais assez prévisible, d’une population qui ne désarme pas de comprendre ce qu’il lui arrive, mais s’en voit systématiquement refuser les moyens – accès à l’information, transparence des agendas politiques, débats publics approfondis (entendre : autre chose que les indigentes bouillies servies sous ce nom par les médias de masse) etc. Décidément l’événement politique le plus important des deux dernières décennies, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 a montré ce que peut, pourtant dans un extraordinaire climat d’adversité, un corps politique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus complexes et se les approprier pour produire un suffrage éclairé.

Hors de ces conditions exceptionnelles, tous les moyens ou presque de faire sens des forces historiques qui l’assaillent et surtout d’avoir part aux délibérations qui décident de son destin lui sont refusés. Or, remarque Spinoza, le quant-à-soi ne saurait connaître aucune suspension : « nul ne peut céder sa faculté de juger » (Traité politique), aussi celle-ci s’exerce-t-elle comme elle peut, dans les conditions qui lui sont faites, et avec l’acharnement du désespoir quand au surplus elle n’a que son malheur à penser. Le conspirationnisme n’est pas la psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public. Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. Cela, nul ne le dit mieux que Spinoza : « Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’Etat sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Traité politique, VII, 27).

L’apprentissage de la majorité
(à propos de la « loi de 1973 »)

Mais plus encore que de la dépossession, le conspirationnisme, dont les élites font le signe d’une irrémédiable minorité, pourrait être le signe paradoxal que le peuple, en fait, accède à la majorité puisqu’il en a soupé d’écouter avec déférence les autorités et qu’il entreprend de se figurer le monde sans elles. Il ne lui manque qu’une chose pour y entrer complètement, et s’extraire des chausse-trappes, telle celle du conspirationnisme, dont tout débat public est inévitablement parsemé : l’exercice, la pratique, l’habitude… soit tout ce que les institutions de la confiscation (représentation, médias, experts) lui refusent et qu’il s’efforce néanmoins de conquérir dans les marges (associations, éducation populaire, presse alternative, réunions publiques, etc.) – car c’est en s’exerçant que se forment les intelligences individuelles et collectives.

Le débat sur la « loi de 1973 », interdisant supposément le financement monétaire des déficits publics devrait typiquement être regardé comme l’une des étapes de cet apprentissage, avec son processus caractéristique d’essais et d’erreurs. Bien sûr la « loi de 1973 », objet dans certaines régions de l’Internet d’une activité effervescente, a connu son lot d’embardées : depuis la vidéo à ambiance complotiste de Paul Grignon, Money as Debt, portant au jour une gigantesque conspiration monétaire – ce sont les banques privées qui créent la monnaie – dont les termes pouvaient cependant être lus dans n’importe quel manuel d’économie de Première ou de Terminale SES !, jusqu’à la lourde insistance à renommer la loi, d’abord « loi Pompidou » mais pour mieux arriver à « loi Rothschild », où certains ne verront qu’une allusion aux connexions du pouvoir politique et de la haute-finance [3] quand d’autres y laisseront jouer toutes sortes d’autres sous-entendus…

Au milieu de toutes ces scories, un principe de charité politique pourrait cependant voir : 1) ce petit miracle des non-experts se saisissant d’une question à l’évidence technique mais que ses enjeux politiques destinent au débat le moins restreint possible : la monnaie, les banques ; 2) le surgissement, peut-être désordonné mais finalement salutaire, d’interrogations sur la légitimité des taux d’intérêt, le financement des déficits publics, les figures possibles de la souveraineté monétaire, la place adéquate des émetteurs de monnaie dans une société démocratique ; 3) une intense activité polémique, au meilleur sens du terme, avec production kilométrique de textes, lancement de sites ou de blogs, controverses documentées en tous sens, etc. Tout ceci, oui, au milieu d’ignorances élémentaires, de quelques dérapages notoires et de fausses routes manifestes – certains parmi les plus acharnés à dénoncer la loi de 1973 commencent à s’apercevoir qu’ils ont poursuivi un fantôme de lièvre [4] … Mais pourtant comme un exercice collectif de pensée qui vaut en soi bien mieux que toutes ses imperfections, et dans lequel, tout sarcasme suspendu, il faudrait voir un moment de ce processus d’apprentissage typique de l’entrée dans la majorité. Sans surprise, des trébuchements de l’apprentissage les élites installées tirent parti pour refuser l’apprentissage même. On les comprend : il y va précisément de la dépossession des dépossédeurs.

À conspirationniste, conspirationniste et demi !

Mais les appeler « élites », n’est-ce pas beaucoup leur accorder ? Et que valent les élites en questions à l’aune même des critères qu’elles appliquent aux autres ? Répondre complètement à cette question exigerait de reparcourir l’interminable liste des erreurs accablantes de diagnostic, de pronostic, de conseils malavisés, innombrables foirades des experts, calamités « intellectuelles » à répétition, obstination dans l’erreur, passion pour le faux : avec une systématicité qui est en soi un phénomène, tous les précepteurs de la mondialisation néolibérale se sont trompés. Mais puisqu’il est question ici du conspirationnisme, c’est bien sur ce terrain qu’il faut les prendre. Car voilà toute la chose : à conspirationniste, conspirationniste et demi… Où il apparaît que la supposée élite y tombe aussi facilement que le bas peuple ! Qui voudrait faire du conspirationnisme un dérèglement n’aurait alors pas d’autre issue que de constater combien largement il est répandu – et que les frontières sociales sont rien moins qu’hermétiques sous ce rapport.

De ce point de vue c’est peut-être l’affaire DSK qui aura le plus spectaculairement déchiré le voile. Car jamais on n’aura vu théories du complot fleurir aussi allègrement dans les plus hautes sphères du commentariat. Les politiques, surtout du PS, sont évidemment les premiers à y choir, quitte à ce que ce soit sur le mode de la prétérition, ainsi Jean-Christophe Cambadélis dans une déclaration fameuse : « Je ne suis pas un adepte des complots mais…  [5 », suivi comme il se doit par une série de conjectures dont la conspiration est la seule conclusion logique ; Jacques Attali qui d’ordinaire sait bien voir les abîmes de la pensée conspirationniste mais, quand il s’agit de DSK, évoque d’abord l’hypothèse d’une « manipulation » [6] ; François Loncle, député PS qui assure pour sa part « qu’il n’y a pas de complot » [7] mais « un coup monté » [8], c’est très différent. « La thèse du complot se répand sur le web » titre un des articles de Libération [9] – « sur le web », n’est-ce pas, en aucun cas dans les pages du papier… Mais il faut bien l’avouer, jamais on n’aura vu « thèse du complot » si amplement exposée et si aimablement relayée dans les colonnes de la grande presse, quitte à ce que ce soit pour la discuter, voire la réfuter, en tout cas sans qu’il soit jugé indigne cette fois d’en faire la mention ou de ridiculiser ceux dans la bouche de qui elle est d’abord venue.

D’un certain conspirationnisme européiste

Les illustrations les plus spectaculaires cependant ne sont pas forcément les meilleures, et si elle a fait la démonstration édifiante de ce que valent les régulations de la classe oligarchique – à savoir rien – en situation de grande tension – par exemple quand il s’agit de sauver de l’opprobre son meilleur espoir –, l’affaire DSK demeure trop exceptionnelle pour être parfaitement significative. Autrement parlantes les pulsions conspirationnistes qui émaillent à répétition le discours de la crise européenne, à plus forte raison quand elles se donnent libre cours dans l’un des journaux les plus rigoureusement donneur de leçon anti-conspirationniste, Libération, et sous la plume de son journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe telle qu’elle est, Jean Quatremer, auteur par exemple d’un magnifique « Quand l’euroscepticisme mène au conspirationnisme » [10].

Mais voilà : depuis que son objet chéri est en crise et attaqué de toutes parts, Jean Quatremer n’en finit pas de voir des complots partout. « Presse anglo-saxonne », « marchés financiers américains », « agences de notation », « hedge funds » : la monnaie unique européenne, pourtant plus franche que l’or, est la cible de pernicieuses entreprises de déstabilisation délibérée, orchestrées qui plus est par la plus maléfique des entités : « la finance anglo-saxonne ». Pour qui douterait qu’un esprit fondamentalement sain, puisque européen, ait pu ainsi être infecté par la maladie du complot, florilège de titres : « Les agences de notation complices des spéculateurs ? » (21 septembre 2011), « Les marchés financiers américains attaquent l’euro » (6 février 2010), « Comment le Financial Times alimente la crise » (30 mai 2010), « Moody’s veut la peau du triple-A français » (21 novembre 2011), « Les banques allemandes contre la zone euro » (31 juillet 2011), « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro » (29 juillet 2012).

Et l’intérieur est à l’avenant de la devanture : « Il apparaît de plus en plus clair (sic) que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro » [11] – le complot est donc d’abord anglo-saxon. C’est l’imperméabilité à tout argument rationnel qui atteste l’intention concertée de nuire : « le problème est qu’il ne sert à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable » [12], commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se fut cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd annonçant l’explosion de l’euro [13] – il est vrai que toute prédiction de malheur à l’encontre de l’objet chéri ne peut être, au choix, qu’une grotesque bouffonnerie ou une ignoble trahison.

En tout cas la perfidie anglo-saxonne a de puissants relais, les médias par exemple dont « le biais anti-euro (…) est difficilement contestable » [14], les agences de presse également, à l’image de Reuters et de son « jeu trouble dans la crise de la zone euro » [15]. Ainsi, par inconscience ou par malignité, on ne sait, donc par malignité, « les médias accroissent la panique des marchés ». Pour ce qui est du Financial Times en tout cas, l’explication n’est pas douteuse : « pris dans le sac du mensonge (…) il manipule l’information et colporte des rumeurs » [16] le 26 novembre 2010 – le 30 mai déjà il en était « à son second mauvais coup » [17]. Une année plus tard cependant, « les marchés financiers américains » ne sont plus les seuls agents de la cinquième colonne, ce sont les banques allemandes qui sont occupées à « mettre le feu à la zone euro » [18] – et l’ennemi est maintenant à l’intérieur. Peu importe que jusqu’ici l’Allemagne en (toutes) ses institutions ait été la figure même de la vertu, le vrai moteur de l’Europe, dont le couple avec la France patati patatère – maintenant ce sont des traîtres. La circonscription de la conspiration peut donc varier, mais pas le fait conspirationniste lui-même, puisque la construction monétaire européenne est si parfaitement conçue qu’il faut nécessairement une ligue de forces occultes pour la renverser.

Si le mal organisé est partout, il n’en a pas moins son superlatif en les agences de notation : elles sont les « complices des spéculateurs » [19]. « Allons plus loin : qui a déclenché la panique sur la dette française ? Moody’s justement (…) Bref encore une fois les agences viennent donner un coup de main aux spéculateurs pour déstabiliser les marchés » [20]. Il est donc temps de poser la vraie question : « Alors complot des agences de notation qui servent ainsi leurs maîtres principaux, les banques d’affaires, les hedge funds, etc. ? (…) Laurence Parisot, la patronne du Medef en est persuadée » [21]. Bien sûr il reste des amis de l’Europe, donc de Jean Quatremer, qui n’ont pas encore complètement perdu les pédales et tentent de le rattraper. Par fidélité un peu réticente mais impressionné par l’incontestable crédit européen de son interlocuteur, Quatremer cite Jean Pisani-Ferry qui lui explique que les agences ne font jamais que ratifier avec retard des anticipations de longue date incorporées dans les positions des investisseurs… Il lui fallait au moins cette poche à glace pour se persuader que « crier au complot ne sert de toute façon à rien sinon à soulager ses nerfs » [22]. Donc Jean Quatremer a d’abord très fort envie de crier au complot – si fort que ça s’entend à longueur de billets –, puis, instruit par ses précepteurs de toujours, se convainc, mais difficilement, qu’il ne sert à rien d’y céder – moyennant quoi ses nerfs ne sont qu’à demi-soulagés, raison pour laquelle il y revient sans cesse.

Hedge Funds, médias, presse anglo-saxonne, agences de presse, marchés financiers américains, agences de notation, partout des malfaisants ligués contre l’objet chéri. De cette sorte de crumble intellectuel, les agences de notation sont peut-être l’ingrédient le plus caractéristique, boucs émissaires périphériques de toute une structure qui s’exprime par elles [23] – mais qu’évidemment on ne mettra jamais en question. Car les agences de notation, comme dans une moindre mesure la presse financière, sont les agents les plus représentatifs de la finance déréglementée comme pouvoir de l’opinion – l’opinion des investisseurs s’entend, et exclusivement celle-ci, mais opinion d’une foule traversée de croyances, très faiblement régulées par la rationalité, et pourtant base de jugements, le plus souvent mimétiquement polarisés, à partir desquels des masses immenses de capitaux sont mises en mouvement. Il faudrait donc expliquer à Jean Quatremer que la finance libéralisée, si constamment encouragée par la construction européenne, c’est cela même !, que dans cet ensemble, il entre constitutivement, et non accidentellement, rumeurs, erreurs, errances, absurdités, idées fausses, informations biaisées – Jean Quatremer s’est-il jamais ému pendant toutes les belles années qu’on voie d’incertaines start-up comme des eldorados de profit, ou bien la finance structurée comme la martingale définitive contre le risque de crédit, et l’explosion des titres adossés à l’endettement des ménages comme une géniale trouvaille ? De ce point de vue, et erreur pour erreur, les marchés sont sans doute plus près du vrai en anticipant la décapilotade de l’euro, qu’ils ne l’étaient alors…

Mais dans la vision du monde de Jean Quatremer, la finance est bonne… jusqu’à ce qu’elle s’en prenne à son talisman. On lui fera néanmoins observer qu’il y a une certaine logique, et comme une justice immanente, à ce que l’Europe modèle Maastricht-Lisbonne qui a sans relâche promu la finance périsse par la finance. Car enfin qui a fait le choix de remettre entièrement les politiques économiques entre les mains de ce pouvoir déréglé qu’est la finance libéralisée ? Qui a décidé d’instituer les marchés obligataires comme puissance disciplinaire en charge de la normalisation des politiques publiques ? Qui a voulu constitutionnaliser la liberté de circulation des capitaux qui offre à ce régime son infrastructure ?

Non pas les agents du mal mais la force des structures

En fait c’est là la chose que Jean Quatremer a visiblement du mal à comprendre – déficience par quoi d’ailleurs il verse immanquablement dans le conspirationnisme, qu’il dénonçait chez les autres à l’époque où « tout allait bien » (pour lui) –, les crises s’expliquent moins par la malignité des agents que par l’arrivée aux limites des structures. Il est vrai qu’ayant toujours postulé la perfection de son objet, donc l’impossibilité de sa crise, il n’a pas d’autre hypothèse sous la main pour en penser la décomposition : celle-ci ne peut donc être que le fait des méchants (et des irresponsables : Grecs, Portugais, Espagnols…).

Or on peut dire de la construction européenne la même chose que de n’importe quelle autre configuration institutionnelle : les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers mais de leurs stratégies ordinaires telles qu’elles ont été profondément conformées par l’environnement structurel dans lequel on les a plongés… quitte à ce que ces structures, laissées à leur simple fonctionnement, produisent in fine leur propre ruine : la Deutsche Bank lâche la dette italienne, non par trahison anti-européenne [24], mais par simple fidélité à la seule chose qu’elle ait à cœur : son profit – et si l’on veut des banques qui aient à cœur d’autres choses, il va falloir se pencher sur leurs statuts autrement que par fulmination et vœux pieux interposés. De même, les spéculateurs spéculent… parce qu’on leur a aménagé un terrain de jeu spéculatif ! Rumeurs et informations incertaines y prennent des proportions gigantesques parce que ce terrain de jeu même institue le pouvoir de l’opinion financière, etc.

Sans doute, poussés comme n’importe quels médias par les forces pernicieuses de la concurrence, de la recherche effrénée du scoop et de la primeur, le FT a-t-il parfois lâché trop vite quelques informations foireuses, Reuters des confidences biaisées ou mal recoupées, mais ni plus ni moins que Libération ou Jean Quatremer lui-même qui n’hésite pas, par exemple, à donner audience à des études aux bases les plus incertaines à propos de la sortie de la Grèce, tout droit tirées des bons soins de la banque UBS [25], son fournisseur attitré, dont l’objectivité et la neutralité sont d’évidence incontestables… Qu’UBS batte la campagne, qui plus est sans doute au service de ses propres positions spéculatives, la chose lui est tout à fait négligeable, l’important est qu’UBS la batte dans le bon sens.

Le monde de la finance a pour propriété que n’importe quelle information est potentiellement porteuse d’effets terriblement déstabilisants, non parce que de machiavéliques émetteurs les ont voulues ainsi mais, en dernière analyse, parce qu’elles sont saisies par les forces immenses de la spéculation qui ont le pouvoir de faire un tsunami d’une queue de cerise. Si Jean Quatremer fantasme une finance dont tous les acteurs observeraient en toutes circonstances le grand calme olympien de la rationalité pure et parfaite, il faut lui dire qu’il fait des rêves en couleur. Encore faudrait-il, pour s’en apercevoir, qu’il daigne faire quelques lectures d’histoire économique, évidemment d’auteurs qui auraient fort le goût de lui déplaire, des gens comme Minsky, Kindleberger, Keynes ou Galbraith, lesquels, instruits des catastrophes passées, n’ont cessé de montrer que la finance de marché est par construction, par essence, le monde du déchaînement des passions cupides, de l’échec de la rationalité et du chaos cognitif. Et qu’en réarmer les structures, comme l’Europe l’a fait avec obstination à partir du milieu des années 1980, était le plus sûr moyen de recréer ces désastres du passé.

Entre une nouvelle, aussi factuelle soit-elle, et le mouvement subséquent des marchés, il y a toujours l’interprétation – celle des investisseurs –, et c’est par cette médiation que s’introduit la folie, particulièrement en temps de crise où la mise en échec des routines cognitives antérieures alimente les anticipations les plus désancrées. L’Europe a fait le choix de s’en remettre à cette folie-là. Et Quatremer s’étrangle de rage stupéfaite qu’elle en crève… Comme rien ne peut le conduire à remettre en cause ses objets sacrés – les traités, la règle d’or, Saint Jean-Claude et son vicaire Mario –, il ne lui reste que les explications par le mal, un équivalent fonctionnel des hérétiques ou des satanistes si l’on veut. Aussi se meut-il dans une obscurité peuplée d’agents qui fomentent des « mauvais coups » et mènent « un jeu trouble », un underworld de « complices » et d’incendiaires. Si difficile soit-il de s’y résoudre, il faudra pourtant bien admettre que la construction européenne s’effondre selon la pure et simple logique qu’elle a elle-même instituée. Elle n’est pas la proie d’une conjuration du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares structurelles congénitales et sous l’effet des forces aveugles qu’elle a elle-même installées – et s’en prendre répétitivement, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opérateurs (Hedge Funds, banques et agences) est le passeport pour l’asile de l’ignorance.

Mais il y a des aggiornamentos trop déchirants pour être consentis aisément, et des investissements psychiques trop lourds pour être rayés d’un trait de plume, aussi faut-il attendre l’infirmation définitive par le réel pour que se produise le premier mouvement de révision – et encore… On en connaît qui persistent à croire que la défaite de 40 est la faute du Front Populaire… Entre temps tous les moyens sont bons, y compris ceux de la stigmatisation complotiste, pour ravauder comme on peut le tissu de la croyance menacée de partir en lambeaux. Si l’euroscepticisme du peuple mène au conspirationnisme, il semble que l’eurocrétinisme des élites y conduise tout aussi sûrement…

Notes

[1] Le coefficient de leviérisation désigne le multiple de dette, par rapport à ses fonds propres, qu’une banque peut contracter pour financer ses positions sur les marchés.

[2] Lire, dans l’édition de septembre du Monde diplomatique, en kiosques le mercredi 29 août, Richard Hofstadter, « Le style paranoïaque en politique ».

[3] Puisqu’avant de devenir Premier ministre, Georges Pompidou a été banquier d’affaire chez Rothschild. On remarquera tout de même que, banquier, il cesse de l’être en 1958 quand il devient directeur de cabinet de De Gaulle et que ladite loi date de 1973…

[4] Voir à ce sujet les contributions à la journée « Création monétaire » des Economistes Atterrés du 24 mars 2012, en particulier le texte d’Alain Beitone, « Idées fausses et faux débat à propos de la monnaie. Réflexion à partir de la “loi de 1973” ».

[5] 15 mai 2011.

[6] Cité in Libération, « DSK, la thèse du complot se répand sur le web », 15 mai 2011.

[7] France Info, 2 juillet 2011.

[8] LCI, 3 juillet 2011.

[9] Libération, 15 mai 2011.

[10] Libération, blog Coulisses de Bruxelles, 24 septembre 2008. Sauf indication contraire, tous les titres qui suivent correspondent à des billets de ce blog.

[11] « Les marchés financiers américains attaquent l’euro », 6 février 2010.

[12] Id.

[13] « Emmanuel Todd, Audiard d’or 2011 », 1er janvier 2012.

[14] « Comment le Financial Times alimente la crise », 30 mai 2010.

[15] « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro », 29 juillet 2012.

[16] « Comment les médias accroissent la panique des marchés », 26 novembre 2010.

[17] « Comment le Financial Times… », op. cit.

[18] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[19] « Les agences de notation complices des spéculateurs ? », 21 septembre 2011.

[20] « Moody’s veut la peau du triple A français », 21 novembre 2011.

[21] « Les agences… », op. cit.

[22] Id.

[23] Pour quelques développements sur cette question : « Extension du domaine de la régression », Le Monde Diplomatique, avril 2011 ; « Les gouvernement sont soumis au règne de l’opinion financière] », Marianne, 13 août 2011.

[24] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[25] « C’est Hotel California : une fois entré dans l’euro, on ne peut plus en repartir », 3 octobre 2011.

186 commentaires sur « Conspirationnisme : la paille et la poutre »

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  • permalien nimbus3d :
    24 août 2012 @17h48   »

    Merci Mr Lordon pour cette analyse qui m’a fait comprendre ce qui me gênais de plus en plus lorsque je suivais les billets de Mr Quatremer et qui m’a mené à me désabonner de son blog.

  • permalien Yvan :
    24 août 2012 @17h53   « »

    « Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. »

    ... et moi qui croyait que c’était le boulot de l’École de Chicago... de même que l’invention de cette technique qui consiste à créer des complots fictifs pour masquer les connivences réelles.

    ... ou bien encore entretenir la confusion entre "conspirationnisme", sorte de maladie de la persécution et "conspirationnisme", système de manipulation du vulgum pecus à des fins privées :

    "La politique étrangère des Etats-Unis est, pour une large part, un exercice de projection de masse à la faveur duquel une infime élite uniquement préoccupée par ses propres intérêts prend ses besoins et ses désirs pour ceux du monde entier." (Naomi Klein)

    Ainsi la thèse officielle conspirationniste du 11/9, d’un complot musulman contre l’Amérique (« pourquoi ne nous aiment-ils pas »), semble avoir été créée pour taire et toute velléité de suspicion à venir... pourtant cette version officielle n’a jamais été confirmée (Terrorisme : l’espionnage des musulmans à New York n’a rien donné | International | Radio-Canada.ca)

  • permalien zgill :
    24 août 2012 @17h55   « »

    Il me semble, vous me direz si je me trompe, que le terme de complotiste apparaît avec la contestation de la version officielle des évènements du 11 septembre 2001, évènement dont découle une partie des politiques menées de nos jours à travers le monde. C’est d’autant plus troublant de ne pas retrouver de questionnement à ce sujet dans votre article. Complot ?

  • permalien Berrillimité :
    24 août 2012 @17h55   « »
    complot : que dit la loi

    Au Canada, les lois fédérales et provinciales considèrent que le complot est "un crime non parfait".
    Il suffit qu’il y ait eu entente en vue de commettre un acte illégal.
    Le terme de complot est particulièrement retenu en droit de la concurrence. Une entente de prix entre trois stations-services d’un village de 5000 habitants est ainsi considéré comme un complot.
    Autrement dit : le droit criminel canadien voit assez facilement des complots partout. Et de plus, il a tendance à s’armer juridiquement de plus en plus contre les complots, ententes, crimes organisés, etc.
    Comme quoi, "le peuple" n’est pas le seul à voir des complots partout.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_criminel_au_Canada

    Les crimes non parfaits incluent notamment : la tentative, le complot, la complicité, l’incitation, le but commun, etc.

  • permalien Modigliani :
    24 août 2012 @18h05   « »
    La conspiration anti-conspiration signe la conspiration en fait

    De toute façon il est normal que les membres de l’élite crient tels des vierges effarouchées dès qu’une thèse suggère l’éventualité d’un complot, ou semble le suggérer, puisqu’en tant que membre de l’élite ils sont rétribués (matériellement et symboliquement) par cette même élite au bénéfice de laquelle et par le truchement de laquelle sont censés fonctionner lesdites opérations de tendance conspirationniste. Or puisque la raison d’être d’un tel regroupement en vue d’une action concertée vise précisément à défendre (offensivement ou défensivement) les intérêts de ses membres, il est évident qu’il est dans l’intérêt bien senti de ceux-ci que ladite opération concertée ne soit pas divulguée et ceci pour trois raisons au moins :

    - laisser le public prendre connaissance d’une telle organisation avec un tel objectif serait la confirmation que des gens dans notre société constituent un groupe homogène bénéficiant de privilèges et qu’ils recourent à des moyens "clandestins" pour préserver ou accroitre ceux-ci.

    - la clandestinité initiale ainsi démasquée ayant alors valeur d’avoeu quant à l’emploi de méthodes inavouables pour défendre des positions elles-mêmes honteuses !

    - il apparaitrait alors au grand jour que des gens s’entendent illicitement au détriment du plus grand nombre. De quoi faire tomber le montage de la fiction qui permet à l’ensemble social de tenir debout !

    Donc l’énergie endiablée que les représentants médiatique de l’élite déploie pour dénoncer toute hypothèse conspirationiste signe en fait la conspiration. CQFD !

  • permalien Vitigis :
    24 août 2012 @18h38   « »
    Mouiller les "élites"

    Ainsi, tout le monde est conspirationniste, aussi bien "le peuple" que "les élites". Mais qu’est-ce que le peuple ? qu’est-ce que "les élites" ? C’est comme les musulmans, la charia et les fourmis de dix-huit mètres : ça n’existe pas. Bon.

    Ceci dit, pour mouiller les élites (donc dire que le peuple est comme tout le monde), M. Lordon étend le concept de "conspirationnisme" d’une manière trop large.

    Le conspirationnisme consiste à expliquer les malheurs du monde par une action secrète inventée de toutes pièces, "sur mesure". Le plus beau c’est le "complot judéo-bolchevique" ou "judéo-maçonnique" de sinistre mémoire, destiné à galvaniser les énergies contre certains ennemis. Il y a des exemples plus modernes.

    On lira avec profit, entre autres, l’article que le Monde tout court a consacré à la question dans son numéro daté du 21 juin 2012, p. 13. Soit dit en passant, je n’ai jamais vu personne dire que le complotisme soit spécialement le fait du "peuple".

  • permalien folantin :
    24 août 2012 @19h45   « »

    Très bon papier, pondéré comme il faut (depuis le temps que j’attendais de voir Lordon donner son avis sur la loi de 73...).
    Bon tant qu’à poster un commentaire, j’aimerais signaler le livre de Luc Boltanski publié récemment, qui, sous couvert de sociologie du roman policier et d’espionnage, se rapporte notablement aux « théories du complot ». Théorie du complot à entendre non pas comme une espèce de psychose collective (qui s’emparerait des des honnêtes gens à cause d’internet) mais au contraire comme un grand récit qui permet de ne pas voir ce que l’on entend rendre « transparent » dans l’ordre social.
    En très gros : l’idée est qu’avec la proclamation de l’égalité formelle des individus et la dissolution des corps intermédiaires, la représentation d’une classe dominante (qui constituait l’ordinaire de l’imaginaire social dans les sociétés d’ancien régime) est devenu impossible. C’est à dire que peu à peu, la postulation d’une classe dominante (avec comme corrolaire la lutte des classes) à été assimilée à une "théorie du complot", elle même moteur de conspirations effectives : les socialistes, les anarchistes, les terroristes... perturbent l’ordre social en ce qu’ils croient à tort que l’ordre social est à la base perturbé. Mais plus fondamentalement, ces comploteurs sont des ratés animés par le "ressentiment" à l’encontre de la classe dominante. Classe dominante qui par ailleurs n’existe pas, puisque seuls existent des réussites et des échecs individuels selon l’ordre social libéral (chacun est self made man de lui même).

    Je schématise comme un goret, mais c’est plus toujours fidèle au propos du livre que la chronique de brice couturier l’autre matin qui, ne l’ayant pas lu, voulait y voir une dénonciation irrévocable des "théories du complot" en général et de pierre bourdieu en particulier.

    http://perlbal.hi-pi.com/blog-image...

  • permalien
    24 août 2012 @20h00   « »

    Pas trop d’accord que le "complotisme" est un truc principalement populaire.
    Je dirais plutôt une convention de classes moyennes désabusées,biberonnées à la série X-Files mais qui trouvent trop fatiguant de réfléchir aux causes réelles de leur oppression et de leur aliénation.
    Plus facile de tout mettre sur le dos des Illuminati que de décortiquer les mécanismes du capitalisme mondialisé et de mettre en évidence les dégats qu’il produit sur nos vies et l’environnement.

  • permalien J. Halpern :
    24 août 2012 @21h01   « »

    Pour reprendre la discussion sur la "loi de 1973", la vérité est que la référence à cette loi n’avait rien de "complotiste" mais l’érigeait en symbole, sans doute abusif mais pas illégitime, de la politique des années 70 de "passage de l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers". Il s’agissait, de façon d’ailleurs assez transparente, d’effacer les traces d’un possible financement monétaire direct de la dette publique, de l’inféoder définitivement aux marchés financiers... Les réactions offusquées des économistes professionnels (même si parfois parfois "atterrés") à l’encontre de ces travaux ne témoignent guère d’une grande ouverture, plutôt de la défense d’un monopole contre une intrusion illégitime. De ce point de vue, les délires antisémites ("loi Rothschild") greffés sur une réflexion initiée en dehors d’eux tombaient à point nommé pour amalgamer réflexion extra-institutionnelle et extrême-droite...
    Pourtant les économistes universitaires seront de plus en plus confrontés à ces réflexions multiformes permises par le web. L’amateurisme et les intrusions groupusculaires sont le prix à payer pour sortir d’une réflexion verrouillée par le "mainstream" au niveau institutionnel.

  • permalien terrabella :
    24 août 2012 @21h39   « »

    les medias se sont bien marrés de traiter cheminade de complotiste quand il ciblait la city de londres comme source de la crise financière globale : on voit aujourd’hui que ce n’était pas du complot mais simplement la réalité

  • permalien koui :
    24 août 2012 @22h12   « »
    Conspirationnisme mainstream

    Le conspirationnisme n’est pas le monopole des rebelles hors systéme. Le Monde dénonce des faux attentats organisés par Assad à Damas qui aurait suscité des rebelles salafistes en Syrie. Ayad dans Liberation dénoncait une fausse rebellion manipulé par Gbagbo en Cote d’ivoire en 2002 avant de dénoncer un faux complot en Mauritanie (un vrai complot a renversé le pouvoir mauritanien l’année suivante). Poutine aurait organisé de faux attentats tchetchenes à Moscou. Khadafi aurait organisé toutes sortes de complots et son rôle expliquait tout attentat, coup d’etat ou rebellion. L’Iran fabriquerait en secret la bombe atomique après saddam Hussein. L’URSS avait des plans secrets pour envahir le Monde. Le Vietnam voulait tuer tous les cambodgiens pour les remplacer par des viets. Poutine aurait poussé la Géorgie à envahir l’Ossétie pour l’attaquer. Le Hezbollah comploterai partout même au fond de l’amazonie. La Syrie a organisé l’assassinat de Hariri, avant que ce soit le hezbollah. Ben Laden et Saddam ont des bases secretes souterraines incroyablement sophistiquées comme dans james Bond. Les tutsis complotent avec les anglosaxons contre la France et les hutus. Il y a tellement d’exemple de complots imaginaires dans la presse mainstream que je ris à chaque fois car c’est eux même qui m’ont mis en garde contre les théories du complot après le 11 septembre.

  • permalien Jordi Grau :
    24 août 2012 @22h26   « »

    Merci pour cet article équilibré et salutaire. Les accusations de "complotisme", de "conspirationnisme", voire de "soucoupisme" sont un moyen courant, aujourd’hui, de ridiculiser tous ceux qui remettent en question l’oligarchie financière, politique ou médiatique.

    Même ceux qui, très clairement, disent qu’il n’y a pas besoin de recourir à l’hypothèse d’un complot pour expliquer la domination des oligarchies, se voient parfois accuser de "complotisme". Exemple : Noam Chomsky. Ce vocable infamant est destiné à intimider l’adversaire et à délégitimer sa parole. Autrefois, dans les années 60-70, on usait et abusait de l’adjectif "fasciste" (ou bien, dans l’autre camp, de l’adjectif "communiste"). Aujourd’hui, ce sont d’autres adjectifs : "antisémite", "populiste", mais aussi "complotiste" et "conspirationniste"....

    C’est pour toute ces raisons qu’il est salutaire d’analyser rigoureusement ce qu’il en est réellement des complots et du "complotisme", afin de discréditer tous les chiens de garde des oligarchies actuelles.

    Pour terminer, je dirais que je ne suis pas entièrement d’accord avec vous, M. Lordon, quant au rôle relativement marginal que vous attribuez aux complots par rapport aux structures politiques et économiques. Car ces structures sont en partie l’effet de décisions politiques, dont beaucoup ont été élaborées de façon secrète, ou du moins discrète. Il y a donc, en un sens large, une sorte de grand complot - ou une suite cohérente de complots - depuis trente ou quarante ans, pour éliminer ce qui reste de la démocratie et pour privatiser tout ce qui peut l’être.

    En toute immodestie, je me permets de renvoyer à deux articles que j’ai écrits sur ce sujet il y a un an :

    http://www.agoravox.fr/tribune-libr...

    http://www.agoravox.fr/actualites/p...

  • permalien K. :
    24 août 2012 @22h45   « »

    Les copains de Vitigis : Morsi crucifie les coptes ("comme la charia le lui recommande")

    http://www.algemeiner.com/2012/08/1...

    http://www.wnd.com/2012/08/arab-spr...

    http://www.islamophobia-watch.com/i...

  • permalien Constantin Lévine :
    24 août 2012 @22h58   « »

    « ...car s’est en s’exerçant que se forment les intelligences individuelles et collectives. »

    C’est l’exercice qui manque ? Je n’ose y croire...

  • permalien Nathan :
    25 août 2012 @00h51   « »

    Les théories du complot me font penser à ce vieux débat poussiéreux sur la publicité subliminale. Chacun sait que la publicité recourt très rarement aux messages subliminaux. Dans ce secteur, il s’agit d’une pratique tout à fait marginale. En effet, pourquoi la publicité chercherait-elle à faire passer des messages subliminaux alors que son but clairement affiché consiste à transmettre des messages explicites et que par convention, le public attend d’elle ces messages.

    Il en va de même pour les soi-disants complots. Pourquoi imaginer systématiquement des menées occultes alors qu’un grand nombre d’actions s’effectuent en plein jour et souvent de manière parfaitement légale ? L’abrogation du Glass-Steagal Act, qui fut certainement un moment fort dans la dérégulation des marchés financiers, a été votée par le Congrès américain, après débat. Les lobbies et autres groupes d’intérêts ont pignon sur rue et leurs activités, - en particulier, le financement de partis politiques - disposent d’un cadre légal et réglementé.

    Consultants, lobbyistes, spin-doctors, agence de RP, tout ce petit monde travaille à ciel ouvert ou presque. Tout le monde se rend parfaitement compte des relations incestueuses entre public et privé et que certains sortent d’un cabinet ministériel pour devenir l’exacte contrepartie dans un organisme privé en emportant presque leurs dossiers avec eux. Tout le monde est au courant que deux Secrétaires au trésor furent patrons de Goldman Sachs ou que Greenspan, ex-patron de la Fed a travaillé ensuite pour Paulson, le spéculateur qui s’en est mis plein les poches avec les subprimes (un comble s’il en est). Bref, il faut être paradoxalement un peu naïf pour croire aux complots car les règles du jeu sont connues. Nous sommes en régime capitaliste et le capitalisme consiste à exploiter toutes les opportunités qui se présentent pour faire du profit, qu’elles soient légales ou à la limite de la légalité. Le monde tel qu’il est, est là devant nous. Pas besoin d’imaginer un outre-monde.

  • permalien hedi :
    25 août 2012 @01h01   « »
    finalement les élites c’est aussi de la plèbe ?

    et oui il se trouve que les technocrates, les politiques et les gestionnaires de capitaux (les gens qui ont des hauts postes dans les banques) ont des intérêts généralement convergents mais que parfois leurs intérêts divergent de ceux leurs homologues étrangers : c’est le cas actuellement avec la crise financière de l’Europe continentale.

    une partie des "élites" de l’Europe continentale estiment (à juste raison il me semble) que les "élites" anglo-saxonnes (politiques, organes de presse, analystes) font un battage médiatique maximal sur les déboires de l’Europe continentale pour faire oublier que 1. c’est le modèle économico-financier de ces pays anglo-saxons qui est à l’origine de la crise financière depuis 2008 (4 ans déjà !) 2. que les finances des US et du UK sont en piteux état.

    est-ce un complot de l’ennemi anglo-saxon ? les "élites" de l’Europe continentale (et surtout les "élites" françaises) peut être le voient comme ça, alors que probablement il s’agit de la part de nos amis anglo-saxons d’un effet de meute autour de leurs références culturelles communes de la part des penseurs et décideurs, et autres analystes.

    mais cela n’enlève rien au fait que les mêmes élites d’Europe continentale ont confisqué au nom de la technicité des débats qui aurait dû être tranchés par le "peuple".

    en tant que "technocrate" j’ai eu beaucoup de conversations sur le système financier avec des amis qui ne sont pas du "métier", et bien sûr j’avais des "arguments" pour le système, mais toutes ces conversations ont toujours mis en avant les failles de l’argumentaire technocratique, et les idées de "bon sens" de mes amis non spécialistes apparaissent à chaque fois comme des solutions utiles aux faiblesses du système.

    mais dans le sérail ces idées iconoclastes ne sont pas évoquées sérieusement (en réunion sous format powerpoint) elles restent encore confinées à des discussions de machine à café

  • permalien gloc :
    25 août 2012 @07h24   « »

    le dénommé Nathan : « Les théories du complot me font penser à ce vieux débat poussiéreux sur la publicité subliminale. Chacun sait que la publicité recourt très rarement aux messages subliminaux. Dans ce secteur, il s’agit d’une pratique tout à fait marginale. En effet, pourquoi la publicité chercherait-elle à faire passer des messages subliminaux alors que son but clairement affiché consiste à transmettre des messages explicites et que par convention, le public attend d’elle ces messages. »

    Voilà le genre d’affirmation qui alimenterait un climat d’insécurité si le dénommé Nathan avait un jour montré la moindre lueur de légitimité dans ce domaine, ou si comme James Vicary il avait tenté d’appuyer ses affirmations sur une référence fut-elle factice.

    Mais non, il n’y a là que le "ressenti" du dénommé Nathan, qui nous dit : je sens que la publicité subliminale (j’élude la propagande parce que là mon pseudo raisonnement ne fonctionne plus), ça marche, même moi dénommé Nathan, je suis dupé et je le proclame et en plus je suis incapable d’en déceler son influence sur moi, qui suis tellement vigilant... et raisonnant.

    La conclusion du dénommé Nathan est ; puisque que je suis la preuve vivante que la publicité subliminale fonctionne, c’est bien la preuve que les comploteurs se cachent bien, donc que le complot ne peut pas exister aux yeux du vulgaire, donc que les conspirationnistes sont des vieux débatteurs poussiéreux.

  • permalien Toto :
    25 août 2012 @08h03   « »

    Trop compliqué pour moi....J’ai lâché l’affaire en cours de route ! L’article sur Peugeot dans le Diplo du moin d’août est l’exact contrepoint de celui-ci..!

  • permalien Jordi Grau :
    25 août 2012 @09h42   « »

    A Nathan

    Ce que vous dites est partiellement exact - mais partiellement seulement. Il est vrai que beaucoup de choses se font au grand jour. Pour qui veut s’informer sérieusement, les connexions entre la politique et le business sont on ne peut plus claires. Encore faut-il avoir le temps, la volonté et la compétence de s’informer sérieusement. Les médias dominants se gardent bien, en général, de mettre ce genre d’informations en relief. Quant aux médias alternatifs (sites internet, notamment), on y trouve le pire comme le meilleur. Il n’est donc pas si facile que cela pour un citoyen lambda d’être bien renseigné sur le système politico-économique actuel. Un exemple : celui de la loi Glass-Steagall, que vous mentionnez à juste titre. Il est vrai qu’elle a fait l’objet de débats publics aux États-Unis. Mais qui sait, en Europe ou aux États-Unis, que l’abrogation de cette loi a été favorisée par des tractations secrètes - ou du moins très discrètes - entre W. Clinton et les principaux banquiers américains ? Qui sait que Clinton fut généreusement remercié pour son zèle après avoir quitté la Maison Blanche ? Cf. à ce sujet cet article de Serge Halimi.

    Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que de nombreuses décisions politiques importantes se trament dans le secret. Le fonctionnement de l’Union européenne en est une illustration frappante.

    Bref, il faut savoir garder un jugement équilibré. Entre la transparence absolue (qui est rare) et les complots au sens strict du terme (qui sont sans doute rare également), il existe une large zone de pénombre, qu’il n’est pas si facile que cela d’éclairer.

  • permalien Cédric :
    25 août 2012 @11h11   « »

    Un article très intéressant, dense et argumenté comme d’habitude. Son manque provient peut être de ce que seuls les "complot" des banques ou multinationales de l’économie libérale mondialisée sont envisagées. Or ce ne sont pas elles seules qui cristalisent (plutôt à raison, donc, ici) la vulgate complotiste.

    Il me semble que le discours complotiste dominant est de nature "géopolitique", du genre : "Les sionistes ou les Illuminatis sont partout, contrôlent tout et dirigent tout", "tel attentat -voir TOUS les attentats est/sont en fait une manipulation des services secrets américains", "les meurtres en Syrie ne sont pas commis par le régime d’Al Assad mais par l’Empire, qui veut déstabiliser la région", et autres sornettes...

    Si non merci pour cet éclairage, avec le style et le panache si caractéristiques que Mr Lordon...

  • permalien rubberband :
    25 août 2012 @11h28   « »
    « Tout le monde est suspect ; tout le monde est à vendre ; rien n’est vrai ».

    Je n’ai pas lu tous les commentaires mais je me permets un lien rapide vers l’article de Bruno Latour (qui revient au passage sur l’ouvrage de Boltanski) Pour lui, la partie la plus originale de ce travail est de savoir "comment distinguer, dans la manière même dont les enquêtes sont menées, celles qui mènent au vérifié vraisemblable et celles qui alimentent les « théories du complot » ? ou comment distinguer le réalisme de l’enquête avec l’affabulation qui se donne toutes les apparences du positivisme le plus exigeant ?"
    Lien :: http://bruno-latour.fr/sites/defaul...

  • permalien philippulus :
    25 août 2012 @11h41   « »
    Y a jamais eu de complot !

    Dans une partie de sa livraison, F. LORDON nous dit en substance que si le conspirationisme fait des ravages dans la vision qu’a la plèbe de la marche du monde ce serait avant tout par ce que celle-ci est assez volontairement laissée dans l’ignorance. Elle en est ainsi réduit à imaginer plus que de raison des complots ou il n’y en aurait pas. Mouais.

    J’ai pourtant l’impression (litote, c’est plus qu’une impression, c’est une certitude étayée comme il se doit par des faits avérés) que dans beaucoup de domaines dits économiques il existe des ententes plus ou moins secrètes et plus ou moins concertées ayant pour but de faire un business bien plus lucratif que celui qui résulterait d’une concurrence pure, libre et non faussée (ne pas rire). Je prétend même que c’est le fonctionnement normal du système.

    Comment appeler cela ? Les mots de complot ou de conspiration ne sont peut-être pas adaptés, mais par extension de leur sens initial il n’est pas déraisonnable de les appliquer à ce très courant type de pratiques, surtout quand elles ont des conséquences très concrètes et très néfastes sur la vie des gueux.

    Exemples à la pelle sur simple demande.

  • permalien RST :
    25 août 2012 @11h49   « »
    Beitone, vous aves dit Beitone ...

    Le sens de la référence (renvoi n°4) au texte d’Alain Beitone m’échappe , lui qui n’a eu de cesse d’accuser sans nuance les malheureux qui faisaient apparemment dire à la loi de 73 plus que ce qu’elle ne disait en réalité, d’être des complotistes, des néo-nazis et des antisémites : Alain Beitone est-il à la solde des banquiers ?

    Et sinon, tout à fait d’accord avec le commentaire de J.Halpern

  • permalien
    25 août 2012 @11h59   « »

    Pour moi, ce qu’il y a de plus clair dans tout cela est que la faillite de l’Europe est inscrite dans ses gênes comme le montre bien FL, et cet état de fait résulte notamment de la trahison des élites dites "de gauche", avec le "tournant libéral" pris très tôt, chez nous en France, sous l’ère Mitterrand.

    En effet, nul besoin de complot, le système libéral c’est la liberté d’action du renard dans le poulailler proclamée haut et fort (surtout depuis les déréglementations des années 80, mises en oeuvre chez nous par Bérégovoy et consorts...), tout comme..."la solution finale" était annoncée dans "Mein Kampf".

    Il a bien fallu passer par Hollande pour se débarrasser de Sarko, qui nous débarrassera de celui-là ?

  • permalien K. :
    25 août 2012 @12h15   « »

    Par contre évoquer la "géopolitique" du plus fort (Israel rempart de la civilisation contre la barbarie, Ils ne nous aiment pas à cause de nos valeurs, Saddam Hussein et ses ADM et ses liens avec AQ etc, etc...) ne sauraient relever que du conspirationnisme le plus grossier.

  • permalien Arnaud :
    25 août 2012 @12h42   « »

    On a donc le droit de s’intéresser à certains sujets sensibles comme le 11-Septembre sans se faire traiter de conspirationniste..
    Il faudrait expliquer ça à Mediapart :
    http://www.reopen911.info/11-septembre/mediapart-dans-l-impasse-du-11-septembre/

  • permalien Nathan :
    25 août 2012 @12h56   « »

    @ Jordi Grau

    J’ai sans doute, comme d’habitude, manqué d’un minimum de nuances, mais je voulais souligner ici un point. Les gens qui voient des complots partout ont besoin, comme le dit bien Frédéric Lordon, d’une explication monocausale pour rendre compte des faits. On connaît tous l’exemple archétypique : des gens puissants et mal intentionnés se réunissent en conclave secret pour décider de l’avenir du monde et réduire l’humanité en esclavage. Un fantasme inoxydable s’il en est.

    Mais il y a un autre aspect du conspirationnisme qu’il faut souligner : il me semble que ce type de raisonnement est naïf dans la mesure où il ignore la réalité, à savoir que la poursuite d’intérêts particuliers est un droit reconnu. Les individus et les entreprises ont parfaitement le droit de poursuivre leurs intérêts particuliers. Les conspirationnistes font donc semblant d’exhumer quelque chose qui existe en réalité au grand jour. A les écouter, on retire l’impression que les lobbies sont des instances maléfiques agissant en secret pour atteindre des objectifs inommables. Or, ce n’est pas vrai. Dans la plupart des cas, il s’agit d’organisations ayant pignon sur rue oeuvrant ouvertement et dans un cadre légal afin de défendre les intérêts –reconnus par la loi – d’entreprises, d’organisations et de corporations.

    Cela dit, j’admets que l’on prétende que dans notre régime capitaliste, ces intérêts particuliers ont fini par empiéter complètement sur l’intérêt général. D’accord. Mais alors, il faut, comme le fait Frédéric Lordon, remettre en question le cadre et exiger que l’on soumette les intérêts particuliers à l’intérêt général (pour autant que l’on sache bien distinguer les deux, ce qui n’est pas toujours évident).

    L’article de Frédéric Lordon me fait d’ailleurs penser à une version moderne du mythe platonicien de la caverne. A défaut d’interroger le cadre, on se condamne à ne poursuivre que des ombres sur les parois de la caverne, comme semble le faire Quatremer. Comme le démontre très bien Frédéric Lordon, Quatremer confond l’ombre et la proie, la cause et la conséquence. Tant qu’il estimera justifié que les Etats recourent massivement aux marchés financiers pour financer leurs déficits, Quatremer s’ébattra dans sa basse-cour comme un poulet sans tête et s’en prendra à des moulins à vent (par exemple, aux agences de notation dont il imagine le pire alors qu’elles sont la conséquence inévitable des principes qu’il a accepté).

  • permalien Cyberpipas :
    25 août 2012 @13h09   « »

    Parfait !

  • permalien Tristan :
    25 août 2012 @13h12   « »

    Votre interprétation quant aux circonstances de survenues de théories conspirationniste, notamment avec l’exemple Quatremer, rejoint de façon remarquable la façon dont les croyances irrationnelles de manière générale se perpétuent. Ainsi pense t-on "Si notre fétiche est attaqué, c’est que des forces maléfiques l’ont maudit", faute d’autres explications plus constructives. Le sorcier vaudou a jeté un sort, le démon l’a possédé, ou quand on ne veut pas déplorer le phénomène, Dieu l’a voulu...
    Et si les théories de la conspiration étaient un nouvel avatar de l’interprétation ignorante, dans une société à peu près débarrassée de l’obscurantisme religieux ?

  • permalien Tristan :
    25 août 2012 @13h22   « »

    (je parle ici des théories du complot telles qu’elles se construisent dans les esprits bien sûr, non pas comme outil discursif de discrédit de l’adversaire, qui est comme l’article le souligne un autre problème)

  • permalien A-J Holbecq :
    25 août 2012 @15h38   « »

    Je me sens parfois un peu visé lorsqu’on parle de la loi de 1973 (je sais bien que ce n’est pas pour autant l’idée de Frédéric Lordon... je veux dire "de me viser" ;) ...)

    Il y a eu un échange musclé mais intéressant - avec SAM en première ligne - dans les commentaires à la suite de l’article de Lior Chamla
    http://www.theorie-du-tout.fr/2012/03/loi-1973-rothschild.html

    Je suggère à chacun de s’y référer.

    Pour ma part, mon intervention fut la suivante
    //
    (26 juin 2012 )

    Ces encours furent donc limités à un montant maximal de 20,5 milliards de francs (soit environ 2% du PIB), dont 10 milliards d’avances non assujetties au paiement d’intérêt. Ce qui nous ferait une limite actuelle d’environ 38 milliards d’euros . Pas négligeable néanmoins.

    Mais l’article 19 prévoyait bien que l’État pouvait passer de nouvelles conventions avec la Banque de France !

    Ce n’est donc pas exactement « techniquement » qu’il y a eu verrouillage par la loi de 1973 . Cette loi, qui encadrait seulement cet avantage, n’est qu’une étape dans un long processus de verrouillage qui a été complété sans laisser de porte de sortie par l’article 104 du Traité de Maastricht (mis en application le 1 er janvier 1993).

    Revenons aux années 1973 et suivantes : ce montant de 20,5 milliards de francs n’a progressivement plus pu couvrir les besoins de trésorerie de l’État (correspondant aux décalages entre les recettes et les dépenses) il n’a pas été réévalué malgré l’inflation galopante qui a suivi ces années (dans les 10 ans qui ont précédé 1973, l’inflation moyenne annuelle fut de 4,4% alors qu’elle fut de 12,2 % les 10 ans qui ont suivi), et il a fallu augmenter les appels aux marché avec des taux d’intérêts qui ont fini par devenir importants et fait croître la dette d’une façon exponentielle.

    Ce qui est le plus désolant c’est qu’entre 1973 et 1992, de ce fait, la dette publique est passée de 20% à 40% du PIB soit en valeur de 30 milliards d’euros à 440 milliards d’euros (d’environ 160 milliards d’euros en 1973 à 600 milliards en 1992, exprimés en valeur 2011) … nous payons encore les intérêts sur cette augmentation de dette, comme nous les payons par emprunts lorsque le solde primaire des budgets est lui-même inférieur au montant des intérêts.

    Merci à tous de votre intérêt dans la recherche de la "vérité" mais souvenez vous de la réaction de VGE lorsque, il y a plusieurs années, je lui ai demandé le "pourquoi" de cette loi. Sa réponse ne fut pas celle seulement d’une "simplification" des textes existants mais très précisément "

    Réponse de VGE

    (à suivre)

  • permalien A-J Holbecq :
    25 août 2012 @15h39   « »

    Suite de mon message de 15 h38

    Par Valéry Giscard d’Estaing le vendredi 25 juillet 2008, 14:26 - Réponses aux bloggeurs - Lien permanent
    @ A-J Holbecq : Réforme des statuts de la Banque de France
    La réforme des statuts de la Banque de France, adoptée sous le mandat de Georges Pompidou et lorsque j’étais Ministre des Finances, est une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays : il s’agissait à l’époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique.
    La possibilité du prêt direct de la Banque de France au Trésor public a généré partout où il fut appliqué une situation d’inflation monétaire permanente. Votre remarque sur l’endettement public est inexacte et révélatrice : vous semblez penser qu’une dette du Trésor public envers la Banque de France ne serait pas décomptée comme faisant partie de la dette de l’administration publique. En réalité, il y a dans ce domaine des règles bien connues qui définissent le montant des avances et prêts de l’institut d’émission en faveur du Trésor public, avances et prêts qui ont évidemment vocation à être remboursés et qui figurent de ce fait dans le montant de la dette publique. Ce que vous supposez consiste à dire qu’on aurait pu remplacer un endettement visible et structuré par une simple émission monétaire. Mais ce serait ouvrir les bras au retour à l’inflation des années 1950."

    C’est toujours la même réponse : émission monétaire centrale = inflation, l’émission monétaire privée ne l’est pas ... ce qui fait bien rire lorsqu’on voit l’inflation moyenne des 10 années qui ont suivies 1974)

  • permalien Sam :
    25 août 2012 @17h20   « »

    Pauvre Quatremer, j’imagine la rentrée de vacances. Tout bronzé...et tout nu.

  • permalien Alex :
    25 août 2012 @19h09   « »
    Ou comment (se) moquer (de) Jean Quatremer

    Jouissif bashing !

    Jean Quatremer, qui manie comme personne le comique de répétition, possède depuis peu la technique d’évoquer une Europe idéale (fédérale). Si l’on voulait jouer la même partition que la sienne, avec le même instrument (ce que l’on se gardera de faire bien sûr), on pourrait dire que les communistes grande époque-grand teint avaient eux aussi une IDEE très positive de leur doctrine, morte avec le temps mais qui permettait de cacher les exemplaires réussites du communisme réel. Allez discuter avec les communistes d’aujourd’hui, l’information n’est pas parvenue jusqu’à leur logiciel.

    Et Henri IV, c’est un complot ? Un historien (avec titres et touça) a sorti un livre sur ce point et a été accueilli par des radios tout à fait normalement.

    Il y a aussi, pour citer quelques exemples de complots (avérés ?), le « cartel au succès économique spectaculaire ; les Sept Sœurs » (dixit Wikipédia, lui-même tenu par qui … ?). On peut voir aussi régulièrement l’Europe condamner les ententes sur les prix (complot ?) : téléphonie en France ; lessiviers ; etc.

  • permalien j0hn :
    25 août 2012 @21h05   « »

    "Conspirationiste"... pour ma part, je trouve que c’est devenu un compliment :-)

  • permalien j0hn :
    25 août 2012 @21h12   « »

    Je me demande même si le "conspirationniste" de cette époque ne serait pas le type qui utilise son temps de cerveau disponible pour réflechir plutôt que de le revendre à TF1.

  • permalien Antigue :
    25 août 2012 @21h29   « »

    "Se faire traiter "d’eurocrétin" par un nationalcon est un plaisir d’esthète cc Lordon et son fan club" (c’était Jeannot sur son Twitter).

    Pensée de Quatremer : l’Europe, c’est bien ; si ça ne marche pas, c’est la faute à chacune de ses composantes étatiques, forcément archaïques. Et si vous attaquez l’Europe, c’est que vous êtes un nationaliste (borné, débile…). Toujours à côté, Quaqua. Le reste est du sous-Courteline.

    Ça commence petit. Mais aussi, vous lui gâchez sa fin de vacances. Ceci dit, s’il répond sur son blog (il peut jouer le mépris en restant silencieux mais il aime tellement écrire, sur tout et sur rien), il ne faudra pas s’attendre à quoi que ce soit de nouveau ni de pertinent. Pour l’instant, de l’ad hominem, qu’apprécie tellement son grand popote Eolas. Là, en plus, il n’a pas dû encore lire le papier (qu’a mentionné “Arrêt sur images” samedi en fin de journée). Ça va lui faire tout drôle de voir ses billets cités comme preuves. Pas sûr cependant qu’il s’en soit rendu compte sur le moment et qu’il accepte la réalité de ce qu’il écrit après coup, décortiquée ici - vu son tropisme anti-anglo-saxon…

    Le fan club de JeanJean sur son blog est par ailleurs une clownerie en soi.

  • permalien M. :
    25 août 2012 @21h49   « »
    Economie politique du complot

    Dernièrement je lisais un livre d’une collègue de Frédéric Lordon, politologue tendance économie politique, dont toute la deuxième partie est consacrée à la question de l’intentionnalité / du complotisme : Anatomie politique de la domination de Béatrice Hibou. Je le conseille, y compris à Frédéric s’il ne l’a pas encore lu.
    L’auteure a notamment travaillé sur l’économie politique des fameux plans d’ajustement du FMI en Afrique. On se frotte les yeux, ses analyses résonnent fortement avec la situation européenne actuelle.

  • permalien Phil :
    25 août 2012 @23h12   « »

    Après "conspirationnisme", il faudrait traiter "populisme" aussi, qui fait florès depuis un bon moment jusqu’à son apogée durant les dernières élections.

    Le but est le même, empécher toute discussion par la disqualification du qualifié. Et l’on y retrouve peu ou prou les mêmes acteurs.

  • permalien Nicks :
    25 août 2012 @23h14   « »

    C’est un véritable cadeau de rentrée que cet article, pour un pratiquant régulier des Coulisses de Bruxelles. J’ai bien essayé "d’éduquer" ce brave monsieur Jean, souvent à coup de Lordon d’ailleurs, étant avéré que la pédagogie douce ne passe jamais la barrière du mépris chez les sachants orthodoxes, surtout quand c’est un profane effronté et un peu mal dégrossi qui se prétend en faire usage.

    Si le conspirationnisme dans sa provenance populaire se nourrit d’une certaine ignorance organisée (complot ou conséquence structurelle ?), que penser de celui qui vient de l’élite elle-même, qui en théorie, elle, doit être bien informée ? Bonne foi totalement crétine ou idéologie (jamais assumée chez les ultra-pragmatiques pourtant) ?

  • permalien Étienne Chouard :
    26 août 2012 @00h46   « »

    Merci Fred,
    c’est un vrai régal.

    Et le plaisir grandit à chaque relecture,
    tu es un sorcier des mots.

    Arriver ici à placer intelligemment incube, c’est de l’art.

    http://etienne.chouard.free.fr/Euro...

    Mille chauds mercis.

    Étienne.

  • permalien patrice sanchez :
    26 août 2012 @04h12   « »

    la presse libre déclare John Waiton, éditeur du New York Times dans les années 50, lors de son discours d’adieu. n’existe pas. Aucun de vous n’oserait donner son avis personnel ouvertement. Nous sommes les pantins qui sautent et qui dansent quand ils tirent sur les fils. Notre savoir faire, nos capacités et notre vie même leur appartiennent. Nous sommes les laquais des puissances financières derrière nous. Nous ne sommes rien d’autre que des intellectuels prostitués. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses ».

    Voici l’illustration parfaite que nous vivons dans un monde orwellien où désormais le mensonge d’état est érigé en vérité absolue !
    Au citoyen avisé de trier le bon grain de l’ivraie tout en sachant qu’il y a pour les journalistes intègres des sujets tabous !
    J’apprécie beaucoup vos articles dans le diplo monsieur Lordon ...
    Patrice Sanchez

  • permalien Cyberpipas :
    26 août 2012 @08h34   « »
    Liberté d’expression !

    @Vigneron

    Le très haut commissaire à la censure, rebaptisé modérateur par le ministère de la vérité, notre bien aimé Julien Alexandre, n’apprécie guère l’idée d’alliance, même éphémère, avec les égarés conspirationnistes ou autres azimutés de souche. Au dialogue sera souvent préférée la porte claquée ; laissant toutes ses chances à la pureté stérile et aucune à la stratégie politique.

    Exemple : les indignés sont infiltrés par de nombreux fafs et conspirationnistes. Mais ils ne le sont pas tous eux-même, heureusement. Et pour la plupart de ces jeunes acteurs se revendiquant apolitiques les discours tordus de tribuns foireux sont stimulants, à la fois porte d’entrée et exercice de leur pensée critique.

  • permalien wesson :
    26 août 2012 @09h55   « »

    Sans doute trouve-t-on de tout à propos du conspirationnisme : des tableaux sarcastiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jusqu’à de savantes (pitoyables) analyses de la « personnalité complotiste » et de ses psychopathologies.

    Là, on pense aussi sec à la lamentable série de M. Chevassus-au-louis de cet été sur les "conspirationnistes" ...

    Conspireriez-vous contre médiapart ?

  • permalien Luison :
    26 août 2012 @10h36   « »

    Merci de ce portrait au vitriol de Jean Quatremer, l’enfant de choeur européiste, la bouche pleine de l’hostie bruxelloise agitant son ostensoir à la face des damnés contestataires du régime kafkaïen qui nous est promis.
    On en vient effectivement à souhaiter que ce bazar s’écroule sous son propre poids, comme selon toute apparence, il est en train de le faire. Ça n’empêche que ça fout la trouille. On ne sait pas où on va. Mais on sait d’où on vient et ça fait encore plus peur.
    Triste de constater que "les loups sont entrés dans Paris", l’Europe est à nouveau investie par les démons de la barbarie. Je ne vois pas comment appeler autrement le sort fait aux Grecs et à toutes les victimes à venir du soi-disant rationalisme économique.
    Si beaucoup sombrent dans la manie complotiste, c’est que le pouvoir avance masqué.
    Un exemple : avez vous vu les tronches de Merkel et de Hollande lors de leurs dernières déclarations sur la Grèce ? On voit qu’ils font un mauvais coup. Ils mentent et ils le savent. Ils disent qu’ils veulent que la Grèce demeure au sein de l’Euro, tout en posant des exigences qui le lui interdisent. Double langage : je t’aime, je t’étrangle. De quoi rendre fou n’importe qui.
    Cerise sur le "flamby", Hollande demande à la Grèce de faire la preuve de sa crédibilité. Lui qui s’apprête à mettre le pays au pas de l’oie budgétaire en contradiction flagrante avec ses engagements pré-électoraux. Un telle duplicité du langage ne peut qu’alimenter le soupçon.
    La cruauté inouïe des processus en cours est difficile à appréhender. Nous sommes tous en état de sidération. Naomie Klein dirait en état de choc. Est-il absolument loufoque de supposer, qu’il n’y ait derrière tout ça le projet déterminé de revenir à une sorte de féodalité moderne, avec ses privilèges et son servage ? On aimerait se tromper.

  • permalien Leshko :
    26 août 2012 @11h21   « »
    Merci

    Je souhaitais juste remercier le Monde Diplo pour cet article, qui comme souvent, articule une politique irréprochable, en rappelant que le conspirationisme d’en bas n’est pas le meme que celui d’en haut. Etant Marxiste, j’avais moi-même tendance a me moquer de ce peuple conspirationiste. L’analyse sociologique qui en est faite est a ce titre intéressante.

    Merci

  • permalien Andé Catala :
    26 août 2012 @11h54   « »
    les faits plutot que le phénomène

    Article très bien écrit effectivement. Frédéric Lordon semble de toute façon incapable d’être chiant.

    Sa conclusion est largement ignorée par les commentateurs dont je suis qui préfèrent discuter de conspirationnisme :

    L’Europe est seulement victime de ses institutions. Ce qui au passage met de l’eau au moulin d’Etienne Chouard.

    Le conspirationnisme dans cet article semble donc n’être qu’un accessoire. A cet occasion, même si l’existence de complots avérés nous est rappelée, le phénomène conspirationniste est traité globalement comme un fait sociologique plutôt que psychiatrique (ou psychologique). Ce que l’auteur pense être un progrès.

    En fait cet article prouve selon moi qu’au sujet des complots une réflexion nous fait progresser que lorsqu’elle traite des faits plutôt que du phénomène. En particuliers des faits sur lesquels on est capable d’exercer une expertise.

    Mr Lordon, étant un bon connaisseur des mécanismes financiers, pourquoi ne consacreriez-vous pas un tout petit peu de temps aux délits financiers autour du 11 septembre plutôt que de nous expliquer le fait social du conspirationnisme ? :

    Je vous renvoie à cet article et interview du professeur américain d’économie Paul Zarembka qui fait un bon résumé des études existantes sur ces délits d’initiés autour du 11 septembre :

    http://www.reopen911.info/News/2012...

    ’’Malgré trois études scientifiques conduites depuis 2003 et concluant toutes à une très forte probabilité de délits d’initiés et de malversations financières en lien avec le 11-Septembre, cette question continue d’être royalement ignorée par la communauté de la Finance et par les chercheurs en économétrie. Le journaliste financier allemand Lars Schall fait le point sur ce sujet en interrogeant le professeur américain d’économie Paul Zarembka. Plus nuancées que d’autres, notamment au sujet des possibles délits d’initiés sur American Airlines, les conclusions du Pr. Zarembka n’en font pas moins froid dans le dos.’’

  • permalien depariso :
    26 août 2012 @11h57   « »

    @A-J Holbecq

    Merci pour le lien. Débat instructif en effet, même si particulièrement chronophage pour un néophyte tel que moi.

  • permalien Modigliani :
    26 août 2012 @12h17   « »
    Un cerbère de J o r i o n peut en cacher un autre ...

    A propos du commentateur "Vigneron", ce que celui-ci ne vous dit pas c’est qu’il est lui aussi un cerbère du site de Jorion ; un gardien du temple ... qui intervient ici tout en perfidie et autre habileté sournoise ;)

    Chez J o r i o n on a besoin d’un peu de buzz alors qqs jours après Lordon, on sort un improbable billet sur le même thème d’une médiocrité intellectuelle surprenante (je veux dire sans aucune originalité) et on envoie un provocateur sur le site avec l’espoir d’en ramener un peu de trafic !

  • permalien Modigliani :
    26 août 2012 @12h26   « »

    André Catala, pourquoi vouloir ne s’intéresser qu’aux seuls faits plutôt qu’aux phénomènes ? les deux études sont intéressantes à mener conjointement. Quant aux phénomènes, ils n’existent que parce qu’il y a des faits pour les constituer.

    Et l’étude des seules faits serait frustrante et injustifiée, quasi-stupide, pardonnez moi, en ce sens qu’il n’y a aucune raison de se priver de la connaissance des phénomènes auxquels donnent lieu la répétition des faits susceptibles d’être rassemblés sous une même catégorie.

    Ce genre d’étude peut en effet permettre de révéler certaines tendances plus génériques qui les sous-tendent ... Travail d’identification que fait plutôt bien Frédéric Lordon ici.

  • permalien wesson :
    26 août 2012 @12h38   « »

    @Modigliani,

    M. J o r i o n est avant tout une personnalité médiatique, qui sait ce qu’elle doit penser pour continuer à être invité dans le médias. Son blog très bien tenu aura a coeur de modérer toute contribution gênante, tout en laissant passer les critiques les moins construites.

  • permalien Jeff :
    26 août 2012 @12h59   « »

    Attention aux coïncidences...

  • permalien Cyberpipas :
    26 août 2012 @13h28   « »
    Conspirationnisme & Finance : la paille et la poutre

    @ Andé Catala

    Il est à craindre que l’aspect "occulte" de la finance -qui ne magouille pas si souvent qu’elle le voudrait au grand jour- ne dépasse dramatiquement l’épisode du 11 septembre. Du temps et de l’énergie, il va nous en falloir pour tout décortiquer. Mais pourquoi vouloir s’attarder davantage sur le 11 septembre ? Quel en est l’intérêt supérieur ?

    Certaines personnes, comme Denis Robert, y ont laissé quelques plumes mais peuvent parfois ramener des trophées.
    Ces petites victoires ont leur importance.

    La question est de savoir ce qu’on en fait.
    Denis Robert a gagné, qu’est-ce qu’on en a fait ?

    Vous voulez démasquer des magouilles financières parmis tant d’autres autour du 11 septembre (2001 je suppose...) ; pourquoi faire ?

  • permalien Bolzano :
    26 août 2012 @16h27   « »
    Conspirationnisme : théorie ou idéologie

    Le problème avec le complot c’est qu’on s’obstine à l’appeler une théorie. Une théorie ça se prouve en se confrontant à la complexité du monde, ça se réfute par des expériences ou des vérifications transparentes, ça s’appuie sur des théories précédentes et ça peut mener à des théories futures, ça donne des prévisions dont certaines sont favorables et d’autres moins réjouissantes. En un mot ça obéit à la méthode scientifique.

    Or ce qu’on nous présente dans le monde conspirationniste, c’est des idéologies : ça explique tout à partir d’idées simples, ça néglige les faits qui ne vont pas dans le bon sens et ça ne retient que les expériences qui arrangent la thèse, ça sort de nulle part comme explication ad hoc d’un ou plusieurs événements de préférence néfastes, ça ne mène à rien de fécond et ne prévoit rien sauf à les multiplier pour profiter de l’effet Barnum, les conspirationnistes sont à la science ce que l’astrologie est à la physique théorique : c’est vachement plus simple et bien plus compréhensible, ça se relie à notre vie quotidienne mais ça ne rassure que ceux qui y croient.

    Les crétins du genre Euro ou Pétrole inépuisable ou Marché tout-puissant sont aussi dans la croyance, mais certains ont des leviers de pouvoir : économique, politique, médiatique. Rien n’empêche de les soumettre à la même méthode scientifique, et ceux qui ne sont pas crétins nous en remercieront s’ils sont indépendants, trouveront autre chose pour nous enfumer s’ils ont du pouvoir à conserver ou des intérêts à défendre, mais au moins on pourra faire la différence, on peut avoir l’air crétin parce qu’on est payé pour, parce qu’on espère en tirer un profit, parce que c’est dans l’air du temps, parce qu’on a oublié de réfléchir, mais surtout parce que personne ne le fait remarquer.

    Donc l’interpellation me paraît salutaire : dis donc mon lapin, ça m’a l’air un peu crétin ce que tu racontes depuis quelque temps, tu peux m’expliquer d’où tu parles là ?
    Comme dans la psychanalyse, la question n’a pas un intérêt évident, c’est la réponse qui sera éclairante.

  • permalien Berrillimité :
    26 août 2012 @18h34   « »
    Conspirationnisme : théo(rie ou idéo)logie

    Bolzano, je serais vous, j’irais plus loin.
    Toute religion est toujours une théorie de la conspiration.
    L’idée d’un Dessein Intelligent (peu importe dans quelle religion ou mythe) est une idée de conspiration.
    Une entité complote pour que l’Univers existe, puis la Terre, puis les Humains. Souvent, une autre entité complote pour tout cela soit détruit. Ces entités ont un plan, parfois plusieurs.
    Le complot fait tellement partie du psychisme humain que tous les mythes de la Création sont conspirationnistes.

  • permalien gloc :
    26 août 2012 @19h05   « »

    Bolzano et Berrillimité, toute conspiration est une théorie autrement ce ne serait plus une conspiration, ce serait un délit (d’initié, de fausse concurrence, d’entente commercial, d’association de malfaiteurs, un coup d’état).

    Seule la théorie de la théorie du complot est une idéologie.

  • permalien Jordi GRAU :
    26 août 2012 @21h27   « »

    A Bolzano

    Ce que vous dites me paraît assez juste, mais aussi un peu vague. Il faudrait savoir comment on reconnaît le "monde conspirationniste" du monde de la rationalité. Expliquer un événement en disant qu’il est le fruit d’un complot n’est pas nécessairement construire une théorie invérifiable et plus ou moins délirante. Un attentat comme celui du 11 septembre 2001 a forcément été préparé par un complot de malfaiteurs. Tout le monde est d’accord là-dessus. La seule différence entre les différentes "théories" ou "versions", c’est que l’une attribue ce complot à Al Qaïda et à elle seule, alors que les autres proposent d’autres coupables. Comment reconnaître la meilleure version ? Pour moi, cela n’est pas si évident que cela en a l’air. A l’évidence, ce n’est pas parce que l’administration américaine approuve un document qu’il est exact. On sait ce qu’il en fut des armes de destructions massives irakiennes. En l’absence de démonstrations ou de preuves entièrement convaincantes dans un sens ou dans un autre (du moins, à ma connaissance), je préfère suspendre mon jugement.

    Autre exemple : le coup d’État qui a renversé Mossadegh dans les années 50 était évidemment le fruit d’un complot - un coup d’État, cela s’improvise rarement, et ce n’est jamais le fait d’un seul homme ! Les États-Unis ont d’ailleurs reconnus plusieurs décennies plus tard leur implication dans ce complot. Il n’était donc ni délirant ni invérifiable de leur attribuer une part de responsabilité dans le coup d’État avant même qu’elle soit établie.

    Bref, il ne suffit pas de croire à un complot pour avoir une "théorie du complot" au sens péjoratif que vous donnez à cette expression.

  • permalien Jordi GRAU :
    26 août 2012 @21h32   « »

    Correction du dernier message

    Dans la dernière phrase, j’aurais plutôt dû écrire : "Bref, il ne suffit pas de croire à un complot pour être dans l’idéologie, au sens péjoratif que vous attribuez à ce mot."

  • permalien etienne :
    26 août 2012 @22h17   « »

    « Dans un débat public médiatique qui n’a pas son pareil pour saloper irrémédiablement n’importe quelle question, il est donc probablement sans espoir d’imaginer définir une position intermédiaire qui tiendrait ensemble et la régulation contre certains errements extravagants (jusqu’au scandaleux) de la pensée conspirationniste, et l’idée que la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants – mais faire ce genre de distinction est sans doute trop demander, et on voit d’ici venir les commentaires épais qui feront de ce propos une défense apologétique du complotisme et des complotistes… »

    Ben oui, c’est là tout le problème.
    F. Lordon montre très bien les raisons de l’existence d’une "demande sociale" pour le complot comme moyen de défense des gens systématiquement opprimés et mis à l’écart des décisions politiques. Il est très étonnant que le texte de Spinoza éclaire à ce point une telle demande des siècles plus tard.

    En première analyse, l’approche scientifique la plus raisonnable en la matière est la suivante : rejeter a priori toute hypothèse non nécessaire au regard des faits historiques, ce qui résume de mon point de vue de façon plus élégante – car plus économe en mots - ce que dit F. Lordon lorsqu’il écrit « refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! » 99% des supposés complots peuvent être ainsi désarmés aisément sans perdre trop de temps en démonstrations pénibles et interminables - car jamais entendues par les acharnés du complot.

    Un obstacle méthodologique réside cependant dans la difficulté à circonscrire la définition d’un complot, et de le distinguer du lobbying, des groupes de pressions, de la communication institutionnelle : de ce point de vue, F. Lordon semble adopter une définition bien large du complot en prenant appui sur la réunion "secrète" de la SEC. En adoptant cette approche, on peut considérer que Davos, les institutions internationales et européennes sont peuplées de milliers de complotistes actifs. Sans bien sûr attibuer à F. Lordon une quelconque complaisance - qu’il anticipe lui-même - à l’égard du "complotisme", je trouve sa position bien imprudente en adoptant une définition aussi large.

  • permalien etienne :
    26 août 2012 @22h25   « »

    Car il n’est nul besoin d’être un marxiste patenté pour comprendre que l’établissement d’un pouvoir oligarchique n’a aucun besoin de s’appuyer sur le complot ou les réunions secrètes pour persévérer dans son être - et F. Lordon le répète à longueur de papiers en mettant l’accent sur les effets structurels et le comportement quasi-programmatique des agents pris dans tel ou tel agencement institutionnel. Il suffit aux agents bien placés dans les structures oligarchiques de poursuivre leurs intérêts compte tenu du pouvoir dont ils jouissent : la gestion de la crise de 2008 par les grandes banques françaises dans le bureau de C. Lagarde, l’emprise des milieux financiers sur l’administration Obama, qui furent les principaux bailleurs de fonds de sa campagne, tout cela ne relève pas du complot, mais de l’intérêt bien compris d’agents bien placés dans différents champs - économiques, politiques et administratifs.
    Tout cela est en réalité assez transparent, même si une publicité trop tapageuse à ce sujet gêne de façon évidente ces agents de l’élite politico-économique aux entournures.

    Une autre difficulté encore consiste à séparer ce qui relève des INTENTIONS et ce qui relève des RESULTATS objectifs de toute entreprise synarchique. Qu’il se trouve dans le monde des centaines de tarés décidés à réunir d’autres tarés autour d’eux pour renverser tel ou tel régime est un chose. Des complots se fomentent ainsi toutes les minutes. Que ces gens parviennent à leurs fins en est une toute autre. De ce point de vue, le texte et l’entreprise criminelle de Breivik en Norvège représentent l’archétype du complot raté : personne n’a voulu le suivre. Il s’agissait à le lire pourtant bien d’un complot visant à mettre à bas la "social-démocratie" dans son pays.

    L’appétence populaire pour la "théorie" du complot s’explique aussi très souvent par une intuition juste de l’existence d’intérêts objectif tellement puissants qu’il ne serait pas absurde que des gens bien organisés se livrent à une telle manoeuvre, aussi énorme paraisse-t-elle. Cela explique pourquoi autant de gens pas forcément fous se soient ainsi naïvement empêtrés dans le dossier "reopen 09/11" : ces attentats ont en effet été une aubaine pour les néocons va-t-en-guerre aux Etats-nis, cela ne fait aucun doute. Le seul problème - de taille - est qu’il n’y a pas eu besoin d’"inventer" ces terroristes ni leur crimes, puisqu’ils ont bel et bien existé.

  • permalien etienne :
    26 août 2012 @22h34   « »

    Alors pourquoi F. Lordon, pourtant si avisé, prend-il le risque assumé d’étendre ainsi abusivement le champ et la définition de la conspiration, en l’appliquant à ce qui relève du simple lobbying - ce qui n’enlève rien à l’aspect proprement scandaleux de ces activités en démocratie ? Pourquoi semble-t-il aussi finalement compréhensif sinon complaisant avec les maladresses douteuses - sinon franchement puantes - autour de "l’argent dette" ou de la "loi Rotschild" de 1973 - errements qu’il présente comme le chemin nécessaire d’une propédeutique de la plèbe blogeuse s’emparant des questions monétaires et financières sur la "toile" ?

    Ce que ne dit pas F. Lordon est qu’il intervient à la fois comme chercheur et comme militant. Economiste hétérodoxe implacable, c’est certainement l’auteur qui a le plus popularisé, et avec la plus grande rigueur, les mécanismes de la dérèglementation financière en Europe et ailleurs, et en même temps mis à jour l’inanité des discours auto-justificateurs de la collusion jounalistico-politique défendant l’eurocratie.

    Sa position de chercheur devrait toutefois le conduire, comme la totalité de ses collègues - y compris atterrés - à traiter avec mépris sinon condescendance des démonstrations d’amateurs comme le film de Grignon, truffées d’erreurs techniques grossières et franchement simplificatrices. Il suffit de lire cet article d’@si pour voir comment ses confrères traitent l’intrusion d’amateurs, illégitimes de ce fait sur le plan institutionnel dans le champ académique :

    http://www.arretsurimages.net/conte...

    Verdict d’AS Jacques :
    "En conclusion, il faut bien reconnaître que j’ai trouvé peu de voix pour défendre cette vidéo, les uns réfutant le rôle de la création monétaire, les autres acceptant le lien dette publique / système monétaire mais regrettant la caricature, les manques, les raccourcis trop rapides."

    Or, a rebours de la totalité de ses confrères - encore une fois pourtant dans le camp des "atterrés" - F. Lordon est le seul qui ne rejette pas ce film ni les autres tentatives de la blogosphère "banksters", au nom de l"’apprentissage de la majorité". Cette attitude en dit autant sur ses collègues que sur la singularité de son approche.
    En bon détenteurs du savoir rationnel, scientifique et légitime, ses confrères atterrés ne peuvent cautionner des thèses aussi simplistes et factuellement erronées sur des points cruciaux (la création monétaire par les banques de second rang a toujours été un fait connu et transparent, et sa supposée "révélation" n’en n’est pas une, l’existence d’un taux d’intérêt ne constitue aucunement en elle-même la justification "cachée" d’une croissance indéfinie du PIB etc...).

  • permalien etienne :
    26 août 2012 @22h42   « »

    Ces chercheurs sont aussi manifestement dérangés par l’intrusion et la diffusion d’un savoir amateur sur la "toile" qui sape à la fois leur position de détenteurs exclusifs du savoir légitime (ce serait la "mauvaise raison" de leur réaction négative), et déplorent à juste titre le mélange indistinct de faits justes et de faits erronés dans les thèses anti-"banksters" particulièrement néfastes à la constitution et à la préservation d’un savoir authentiquement scientifique (ce qui constituerait une "bonne raison" à leur réaction).

    La position de F. Lordon est tout autre : bien plus engagé politiquement que ses confrères, celui-ci est prêt à sacrifier une certaine "pureté" de la science comme un effet nécessaire de la diffusion du savoir en matière financière et bancaire. Son approche est stratégique, même s’il ne le dit pas : parfaitement conscient de la nécessaire corruption du savoir savant lors de sa diffusion et de sa vulgarisation, F. Lordon juge cet effet mineur au regard de l’essentiel, à savoir l’investissement par des gens peu dotés en culture économique et sociale des questions monétaires et financières.
    C’est un pari politique qui repose sur l’idée suivante : peu importe que des conneries plus ou moins vaseuses soient ainsi véhiculées sur le web du moment que les idées essentielles se diffusent, à savoir les dégâts intolérables que la dérèglementation financière impose depuis plus de 20 ans aux catégories les plus démunies des pays riches.
    Comme il l’a écrit à plusieurs reprises depuis la crise de 2008, l’heure est bien à la "mobilisation des affects" d’indignation et de révolte, ce qui autorise finalement des simplifications mineures qualifiées de "scories" par l’auteur. Du point de vue stratégique en effet, rien de tel que les thèses du complot pour « mobiliser les affects » populaires... Cependant, cette position est foncièrement ambigüe au regard des critères rigoureux de la pensée « lordo-spinoziste » : premier à fustiger les « cyniques et les cons » du camp d’en face, F. Lordon semble ici prendre le risque de se prêter à l’exercice cynique de l’instrumentalisation de la part de « connerie » de son propre camp, ou en tout cas de s’en accommoder comme un pis-aller.
    C’est tout le problème du discours scientifique quand il prétend entrer dans le champ politique sans le dire, même pour les meilleures raisons du monde. Dit autrement, reconnaître la légitimité sur le plan politique du « surgissement, peut-être désordonné mais finalement salutaire » de discours erronés, et potentiellement franchement douteux , revient à faire sienne la maxime « on ne fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs ». Cependant, une fois cette frontière franchie, il faut faire la comptabilité de ce qu’on gagne et de ce que l’on perd dans la puissance du discours.

  • permalien etienne :
    26 août 2012 @22h47   « »

    De ce point de vue, F. Lordon est extrêmement cohérent puisqu’il applique parfaitement et rétroactivement l’intuition spinoziste qu’ « il n’existe pas de puissance intrinsèque d’une idée vraie ».
    Cet argument est absolument irréfutable et en même temps foncièrement désespérant, car il conduit logiquement à s ’accommoder complaisamment d’ « idées fausses » à des fins politiques – fûssent-elles légitimes – or il y a là une marge dont le franchissement est loin d’être anodin. Car ce qu’il y a a perdre sur le plan de la démonstration scientifique n’est pas forcément compensé par la diffusion massive d’idées populaires à moitié foireuses mais allant globalement « dans le bon sens ».

    Il ne s’agit pas ni de dévoiler ni encore moins dénoncer une position, mais de l’expliciter. A la décharge de F. Lordon, un argument fort en faveur de son approche stratégique se trouve dans la position des adversaires – incarnée en particulier par l’inénarrable Quatremer – dont les arguties, en plus d’être la plupart du temps foncièrement bêtes et de mauvaise foi , ne s’embarrassent pas, quand à elles, de telles précautions vis-à-vis du réel. De ce point de vue, tout les coups rhétoriques sont effectivement permis jusqu’à élimination par KO : faut-il cependant user des mêmes armes que celles des « cyniques et des cons » ?

    A titre personnel, il se trouve que j’ai pu défendre un savoir scientifique plutôt monolithique et intraitable lors des débats interminables à propos de la monnaie sur le blog littéralement monstrueux à tous points de vue de P. Jorion, sidéré que j’étais à l’époque qu’une telle mobilisation d’énergie intellectuelle et collective aie pu aboutir à de telles apories foireuses. Je m’étais fendu d’une descente en règle du « savoir collectif émergent » sur internet, bien que n’étant pas sûr de mon coup et sensible aux arguments contraires, en particulier ceux de E. Chouard qui s’était lancé dans une défense et illustration du savoir collaboratif sur internet.
    Ces échanges sont lisibles ici, à partir du post 127 :
    http://postjorion.wordpress.com/200...

    Quatre ans plus tard , bien qu’encore très réticent, je reconnais une certaine pertinence à l’approche « charitable » de F . Lordon vis-à-vis du « petit miracle des non-experts » qu’avait défendu à l’époque E. Chouard...même si Jorion, quand même, c’est bien de la merde.

  • permalien roberto :
    26 août 2012 @23h05   « »

    "s’en prendre répétitivement, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opérateurs (Hedge Funds, banques et agences) est le passeport pour l’asile de l’ignorance."

    ça ne lui suffit pas à quatremer : il s’en prend invariablement aux électeurs du non forcément crétins et extrémistes et à la démocratie nationale forcément coupable et rétrograde

    il est aveugle, la réalité lui échappe

  • permalien RST :
    26 août 2012 @23h08   « »
    Etienne, le retour

    @Etienne

    Vous ne vous exprimez que tous les 4 ans mais ça vaut le coup à chaque fois, même si je vous trouve bien sévère avec Grignon & Co.

  • permalien Berrillimité :
    26 août 2012 @23h17   « »

    Gloc, pour qu’il y ait délit effectif il faut qu’il y ait au moins enquête, sinon procès voire condamnation.
    L’écueil théorique (sur la distinction entre délit effectif et théorie) tient dans les conspirations/complots qui ont suffisamment réussi pour réécrire l’histoire, puisque l’Histoire est écrite par les vainqueurs.

    Typiquement, une religion (en particulier monothéiste) est une conspiration qui a suffisamment réussi pour pouvoir écrire l’Histoire (sous forme d’un livre, écrit par Dieu soi-même tant qu’à faire), et que toute autre théorie sur le monde - notamment scientifique - n’est qu’une théorie qui ne fait que réécrire l’Histoire.
    I.e "Darwin serait une théorie, qui vise à réécrire une Histoire millénaire déjà écrite par Dieu".

  • permalien Modigliani :
    26 août 2012 @23h45   « »
    Jorion ne débat guère avec les commentateurs ...

    ... tout au plus lance-t-il des vannes ; il fait de l’esprit ; il aime bien se payer les esprits critiques. je n’ai jamais vu Jorion participer à un débat suivi avec un commentateur lambda (depuis deux ou trois ans). Je ne demande pas mieux que d’être convaincu du contraire ! En tout cas j’ai posé une question à Jorion voici une semaine environ et toujours pas de réponse !!

  • permalien caroline Porteu :
    27 août 2012 @02h03   « »

    Suis je conspirationniste si je dis la chose suivante ?

    [Les Traités Européens rendent la séparation des activités bancaires impossible à réaliser->http://blogs.mediapart.fr/blog/mari...]

    Le processus est très simple à comprendre :

    Les banques sont soumises à des ratios de solvabilité déterminés par la Commission Européenne, en particulier ce qu’on appelle les accords de Bale III et leurs ratios de liquidités .

    Ces ratios permettent aux banques de garder un certain niveau de sécurité . Les dépôts et les crédits sont intégrés dans les calculs et permettent de déterminer des « ratios de liquidités » .

    Il est déjà très difficile dans le contexte actuel de procéder à la séparation des activités financières. En effet, en retirant les dépôts des particuliers et des entreprises, on affecterait gravement la situation des banques par rapport aux ratios de liquidité. Les banques d’affaires seraient obligées de procéder à des recapitalisations immédiates pour rester conformes aux exigences Européennes. La fuite des capitaux qui ont provoqué les difficultés de banquiers espagnols peut s’apparenter à ce schéma .

    Supposons que malgré ces difficultés le Gouvernement fasse passer cette Loi de séparation, conformément à ses promesses . Certaines banques d’affaires risqueraient de ne pouvoir s’y conformer et demanderaient l’aide de l’Etat en arguant du fait que c’est l’Etat qui les y oblige.

    Ces aides supplémentaires, qui augmenteraient l’endettement de l’ état, devraient faire l’objet d’une demande officielle auprès du Mécanisme Européen de stabilité : elles empêcheraient en effet l’Etat en question de respecter la « Règle d’Or » qu’il vient de ratifier et qui figure au TSCG . Le MES, qui aura tout pouvoir, pourrait alors exiger l’annulation de la séparation puisque justement, dés que le MES est activé par un pays, les gouverneurs du MES ont leur mot à dire sur les budgets des Etats et les méthodes pour atteindre les équilibres imposés . Ils peuvent IMPOSER des mesures, ainsi qu’ils le font actuellement en Grèce et en Espagne.

    La première réaction logique des Gouverneurs serait de faire ANNULER la règle de séparation qui cause tant de torts aux banques … puisque cela restreint considérablement leur terrain de jeu et leur pouvoir d’influence.

    CQFD .

  • permalien Arnaud :
    27 août 2012 @13h01   « »

    Je me permets de répondre à la question posée par Cyberpipas à André Catala : Pour quoi faire, étudier les délits d’initiés autours du 11/9, pour quoi faire s’intéresser aux centaines de faits, témoignages, analyses scientifiques qui invalident la version dite officielle, pour quoi faire chercher à savoir qui a organisé ces attentats ..?

    C’est simple, il suffit de penser 5 mn aux innombrables conséquences désastreuses du 11/9 pour avoir la réponse.

    Et on peut s’étonner que la question ne soit pas posée par exemple à Mediapart quand ils enquêtent sur l’attentat de Karachi ou à ceux qui cherchent à savoir qui a tué Kennedy.

  • permalien Nico :
    27 août 2012 @15h03   « »

    Lisez Pétrole ! (Oil !) d’Upton Sinclair et de nombreuses choses deviendront claires.

  • permalien Anti Grande Bourgeoisie :
    27 août 2012 @16h23   « »

    Excellente analyse. Mais en plus de voir le problème sous la forme gouvernants-gouvernés, il serait intéressant d’examiner la chose en terme de classes, en se focalisant sur la classe qui détient tout : savoir, argent, pouvoir, réseaux.
    La grande bourgeoisie au coeur du pouvoir. La classe qui est la raison d’être du capitalisme.
    Une classe au mode de vie collectiviste, une classe en soi et pour soi. Voir à ce titre les excellentes analyses de l’historienne Annie Lacroix-Riz (Le choix de la défaite) et les analyses de la sociologue Monique Pinçon-Charlot.

  • permalien Philo :
    27 août 2012 @17h10   « »

    Bonjour

    Personnellement je suis très réticent avec la théorie du complot car elle permet de s’offrir l’irresponsabilité de la victime. Elle véhicule les idées nauséabondes liées aux mensonges, la trahisons les manipulations. Ces termes n’apparaissent pas dans le débat ci-dessus.
    Le monde des bisousnours n’existe pas mais de quoi s’agit il ? Le complot c’est le secret, des mensonges, des falsifications des faits ou des propos, voir des violences, certainement à minima l’irrespect et le fait de privilégié l’intérêt personnel....
    L’histoire nous montre des vraies démarches complotistes : coup d’Etat, fausses nouvelles économiques, rétentions d’informations... Les exemples sont nombreux, mais il ne s’agit pas comme le dit F Lordon de justifier tous les dysfonctionement à l’aune du complot.
    Il s’agit autant que faire se peut, de prouver le complot. Mais c’est souvent l’histoire qui le permet, et ce longtemps après. Savez vous par exemple que les USA ont essayé afin que nous ne puissions pas parvenir à la bombe atomique de fouiller dans le passé de De Gaulle ou de financer des syndicats en France. Nous n’étions pas loin de l’Argentine....
    Je préfère pour faire avancer le monde vers plus de respect mutuel la pensée de Marc Aurèle : « si tu veux te défendre de ton ennemi, commence par ne pas lui ressembler ».
    Ce qui ne nous prive pas de dénoncer ces complots quand ils sont avérés et non pas comme le souligne des blogeurs : « tous vendus » ou « Un exemple : avez vous vu les tronches de Merkel et de Hollande lors de leurs dernières déclarations sur la Grèce ? On voit qu’ils font un mauvais coup. Ils mentent et ils le savent. Ils disent qu’ils veulent que la Grèce demeure au sein de l’Euro, tout en posant des exigences qui le lui interdisent. Double langage : je t’aime, je t’étrangle. De quoi rendre fou n’importe qui ».
    Ces jugements sont aussi nauséabonds que le complot qu’ils veulent dénoncer. Je n’aimerai pas que de tels jugements viennent à gouverner la place publique de nombreuses périodes de l’histoire sont pleines de crimes commis en ce nom là. De même, faut il récuser l’arbitraire ou les procès conduit d’avance.
    Selon Marc Aurèle il conviendrait de rechercher des faits des preuves et ainsi de juger voire de condamner.
    Je suis juristes fiscalistes et suis effrayés par la fréquence des jugements à priori, ainsi que des lettres de dénonciation. Parfois justes, parfois faux.... Je me pose à chaque fois la question avant de sanctionner des capacités du comploteur ou du fraudeur et de ses bénéfices éventuels. Souvent, par volonté de ressentiment, dénoncé justement par Nietzsche on prête au comploteurs des moyens qu’ils n’ont pas.

    Philippe

  • permalien Denis Grimaulde :
    27 août 2012 @17h46   « »

    Excellent et jubilatoire, comme toujours.
    Enfin des réponses (ou éléments de) socio-politiques à la question qui me tarabustait depuis pas mal de temps : pourquoi ces théories du complot ou complots tout court (on ne sait plus) et leur hantise parmi notamment les élites intellectuelles de tous bords ? A quoi on peut ajouter cette autre explication donnée par le rhétoricien Loïc Nicolas : résurgence de la pensée sensible ou archaïque chassée par la modernité ( vidéo parue sur Médiapart -hum hum-récemment et entre autres - à partir de la minute 26 :
    http://www.dailymotion.com/video/xscjsj_theories-du-complot-entretien-avec-le-rhetoricien-loic-nicolas-pour-mediapart_news )

    [12], commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se soit cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd annonçant l’explosion de l’euro [13]
    Ah, cet "après que" ! J’aurais écrit : après que son auteur s’est cru...

  • permalien Seb-oreau :
    27 août 2012 @18h06   « »

    Moi je trouve les théories du complot crédibles, en tout cas dans tout ce qui touche à l’économie et la géopolitique occidentale.

    Il est possible que l’auteur sache quel est le sort réservé par maitre politiquement correct aux adeptes de ces théories.. et qu’il ne souhaite pas y être assimilé.

    Un bon ptit billet, histoire de montrer patte blanche, ça peut éviter de fâcheuses sanctions. N’avons-nous pas tous une famille à nourrir ?

    Expliquer toutes les magouilles politiques et économiques à cause du "fric" est bien réducteur.
    Au mieux, cela permet de se donner bonne conscience.

  • permalien Morpheus :
    27 août 2012 @20h06   « »

    Parfois, comprendre le sujet dont on parle est simple comme consulter un dictionnaire. Ainsi, la définition de conspiration.

    Une conspiration (synonymes : conjuration, complot, cabale), c’est :

    1. Un accord secret entre plusieurs personnes en vue de renverser le pouvoir établi ou ses représentants.

    2. Une entente secrète entre plusieurs personnes ou choses personnifiées, soit :

    a) contre quelqu’un ou quelque chose.

    b) en vue de renverser un ordre (qu’il soit représenté par une personne ou un savoir, une valeur).

    3. Une série d’actions secrètes entreprises au profit de quelqu’un ou quelque chose, soit :

    a) réunion(s), action(s) commune(s), hostile ou non, de forces conjuguées en vue d’un même effet.

    b) entente secrète ou tacite entre plusieurs personnes pour étouffer un fait, les opinions ou les droits de quelqu’un = conspiration du silence.

    Si l’on se réfère de façon stricte à cette définition, on constatera que l’existence de complots n’est pas chose rare et exceptionnelle, mais chose fréquente et habituelle.

    On peut évaluer avec quelque réserve et avec mesure le phénomène "conspirationniste", objet de l’article de Frédéric. Sans cette mesure, on pourrait par exemple taxer Adam Smith de conspirationniste !

    N’écrit-il pas, par exemple, dans le Livre I, chapitre 8, p. 137 et 138 :

    « On entend guère parler, dit-on, de coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps, et partout, dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. Quelques fois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent, comme ils font quelques fois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler. (...) »

    Curieusement, l’on entend jamais les thuriféraires d’Adam Smith citer pareil passage ...

    Alors, Adam Smith, "conspirationniste", lui aussi ?

    Cordialement,
    Morpheus

  • permalien Shanaa :
    27 août 2012 @20h36   « »

    Bonne rentrée ! Et, ça tombe bien, avec cet article qui donne la péche !
    "Le conspirationnisme comme symptôme politique
    de la dépossession"...
    Et comme symptôme de la désinformation et des fichelles devenues trop grosses !
    Le peuple est loin d’être stupide ou dupe ! Il suffit de voir les commentaires sur les forum !
    "Dans un monde politique unipolaire, la deuxiéme force c’est le peuple"
    - Noam Chomsky.

  • permalien Ferdinand :
    27 août 2012 @20h54   « »

    « […] commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se soit cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd […] ».

    « après que » + subjonctif ? Ben alors, mon Fredo, y a du relâchement…

  • permalien jice :
    27 août 2012 @23h08   « »

    Il semblerait que les thèmes du complot et conspirationnisme ou complostisme face plus jaser que celui de l’eurocrétinisme.... sous branche du crétinisme universel...c’est bien dommage car là est bien l’origine de nos maux... ce n’est pas facile de ne pas faire prendre des vessies pour des lanternes... n’est ce pas M. Lordon....?!

  • permalien Shanaa :
    27 août 2012 @23h39   « »

    Les "complotistes" sont des personnent qui profitent de l’outil démocratique internet, AGORA virtuel, pour débattre.
    Imaginons, que nous ayons que les médias dominants comme unique source d’information. On aurait gobé toute la propagande sur le 11/09, sur Bin Laden, sur les mensonges des guerres contre l’Irak, sur les vaccins, les épidémies, etc...
    Les conséquences des mensonges propagandistes du pouvoir c’est qu’ils installent le doute. Ainsi est suscitée la perplexité et culpabilité dans la tragédie libyenne, et la méfiance face au cas syrien !
    A ce jeu, même si c’est véridique il n’y aura plus personne pour croire les maitres des G8.

  • permalien Wynton Farsalis :
    28 août 2012 @10h10   « »
    olidait ?

    BA est en vacances ? ou n’y a -t-il pas de mauvaises nouvelles en ce moment ?

  • permalien psy :
    28 août 2012 @10h21   « »

    « Gober la propagande du 11/9 ». si on parle de complot il est difficile d’éviter ce sujet. Je suis fasciné par la facilité avec laquelle certains gobent très facilement les contre messages à ceux diffusés par les responsables publiques !
    On voit naître ici la créativité naturelle de la théorie du complot. Et un manichéisme politique fort.
    Ainsi est nié la volonté politique d’un certain monde arabe à la Djihad contre l’occident. Cette thése dans le monde arabe est aussi reprise sous la forme du projet sioniste, Ben Laden n’ayant même jamais existé !
    Pourquoi pas ? Mais reconnaissons que cette facilité à « gober » marche dans les deux sens suivant ce qu’on a envie d’entendre.
    Je n’ai pas la réponse sur le 11/9, mais je connais un peu l’histoire des institutions et si on s’intéresse un peu aux mécanismes de mise en place de projet de guerre souterraine, on constate toujours l’incroyable complexité et fragilité des grands complots. Je crois que les partisans de complots n’ont pas exercé de responsabilité publique pour ignorer ainsi, la pesanteur des systèmes, l’importance du facteur humain.
    Des exemples célèbres ont précédés : Le meurtre de Kennedy sans doute par la mafia, n’a pas résisté aux investigations, alors que le projet était plus modeste. Les otages en Iran sous Carter... le rainbow warrior... La baie des cochons ont connus les succès que l’on sait...
    En terme de moyens : Il semble que chacun puisse croire qu’un projet comme le 11/9 serait mené par G Bush et une dizaine de complices. Monter un tel événement aurait nécessité des complicités infinies. On peut supposer que la CIA est composée de gens dévoués, sont ils fanatiques ? Peut on penser à moins de faire de l’anti américanisme primaire que beaucoup de citoyens américains puissent participer à un tel assassinat ! Envoyer un missile avec M Bush aux commandes ?
    En terme de mobile le gouvernement américain avait la volonté depuis M Bush et ses copains du complexe militaro industriel ne sont pas si bêtes. Il ne voulaient pas courir des risques politiques aussi importants. Une seule fuite et...
    Je pense pas que quelqu’un pense qu’il s’agissait de marines déguisés en terroristes !
    Reste la théorie du complot d’une manipulation de Ben Laden. L’histoire de la CIA montre aussi la difficulté qu’il y aurait à « piloter » (désolé pour le mot..) à distance des terroristes sur un tel projet et surtout avec de tels alliés !
    Un théoricien du complot développe que les partisans de ces thèses ont un besoin considérable de confiance en soi. Il ont une exigence de pureté. Le monde environnant n’étant que failles et incertitudes il leur faut construire un schéma explicatif. C’est une piste probable à moins qu’il s’agisse d’un complot des psychanalystes....

  • permalien dalembert :
    28 août 2012 @12h00   « »

    A propos du 9/11, un évènement pareil ne s’organise pas tout seul.

    On joue sur les mots, c’est évidemment un complot, instigateur Bush ou Ben Laden peu importe en l’espèce, mais complot tout de même, étrange glissade sémantique, un complot ne serait-il digne de ce nom que s’il est US ou ne prête-t-on qu’aux riches ?

    Certes, il y a eu une enquête, ce qui fait problème c’est qu’il n’y a pas eu de procès autre que militaire, pourquoi un tel acte n’a-t-il pas été jugé par un tribunal civil dont on peut supposer qu’il aurait été plus méticuleux et impartial ?

    A ma connaissance, aucune responsabilité n’a été imputée côté US alors que les négligences dans la sécurité sont avérées et posent quelques questions.

    C’est maigre pour un massacre de cette ampleur...

  • permalien Nathan :
    28 août 2012 @12h40   « »

    Je pense qu’il ne faut pas éliminer d’office la dimension psychologique dans la création des théories conspirationnistes (et dans la création de rumeurs en général). Ce sont des créations satisfaisantes pour l’esprit. Elles permettent de réaliser une économie psychique (pour reprendre un terme freudien) et procurent une sorte de plaisir à ceux qui les colportent et à ceux qui les reçoivent.

    Il y a clairement de la jouissance à prétendre exhumer une autre vérité, à fabriquer un scénario alternatif de la réalité. Il y a de la jouissance à dire : "On nous cache tout, on nous dit rien". Il y a de la jouissance à invoquer les forces qui nous dépassent : ON, ILS, EUX. Quand on pense que des milliers d’Américains lambda ont joué aux détectives amateurs dans l’affaire de l’assassinat de JFK. Plus de mille livres ont été écrits sur l’affaire JFK et les bidouillages avérés ou supposés de la commission Warren. Bref, le complotisme est aussi une passion, triste ou joyeuse, c’est selon. D’ailleurs, Hollywood, l’usine à rêves, ne s’y est pas trompé en produisant des tas de films surfant sur la thématique de la conspiration, laquelle est devenue un business à part entière.

  • permalien dalembert :
    28 août 2012 @13h03   « »

    Silence assourdissant de la presse système à propos du sommet des non-alignés à Téhéran, complot ou pas complot ?
    Et qui complote, la presse ou le sommet ?

    Explication de texte à dedefensa.org.

  • permalien Shanaa :
    28 août 2012 @15h17   « »

    Dans ses ouvrages, Noam Chomsky rappelle souvent le lien étroit de la fabrique du consentement qui existe ( propagange) dans les sociétés démocratiques. Bref, plus une société est libre, plus elle a besoin de propagande et de création d’ennemis extérieurs ! Cela s’est vu aux USA durant la guerre froide !
    Aujourd’hui, les puissants se réunissent (G8) loin du regard des peuples pour décider du sort de milliards d’individus !
    Les guerres sont programmées à l’avance (Irak, Libye), puis présentées comme des cas d’urgence pour une intervention. La propagande se charge de faire croire à l’existence d’armes de destructions massives (Irak), ou qu’un tyran massacre son peuple (Libye).
    Donc, il y a bien des "complots" !
    La Syrie est un cas d’école en matiére de désinformation ; ce qui a contribué à dégénérer le conflit !
    Les conflits se situant toujours envers des pays faibles mais riches en ressources ou ayant un intérêt stratégique !

  • permalien Cyberpipas :
    28 août 2012 @15h54   « »
    De l’inutilité du Conspirationnisme et du Contre-Conspirationnisme

    @Arnaud

    Vous n’y êtes pas du tout.

    Que les responsables des attentats du 11/09/11 soient identifiés ou non ne changera rien à la donne.

    Les responsables des conséquences du 11/09/11, conséquences qui se résument en fait au sempiternel impérialisme américain, sont en revanche parfaitement identifiés.

    Et qu’est-ce qu’on en fait ?
    On s’attarde sur des détails d’il y a 12 ans ?

    Un prétexte peut-être bon ou mauvais, il n’en demeure pas moins qu’un prétexte...
    Les invasions en Irak & Afghanistan ont de réels motifs stratégiques, qui peuvent être combattus, heureusement, sur d’autres terrains que ceux du conspirationnisme et du contre-Conspirationnisme...

  • permalien DerWaschbar :
    28 août 2012 @16h28   « »

    Une début de réflexion intéressant, mais le style lourd (pour pas forcément grand chose) de l’auteur m’a empêché de dépasser la moitié. Je ne vois absolument pas l’intérêt de s’amuser à faire de la prose compliquée quand le but premier d’un texte est d’informer le peuple - personnellement, je n’ai pas spécialement d’affinité avec la littérature, et quand je veux apprendre des choses sur le fonctionnement du monde pour ensuite agir, je trouve toujours frustrant de devoir faire des efforts pour décortiquer une phrase sur deux qui aurait pu être écrite bien plus simplement.

    Si je veux de la lecture de haut vol, je vais à la bibliothèque dans ce cas. Je pense qu’il ne faut pas se tromper de combat ici.

  • permalien miclav :
    28 août 2012 @16h37   « »

    Rien ne vous empêche de publier votre propre prose dans le style qui vous convient ;-)

  • permalien Chronos :
    28 août 2012 @19h29   « »

    Bel article, reste à voir la réponse de Quatremer, si tant est qu’il arrive à comprendre cet article d’une trop haut niveau rédactionnel pour des gens comme lui.

  • permalien Vitigis :
    28 août 2012 @20h04   « »
    Propagande, démocratie et réalité

    Bref, plus une société est libre, plus elle a besoin de propagande et de création d’ennemis extérieurs ! Cela s’est vu aux USA durant la guerre froide !

    1° La guerre froide n’est jamais devenue chaude. Le grand principe était de toujours laisser à l’adversaire une porte de sortie honorable (crise des missiles de Cuba).

    2° Les régimes non-démocratiques possèdent des Propaganda-Abteilungen constituées. La propagande y est omniprésente. Ils n’ont rien à envier à personne de ce point de vue.

    3° Les régimes non-démocratiques ont plus de facilité que les autres à imposer leur parole comme étant la réalité. En l’absence de contradiction, ils peuvent créer la réalité rien qu’en parlant. Donc il ne se passe "réellement" rien en Syrie puisque le régime et ses alliés le disent. Mais l’embarras et les silences du Diplo à cet égard en disent plus que de longs discours.

  • permalien Shanaa :
    28 août 2012 @20h07   « »

    Petit clin d’oeil à l’intervenant VIP : Etienne Chouard.

    Un mouton dit à un autre mouton :

    « Sais-tu qu’on nous bichonne pour nous tondre ? »

    « Ah, toi aussi t’es complotiste ? »

  • permalien Arnaud :
    28 août 2012 @22h12   « »

    @Cyberpipas

    Que les responsables des attentats du 11/09/11 soient identifiés ou non ne changera rien à la donne.

    Vous me semblez bien pessimiste. Et vous pensez que ça ne changerait rien de savoir qui a tué Kennedy, qui a organisé les attentats de Karachi, qui a organisé le coup d’Etat contre Hugo Chavez ?
    Pearl Harbor, l’attaque du Golfe du Tonkin, l’opération Northwoods..
    Ne pensez-vous pas que nos médias devraient nous en parler plus souvent ?

  • permalien dalembert :
    28 août 2012 @22h57   « »

    @Arnaud

    Malheureusement je crois que Cyberpipas a raison au niveau pratique.

    Car tout le monde "sait" que les opérations US extérieures sont effectuées sous des prétextes réels ou fabriqués, de la guerre avec l’Espagne en 1898 jusqu’à l’Irak, en passant par Cuba, Pearl Harbour, etc...

    Ceci pour la raison que les citoyens US, spécialement les républicains, n’aiment pas ces opérations à l’étranger et que pour obtenir l’assentiment du Congrés à la guerre il faut leur appui.

    Maintenant ce n’est plus le cas suite à la nouvelle définition de la guerre donnée par les juriste d’Obama (pas de guerre s’il n’y a pas mort de boys).

    Et Cyberpipas a raison en ceci que tout le monde le sait, même sans reconnaissance officielle, et que ça continue malgré tout.

    Les tribunaux susceptibles d’enquêter et de condamner doivent être saisis et pouvoir procéder.

    Or on ne juge que les vaincus.

    La loi du plus fort règne ici comme ailleurs, la vérité est pratiquement impossible à établir.

    Je pense que c’est ce qu’il voulait dire.

  • permalien Shanaa :
    28 août 2012 @23h27   « »

    Vitigis , je résume : La propagande est à la démocratie ce que le gourdin est à la dictature (Chomsky).
    Or, une véritable démocratie n’a guére besoin de propagande puisque c’est le peuple qui est censé gouverner !
    Dans le cas des démocraties occidentales, hormis la Suisse et quelques pays nordiques, le peuple ne participe absolument pas à la rédaction de la constitution ou des lois !!! Pire : Le citoyen lambda ignore totalement le contenu de la constitution !!!
    En revanche, ce citoyen lambda, ira glisser son bulletin dans l’urne pour un candidat d’un parti inamovible, et ainsi de suite sans réel changement, le pouvoir étant dilué dans un systéme global.
    Ce qui incite à se demander si les chefs d’états ne sont pas tributaires d’autres instances qui réduisent leur marge de manoeuvre ! Sans parler des déficits de contre pouvoir et des médias orientés qui caractérisent, de plus en plus, les démocraties.
    Ce systéme, qui ne ressemble en rien à la démocratie athénienne, est plus soft que le gourdin, je vous l’accorde.

  • permalien Shanaa :
    29 août 2012 @00h06   « »

    Vitigis, ce qui se passe en Syrie, en Libye, en Irak, en Afghanistan, on le souhaite aussi pour l’Iran ! Un point commun le pétrole !

    "Les ministres des finances du G7 ont appelé mardi 28 août les pays pétroliers à produire plus pour faire face aux "risques substantiels" qu’un prix du baril élevé fait peser sur l’économie mondiale. "Nous restons vigilants face aux risques qui pèsent sur l’économie mondiale (...) Nous encourageons les pays producteurs de pétrole à augmenter leur production pour satisfaire la demande", ont indiqué les ministres des principaux pays industrialisés dans un communiqué commun."
    - Nouvelobs.

  • permalien Arnaud :
    29 août 2012 @00h17   « »

    @dalembert

    la vérité est pratiquement impossible à établir.

    Il suffit pourtant de la chercher, et c’est ce que la plupart des journalistes refusent de faire.

    Les tribunaux susceptibles d’enquêter et de condamner doivent être saisis et pouvoir procéder.

    Un tribunal malaisien a condamné Bush et Blair. On se demande ce que fait l’ONU.

    Car tout le monde "sait" que les opérations US extérieures sont effectuées sous des prétextes réels ou fabriqués, de la guerre avec l’Espagne en 1898 jusqu’à l’Irak, en passant par Cuba, Pearl Harbour, etc...

    Si tout le monde le sait, pourquoi n’en entendons-nous pas parler ?

    Et Cyberpipas a raison en ceci que tout le monde le sait, même sans reconnaissance officielle, et que ça continue malgré tout.

    ça continue justement parce que beaucoup refusent encore d’enlever leurs oeillères.

    Malheureusement je crois que Cyberpipas a raison au niveau pratique.

    Je continue penser qu’il s’agit d’une vision pessimiste, qui ne prend pas en compte l’accélération du cours de l’histoire, le degré de saturation des peuples, les nombreux mensonges qui vont finir par sortir, l’accès à une information plus indépendante sur internet..

    Mais je suis peut-être trop optimiste !

  • permalien MChris :
    29 août 2012 @07h28   « »

    Le complotiste postule 3 choses :

    1/ qu’il n’y a eu QUE volonté d’acteur. Le complotiste ignore les effets de structure (*) et les causes multiples. Il ignore le compliqué de manière générale.
    2/ que ces acteurs ont agi secrètement. C’est un terme vague : une absence partielle ou totale d’informations disponibles ? De compte rendu ? D’archives ? De rapport à la presse ?
    3/ dans leur intérêt uniquement voire dans le but de nuire à la société.

    Mais …. dans ces postulats il n’y a RIEN de FARFELU. Ce n’est pas là le problème.

    La question qui se pose c’est la question habituelle : dans quelle mesure ce que qui est postulé est VRAI ? Ce n’est pas l’hypothèse d’un complot, ou de quoi que ce soit, qui est en question, mais simplement la VERACITE de ce qui est affirmé …

    Et c’est la que ce savoir populaire devient SACREMENT PROBLEMATIQUE : les présomptions l’emportent LARGEMENT sur les faits. La capacité d’imaginer est forte, et lorsqu’il s’agit d’imaginer des intentions humaines, elle est SANS LIMITE.

    Il y a donc du pour et du contre, je rejoins l’analyse de Frédéric Lordon : le pour est que le sujet est appréhendé, quelle que soit la manière, ce sera mieux que rien.

    Le contre est l’avalanche des présomptions qui en découle, sans que la capacité de vérifier les faits, par manque de compétence, soit à la hauteur de cette exubérance. Pire même : on peut replonger dans une SOCIETE DE CROYANCES, fléau des temps anciens, auquel l’occident a échappé dans une certaine mesure en objectivant fortement le rapport au monde.

    (*) En science humaine on explique soit par la structure soit par la volonté d’acteurs soit par les deux ensembles. http://ress.revues.org/591

  • permalien W. Nepigo :
    29 août 2012 @10h16   « »

    Très bon article.

    Sur la descente en flammes de Quatremer, je la trouve (pour être un lecteur régulier de son blog quasi depuis le début) excessive, même si je partage la critique émise ici : s’il est un militant fédéraliste revendiqué et ne s’en est jamais caché, et mérite à ce titre les reproches qui lui sont adressés ici pour avoir toujours refusé d’écorner l’héritage communautaire par peur de voir l’ensemble de la construction s’écrouler (ce qui l’a poussé à ne jamais accepter de reconnaître les défauts de conception de la zone euro même par exemple, ou les origines troubles du marché unique), on ne peut pas lui enlever que nulle part ailleurs dans la presse française on ne trouve des articles quotidiens sur l’actualité de l’union européenne, et qu’après plus de 15 ans passés ici le bonhomme connaît son affaire. On trouve aussi pas mal d’infos dans les commentaires. Rien à attendre du gouvernement français de ce côté-là : comme tous les autres, il européanise les problèmes et nationalise les succès. La presse française participe exactement, qu’elle en ait conscience ou non, à ce processus de mise à distance du pouvoir que F. Lordon rappelle ici si justement : Quatremer est à ma connaissance l’un des derniers correspondants permanents de la presse française à Bruxelles, laquelle use de plus en plus de stagiaires et autres pigistes payés au lance-pierre qui n’ont tout simplement pas le temps d’aller plus loin que les communiqués de presse. La plupart des bons journalistes bruxellois, à force d’être mal payés, se font embaucher par les agences de conseil en lobbying... Jean Quatremer est souvent irritant par son militantisme, mais d’une part il a le droit d’être militant et d’autre part pour le moment je ne vois personne d’autre faire le même travail journalistique que lui... C’est peut-être surtout ça le vrai problème, d’ailleurs : pendant que M. Hollande tente, avec beaucoup moins de succès que son prédécesseur d’ailleurs, d’incarner les fantasmes collectifs de la souveraineté française, le pouvoir réel a "reculé" d’un cran et les français n’en sont pas, ou mal, informés. Pourquoi croyez-vous que tous les conseils des ministres depuis juin ont commencé par des discussions sur le pacte fiscal ? Croyez-vous vraiment que la paralysie actuelle du gouvernement français n’est due qu’à la fadeur des convictions politiques de ses membres (quand bien même celle-ci serait évidente pour certains) ? À quand un correspondant permanent du diplo à Bruxelles ?

  • permalien prof crasseux :
    29 août 2012 @10h33   « »

    les termes de "conspirationnisme" et de "terrorisme" au sens bushien sont interchangeables. Ils recouvrent l’idée d’un danger insaisissable, ressenti par celui qui l’emploie à défaut de désigner une quelconque réalité. La seule différence étant que "terrorisme" est au moins une catégorie juridique. L’emploi du mot "complotisme" comme l’emploi du mot "terrorisme" ne renseigne que sur celui qui l’emploie. Frédéric Lordon utilise ce mot sans guillemets, accorde à ceux qui réfléchissent à la loi de 73 qu’ils ne sont pas des "complotistes", mais laisse implicitement dans la nébuleuse ce qui concerne le 11 septembre, pour lequel il ne saurait y avoir de "majorité". Pour que le plateau d’une table tombe parallèlement au sol il faut bien qu’on enlève les quatre pieds à la fois non ? ou bien donner un coup de pied dans un seul pied y suffira ? Aux Etats-Unis des centaines d’ingénieurs, architectes, physiciens, chimistes, militaires, balisticiens l’expliquent au risque de leur carrière, des centaines de pilotes expliquent que les manœuvres supposément effectuées le jour des attentats ne sont pas réalisables selon les lois de l’aéronautique, et également la finance, l’assurance, la sécurité, la logique, la politique prennent part au débat de façon prudente et rigoureuse, étayée, scientifique et patiente. Il serait temps qu’on accorde la "majorité" à tous ceux que Lordon, Mermet et le Diplo contribuent à traiter silencieusement de "complotistes".

  • permalien jcpres :
    29 août 2012 @11h01   « »

    ["Le peuple en fut l’instigateur sous l’égide des politiques ; au même titre que ceux qu’il fit monter à l’échafaud, il porte la lourde responsabilité de l’échec général de la société telle qu’elle est présentement remise en cause et exposée sous des aspects mirifiques. Pauvre peuple ! Partagé, divisé, tantôt soumis, tantôt collaborateur des pires atrocités, il fut et reste malléable à souhait pour le pouvoir élu souverainement dont il endosse la responsabilité. Coupable de croyance, de trahisons et d’abdication à sa propre condition !
    Pourtant, la considération de l’homme en tant qu’individu et acteur social devenait primordiale dans le statut que les révolutionnaires de 1789 revendiquaient pour le peuple. L’exécution de Louis XVI, ce 21 janvier 1793 trancha définitivement sur la politique révolutionnaire qui allait conduire la France vers l’hécatombe de la Terreur. Aurait-on pu faire l’économie d’un tel massacre ? (page 16)
    Extrait du roman de Jean Canal "Quatrième Sud."
    >http://www.thebookedition.com/jean-...]

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