Le Monde diplomatique
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Conspirationnisme : la paille et la poutre

vendredi 24 août 2012, par Frédéric Lordon

Le peuple est bête et méchant, le peuple est obtus. Au mieux il pense mal, le plus souvent il délire. Son délire le plus caractéristique a un nom : conspirationnisme. Le conspirationnisme est une malédiction. Pardon : c’est une bénédiction. C’est la bénédiction des élites qui ne manquent pas une occasion de renvoyer le peuple à son enfer intellectuel, à son irrémédiable minorité. Que le peuple soit mineur, c’est très bien ainsi. Surtout qu’il veille à continuer d’en produire les signes, l’élite ne s’en sent que mieux fondée à penser et gouverner à sa place.

Pour une pensée non complotiste
des complots (quand ils existent)

Il faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street en 2004 obtiennent à force de pressions une réunion longtemps tenue secrète à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés de capitaux américains, pour obtenir de lui l’abolition de la « règle Picard » limitant à 12 le coefficient de leviérisation globale des banques d’affaires [1], il faudrait une réticence intellectuelle confinant à l’obturation pure et simple pour ne pas y voir l’action concertée et dissimulée d’un groupe d’intérêts spécialement puissants et organisés – soit un complot, d’ailleurs tout à fait couronné de succès. Comme on sait les firmes de Wall Street finiront leviérisées à 30 ou 40, stratégie financière qui fera leur profits hors du commun pendant la bulle… et nourrira une panique aussi incontrôlable que destructrice au moment du retournement. Des complots, donc, il y en a, en voilà un par exemple, et il est de très belle facture.

Sans doute ne livre-t-il pas à lui seul l’intégralité de l’analyse qu’appelle la crise financière, et c’est peut-être là l’une des faiblesses notoires du conspirationnisme, même quand il pointe des faits avérés : son monoïdéisme, la chose unique qui va tout expliquer, l’idée exclusive qui rend compte intégralement, la réunion cachée qui a décidé de tout. Exemple type de monoïdéisme conspirationniste : Bilderberg (ou la Trilatérale). Bilderberg existe ! La Trilatérale aussi. Ce n’est donc pas du côté de l’établissement de ce (ces) fait(s) que se constitue le problème (comme ça peut être le cas à propos du 11 septembre par exemple) : c’est du côté du statut causal qu’on leur accorde. Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. Pour défaire le monoïdéisme de la vision complotiste, il suffit de l’inviter à se prêter à une expérience de pensée contrefactuelle : imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale, ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ? La réponse est évidemment non. Il s’en déduit par contraposition que ces conclaves occultes n’étaient pas les agents sine qua non du néolibéralisme, peut-être même pas les plus importants. Et pourtant ceci n’est pas une raison pour oublier de parler de Bilderberg et de la Trilatérale, qui disent incontestablement quelque chose du monde où nous vivons.

Il suffirait donc parfois d’un soupçon de charité intellectuelle pour retenir ce qu’il peut y avoir de fondé dans certaines thèses immédiatement disqualifiées sous l’étiquette désormais infamante de « conspirationnistes », écarter leurs égarements explicatifs, et conserver, quitte à les réagencer autrement, des faits d’actions concertées bien réels mais dont la doctrine néolibérale s’efforce d’opérer la dénégation – il est vrai qu’il entre constitutivement dans la vision du monde des dominants de dénier génériquement les faits de domination (salariés et employeurs, par exemple, sont des « co-contractants libres et égaux sur un marché du travail »…), à commencer bien sûr par tous les faits de ligue explicite par lesquels les intérêts dominants concourent à la production, à la reproduction et à l’approfondissement de leur domination. Dans un débat public médiatique qui n’a pas son pareil pour saloper irrémédiablement n’importe quelle question, il est donc probablement sans espoir d’imaginer définir une position intermédiaire qui tiendrait ensemble et la régulation contre certains errements extravagants (jusqu’au scandaleux) de la pensée conspirationniste, et l’idée que la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants – mais faire ce genre de distinction est sans doute trop demander, et on voit d’ici venir les commentaires épais qui feront de ce propos une défense apologétique du complotisme et des complotistes…

On pourrait arguer que l’analyse sociologique ou politologique de ces actions concertées, précisément, se déploie hors des schèmes intellectuels caractéristiques du conspirationnisme : monoïdéisme, exclusivisme, attraction sans partage pour l’occulte, ignorance corrélative pour tous les effets impersonnels de structure, etc. [2] Et ce serait parfaitement exact ! C’est bien pourquoi il serait temps de faire la part des complots – comme faits avérés, puisqu’il en existe certains – et du complotisme – comme forme générale –, soit d’en appeler, en quelque sorte, à une pensée non complotiste des complots, c’est-à-dire aussi bien : 1) reconnaître qu’il y a parfois des menées concertées et dissimulées – on pourra les appeler des complots, et 2) refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! Et il faudrait surtout consolider cette position intermédiaire à l’encontre de tous ceux pour qui maintenir l’amalgame des complots et du complotisme a l’excellente propriété de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garantir l’escamotage des faits de synarchie avec la disqualification de la forme « complotisme ».

Le conspirationnisme comme symptôme politique
de la dépossession

Tout ceci cependant est dire à la fois trop et trop peu quand, du conspirationnisme, il est possible de prendre une vue latérale qui vient quelque peu brouiller l’image de ses habituelles dénonciations, et puis, plus encore, celle de ses frénétiques dénonciateurs. Sans doute trouve-t-on de tout à propos du conspirationnisme : des tableaux sarcastiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jusqu’à de savantes (pitoyables) analyses de la « personnalité complotiste » et de ses psychopathologies. Mais d’analyse politique, point ! La puissance des effets de disqualification, la force avec laquelle ils font le tri des locuteurs, les caractéristiques sociales associées à ce tri même, la réservation de la parole légitime à certains et l’exclusion absolue des autres, procédant là aussi par un effet d’amalgame qui confond dans l’aberration mentale, puis dans l’interdiction de parler, toute une catégorie, voire un ensemble de catégories sociales, à partir de quelques égarés isolés, ceci pour faire du discours politique l’affaire monopolistique des « représentants » assistés des experts : tous ces mécanismes devraient pourtant attirer l’attention sur les enjeux proprement politiques engagés dans le « débat sur le conspirationnisme » – au lieu de quoi il n’est matière qu’à gloussements ou cris faussement horrifiés puisque, si isolées soient-elles, les saillies conspirationnistes fournissent la meilleure raison du monde à la dépossession.

Dépossession : tel est peut-être le mot qui livre la meilleure entrée politique dans le fait social – et non pas psychique – du conspirationnisme. Car au lieu de voir en lui un délire sans cause, ou plutôt sans autre cause que l’essence arriérée de la plèbe, on pourrait y voir l’effet, sans doute aberrant, mais assez prévisible, d’une population qui ne désarme pas de comprendre ce qu’il lui arrive, mais s’en voit systématiquement refuser les moyens – accès à l’information, transparence des agendas politiques, débats publics approfondis (entendre : autre chose que les indigentes bouillies servies sous ce nom par les médias de masse) etc. Décidément l’événement politique le plus important des deux dernières décennies, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 a montré ce que peut, pourtant dans un extraordinaire climat d’adversité, un corps politique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus complexes et se les approprier pour produire un suffrage éclairé.

Hors de ces conditions exceptionnelles, tous les moyens ou presque de faire sens des forces historiques qui l’assaillent et surtout d’avoir part aux délibérations qui décident de son destin lui sont refusés. Or, remarque Spinoza, le quant-à-soi ne saurait connaître aucune suspension : « nul ne peut céder sa faculté de juger » (Traité politique), aussi celle-ci s’exerce-t-elle comme elle peut, dans les conditions qui lui sont faites, et avec l’acharnement du désespoir quand au surplus elle n’a que son malheur à penser. Le conspirationnisme n’est pas la psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public. Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. Cela, nul ne le dit mieux que Spinoza : « Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’Etat sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Traité politique, VII, 27).

L’apprentissage de la majorité
(à propos de la « loi de 1973 »)

Mais plus encore que de la dépossession, le conspirationnisme, dont les élites font le signe d’une irrémédiable minorité, pourrait être le signe paradoxal que le peuple, en fait, accède à la majorité puisqu’il en a soupé d’écouter avec déférence les autorités et qu’il entreprend de se figurer le monde sans elles. Il ne lui manque qu’une chose pour y entrer complètement, et s’extraire des chausse-trappes, telle celle du conspirationnisme, dont tout débat public est inévitablement parsemé : l’exercice, la pratique, l’habitude… soit tout ce que les institutions de la confiscation (représentation, médias, experts) lui refusent et qu’il s’efforce néanmoins de conquérir dans les marges (associations, éducation populaire, presse alternative, réunions publiques, etc.) – car c’est en s’exerçant que se forment les intelligences individuelles et collectives.

Le débat sur la « loi de 1973 », interdisant supposément le financement monétaire des déficits publics devrait typiquement être regardé comme l’une des étapes de cet apprentissage, avec son processus caractéristique d’essais et d’erreurs. Bien sûr la « loi de 1973 », objet dans certaines régions de l’Internet d’une activité effervescente, a connu son lot d’embardées : depuis la vidéo à ambiance complotiste de Paul Grignon, Money as Debt, portant au jour une gigantesque conspiration monétaire – ce sont les banques privées qui créent la monnaie – dont les termes pouvaient cependant être lus dans n’importe quel manuel d’économie de Première ou de Terminale SES !, jusqu’à la lourde insistance à renommer la loi, d’abord « loi Pompidou » mais pour mieux arriver à « loi Rothschild », où certains ne verront qu’une allusion aux connexions du pouvoir politique et de la haute-finance [3] quand d’autres y laisseront jouer toutes sortes d’autres sous-entendus…

Au milieu de toutes ces scories, un principe de charité politique pourrait cependant voir : 1) ce petit miracle des non-experts se saisissant d’une question à l’évidence technique mais que ses enjeux politiques destinent au débat le moins restreint possible : la monnaie, les banques ; 2) le surgissement, peut-être désordonné mais finalement salutaire, d’interrogations sur la légitimité des taux d’intérêt, le financement des déficits publics, les figures possibles de la souveraineté monétaire, la place adéquate des émetteurs de monnaie dans une société démocratique ; 3) une intense activité polémique, au meilleur sens du terme, avec production kilométrique de textes, lancement de sites ou de blogs, controverses documentées en tous sens, etc. Tout ceci, oui, au milieu d’ignorances élémentaires, de quelques dérapages notoires et de fausses routes manifestes – certains parmi les plus acharnés à dénoncer la loi de 1973 commencent à s’apercevoir qu’ils ont poursuivi un fantôme de lièvre [4] … Mais pourtant comme un exercice collectif de pensée qui vaut en soi bien mieux que toutes ses imperfections, et dans lequel, tout sarcasme suspendu, il faudrait voir un moment de ce processus d’apprentissage typique de l’entrée dans la majorité. Sans surprise, des trébuchements de l’apprentissage les élites installées tirent parti pour refuser l’apprentissage même. On les comprend : il y va précisément de la dépossession des dépossédeurs.

À conspirationniste, conspirationniste et demi !

Mais les appeler « élites », n’est-ce pas beaucoup leur accorder ? Et que valent les élites en questions à l’aune même des critères qu’elles appliquent aux autres ? Répondre complètement à cette question exigerait de reparcourir l’interminable liste des erreurs accablantes de diagnostic, de pronostic, de conseils malavisés, innombrables foirades des experts, calamités « intellectuelles » à répétition, obstination dans l’erreur, passion pour le faux : avec une systématicité qui est en soi un phénomène, tous les précepteurs de la mondialisation néolibérale se sont trompés. Mais puisqu’il est question ici du conspirationnisme, c’est bien sur ce terrain qu’il faut les prendre. Car voilà toute la chose : à conspirationniste, conspirationniste et demi… Où il apparaît que la supposée élite y tombe aussi facilement que le bas peuple ! Qui voudrait faire du conspirationnisme un dérèglement n’aurait alors pas d’autre issue que de constater combien largement il est répandu – et que les frontières sociales sont rien moins qu’hermétiques sous ce rapport.

De ce point de vue c’est peut-être l’affaire DSK qui aura le plus spectaculairement déchiré le voile. Car jamais on n’aura vu théories du complot fleurir aussi allègrement dans les plus hautes sphères du commentariat. Les politiques, surtout du PS, sont évidemment les premiers à y choir, quitte à ce que ce soit sur le mode de la prétérition, ainsi Jean-Christophe Cambadélis dans une déclaration fameuse : « Je ne suis pas un adepte des complots mais…  [5 », suivi comme il se doit par une série de conjectures dont la conspiration est la seule conclusion logique ; Jacques Attali qui d’ordinaire sait bien voir les abîmes de la pensée conspirationniste mais, quand il s’agit de DSK, évoque d’abord l’hypothèse d’une « manipulation » [6] ; François Loncle, député PS qui assure pour sa part « qu’il n’y a pas de complot » [7] mais « un coup monté » [8], c’est très différent. « La thèse du complot se répand sur le web » titre un des articles de Libération [9] – « sur le web », n’est-ce pas, en aucun cas dans les pages du papier… Mais il faut bien l’avouer, jamais on n’aura vu « thèse du complot » si amplement exposée et si aimablement relayée dans les colonnes de la grande presse, quitte à ce que ce soit pour la discuter, voire la réfuter, en tout cas sans qu’il soit jugé indigne cette fois d’en faire la mention ou de ridiculiser ceux dans la bouche de qui elle est d’abord venue.

D’un certain conspirationnisme européiste

Les illustrations les plus spectaculaires cependant ne sont pas forcément les meilleures, et si elle a fait la démonstration édifiante de ce que valent les régulations de la classe oligarchique – à savoir rien – en situation de grande tension – par exemple quand il s’agit de sauver de l’opprobre son meilleur espoir –, l’affaire DSK demeure trop exceptionnelle pour être parfaitement significative. Autrement parlantes les pulsions conspirationnistes qui émaillent à répétition le discours de la crise européenne, à plus forte raison quand elles se donnent libre cours dans l’un des journaux les plus rigoureusement donneur de leçon anti-conspirationniste, Libération, et sous la plume de son journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe telle qu’elle est, Jean Quatremer, auteur par exemple d’un magnifique « Quand l’euroscepticisme mène au conspirationnisme » [10].

Mais voilà : depuis que son objet chéri est en crise et attaqué de toutes parts, Jean Quatremer n’en finit pas de voir des complots partout. « Presse anglo-saxonne », « marchés financiers américains », « agences de notation », « hedge funds » : la monnaie unique européenne, pourtant plus franche que l’or, est la cible de pernicieuses entreprises de déstabilisation délibérée, orchestrées qui plus est par la plus maléfique des entités : « la finance anglo-saxonne ». Pour qui douterait qu’un esprit fondamentalement sain, puisque européen, ait pu ainsi être infecté par la maladie du complot, florilège de titres : « Les agences de notation complices des spéculateurs ? » (21 septembre 2011), « Les marchés financiers américains attaquent l’euro » (6 février 2010), « Comment le Financial Times alimente la crise » (30 mai 2010), « Moody’s veut la peau du triple-A français » (21 novembre 2011), « Les banques allemandes contre la zone euro » (31 juillet 2011), « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro » (29 juillet 2012).

Et l’intérieur est à l’avenant de la devanture : « Il apparaît de plus en plus clair (sic) que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro » [11] – le complot est donc d’abord anglo-saxon. C’est l’imperméabilité à tout argument rationnel qui atteste l’intention concertée de nuire : « le problème est qu’il ne sert à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable » [12], commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se fut cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd annonçant l’explosion de l’euro [13] – il est vrai que toute prédiction de malheur à l’encontre de l’objet chéri ne peut être, au choix, qu’une grotesque bouffonnerie ou une ignoble trahison.

En tout cas la perfidie anglo-saxonne a de puissants relais, les médias par exemple dont « le biais anti-euro (…) est difficilement contestable » [14], les agences de presse également, à l’image de Reuters et de son « jeu trouble dans la crise de la zone euro » [15]. Ainsi, par inconscience ou par malignité, on ne sait, donc par malignité, « les médias accroissent la panique des marchés ». Pour ce qui est du Financial Times en tout cas, l’explication n’est pas douteuse : « pris dans le sac du mensonge (…) il manipule l’information et colporte des rumeurs » [16] le 26 novembre 2010 – le 30 mai déjà il en était « à son second mauvais coup » [17]. Une année plus tard cependant, « les marchés financiers américains » ne sont plus les seuls agents de la cinquième colonne, ce sont les banques allemandes qui sont occupées à « mettre le feu à la zone euro » [18] – et l’ennemi est maintenant à l’intérieur. Peu importe que jusqu’ici l’Allemagne en (toutes) ses institutions ait été la figure même de la vertu, le vrai moteur de l’Europe, dont le couple avec la France patati patatère – maintenant ce sont des traîtres. La circonscription de la conspiration peut donc varier, mais pas le fait conspirationniste lui-même, puisque la construction monétaire européenne est si parfaitement conçue qu’il faut nécessairement une ligue de forces occultes pour la renverser.

Si le mal organisé est partout, il n’en a pas moins son superlatif en les agences de notation : elles sont les « complices des spéculateurs » [19]. « Allons plus loin : qui a déclenché la panique sur la dette française ? Moody’s justement (…) Bref encore une fois les agences viennent donner un coup de main aux spéculateurs pour déstabiliser les marchés » [20]. Il est donc temps de poser la vraie question : « Alors complot des agences de notation qui servent ainsi leurs maîtres principaux, les banques d’affaires, les hedge funds, etc. ? (…) Laurence Parisot, la patronne du Medef en est persuadée » [21]. Bien sûr il reste des amis de l’Europe, donc de Jean Quatremer, qui n’ont pas encore complètement perdu les pédales et tentent de le rattraper. Par fidélité un peu réticente mais impressionné par l’incontestable crédit européen de son interlocuteur, Quatremer cite Jean Pisani-Ferry qui lui explique que les agences ne font jamais que ratifier avec retard des anticipations de longue date incorporées dans les positions des investisseurs… Il lui fallait au moins cette poche à glace pour se persuader que « crier au complot ne sert de toute façon à rien sinon à soulager ses nerfs » [22]. Donc Jean Quatremer a d’abord très fort envie de crier au complot – si fort que ça s’entend à longueur de billets –, puis, instruit par ses précepteurs de toujours, se convainc, mais difficilement, qu’il ne sert à rien d’y céder – moyennant quoi ses nerfs ne sont qu’à demi-soulagés, raison pour laquelle il y revient sans cesse.

Hedge Funds, médias, presse anglo-saxonne, agences de presse, marchés financiers américains, agences de notation, partout des malfaisants ligués contre l’objet chéri. De cette sorte de crumble intellectuel, les agences de notation sont peut-être l’ingrédient le plus caractéristique, boucs émissaires périphériques de toute une structure qui s’exprime par elles [23] – mais qu’évidemment on ne mettra jamais en question. Car les agences de notation, comme dans une moindre mesure la presse financière, sont les agents les plus représentatifs de la finance déréglementée comme pouvoir de l’opinion – l’opinion des investisseurs s’entend, et exclusivement celle-ci, mais opinion d’une foule traversée de croyances, très faiblement régulées par la rationalité, et pourtant base de jugements, le plus souvent mimétiquement polarisés, à partir desquels des masses immenses de capitaux sont mises en mouvement. Il faudrait donc expliquer à Jean Quatremer que la finance libéralisée, si constamment encouragée par la construction européenne, c’est cela même !, que dans cet ensemble, il entre constitutivement, et non accidentellement, rumeurs, erreurs, errances, absurdités, idées fausses, informations biaisées – Jean Quatremer s’est-il jamais ému pendant toutes les belles années qu’on voie d’incertaines start-up comme des eldorados de profit, ou bien la finance structurée comme la martingale définitive contre le risque de crédit, et l’explosion des titres adossés à l’endettement des ménages comme une géniale trouvaille ? De ce point de vue, et erreur pour erreur, les marchés sont sans doute plus près du vrai en anticipant la décapilotade de l’euro, qu’ils ne l’étaient alors…

Mais dans la vision du monde de Jean Quatremer, la finance est bonne… jusqu’à ce qu’elle s’en prenne à son talisman. On lui fera néanmoins observer qu’il y a une certaine logique, et comme une justice immanente, à ce que l’Europe modèle Maastricht-Lisbonne qui a sans relâche promu la finance périsse par la finance. Car enfin qui a fait le choix de remettre entièrement les politiques économiques entre les mains de ce pouvoir déréglé qu’est la finance libéralisée ? Qui a décidé d’instituer les marchés obligataires comme puissance disciplinaire en charge de la normalisation des politiques publiques ? Qui a voulu constitutionnaliser la liberté de circulation des capitaux qui offre à ce régime son infrastructure ?

Non pas les agents du mal mais la force des structures

En fait c’est là la chose que Jean Quatremer a visiblement du mal à comprendre – déficience par quoi d’ailleurs il verse immanquablement dans le conspirationnisme, qu’il dénonçait chez les autres à l’époque où « tout allait bien » (pour lui) –, les crises s’expliquent moins par la malignité des agents que par l’arrivée aux limites des structures. Il est vrai qu’ayant toujours postulé la perfection de son objet, donc l’impossibilité de sa crise, il n’a pas d’autre hypothèse sous la main pour en penser la décomposition : celle-ci ne peut donc être que le fait des méchants (et des irresponsables : Grecs, Portugais, Espagnols…).

Or on peut dire de la construction européenne la même chose que de n’importe quelle autre configuration institutionnelle : les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers mais de leurs stratégies ordinaires telles qu’elles ont été profondément conformées par l’environnement structurel dans lequel on les a plongés… quitte à ce que ces structures, laissées à leur simple fonctionnement, produisent in fine leur propre ruine : la Deutsche Bank lâche la dette italienne, non par trahison anti-européenne [24], mais par simple fidélité à la seule chose qu’elle ait à cœur : son profit – et si l’on veut des banques qui aient à cœur d’autres choses, il va falloir se pencher sur leurs statuts autrement que par fulmination et vœux pieux interposés. De même, les spéculateurs spéculent… parce qu’on leur a aménagé un terrain de jeu spéculatif ! Rumeurs et informations incertaines y prennent des proportions gigantesques parce que ce terrain de jeu même institue le pouvoir de l’opinion financière, etc.

Sans doute, poussés comme n’importe quels médias par les forces pernicieuses de la concurrence, de la recherche effrénée du scoop et de la primeur, le FT a-t-il parfois lâché trop vite quelques informations foireuses, Reuters des confidences biaisées ou mal recoupées, mais ni plus ni moins que Libération ou Jean Quatremer lui-même qui n’hésite pas, par exemple, à donner audience à des études aux bases les plus incertaines à propos de la sortie de la Grèce, tout droit tirées des bons soins de la banque UBS [25], son fournisseur attitré, dont l’objectivité et la neutralité sont d’évidence incontestables… Qu’UBS batte la campagne, qui plus est sans doute au service de ses propres positions spéculatives, la chose lui est tout à fait négligeable, l’important est qu’UBS la batte dans le bon sens.

Le monde de la finance a pour propriété que n’importe quelle information est potentiellement porteuse d’effets terriblement déstabilisants, non parce que de machiavéliques émetteurs les ont voulues ainsi mais, en dernière analyse, parce qu’elles sont saisies par les forces immenses de la spéculation qui ont le pouvoir de faire un tsunami d’une queue de cerise. Si Jean Quatremer fantasme une finance dont tous les acteurs observeraient en toutes circonstances le grand calme olympien de la rationalité pure et parfaite, il faut lui dire qu’il fait des rêves en couleur. Encore faudrait-il, pour s’en apercevoir, qu’il daigne faire quelques lectures d’histoire économique, évidemment d’auteurs qui auraient fort le goût de lui déplaire, des gens comme Minsky, Kindleberger, Keynes ou Galbraith, lesquels, instruits des catastrophes passées, n’ont cessé de montrer que la finance de marché est par construction, par essence, le monde du déchaînement des passions cupides, de l’échec de la rationalité et du chaos cognitif. Et qu’en réarmer les structures, comme l’Europe l’a fait avec obstination à partir du milieu des années 1980, était le plus sûr moyen de recréer ces désastres du passé.

Entre une nouvelle, aussi factuelle soit-elle, et le mouvement subséquent des marchés, il y a toujours l’interprétation – celle des investisseurs –, et c’est par cette médiation que s’introduit la folie, particulièrement en temps de crise où la mise en échec des routines cognitives antérieures alimente les anticipations les plus désancrées. L’Europe a fait le choix de s’en remettre à cette folie-là. Et Quatremer s’étrangle de rage stupéfaite qu’elle en crève… Comme rien ne peut le conduire à remettre en cause ses objets sacrés – les traités, la règle d’or, Saint Jean-Claude et son vicaire Mario –, il ne lui reste que les explications par le mal, un équivalent fonctionnel des hérétiques ou des satanistes si l’on veut. Aussi se meut-il dans une obscurité peuplée d’agents qui fomentent des « mauvais coups » et mènent « un jeu trouble », un underworld de « complices » et d’incendiaires. Si difficile soit-il de s’y résoudre, il faudra pourtant bien admettre que la construction européenne s’effondre selon la pure et simple logique qu’elle a elle-même instituée. Elle n’est pas la proie d’une conjuration du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares structurelles congénitales et sous l’effet des forces aveugles qu’elle a elle-même installées – et s’en prendre répétitivement, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opérateurs (Hedge Funds, banques et agences) est le passeport pour l’asile de l’ignorance.

Mais il y a des aggiornamentos trop déchirants pour être consentis aisément, et des investissements psychiques trop lourds pour être rayés d’un trait de plume, aussi faut-il attendre l’infirmation définitive par le réel pour que se produise le premier mouvement de révision – et encore… On en connaît qui persistent à croire que la défaite de 40 est la faute du Front Populaire… Entre temps tous les moyens sont bons, y compris ceux de la stigmatisation complotiste, pour ravauder comme on peut le tissu de la croyance menacée de partir en lambeaux. Si l’euroscepticisme du peuple mène au conspirationnisme, il semble que l’eurocrétinisme des élites y conduise tout aussi sûrement…

Notes

[1] Le coefficient de leviérisation désigne le multiple de dette, par rapport à ses fonds propres, qu’une banque peut contracter pour financer ses positions sur les marchés.

[2] Lire, dans l’édition de septembre du Monde diplomatique, en kiosques le mercredi 29 août, Richard Hofstadter, « Le style paranoïaque en politique ».

[3] Puisqu’avant de devenir Premier ministre, Georges Pompidou a été banquier d’affaire chez Rothschild. On remarquera tout de même que, banquier, il cesse de l’être en 1958 quand il devient directeur de cabinet de De Gaulle et que ladite loi date de 1973…

[4] Voir à ce sujet les contributions à la journée « Création monétaire » des Economistes Atterrés du 24 mars 2012, en particulier le texte d’Alain Beitone, « Idées fausses et faux débat à propos de la monnaie. Réflexion à partir de la “loi de 1973” ».

[5] 15 mai 2011.

[6] Cité in Libération, « DSK, la thèse du complot se répand sur le web », 15 mai 2011.

[7] France Info, 2 juillet 2011.

[8] LCI, 3 juillet 2011.

[9] Libération, 15 mai 2011.

[10] Libération, blog Coulisses de Bruxelles, 24 septembre 2008. Sauf indication contraire, tous les titres qui suivent correspondent à des billets de ce blog.

[11] « Les marchés financiers américains attaquent l’euro », 6 février 2010.

[12] Id.

[13] « Emmanuel Todd, Audiard d’or 2011 », 1er janvier 2012.

[14] « Comment le Financial Times alimente la crise », 30 mai 2010.

[15] « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro », 29 juillet 2012.

[16] « Comment les médias accroissent la panique des marchés », 26 novembre 2010.

[17] « Comment le Financial Times… », op. cit.

[18] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[19] « Les agences de notation complices des spéculateurs ? », 21 septembre 2011.

[20] « Moody’s veut la peau du triple A français », 21 novembre 2011.

[21] « Les agences… », op. cit.

[22] Id.

[23] Pour quelques développements sur cette question : « Extension du domaine de la régression », Le Monde Diplomatique, avril 2011 ; « Les gouvernement sont soumis au règne de l’opinion financière] », Marianne, 13 août 2011.

[24] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[25] « C’est Hotel California : une fois entré dans l’euro, on ne peut plus en repartir », 3 octobre 2011.

186 commentaires sur « Conspirationnisme : la paille et la poutre »

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  • permalien HN :
    29 août 2012 @11h13   « »

    Frédéric Lordon utilise ce mot sans guillemets, accorde à ceux qui réfléchissent à la loi de 73 qu’ils ne sont pas des "complotistes", mais laisse implicitement dans la nébuleuse ce qui concerne le 11 septembre

    Je pense que l’évocation du 9/11 n’avait qu’un rôle d’exemple afin d’introduire le sujet et survoler le concept de "complotisme". Ce blog n’a à mon avis pas vocation à discuter des attentats du WTC, son sujet étant la finance.

    On connait cette manie qu’ont certains de rajouter un "-isme" à la fin de chaque mot juste pour ne pas dire "paranoïaque" et risquer la diffamation, et discréditer en même temps leurs contradicteurs sans avoir à sortir le moindre argument.

    Je pense que F. Lordon a bien fait de ne pas trop creuser dans cette voie, car c’est un sujet qui peut vite détourner l’orientation des commentaires et finir en "bain de sang alpha-numérique".
    L’argument principal de Lordon sur ce billet reste tout de même que l’Europe et la finance en l’état ne font pas bon ménage.

    Cdlmt

  • permalien Psy :
    29 août 2012 @11h17   « »

    Au moins ce sujet mobilise.
    Attention a ne pas se tromper d’ennemis. Comme exemple il est à mon avis, trop court de considérer que le 11 9 est un complot quel que soit l’auteur, M Bush ou Ben Laden.
    C’est amalgamer le complot avec des projets avérés. F Lordon met en garde contre les actions d’institutions qu’on considère agir en complotant alors que leurs actions sont institutionnellement reconnue : « Non pas les agents du mal mais la force des structures ». De même il note que le complot implique « dépossession »…
    Si des terroristes font sauter la tour Maine montparnasse ils ne sont pas comploteur il livrent une guerre, leurs actions étaient secrètes juste pour une question de moyens et de tactique. Il ne « possède » rien de nous. Il prennent des vies.
    Si M Hollande fait sauter la même tour pour envahir le Liban c’est un complot. Car il constituerait une réalité fictive et utiliserait sa position pour poursuivre un but qui n’est pas celui qui correspond à sa place publique de défense des citoyens. Les banques si elles agissent à l’encontre des objets définis publiquement elles sont dans le complot. Dans ces deux cas nous sommes « dépossédés » à minima de la confiance, du mandat démocratique auquel nous nous conformons, voire de nos vies en suivant une cause falacieuse.
    La guerre en Irak engagé par le chef de l’Etat n’est pas un complot si c’est un choix politiques dont l’objectif est à tort ou a raison, l’hégémonie politique et économique d’un pays. C’est un complot s’il s’agit de promouvoir des intérêts privés de ventes d’armes. Le fait qu’un mensonge permette l’entrée en guerre c’est « l’habillage » le plus courant de toutes guerres. Peut on citer une seule guerre qui ne soit pas justifiée depuis la nuit des temps par des mensonges.
    La démocratie est un progrès considérable de l’humanité. Il suffit de s’intéresser à l’histoire et de voyager, pour s’en convaincre et ceux qui la honnissent aspirent secrètement à un système ou à quelqu’un qui lave plus blanc. Mais les deux n’ont encore jamais existé. La Grèce fondatrice du système maintenant idéalisée ne concernait qu’une cité et sur l’agora que quelques citoyens en étaient exclus les femmes et plus de 50 % de la population comme esclave. Athènes à fait aussi des guerres sur la base de mensonge.
    Il serait plus productif de travailler à améliorer la démocratie, avant de jeter le bébé avec l’eau du bain.
    Sur le 11 9 on peut faire le parallèle avec un procès : démonter une position officielle est une chose mais prouver la réalité des faits en est une autre. Qu’on m’explique comment M Bush a pu procéder. Avec son allié Ben Laden pour une telle opération ?

  • permalien Nathan :
    29 août 2012 @11h26   « »

    Je trouve tout de même que la discussion gagnerait en clarté si l’on circonscrivait d’abord son objet : qu’est-ce qu’un complot ?

    Il existe, bien sûr, des complots mais j’estime que dans la plupart des cas, il vaut mieux parler de collusion organisée ou spontanée d’intérêts.

    L’avantage de cette formulation, c’est qu’elle déplace l’accent de la notion de complot (toujours un peu fantasmatique) vers celle d’intérêt, qui est beaucoup plus matérielle et terre-à-terre.

    Un bel exemple de collusion organisée d’intérêts, c’est l’entente entre banques pour fixer les taux du LIBOR.

    Un exemple de collusion spontanée d’intérêts, c’est une attaque spéculative contre une devise. La collusion est spontanée car des intérêts disparates convergent spontanément et provisoirement vers une opportunité.

    Lorsqu’on traduit une collusion spontanée d’intérêts en terme de complot, on simplifie la situation à décrire et on démonise inutilement ses agents.

    Lorsque Quatremer ou d’autres titrent (je paraphrase) “La City de Londres attaque l’euro”, on pourrait croire que des spéculateurs de la City complotent pour détruire l’Europe. C’est faux. Les traders des banques et des fonds spéculatifs n’ont pas des objectifs aussi grandioses et maléfiques. Les traders n’ont d’autre objectif que l’horizon étroit de l’appât du gain qui se profile devant eux. Aujourd’hui, c’est l’euro. Demain, ça sera le pétrole ou l’or.

    Contrairement à la vision complotiste qui imprègne certains articles cités de Quatremer, la motivation première du spéculateur n’est pas la volonté de détruite l’euro ou l’Europe. La motivation première est de se faire du fric. L’attaque contre l’euro n’est qu’un moyen au service d’une fin, qui est celle du profit.

  • permalien Plutarque :
    29 août 2012 @12h48   « »

    Génial !
    Feu Bourdieu eut adoré (non seulement le contenu, mais aussi le style. Que n’a-t-il d’ailleurs entendu lui aussi à ce sujet..).

  • permalien Jordi GRAU :
    29 août 2012 @13h45   « »

    A Psy

    Vous écrivez, dans votre dernier message :

    Attention a ne pas se tromper d’ennemis. Comme exemple il est à mon avis, trop court de considérer que le 11 9 est un complot quel que soit l’auteur, M Bush ou Ben Laden.
    C’est amalgamer le complot avec des projets avérés.

    Je crains que vous ne péchiez ici par excès de subtilité sémantique. D’après le petit Robert, un complot est un "projet concerté secrètement contre la vie, la sûreté de quelqu’un, contre une institution". Cette définition ne dit absolument pas que le complot doit rester éternellement secret. Les attentats du 11 septembre 2001 ont donc, typiquement, été préparés par un complot. Et si ce projet s’est "avéré" criminel, c’est seulement après coup. Jusqu’au jour de l’attentat, personne n’en savait rien - sauf les complices actifs ou passifs. On peut en dire autant de la plupart des coups d’États, et des manœuvres secrètes visant à préparer une guerre.

    Les complots sont donc relativement courants dans l’histoire humaine, même si Frédéric Lordon a raison de nous rappeler que l’intérêt obsessionnel pour les complots rend aveugle aux causes institutionnelles et structurelles des maux qui nous frappent. En l’occurrence, la crise de la dette actuelle peut très bien s’expliquer sans faire intervenir des complots.

    Cela dit, même dans le domaine strictement économique, les complots ne sont pas si rares. Si l’on regarde la deuxième définition du petit Robert, qui est plus large que la précédente, on s’aperçoit que le mot complot peut désigner des "manœuvres secrètes concertées (pour nuire à quelqu’un, quelque chose)." De ce point de vue, les ententes illégales entre entreprises peuvent parfaitement être qualifiées de "complots".

    Je pense aussi qu’on peut utiliser ce mot pour qualifier certaines discussions entre politiciens et lobbyistes. Certes, les lobbys ont pignon sur rue. Mais les entrevues avec les politiciens peuvent très bien être non seulement secrètes, mais déboucher sur des accords illégaux et scandaleux. Ce n’est pas être "complotiste" (avoir l’obsession du complot, vouloir tout expliquer par les complots) que de penser cela. Chacun sait que la corruption est extrêmement forte - même, et surtout, dans les pays riches - sans qu’il soit possible, la plupart du temps, de déterminer avec certitude qui corrompt qui.

  • permalien Shanaa :
    29 août 2012 @14h03   « »

    Ce que les clercs de la pensée unique appellent "complotisme" est une forme de contre pouvoir, modeste mais qui titille le systéme !
    Les "complotistes" c’est de l’audience en moins pour la pensée unique !

  • permalien dalembert :
    29 août 2012 @14h41   « »

    A postériori,

    on appellera la chose un complot si ourdi par les vaincus, les pauvres et les gueux,

    ou

    une conception bien comprise de ses intérêts si ourdi par les vainqueurs, les riches et les puissants.

    C’est pas ça ?

    En gros ...

  • permalien Psy :
    29 août 2012 @15h11   « »

    Message en suivi de Jordy Grau,
    je ne peux que vous donnez raison, mais je vise autre chose comme vous l’avez peut être compris. Les attentats de New York sont l’aboutissement d’un projet concerté secrètement contre la vie, la sûreté de quelqu’un, contre une institution. Cela répond en effet complétement à la définition du complot. Je cède volontiers le terme.
    Mais, un « complot » de Ben Laden ou de G Bush ne revêt pas les mêmes importances pour nous au-delà de la sémantique. Livrer une guerre ou trahir les siens qualifie le « complot » d’une nature pour moi très différente.
    Notre sujet n’est il pas dans ces colonnes pas de considérer si les pays occidentaux sont les victimes avérées et presque constante de propagandes de complots délibérés sous l’alibi démocratique ?
    Rejeter nos institutions fruits d’une quête historique de plusieurs siècles mérite qu’on analyse plus précisément les choses avant de les comdamner. A ce titre je crois pour avoir travaillé contre la corruption en France et dans d’autres pays que l’occident, que nous avons progressé pour la réduire. La propagande continue mais là aussi regardons l’histoire. Il convient d’être toujours vigilant et encore de progresser.

    A Dalambert
    Vous écrivez

    A postériori, on appellera la chose un complot si ourdi par les vaincus, les pauvres et les gueux,
    ou une conception bien comprise de ses intérêts si ourdi par les vainqueurs, les riches et les puissants.
    C’est pas ça ?

    A mon avis Le complot c’est ce que vous appelez les gueux subissent de la part des puissants. Et non pas « ourdissent ». Les puissants ayant les moyens de leurs projets. Mais plus largement des dominés ont pu ourdir aussi des complots par le biais de révolutions. C’est seulement plus difficiles pour eux.

  • permalien Jordi GRAU :
    29 août 2012 @15h55   « »

    A Psy

    Je vous accorde volontiers que tous les complots ne sont pas de même nature. Cela dit, je pense qu’on peut en même temps comploter contre une puissance extérieure et contre son propre pays. Laissons de côté le sujet délicat du 11 septembre 2001. Nous serons d’accord pour dire, je pense, que M. Bush et ses amis ont comploté pour rendre possible la guerre contre l’Irak. En effet, ils se sont secrètement concertés pour servir à leurs concitoyens la fable des armes de destruction massive. Ce faisant, ils ont à la fois trahi leur peuple et commis un grave crime contre le peuple irakien. J’ajouterai que le peuple américain n’a pas seulement souffert d’un mensonge : il y a eu tout de même pas mal de soldats tués, gravement blessés ou traumatisés dans cette histoire. Sans parler du coût financier inouï du conflit.

    Quant aux institutions démocratiques, je pense que nous pouvons les sauvegarder et les améliorer si, et seulement si, nous sommes extrêmement critiques et vigilants. Il nous faut non seulement nous garder de toute naïveté à l’égard de nos gouvernants et de leur propagande, mais aussi analyser tout ce que nos institutions ont d’antidémocratiques. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que le blog de M. Lordon est d’utilité publique, puisqu’il montre comment les règles du jeu politique et économique vont à rebours de l’intérêt commun et de la démocratie véritable.

    Le tort de certains citoyens n’est pas de croire qu’il y a des complots ou de douter des explications officielles : c’est de réduire leur analyse critique à la recherche de complots, alors que le mal qui ronge nos "démocraties" (ou plutôt nos régimes oligarchiques avec quelques composantes démocratiques) est bien plus profond.

  • permalien Tim :
    29 août 2012 @16h00   « »

    Bonjour
    J’ai un blog anglophone (http://www.thefrenchselection.com).
    J’essaie de sélectionner et puis traduire les meilleurs articles francophones en anglais.
    Je traduis déjà pour grand nombre de sites bien connus ( Paul Jorion, dedefensa, etc.)
    J’aimerais traduire - pas tout, c’est trop long !! - certains extraits de vos articles, et n’ayant pas d’autres moyens de vous contacter, je demande votre aval ici. Bien entendu, j’indique tjrs la source et le lien internet !! Cordialement Tim GUPWELL

  • permalien dalembert :
    29 août 2012 @17h43   « »

    Il semble clair que l’accusation de complotisme est la version mise à jour de l’antisémitisme ou du point Godwin, utilisés pour essayer de clore le bec à bon compte, et qui commence à se déprécier d’avoir trop servi, comme celle-ci, celle-là n’aura qu’un temps, les utilisateurs de ces expressions étant souvent les mêmes.

    Pour répondre à qui voit dans le complotisme une forme de paranoïa, je répondrai que c’est possible, mais selon l’expression "ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque qu’on n’est pas persécuté", mutatis mutandis ce n’est pas parce qu’on est complotiste sur une affaire que celle-ci n’est pas un complot.

  • permalien Nathan :
    29 août 2012 @19h08   « »

    Jordi GRAU : 29 août @15h55

    Laissons de côté le sujet délicat du 11 septembre 2001. Nous serons d’accord pour dire, je pense, que M. Bush et ses amis ont comploté pour rendre possible la guerre contre l’Irak. En effet, ils se sont secrètement concertés pour servir à leurs concitoyens la fable des armes de destruction massive.

    Il y a tout de même une distinction logique à faire entre la thèse complotiste selon laquelle les Etats-Unis ont fomenté eux-mêmes les attentats du 11/09 afin d’avoir un prétexte pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak et la thèse selon laquelle l’administration Bush a profité de l’occasion fournie par les attentats djihadistes - l’occasion faisant le larron - pour en finir définitivement avec le régime de Saddam (en montant de toutes pièces la fable des ADM).

  • permalien Nathan :
    29 août 2012 @19h11   « »

    dalembert : 29 août @17h43

    Il semble clair que l’accusation de complotisme est la version mise à jour de l’antisémitisme ou du point Godwin, utilisés pour essayer de clore le bec à bon compte, et qui commence à se déprécier d’avoir trop servi, comme celle-ci, celle-là n’aura qu’un temps, les utilisateurs de ces expressions étant souvent les mêmes.

    C’est en effet, ce que semble suggérer Frédéric Lordon mais tant qu’à utiliser la comparaison jusqu’au bout, ne pourrait-on dire qu’à l’extrême-gauche, le complotisme est un peu le socialisme des imbéciles ?

  • permalien Jordi GRAU :
    29 août 2012 @20h35   « »

    A Nathan

    Je fais bien la distinction entre les attentats du 11 septembre 2001 - dont je me suis abstenu de parler dans mon dernier message - et la guerre en Irak. Si je suis bien renseigné, Bush et son équipe projetaient déjà d’envahir l’Irak avant ces attentats. Comme vous dites, l’occasion fait le larron.

    On peut d’ailleurs noter au passage qu’il a fallu inventer, outre l’existence d’armes de destruction massive, une improbable connexion entre Saddam Husseïn et Al Qaïda pour justifier la guerre. Là encore, il y a certainement eu une concertation secrète entre Bush et ses conseillers pour concocter cette propagande. Cela me conforte dans l’idée qu’il y a bien eu une sorte de complot contre l’Irak (et, dans une moindre mesure, contre le peuple américain), même si l’administration Bush n’a en rien été complice des attentats du 11 septembre.

  • permalien
    29 août 2012 @21h19   « »

    Magnifique !

    Tu es en pleine forme camarade.

  • permalien Clavidus :
    29 août 2012 @23h58   « »

    Le complot peut être mais les mensonges sûrement.
    Nous avons tant d’exemples sous la main.
    L’Irak, La Libye, la Syrie, l’Iran demain etc ......

    Mon réveil sur l’état de nos médias à eu lieu il y a deux ans environ et j’ai beaucoup de mal à m’en remettre.
    Aujourd’hui je n’accorde de crédit qu’a très peu d’entre eux et de façon timoré car il me faut recouper les informations derrière.

    Sans tomber dans la paranoïa, on peu facilement considérer que 90% de nos médias pratiquent sciemment la désinformation. Leur but est clair mais inavoué, et correspond de façon limpide au Nouvel ordre Mondial que notre actuel président comme le précédent ont vanté les mérites lors de discours. Jamais un seul journaliste n’a relevé.
    Serait ce un signe ?

  • permalien Greg le Prolétaire :
    30 août 2012 @00h00   « »
    Négation des changements et défense de l’expertise atterée

    Le commentaire sur la "loi de 1973" et le renvoi à Beitone ( ce qui ne qualifie d’ailleurs pas sa prose ^^) ne font pas l’unanimité parmi les économistes "autorisés" contrairement à ce qui est suggéré ici.

    Il faut dire que la position consistant à ne pas comprendre le mécanisme du passage au marché pour la gestion de la dette publique en se focalisant sur un élément porte drapeau permet de douter de l’honnêteté du propos.

    Reste que le passage d’un contrôle étatique à un contrôle par le marché de la monnaie ( l’autre versant de la dette ) me paraît largement mieux analysé par l’excellent Jc Werrebrouck sur son site : http://www.lacrisedesannees2010.com/

  • permalien
    30 août 2012 @04h18   « »

    Bon, Clavidus fait parti a toute évidence de la poignée de trépané fanatique du complot qui pourrit toute discutions et empêche tout débat.

    Il a beau se la jouer lambda gnagna, il se fait automatiquement démasqué quand il baragouine son "nouvel ordre mondial".

    L O L

    A la niche !

  • permalien Stephane :
    30 août 2012 @04h31   « »

    Parfait, on progresse. Le prochain papier portera sur toutes les incohérences du 11 septembre 2001. Et là on abordera sérieusement le problème du conspirationnisme.

    Parce que, sauf votre respect, là on tourne un peu autour du pot : il est faux de penser qu’il n’y a jamais de complots comme il est faux de penser que tout est complot...

    D’ailleurs le Monde Diplo Norvège avait fait un papier légèrement critique sur la version officielle du 11 septembre. Etonnament, le Monde Diplo France (qui vous emploie) l’a refusé immédiatement ! (source : http://www.dailymotion.com/video/xl...).

  • permalien dalembert :
    30 août 2012 @12h37   « »

    Je ne suis pas de l’avis du courageux émetteur du post anonyme de 04h18 critiquant méchamment Clavidus pour son commentaire, somme toute assez anodin, tout en massacrant sans pitié une orthographe qui ne lui a probablement rien fait de mal, qui plus est sur un blog disposant d’un correcteur orthographique automatique ( c’est vrai qu’à cette heure là on n’a plus forcément les idées claires ).
    Règlement de comptes ou complot ?

  • permalien Shanaa :
    30 août 2012 @13h05   « »

    Dans le roman "1984" de Orwell, Winston qui travaillait au ministère de la Vérité - Miniver, en novlangue, était accusé de souffrir de son imagination à cause des choses qu’ils voyait ou devinait ! Il en va de même d’hommes politiques, de physiciens ou de citoyens ordinaires qui relévent les incohérences du 11/09 !
    Concernant la "City de Londres" , le profit, l’Euro et l’Europe :
    La force de l’économie du Royaume Uni est le pivot des marchés. Londres étant une super place boursiére Européenne, une des plus importantes au monde. Si les british trés conservateurs perdaient le contrôle de leur monnaie pour la roulette russe de l’Euro c’est qu’ils sont devenus stupides ! Donc, il y a bien une domination capitaliste de type anglo saxon, avec une Europe diluée, endettée, qui ne peut plus battre sa monnaie ! De plus l’Euro n’empêchera pas la récession qui ne fait que commencer !

  • permalien Jordi GRAU :
    30 août 2012 @13h16   « »

    A Stephane

    L’information que vous divulguez est intéressante. En 2006, effectivement, le journaliste Alexander Cockburn a publié dans le Monde diplomatique un article ridiculisant de façon pas très convaincante les partisans de la théorie de "l’inside job" (responsabilité directe de Bush et ses complices dans les attentats du 11 septembre). D’après le film auquel renvoie votre lien, l’un des "complotistes" explicitement visés par Cockburn, Griffin, a demandé un droit de réponse à la rédaction du Monde diplomatique, qui ne la lui a pas a accordée. Seule l’édition norvégienne du mensuel a publié ce droit de réponse. Il faut dire que cette édition avait déjà publié plusieurs articles sur les zones d’ombre du 11 septembre.

    Comment expliquer les choix de la rédaction française du Monde diplomatique ? Je ne crois pas que ce soit d’abord par frilosité. Certes, les rédacteurs du mensuel tiennent à garder leur réputation de sérieux et ne veulent pas se trouver associés à des gens réputés être - à tort ou à raison - des farfelus, voire des fous antisémites. Mais je crois que la réponse se trouve principalement dans l’article même de Cockburn : pour le regretté journaliste états-unien, tout ce tapage autour du 11 septembre est un formidable gâchis d’énergie. Il a empêché beaucoup de gens de militer contre la guerre en Irak ou de s’intéresser de près au fonctionnement du capitalisme, qui est le véritable ennemi à abattre.

    L’attitude de Cockburn, que la rédaction française du Monde diplomatique semble avoir adoptée, était compréhensible mais aussi très critiquable. Je pense qu’il est possible de parler des attentats du 11 septembre sans pour autant ne parler QUE de cela. Le Monde diplomatique aurait pu publier deux ou trois articles sérieux, présentant sans parti pris les zones d’ombres du 11 septembre et les principales théories censées les justifier. Cela ne l’aurait pas empêché de s’intéresser à toutes sortes de sujets sans doute plus importants, et de rappeler que l’existence - pourtant bien réelle - de complots ne suffit pas expliquer tous les malheurs du monde.

  • permalien kulu :
    30 août 2012 @14h31   « »

    @ Shanaa,
    "le Peuple est loin d’être stupide ou dupe !" dites vous. Mais de qui parlez-vous ?
    Qu’est-ce que le "Peuple" ? Est-ce vraiment une entité qui parle d’une même voix ? Parisot fait elle aussi partie du peuple mais de la classe dirigeante qui défend ses propres intérêts.
    En dessous, les classes dirigées font de même contre la première et aussi les une contre les autres.
    Le peuple est hétérogène. Certains se battent à gauche d’autres à droite tout en prétendant défendre les mêmes intérêts, les intérêts du peuple of course.
    Un type qui a milité 30 ans au PCF, adhéré 40 ans à la CGT est capable de passer avec armes et bagages chez les faschos du FN, en face, parce qu’il n’a pas eu son jouet et qu’il trépigne d’indignation ! Où est l’honnêteté intellectuelle et politique la dedans ? Où sont les grands principes, la philosophie, la conscience politique ? Pour moi la réponse est claire : il défend ses intérêts avant tout quels que soient les moyens employés et cela suppose une belle dose de stupidité et de duplicité et au bout du compte c’est toujours lui qui est baisé.
    Je ne crois pas au mythe du Peuple immaculé, forcément victime de méchants loups sans foi ni loi, forcément sans loi ni foi. Si on crève de la croissance et de son corollaire, la consommation, ou l’inverse, c’est bien parce que des millions de beaufs qui tout en militant au PC, au PS, à l’UDF, au RPR, au FN ou nulle part on marché dans la combine et nourri la bête non ? On braille sur la corruption des élites mais le "peuple" aussi est corrompu, il s’est bel et bien laissé acheté contre des babioles en plastique qui fonctionnent toutes seules, par le mirage de la propriété, par la griserie des grosses bagnoles, par la télé et l’image du monde qu’elle lui envoie. Je connais des tas de bourgeois de "gauche" retraités aujourd’hui, issus des classes moyennes, bien gras grâce aux "30 glorieuses" qui accumulent actions et obligations sans état d’âme refusant de voir la réalité actuelle en face, refusant de partager les fruits d’une croissance dont ils ont été les seuls bénéficiaires dans l’Histoire, touchant leurs dividendes en nous foutant au chômage tout en grognant sans complexe contre Sarko, avec bonne conscience.

  • permalien kulu :
    30 août 2012 @14h32   « »

    @ Shanaa - suite
    Le peuple, j’ai l’impression que ça n’existe que dans l’imaginaire (marxiste ?). Ce que j’ai pu observer en tant que quidam lambda comme dirait l’autre, après 54 ans de service, c’est tout autre chose : un peuple c’est une somme d’individualités concurrentes qui s’affrontent plus ou moins gentiment. Se regroupent et émergent des communautés d’esprit, d’intérêt ou tout ce que vous voulez mais de peuple uni contre un système mortifère comme le nôtre je n’en vois point sinon nous n’aurions même pas à en discuter, l’affaire serait réglée depuis longtemps.
    C’est ce qui fait la force de la classe dirigeante : elle entretient les divisions pour régner et ces 30 dernières années le démontrent à merveille. Elle n’oublie jamais de casser toute initiative collective susceptible de remettre en cause ses privilèges, même tout "concept" de collectivité et dans le même temps cultive l’hédonisme, l’individualisme jusqu’à plus soif. Comment cela peut il être ? Qui marche dans la combine et ainsi donne encore plus de puissance à ce système hédoniste et individualiste qu’est le capitalisme ultra libéral ? Qui accepte de bouffer de la merde et de réduire son pouvoir d’achat pour sauver les banques et les riches qui les écrasent tout en refusant de partager leurs miettes avec les plus pauvres ? Qui ? Le peuple, non ? Il n’y a que lorsque les choses vont trop loin comme en Grèce ou en Espagne (pour l’instant) que le peuple retrouve dans un premier temps un semblant d’unité dans le malheur. Sinon chacun pour soi.
    Alors ne prenons pas les discussions de qualité qui animent ce blog et bien d’autre pour argent comptant : nous sommes une minorité, une élite nous aussi si l’on veut, la grosse majorité des gens se démerde comme elle peut et se torche avec les grands principes quand ça l’arrange, comme ceux d’en haut !
    Ce qui compte ce n’est pas le peuple mais justement les principes et le droit pour les mettre en œuvre au service de la communauté.

  • permalien kulu :
    30 août 2012 @14h34   « »

    @ Shanaa - suite2
    Or les principes et le droit qui fondent le capitalisme ultra libéral sont mortels pour la terre, pour l’humanité dans son ensemble, riches compris ce qui au passage montre bien qu’on peut être riche, éduqué, diplômé et totalement idiot ce qui à ce niveau se confond avec la corruption.
    Il faut donc en changer (de principes) et comme la classe dirigeante ne lâchera pas son os avant longtemps le peuple désuni peut se faire du mouron si il ne passe pas à l’action fermement. Et l’action en ce moment c’est ou à la bourse ou dans la rue.
    Les dénis de démocratie récurants depuis des années (2005 notamment) et le show politique permanent montrent bien que ce champ d’action là est vidé de toute substance et n’est que bonne conscience pour se convaincre qu’on a fait quelque chose. Regardez Hollande.
    De toute façons les événements vont se précipiter et finalement s’imposeront à nous, comme souvent, et ce ne sera pas drôle.
    Une communauté qui se veut maître de son destin se doit d’anticiper et d’agir pour au moins garder un coup d’avance sur l’échiquier ce qui du reste ne signifie pas qu’il s’en tirera à meilleur compte (cf les Bolchéviks, les Thermidoriens) mais au moins elle se sera battue pour exister.

  • permalien Nik Tesla :
    30 août 2012 @15h38   « »

    Bel article, écrit avec style.

    J’ai cependant un point de discorde quitte a passer pour un complotiste avec l’affirmation : "Elle n’est pas la proie d’une conjuration du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares structurelles congénitales et sous l’effet des forces aveugles qu’elle a elle-même installées".

    Pour moi ces forces ne sont pas aveuglent et savent exactement ce qu’elle font :

    Une note déclassifiée en 2000 revélé par The Telegraph et analysée par Francois Asselineau de l’UPR

    Les dirigeants du Mouvement européen – Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l’ancien premier ministre belge, Paul-Henri Spaak – étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut tenu secret. L’argent de l’ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que de milieux d’affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain.

    Paul Hoffman, directeur de la Fondation Ford et ex-officier de l’OSS, fut également à la tête de l’ACUE à la fin des années 1950. Le Département d’État y jouait aussi un rôle. Une note émanant de la Direction Europe, datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice l’objectif d’une union monétaire.

    Elle recommande d’empêcher tout débat jusqu’au moment où « l’adoption de telles propositions serait devenue pratiquement inévitable ».

    http://www.telegraph.co.uk/news/wor...

  • permalien Shanaa :
    30 août 2012 @18h37   « »

    Kulu, "le peuple n’est ni stupide ni dupe." Mais pas "immaculé", vous avez raison ! Je disait cela en songeant a la cité Athénienne ou le peuple votait les lois et ostracisait les abuseurs ! Je me dis que c’est donc une question de choix et d’éducation !
    Le probléme du peuple vient de ceux à qui il a confié le pouvoir et sa liberté (servitude volontaire). Or, ces derniers sont portés d’abord par leurs intérêts. Le peuple n’est ni consulté ni éduqué pour avoir une démarche active dans la vie de la cité ! Hormis glisser son bulletin dans l’urne, le débat est monopolisée par des spécialistes ou des technocrates qui utilisent un vocabulaire inaccessible, ce qui renforce la passivité et l’impuissance.
    Malgré cela, le peuple trouve le moyen de décoder grace a des moyens alternatifs comme le web ou tout simplement les petites discutions au bistrot ! En observant bien, on se rend compte que les gens essayent des tas de possibilités pour éviter la déshumanisation que génére le systéme !
    J’ai bien apprécié vos commentaires qui m’ont rappelé une citation de Rousseau (je crois) : "En général, ce serait une grande folie d’espérer que ceux qui dans le fait sont les maitres préféreront un autre intérêt que le leur".

  • permalien paul vetran :
    30 août 2012 @19h44   « »

    @ Jordi

    Il est ironique que c’est le même Cockburn qui mentionne que le maire de San Francisco Willie Brown a été averti d’annuler son vol huit heures avant les attaques, ainsi que le mémo interne du 10 septembre de la filiale de Goldman Sachs de Tokyo, qui prévenait ses employés d’une possible attaque terroriste ("Aftershocks", Counterpunch weekend edition 14/16 september 2001).

    Cockburn enfonce le clou plus tard en publiant l’enquête de Christopher Ketcham "What did Israel Known In Advance of the 9/11 Attacks ?", en justifiant sa décision de le publier en préambule de l’article de ketcham. (Counterpunch, Vol 14, n°3/4 - 2007).

  • permalien Dominique :
    30 août 2012 @23h13   « »

    Bonjour,

    Que proposeriez-vous plutôt que la vidéo de Paul Grignon ?

    Ceci me rappelle un entretien datant de 2009 de Frédéric Lordon avec Pascale Fourier. Il y est question de création monétaire... mais Frédéric Lordon repousse l’explication car "intordable", "trop technique", "qui nécessiterait presque un papier, un crayon".

    A quand un bel exposé illustré par Frédéric Lordon… voir une vidéo ? :-)

  • permalien Souvarine :
    31 août 2012 @02h09   « »
    De la Monnaie comme Volonté et comme Représentation.

    @Dominique

    Si c’est une introduction que vous recherchez, essayez "la monnaie et ses mécanismes" de Dominique Plihon aux Editions la Découverte.

    Et oubliez le dessin-animé de Grignon, bel attrape gogo soit dit en passant.

  • permalien Miclav :
    31 août 2012 @03h23   « »

    Pas si HS que ça, ou comment au quotidien la force des structures n’agit que pour servir des intérêts objectifs bien cernés

    http://www.youtube.com/watch?v=P7G4...
    http://www.youtube.com/watch?v=gPVY...

    Frederic Lordon intervient dans la 2ème partie, raison pour laquelle je poste ça ici...

  • permalien psy :
    31 août 2012 @11h10   « »

    Le débat sur le thème du complot est un débat entre croyants.
    Par définition le complot est secret rien n’est avéré avant que l’histoire ne prouve les faits.
    Les tenants du complot affirme d’un air entendu que de source sure, la société est perfide. Les complots passés étant la meilleure preuve du présent.
    Leurs opposants se débattent comme des papillons autour d’une lampe pour prouver l’inexistence d’un fait qui dans leur logique n’existe pas... il vaut mieux laisser aux croyants la charge de la preuve.
    Chacun y va de sa propagande (Littré : action exercée sur l’opinion pour l’influencer la convaincre). Tant que rien n’est avéré. Mais toute cette période de doute est propice à beaucoup de dangereux excès de subjectivité.
    Il s’agit de débattre sur des « arrières mondes », débat qui a ses avantages et inconvénients.
    Avantage typiquement français depuis le doute cartésien de ne pas se contenter de ce que le réel semble être. Position de vigilance politique.
    Mais inconvénients de laisser ses choix politiques être pollués par la rumeur les jugements a priori.
    Si nous gardons à l’esprit ce délicat équilibre et qu’il s’agit dans un premier temps de croyances, peut être pouvons nous trouver le juste milieu entre la doute généralisé et la naïveté béate. et laisser une place à la rigueur intellectuelle.

  • permalien Jordi GRAU :
    31 août 2012 @14h58   « »

    A Psy

    Ce que vous dites est parfaitement juste, mais il faudrait tout de même y ajouter quelques précisions pour avoir un point de vue équilibré et serein sur toutes ces histoires de complot.

    1. Presque tout est - au moins en partie - une affaire de croyances. Quand quelqu’un dit de façon péremptoire que tel événement n’est pas le résultat d’un complot, il ne fait bien souvent qu’énoncer une croyance, à laquelle nul n’est tenu d’adhérer. Le scepticisme ne doit pas seulement être de rigueur pour les "théories du complot".

    2. Certains actes, comme les attentats du 11 septembre ou les coups d’État, n’ont pu être préparés au grand jour ni par une seule personne. Il y a donc eu nécessairement un complot. Encore une fois, personne ne nie que des malfaiteurs ont préparé en secret la destruction du Wall Trade Center, le renversement d’Allende ou celui de Mossadegh. Toute la question est de savoir qui a comploté.

    Dans d’autres cas, au contraire, l’hypothèse du complot n’est pas nécessaire, et il est donc plus fécond - sur le plan théorique comme sur le plan pratique - de proposer des explications plus faciles à vérifier. Sur ce point, je vous rejoins tout à fait, comme je rejoins la position de F. Lordon.

    3. Le mot "croyance" renvoie à des choses très différentes. Toutes les croyances ne se valent pas. Quand un scientifique est persuadé que telle théorie est vraie, il a en général d’excellentes raisons pour cela. Mais il peut rarement démontrer avec une certitude absolue que ladite théorie ne sera pas un jour détrônée par une théorie plus cohérente ou plus concordante avec l’expérience. Il y a donc bien une part de croyance dans le jugement du scientifique. Mais cette croyance n’est sans doute pas de la même nature que celle des raëliens, par exemple, qui pensent que l’humanité a été créée par des extraterrestres en laboratoire.

    Il en va de même pour les complots. Je reprends l’exemple du renversement de Mossadegh. Bien avant que les États-Unis ne reconnaissent officiellement leur participation au coup d’État, il n’était pas délirant de penser que ce dernier avait reçu le concours des services secrets états-uniens et/ou britanniques. Il ne s’agissait sans doute pas d’une thèse scientifique, mais ce n’était pas non plus une théorie farfelue et invraisemblable.

  • permalien Shanaa :
    31 août 2012 @15h12   « »

    "Si Orwell insiste tant sur la décence ordinaire des petites gens, c’est aussi pour dénoncer, par contraste, l’indécence extrardinaire des élites politiques et culturelles. Il en veut tout particulièrement à une catégorie de personnes qui aurait dû, plus que toute autre, faire preuve d’un peu plus de décence dans ses prises de position publiques : les intellectuels. Tout au long de son œuvre, Orwell n’a eu de cesse de critiquer les intellectuels toujours prêts à braver la morale élémentaire pour légitimer des régimes notoirement tyranniques : “La plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre”.
    - Bruce Begout à propos de la "décence ordinaire" de Orwell.

  • permalien Nathan :
    31 août 2012 @18h52   « »

    Notre présence au monde est le résultat d’un complot. N’oublions pas que nos parents ont conspiré pour nous faire naître. C’est pas terrible ça quand on y pense ?

  • permalien bob :
    1er septembre 2012 @05h59   « »

    Vous oubliez le complot de la Reconquista islamique, si cher à l’écrivain Millet et fantasme qui fait jouir au quotidien Renaud Camus et son cercle d’amis du Parti de l’In-nocence et ses appuis ; obsession unique des nostalgiques de l’Algérie française, des droitiers français tendance anarcho-capitaliste états-unienne qui hantent le site Causeur (É. Lévy), des agitateurs de Riposte Laïque et de tous les histrions qui s’agitent autour de Marine Le Pen.

    La répétition constante des qualificatifs complotiste, bien-pensant, totalitaire, idéologue, bobo etc. fait partie de la boîte à outils du propagandiste, du journaliste-système, bref de tous les radoteurs professionnels ou non.

  • permalien zorbeck :
    1er septembre 2012 @09h44   « »

    A partir d’une réflexion intelligente sur le conspirationnisme, l’auteur ne peut s’empêcher un coup de griffe sur ses obsessions habituelles, l’Europe et le libéralisme, mais en s’en prenant au bouc-émissaire bien commode qu’est Quatremer il révèle aussi les limites de sa propre analyse.

    Car non seulement, contrairement à la croyance populaire, le libéralisme ne constitue pas un dogme économique figé une fois pour toutes – pour fonctionner, délires libertariens mis à part, il a nécessairement besoin à la fois de garde-fous qu’il faut constamment renouveler et d’un État de Droit qui assure la transparence des informations et la validité légale des échanges – mais surtout il est dépendant des états qui le constituent. C’est complètement naïf et faux de croire que les lois américaines protègent autre chose que le capital et les intérêts de l’empire US bien compris, au détriment du reste du monde. La soi-disant liberté de circulation du capital est un gros bobard planétaire, presque aussi gros que celui des ADMs en Irak, qui ne s’applique que dans un sens : celui des intérêts de l’empire américain. Le gouvernement US est toujours intervenu pour empêcher la participation majoritaire dans des grosses entreprises américaines par des capitaux étrangers (c’est même inscrit en toutes lettres dans le Patriot Act), autant qu’il intervient à l’étranger (pas militairement sur ce coup-ci) quand par exemple une prise de contrôle chinoise permettrait de relancer un conglomérat (Saab) qu’il a lui-même précédemment largement pillé à son seul profit. Ou qu’il se donne le droit totalement arbitraire d’infliger des pénalités astronomiques à des banques non-US sur le simple soupçon d’avoir pu traiter avec l’Iran...

    Alors oui, moi aussi, je regrette l’absence de lois européennes qui auraient pu limiter la portée de l’accord Peugeot/GM (pour rappel : le pays en dehors de la France où roulent le plus de voitures de cette marque est l’Iran et toute livraison vient d’être cessée, la faute à l’Europe libérale dans l’esprit de Lordon j’imagine). Quatremer a peut-être eu le tort de ne pas plaider pour des lois européennes qui limitent les participations non-européennes et je le regrette, mais je doute fort que Lordon ait attiré l’attention des lecteurs sur cet aspect précis des choses. Bêler avec le reste des moutons contre le libéralisme reste une vision conspirationniste un peu vague à mon goût quand la monnaie de réserve planétaire est précisément et comme par hasard celle de l’empire, ce qui évidemment fausse complètement le marché : quand pour des raisons de politique interne les agences de cotation américaines dégradent les obligations US, le dollar remonte alors qu’évidemment pour l’euro c’est le contraire. Cherchez l’erreur.

  • permalien Jordi GRAU :
    1er septembre 2012 @10h43   « »

    A Zorbeck

    Vos analyses me paraissent en partie convaincantes. Derrière le vocable "libéralisme" se cachent en effet des pratiques qui ne le sont pas tant que ça.

    Cela dit, je pense qu’il est tout de même utile de critiquer le libéralisme, et ce pour trois raisons. La première, c’est que cette idéologie sert souvent d’écran de fumée pour masquer la réalité - un peu comme la doctrine marxiste-léniniste était naguère répétée comme un mantra pour faire oublier la dure réalité du socialisme réellement existant. Il arrive d’ailleurs parfois à M. Lordon de montrer à quel point la réalité économique contredit le dogme sympathique de la concurrence libre et non faussée. Sans doute devrait-il le faire plus souvent.

    La deuxième raison, c’est qu’il y a tout de même une influence réelle des idées libérales sur les pratiques économiques. On privatise à tour de bras, on incite ou on force des États à ouvrir leurs frontières, on met en concurrence les travailleurs afin de faire baisser le coût du travail, etc. Jamais, bien entendu, les théories libérales ne sont appliquées dans leur pureté. Mais elles servent néanmoins les intérêts des plus forts (grandes puissances, sociétés financières, grosses entreprises).

    La troisième raison, c’est que le libéralisme - tel que je le comprends, en tout cas - est une chimère, un programme qui est irréalisable dans sa pureté. Comme vous l’avez rappelé très justement, le libéralisme a besoin d’un État de droit qui fasse respecter les règles du jeu (et notamment la règle interdisant la constitution de monopoles ou d’oligopoles). Mais ceux qui sont à la tête de l’État ont-ils vraiment intérêt à faire respecter ces règles ? Partout, et pas simplement aux État-Unis, on constate des liens étroits entre les politiciens et le monde des affaires, si bien que les gardiens de l’ordre libéral sont structurellement corrompus. Seule une absence d’État (organisation anarchiste de la société) ou la prise en main de l’État par l’ensemble des citoyens (socialisme vraiment démocratique) pourraient empêcher la constitution de monopoles ou d’oligopoles. Mais ces deux régimes, à ma connaissance, n’ont pas grand chose à voir avec l’idéal libéral.

  • permalien zorbeck :
    1er septembre 2012 @12h40   « »

    A Jordi Grau

    Je tiens d’abord à vous remercier de m’avoir lu jusqu’au bout avant de me répondre une fois que le mot liberalisme etait avancé. Vous pourrez trouver ma reponse non tronquée à l’article de Lordon sur un blog de Mediapart (http://blogs.mediapart.fr/blog/thie...).

    Vous avez parfaitement raison d’évoquer l’écran de fumée qui masque la réalité des choses, et qui pour moi rend le débat pour/contre le libéralisme aussi stérile. A partir du moment où une banque comme BNP/Paribas a un bilan de la taille de l’Etat francais, et à tenir compte de l’extreme porosité entre les C.A.s des grands groupes francais et de la haute administration publique si pas du gouvernement, il est évident que la distinction privé/public, liberal/antilibéral n’a plus aucun sens. J’ai lu sur des sites libertariens (pas ma tasse de thé soit dit en passant) une critique de l’influence de Wall-Street sur l’administration Obama qui pourraient émaner de lecteurs de Lordon, au moins en ce qui concerne la socialisation des pertes...avec une interprétation qui en ferait frémir plus d’un (« american socialism »).

    Et pourtant derrière l’écran de fumée il y a des scandales ahurissants. En 2007, les 20 meileurs managers de hedge funds on totalisé 20 milliards de profits (à titre individuel, cad profit personnel). En 2009, une fois le systeme renfloué par le contribuable, les 20 meilleurs ont totalisé 24 mrds dont 4 mrds pour un seul d’entre eux. Théorie du complot ? : en voici un bien réel révélé par Bloomberg : http://www.bloomberg.com/news/2012-... . Que les taux Libor aient pu etre à ce point manipulés par les 18 plus grosses banques mondiales à leur plus grand profit est le signe clair et infaillible que nous ne sommes absolument pas dans un régime de concurrence libre et non faussée.

    Le probleme que j’ai avec Lordon est que contrairement à lui je pense que la seule possibilité de limiter les dégats est précisément de le faire à l’échelle européenne, c.a.d sans les Anglais de la City. Je n’ai pas la place ici pour m’en expliquer et c’est bien dommage, peut-etre ailleurs.

    Bien à vous.

  • permalien Aliocha :
    2 septembre 2012 @16h46   « »

    Merci pour cet article, une nouvelle fois.
    Très intéressant l’article de A.Beitone que vous référencez.

    Vous êtes un vrai démocrate, chose à mon sens assez rare, en particulier chez les personnes placées en position d’expert.

    Je pense toutefois que vous avez mieux à faire que de discourir sur la médiocrité de Quatremer.

    Pourriez vous évoquer quand le coeur vous en dira la faisabilité politique d’une modification structurelle de notre système économique . Vous présentez souvent des pistes, des idées de réforme ; quelle chance de réalisation leur donnez vous dans notre système démocratique ?
    Cela dépasse probablement votre domaine d’expertise (voire celui de quiconque), mais je suis certain que vous avez des choses pertinentes à dire là-dessus. Cela constitue à mon avis une des questions majeures dans la ligne stratégique à mettre en place pour entrevoir un monde un peu meilleur.

  • permalien Shiv7 :
    2 septembre 2012 @18h34   « »

    3° Les régimes non-démocratiques ont plus de facilité que les autres à imposer leur parole comme étant la réalité. En l’absence de contradiction, ils peuvent créer la réalité rien qu’en parlant. Donc il ne se passe "réellement" rien en Syrie puisque le régime et ses alliés le disent. Mais l’embarras et les silences du Diplo à cet égard en disent plus que de longs discours.

    Vitigis oublie que dans les régimes non démocratique les seuls qui prennent leurs paroles comme vérités ou réalité sont ceux qui les prononcent, le peuple en général n’en croit rien et de ce fait à défaut de liberté d’actes à tout au moins une relative liberté de penser. (étant entendu que la liberté de pensée n’a rien à voir avec la liberté d’exprimer publiquement cette pensée).

    A contrario dans un régime démocratique, du fait que les paroles viennent d’un pseudo consensus populaire tout le monde prend les paroles admise par la majorité pour une réalité absolue et de ce fait cadenasse sa liberté de pensée à cette masse informe découlant du consensus.
    En cela l’on peut dire que cette réalité pseudo démocratique de notre modernité est une auto conspiration ou un complot que chacun fait à l’insu de soi même ce qui à n’en pas douter est la version de la conspiration et du complot la plus aboutie étant donné que le comploteur et le comploté ne sont qu’un.

    Il est clair aussi que cet état de fait même si il est du dans une certaine mesure à une évolution sociétale spontanée n’en est pas moins utilisé potentiellement par une certaine élite, ce qui nous donne finalement un diagnostique aggravé d’une auto conspiration doublée d’une conspiration… (malheureusement je ne crois pas que ça se soigne…)

  • permalien Shiv7 :
    2 septembre 2012 @18h56   « »

    Notre présence au monde est le résultat d’un complot. N’oublions pas que nos parents ont conspiré pour nous faire naître. C’est pas terrible ça quand on y pense ?

    Tout à fait Nathan, c’est pour cela que dans cette grande démocratie que vous admirez tant (USA), il commence à il avoir des procès de certain enfants(ceux avec défaut génétique établi prénatale ment) contre leurs parents…

    D’autre part il est clair que la naissance de chaque enfant, sauf quand elle est accidentelle, est bel et bien le résultat d’une conspiration visant à établir une certaine immortalité, par leurs descendances, des parents concernés…

    Pour finir et aussi extravaguant que cela puisse vous paraître il y a toujours eu des courant de pensées qui se sont élevés contre le fait de naître comme par exemple le Bouddhisme et L’Hindouisme ou plus proche de nous un Cioran dans son essai, de l’inconvénient d’être né…

  • permalien Guit’z :
    2 septembre 2012 @21h03   « »

    Bonjour Monsieur Lordon
    D’ordinaire très impressionné par vos excellents livres, pour le coup je vous trouve un peu léger...
    Tâchons de vous résumer :
    - Il est aussi faux de voir partout des complots que de n’en voir nulle part.
    - L’existence de complots est un fait, au demeurant insuffisant à l’élucidation complète des phénomènes sociaux (économiques, politiques et géopolitiques), eux-mêmes résultant de déterminations multiples dont le facteur occulte, quoique réel et même omniprésent, ne suffit à rendre compte. L’Histoire obéit au hasard des passions non moins qu’aux logiques structurales : il faut donc distinguer les faits singuliers de complots de la forme unique du conspirationnisme.
    - Conspirationnisme dont la critique officielle, au demeurant, est essentiellement de nature psychopathologique (elle tourne autour du pot aux roses pour couper l’herbe sous le pied du conspirationniste). Les faits et hypothèses de complot intéressent moins celles-ci que les intentions et les idées noires desdits complotistes.
    - Cette critique moralisante de l’hypothèse conspirationniste sert les intérêts dominant la société ; son innocuité politique est peu ou prou voulue par les élites, que la crise éternelle disqualifie aux yeux du peuple. Plus encore : ce moralisme des élites fortifie le sentiment qu’elles ont de leur vertu de classe ; vertu qui les autorise même à reprocher son obscurantisme à la populace, et à forclore ainsi toute mise en question des réseaux de pouvoir.
    - Cette critique élitiste purement passionnelle d’une vilaine passion est elle-même réversible comme l’est toute passion ; l’élite raffinée y est finalement aussi sujette que le grossier peuple, lui-même juste moins apte à l’exercice de saines prudences oratoires, ainsi que nous l’a montré l’Affaire DSK.
    - Contre cette critique de classe, apolitique, se forme peu à peu une culture populaire du soupçon ; laquelle désigne donc le conspirationnisme comme un fait social et non psychique : en refusant les termes choisis par l’élite modérée du débat politique, et en imposant ses propres thèmes, le peuple et se réapproprie l’espace public confisqué par l’« apolitiquement correct » de l’élite vertueuse.
    - La question monétaire, aussi capitale que la météo, est un révélateur privilégié de cette culture populaire du soupçon. Nombre de tabous jalousement gardés par la ploutocratie sermonneuse sont peu à peu ébranlés par ce biais : à commencer par l’article de foi de l’Euroland.
    - Alors, en guise de parade, l’élite offusquée nomme les boucs émissaires, avec autant d’aplomb que la plèbe criant au complot : à son tour, le « conspirologue » obnubilé entreprend la chasse aux sorcières conspirationnistes.

  • permalien Guit’z :
    2 septembre 2012 @21h04   « »

    (suite)

    Très succinctement résumée, votre analyse s’arrête là. Autrement dit, quelle que soit la justesse de vos remarques, vous demeurez « en-deçà » du débat, et en éludez, si j’ose dire, la teneur matérielle : la substance politique concrète. Certes, votre intéressante analyse dépasse le moralisme outré des conspirologues appointés ; mais je crois que vous ne cernez que très partiellement la question politique posée par le conspirationnisme, bien que tel soi justement l’objet de votre article. Plus utile que de raffiner la notion, voire de légitimer partiellement la psychologie du conspirationnisme, me paraît l’analyse concrète de complots concrets (fussent-ils hypothétiques). S’il y a des complots, la critique du conspirationnisme implique de nommer les plus décisifs, de les étudier, et de les réfuter ou de les dénoncer. Un complot est un fait historique au même titre qu’une bataille ou un traité, dont la compréhension incombe à l’intelligence du monde. Plus que la Loi de 1973 ou l’abrogation du Glass Steagall Act, aussi discrets que peu intelligibles au profane, vous auriez dû évoquer davantage le 11 Septembre, événement autrement télégénique dans sa forme et autrement indiscutable dans ses tentaculaires effets. Car, si les mesures ultralibérales adoptées par les gouvernants depuis trente ans attentent bel et bien à la démocratie, la possibilité d’une forfaiture perpétrée en interne apparente ce terrible crime à un coup d’état fasciste, et désigne les populations civiles comme cheptel négligeable aux yeux de l’Empire. Et là, au référent démocratique (même détérioré) en vigueur parmi les commentateurs, doit se substituer le cadre conceptuel tout autre du fascisme masqué… (De même, les peuples doivent-ils passer de la désobéissance civile à l’insurrection générale ; d’une forme légale à une forme violente.) Tel est l’enjeu.

    (...)

  • permalien Guit’z :
    2 septembre 2012 @21h05   « »

    (Fin)

    La vulgate médiatique s’évertue à cantonner cet événement colossal dans un vague isolement intellectuel, celui d’une péripétie sans incidence durable ou, plutôt, sans incidence directe sur chacun de nous : c’est un mensonge extravagant. Aussi, quels que soient leur discipline ou leur parti, est-ce une faute inexcusable de la part des intellectuels, même les plus respectables comme vous, de faire l’économie d’un examen sourcilleux de cet événement dont les conséquences sont si vastes, les implications si nombreuses et, surtout, les significations potentielles si effrayantes. De deux choses l’une : soit Ben Laden est à l’origine de cet attentat capital et il doit être mis un terme à la rumeur d’inside job parasitant un contexte politique et géopolitique mondial déjà tendu. Soit le 11 Septembre est bel et bien ce qu’en disent lesdits « conspirationnistes », auquel cas notre réalité depuis dix ans n’a pas plus de consistance qu’une vilaine série télé : la « forme unique » du conspirationnisme cesse ipso facto d’être une chimère, la paranoïa devient la lucidité politique même, impliquant de corréler le 11-septembre et la totalité de la crise que, depuis le premier jour, semble traverser notre monde globalisé …

    Je vous salue très cordialement.
    www.reopen911.info

  • permalien Coelho Z. Paolo :
    2 septembre 2012 @22h59   « »

    SCHOPENHAUER : L’art d’avoir toujours raison - stratagème numéro 1 : Étirer l’affirmation de l’adversaire au-delà de ses limites naturelles, l’interpréter de la façon la plus générale possible. Ceci est particulièrement aisé avec des gens qui font des assertions généralisantes.

    Et voilà comment de sincères idées sont décrédibilisés sous la forme par exemple du complot.

  • permalien dalembert :
    3 septembre 2012 @11h40   « »

    A quoi bon tenter de prouver un complot et démasquer un coupable lorsque ce dernier est, in fine, le système entier ?

    Si, demain, quelqu’un apporte la preuve irréfutable que 9/11 est un inside job, avec des coupables désignés, à votre avis, il se passera quoi ?

    Un jugement, des condamnations peut-être, et ensuite business as usual.

    Un discrédit moral ? Oulala ça va sûrement faire très peur...

    C’est à dire rien du tout.

  • permalien merlmokeur :
    3 septembre 2012 @17h16   « »

    La première "théorie du complot" des patrons a été diffusée dès 1776 par un obscur économiste, sans doute gauchiste, Adam Smith. Il a fallu un siècle dans les pays les plus avancés pour que les travailleurs arrachent le droit de se syndiquer.

    Aujourd’hui une nouvelle théorie du complot est discutée mais cette fois ci il s’agit de celui de l’oligarchie financière coalisée autour d’une centaine de mégagroupes financiers. Les media dominants financés par ce G 100 nient bien évidemment toute entente en occultant l’accumulation des résultats scientifiques sur les théories de l’oligopole, du monopole,l’accumulation des faits sur la concentration financière.
    Il est curieux que les idéologues qui nient la réalité du complot financier reçoivent le plus souvent une part majeure de leurs revenus de l’oligarchie.

  • permalien BigTof :
    3 septembre 2012 @20h44   « »

    "Décidément l’événement politique le plus important des deux dernières décennies, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 a montré ce que peut, pourtant dans un extraordinaire climat d’adversité, un corps politique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus complexes et se les approprier pour produire un suffrage éclairé."

    Et le fait que ce référendum ait été outrepassé pour finir en traité de Lisbonne, n’était-ce pas le fait d’un petit groupe de nos élites qui voulait conserver son pouvoir, ou en acquérir plus encore ??

  • permalien LaFouisne :
    4 septembre 2012 @01h41   « »

    Le monde diplo !!! c’est pas celui qui à refusé à une journaliste suédoise je crois sur la version locale une thèse déviante de celle qui nous officiellement présenté du 11 septembre !

    enfin peut être que je vous prend de cours je n’ai pas encore tout lu mais j’y cours tout de suite !

  • permalien cash :
    5 septembre 2012 @00h04   « »

    "Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. Pour défaire le monoïdéisme de la vision complotiste, il suffit de l’inviter à se prêter à une expérience de pensée contrefactuelle : imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale, ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ? La réponse est évidemment non."

    Strawman fallacy. D’abord, ce résumé, pour le moins réducteur, qui ne réflète nullement "la pensée conspirationniste" est complèté par une conclusion aussi absurde qu’improuvable. Et par conséquent ne rajoute rien au débat ; au contraire, il relève d’une manipulation habituelle et facile où il s’agit de discréditer par le ridicule le messager et d’escamoter le propos plutôt que d’adresser les vrais arguments des "conspirationnistes".

    N’oublions pas que les "structures" avec leurs effets pervers ont été mis en place par divers pouvoirs (financiers par exemple à l’aube de l’ère industrielle) qui avaient besoin de cimenter et rendre durable leur pouvoir.

    Et beaucoup de "conspirationnistes", à l’instar des braves gens qui demandent une réouverture de l’enquête sur les attentats du 11/9 ne prétendent pas du tout posséder les réponses ou les clés mais cherchent simplement des pistes que personne ne semble vouloir fournir de manière crédible et convaincante.

    Mais quand on voit tout ce que les médias, y compris "diplo" ne veulent pas révéler à propos des rapports étroits entre Nicolas Sarkozy et le Big Business Américain/CIA au nom d’Oliver on peut se demander pourquoi le diplo se donne autant de mal à discréditer les "conspirationnistes".

  • permalien Mary :
    5 septembre 2012 @14h44   « »
    Conspirer : une attitude bien naturelle et banale ?

    Répondre aux arguments de son contradicteur en le traitant de "conspirationniste" n’est qu’une technique pour le disqualifier aux oreilles des des auditeurs sans avoir à répondre sur le fond (masquer l’absence de contre arguments).

    Ce piège est maintenant éventé et au final se retourne finalement contre son utilisateur tellement cela révéle chez lui, soit une grande naïveté, soit une grande servilité à la défense d’un dogme indéfendable par la raison (l’efficience de la main invisible des marchés par exemple).

    Ne sommes nous pas tous comploteurs et dans tous les domaines de nos vies ? Par exemple, le mari complote avec sa maîtresse pour cacher sa relation extra-conjugale à sa femme (et la femme avec son amant), les entreprises complotent parfois entre elles pour biaiser un marché public (entente sur les prix, etc), ...
    Ce ne sont pas les exemples de complots, à plus ou moins grande échelle, entre un nombre plus ou moins grands d’individus, qui manquent.
    Cela semble même être finalement un mode de fonctionnement de l’être humain bien naturel. Au point, que si ce n’est déjà fait, la sociologie devrait se pencher sur ce domaine. N’est-ce pas une forme de coopération et de coordination entre individus ou organismes pour défendre des intérêts communs à un moment donné durant un laps de temps plus ou moins long ? Conspirer, n’est-elle pas finalement une attitude bien naturelle et banale ?

  • permalien Tomatito :
    5 septembre 2012 @18h37   « »

    La revue Agone a publié un numéro cette année sur la question des théories du complot (N°42, 2012) pour ceux que cela intéresseraient.
    Les articles ne sont pas encore disponibles en version intégrale sur le portail revue.org, seulement l’intro.

    L’approche se veut un peu moins fainéante que celle pratiquée par les médias dominants.

    http://revueagone.revues.org/1048

  • permalien Miclav :
    5 septembre 2012 @22h34   « »
    Arte : Goldman-Sachs la banque qui dirige le monde

    http://videos.arte.tv/fr/videos/gol...

    Un petit compte-rendu bien dans l’esprit "conspirationniste" chez Arte cette semaine...

  • permalien Hermès :
    6 septembre 2012 @09h06   « »

    La réponse de "prolétaires de gauche" :

    http://luftmenschen.over-blog.com/m...

  • permalien Jordi GRAU :
    6 septembre 2012 @11h46   « »

    A Hermes

    Je pense que les "prolétaires de gauche" ou "Luftmench" (je ne sais pas très bien qui a écrit l’article auquel vous renvoyez) n’ont pas vraiment lu le papier de Frédéric Lordon. D’abord, ce dernier ne dit pas que les théories conspirationnistes sont forcément l’œuvre de la plèbe. M. Lordon fait simplement la distinction entre ce qui détiennent le pouvoir politique et économique et le reste de la population. Il est évident que les auteurs ou propagateurs de théories du complot peuvent appartenir à la bourgeoisie.

    Maintenant, il est aussi parfaitement exact que des théories conspirationnistes ont effectivement été fabriquées par des dirigeants politiques. L’exemple du Protocole des Sages de Sion est le plus connu, mais on pourrait aussi mentionner les rumeurs propagées par la droite et l’extrême droite espagnoles sur les attentats de Madrid de 2004. "Luftmench", sur ce point, a raison : M. Lordon aurait pu rappeler l’existence de telles théories conspirationnistes.

    En revanche, je suis en désaccord avec "Luftmench" lorsqu’il fait dire à M. Lordon le contraire de ce qu’il écrit, à savoir que tout s’explique par des complots fomentés au sein du groupe Bilderberg et autres clubs du même genre. M. Lordon dit précisément l’inverse : le fonctionnement du capitalisme ne s’explique pas principalement par des complots, mais par la structure même du système économique et des institutions politiques.

    Enfin, le fait qu’il y ait des conspirationnistes antisémites ou d’extrême droite ne signifie pas qu’on n’ait pas le droit de penser qu’il y a - de temps en temps - d’authentiques complots. Surtout, cela n’invalide en rien l’article de Frédéric Lordon, qui n’a rien à voir avec l’extrême droite ou les antisémites.

  • permalien Miclav :
    6 septembre 2012 @12h38   « »

    @ Prolétaires de gauche

    un point de vue très intéressant, bien écrit (même si parfois un peu bourrin dans sa charge), qui mériterait bien une réponse à mon avis. Qui se dévoue du diplo, d’ ATTAC ou du FDG ?

  • permalien Miclav :
    6 septembre 2012 @13h32   « »

    @ Jordi GRAU

    Oui l’article manie l’amalgame, et s’il n’avait pas contenu quelques chouettes idées clairement exposées, il m’aurait énervé.

  • permalien captp :
    6 septembre 2012 @17h54   « »

    Je vois que l’on reproche au film "L’argent dette" d’être trop simplificateur, voire erroné. Je me doute que ces critiques émanent de spécialistes du domaine de l’économie et sont justifiées d’un certain point de vue. Cependant il est un peu malvenu je pense de condamner autant ce film. Tout d’abord les spectateurs ne sont pas obligés d’en croire mot pour mot tout le contenu. Je me vois mal, en tant qu’expert en thermodynamique par exemple, lyncher une émission de "C’est pas sorcier" sur le fonctionnement d’un moteur, parce que le modèle présenté est inexact. C’est légèrement ridicule. D’autre part la principale qualité de ce film est d’interloquer le spectateur et de lui faire prendre conscience d’un enjeu qu’il avait peut-être complètement ignoré jusque là, en lui présentant des éléments de base. C’est pourquoi ce film est un réel succès. Il intéresse et donc incite à pousser plus loin les recherches.
    Si je n’avais pas vu ce film, il est totalement certain que je ne serais pas actuellement en train de lire cet article de F. Lordon et les réponses très intéressantes des visiteurs de ce blog.
    On ne peut pas à la fois déplorer la propagande de la pensée unique, et condamner des efforts pour l’ébrécher.

  • permalien Miclav :
    6 septembre 2012 @20h35   « »
    Luttons ensemble contre le complotisme

    Joffrin (ou comment on parvient aux postes clés dans les médias doté de compétences... encore à démontrer...)

    http://owni.fr/2012/08/28/le-nouvel...
    http://www.numerama.com/magazine/23...
    http://www.acrimed.org/article3884.html

  • permalien Stéphane :
    6 septembre 2012 @22h19   « »

    "Faut-il jeter le Diplo avec l’eau du complot ?"

    http://www.mondialisme.org/spip.php...

    http://luftmenschen.over-blog.com/a...

  • permalien zorbeck :
    7 septembre 2012 @07h23   « »

    A Jordi Grau et Luftmensch

    Je me retrouve assez bien dans les points de vue que vous exprimez l’un et l’autre, meme si soutenir l’analyse en termes de bourgeois/non bourgeois est un brin réducteur. Bien que Lordon n’est clairement pas un adepte du conspirationisme, son article n’aurait rien perdu à etre plus explicite sur les délires en cours.

    Mon point de vue exprimé de manière breve mais tout à fait clairement ici : http://www.mediapart.fr/journal/cul...

  • permalien Jules :
    7 septembre 2012 @12h31   « »

    Franchement, l’article posté plus haut par Stéphane manque quand même de sérieux. A vrai dire, c’est même assez insultant cette manière de présenter Lordon, le Diplo ou Attac comme les idiots utiles de l’extrême droite au prétexte qu’ils critiquent la financiarisation de l’économie.

    Exemple : "Aujourd’hui le boulot est fait, et vous ne servez plus à rien : par exem­ple, en dénonçant la loi de 73 comme un point fon­da­men­tal de la situa­tion éco­no­mique actuelle, vous avez fait les trois quarts du boulot pour les fas­cis­tes, il leur suf­fi­sait de sou­li­gner que la banque Rotschild avait sou­tenu cette loi, et hop, les Rotschild étaient donc spé­ci­fiq­uement et fon­da­men­ta­le­ment cou­pa­bles plus que les patrons bien de chez nous."

    Vraiment il faut répondre à ça ? Je ne suis même pas sûr que Lordon (à qui est tout de même adressé la missive) ait fait de la loi de 73 un point fondamental de la situation actuelle. Je suis par contre sûr qu’il tient la loi Bérégovoy de 1986 (dite de déréglementation financière) comme l’événement le plus important de la deuxième moitié du 20ème siècle (en France).

    L’auteur peut-il sérieusement soutenir que la déréglementation financière n’est pas un événement majeur des dernières décennies dont nous payons quotidiennement les conséquences en tant que salariés. A ce titre sa critique est indispensable et confondre la critique de gauche avec celle de l’extrême droite est d’une mauvaise foi patente.

  • permalien Jean-Michel Masson :
    9 septembre 2012 @16h24   « »

    Il y a ceux qui voient des complots partout, surtout organisés par ceux qu’ils n’aiment pas pour des raisons obscures.
    A l’époque du nazisme c’était le prétendu complot "judéo-maçonnique". Et les ânes bien "enfumés" par la propagande de Goebbels se transformaient en petits vecteurs de haine. L’histoire montre vers quelles atrocités cela a conduit.
    Des méthodes plutôt similaires, au niveau de l’instrumentalisation vectorielle d’individus prêts à colporter ce qu’ils "croient" plus ou moins ingénument, continuent d’être appliquées dans d’autres domaines : j’ai cru voir des titres comme "le (prétendu)complot du Giec"... répétés à l’infini par des astroturfers plus ou moins professionnels, dont le point commun est de ne pas avoir envie de mettre en oeuvre des politiques énergétiques et économiques qu’impliquerait la fin de la saturation anthropique de l’environnement, dont l’atmosphère.
    Le livre "Marchands de Doute" de Naomi Oreskes et E. Conway( éditions du Pommier) éclaire bien la mécanique utilisée.
    Difficile, pour l’instant de savoir s’il y a vraiment, au sens littéral du terme, "complot" de ceux qui prétendent qu’il y un faux complot . Il y a des faits qui montrent que parfois il y a des ’’tireurs de ficelles’’ avérés plus ou moins spontanés. Et puis il y a la chambre d’échos des grands ,moyens et petits colporteurs.
    Est-ce cela la "paille" ?
    Ma "poutre" : http://jmmasson.wordpress.com
    Ironie, quand tu nous tient !

  • permalien Jean-Michel Masson :
    10 septembre 2012 @10h01   « »

    Explication de texte :"ironie, quand tu nous tienS ( pb grammaire ) ne porte que sur "paille et poutre".
    Y aurait-il une erreur d’interprétation ?

  • permalien Kleio :
    11 septembre 2012 @15h29   « »

    Je suis médiéviste. Et meilleur paléographe et prosopographe que jongleur de concepts. Et un fichu nominaliste. Je passe trop de temps dans mes minutiers, mes cartulaires et mes registres de plaidoiries pour avoir le loisir de lire autre chose (ce serait, j’en conviens, mieux qu’un loisir : une impérieuse nécessité), mais j’ai toujours grand plaisir à écouter Frédéric Lordon ou à parcourir ses articles.
    Mon commentaire n’est qu’une réaction, rien de mieux, rien de plus. J’ai vu dans ces propos sur le complot une interrogation sur la causalité, sur la généalogie, sur la question des origines. Les "conspirationnistes" ne se satisfont pas de l’événement et de sa causalité immédiate ("y a-t-il un pilote dans l’avion ?") et n’apprécient pas davantage l’explication trop limpide ("Lee Harvey Oswald est fou"). Ils ont obscurément la nostalgie de la pluralité, de la versatilité, de la dispersion des événements. Mais dans leur entreprise généalogique, ils confondent souvent la cause et l’effet. Le "is fecit cui prodest" est sans doute l’axiome qui insulte le mieux l’intelligence. Que les faucons de la Maison Blanche aient profité du 11 septembre, ou que castristes et anticastristes aient cru tirer un bénéfice de la mort de Kennedy, voilà des éventualités qui peuvent être débattues, mais qui n’impliquent à aucun moment qu’ils y aient contribué ou qu’ils l’aient même consenti.
    Exonérer les "agents du mal" pour s’en prendre aux "structures" qui ont préparé mécaniquement la situation, voilà donc une conclusion légitime. Encore conviendrait-il d’identifier ces "structures", faute de quoi on laissera toujours aux "complotistes" leur grain à moudre, leurs fariboles et leurs miroirs aux alouettes. Et la généalogie de ces structures elle-même me déconcerte un peu. Comme médiéviste, j’ai tendance à accorder trop de place aux causalités profondes, aux responsabilités diachroniques : passage d’une société à honneur à une société à Etat, triomphe de l’individualisme et de l’axiomatique de l’intérêt, déclin des économies de subsistance et essor du protocapitalisme... Le complot désigne à l’origine le rassemblement de la multitude pour une cause commune, la convergence des intérêts : il suppose une synchronie, une volonté, une téléologie qui résiste à l’étude des mouvements de fond (sans jeu de mots). Admettons que le capital contient, prépare et annonce son propre échec (comme d’autres impératifs catégoriques avant lui) : la "structure" qu’il met en oeuvre n’est-elle qu’une circonstance, qu’un moloch sans corps et sans tête ? Y a-t-il cohérence ou simple convergence d’intérêts ?

  • permalien Kleio :
    11 septembre 2012 @15h30   « »

    Sans doute suis-je trop naïf pour imaginer un instant que les mandarins de l’économie orthodoxe, les plumitifs de la presse mondaine, les politiques de cabinet, bref, la classe dirigeante, tiraillée par ses marottes, ses incertitudes, ses contradictions, et désormais privée des garanties de la culture classique et des alibis de l’honnête homme, que cette classe dirigeante, donc, puisse oeuvrer à sens unique. J’ai une confidence à faire. Mon frère, sorti d’HEC, travaille depuis des années au CNRS. Il "fait" de la macroéconomie, et à haut niveau. C’est tout sauf un imbécile, et il n’a pas d’autre ambition que de réfléchir et de travailler (beaucoup). C’est un "insider", pour reprendre les mots de Frédéric Lordon, un "compagnon de route du grand capital", jugeront les hargneux (dont je suis parfois), un "idiot utile", penseront les plus sévères (ça m’arrive aussi). Mais ce qui me frappe, à chaque fois que je discute avec lui des grandes orientations politiques et économiques, c’est le doute qui l’habite. Et ça ne date pas de 2008. Il lit et apprécie Lordon, et d’autres chercheurs hétérodoxes. Mais il cautionne aussi les politiques "austéritaires". Il aime le troc et les traders, la décroissance et l’expansion, le génie créatif et la lutte des classes. Il n’est pourtant ni schizophrène, ni repenti, ni paumé. Il tâtonne. Alors sans doute contribue-t-il, à sa mesure, à la mainmise de la "structure" sur le corps social. Sans doute a-t-il de plus lourdes responsabilités qu’un quidam, et mérite-t-il le goudron et les plumes. Mais ils sont nombreux dans son cas...
    Je ne cherche pas à défendre la classe dirigeante, je voulais simplement poser comme postulats 1°) que la "structure" n’est pas surgie ex-nihilo d’un congrès du MEDEF 2°) que ses contradictions internes font sa faiblesse 3°) que la société toute entière, même en ses marges, s’y reflète au moins pour une part, et comme conclusion (provisoire) QU’IL Y A DE LA MARGE (parce qu’en face, il n’y a rien, que la carcasse rouillée et démantibulée d’une "structure" aux abois, et quand je dis en face, je n’oublie pas "la paille et la poutre" et les jeux de miroirs).

  • permalien Jordi GRAU :
    11 septembre 2012 @16h55   « »

    A Kleio

    Bonjour.

    Il me semble qu’il n’y a pas forcément de contradiction entre les deux types d’explication dont vous parlez. Pour vous, il est plus satisfaisant d’expliquer des événements historiques en étudiant les structures qu’en recourant à d’hypothétiques conspirations. Mais les structures sociales ne sont pas naturelles : elles ne préexistent pas aux hommes. Elles sont en grande partie le résultat de décisions prises en haut lieu, et souvent dans la plus grande discrétion. Inversement, la structure très pyramidale de nos sociétés favorise les complots - ou, de façon plus fréquente, les réunions très discrètes et dont l’objectif contredit l’intérêt général.

    L’opacité des "élites" et de leurs réunions fait partie du fonctionnement normal de nos sociétés dites "démocratiques", et qui sont de plus en plus oligarchiques. Les ententes secrètes entre grands groupes sont sans doute illégales, mais elles sont loin d’être exceptionnelles. Par ailleurs, il existe beaucoup de réunions qui, sans être totalement secrètes, sont extrêmement discrètes, pour la bonne raison qu’elles ont pour but d’élaborer des lois qui n’avantagent qu’un tout petit nombre. L’exemple de l’AMI - cet accord élaboré dans la plus grande discrétion à la fin des années 90 dans le bien nommé chateau de la Muette - n’est malheureusement pas isolé. Dans des cas comme celui-là, on n’est pas très loin de la conspiration.

    Cela dit, je ne prétends pas que l’ensemble des événements historiques soit l’effet de décisions concertées. On sait très bien, par exemple, que le comportement des marchés est en grande partie dû à des mécanismes impersonnels et involontaires.

    Bref, il me semble que F. Lordon a raison sur le fond : il faut se garder de la conspirationnite (prétendre qu’il y a des complots partout) comme de la conspiratiophobie (nier a priori l’existence de tout complot et prétendre tout expliquer par des structures impersonnelles). J’espère que vous me pardonnerez ces néologismes, que je ne prends pas très au sérieux pour ma part.

  • permalien Vincent :
    11 septembre 2012 @22h03   « »

    Lordon ! Toujours aussi excellent mais un peu trop abstrait par moments. Le style est encore à épurer Lordon !

  • permalien Aurel :
    12 septembre 2012 @21h15   « »

    S’il y a quelques questions légitimes à se poser à propos du 11 septembre concernant les responsabilités de la CIA et du gouvernement Bush, d’autres impliquent déjà un jugement, tel est la thèse des conspirationnistes sectaires qui feraient mieux de se taire car ils ouvrent tout simplement un boulevard aux antisémites éventuellement négationnistes. Si l’on est pas vigilant par rapport aux conspirationnistes sectaires alors c’est aussi la boulevard pour d’autres drames humains qui peuvent susciter un manque de précisions légitimes mais dont des questions bêtes et puantes instrumentalisées et validées par des artistes et intellectuels rusés et dangereux qui sont d’extrême droite ou qui ouvrent un boulevard à ce qui est sanctionné par la loi.

  • permalien kleio :
    13 septembre 2012 @16h19   « »

    A Jordi Grau

    Bonjour.

    Il me semble qu’il n’y a pas forcément de contradiction entre les deux types d’explication dont vous parlez. Pour vous, il est plus satisfaisant d’expliquer des événements historiques en étudiant les structures qu’en recourant à d’hypothétiques conspirations. Mais les structures sociales ne sont pas naturelles : elles ne préexistent pas aux hommes.

    C’est ce qu’il m’a semblé dire. La "structure" ou le "système", appelons-le le "capitalisme", n’est pas surgi ex nihilo. Il a des "architectes" et des "propagandistes", pour reprendre les mots de Frédéric Lordon. D’ailleurs, quand on le pourfend trop abstraitement, on les exonère trop facilement (reste à savoir qui est "on", et qui sont "les"...).

    Elles sont en grande partie le résultat de décisions prises en haut lieu, et souvent dans la plus grande discrétion. Inversement, la structure très pyramidale de nos sociétés favorise les complots - ou, de façon plus fréquente, les réunions très discrètes et dont l’objectif contredit l’intérêt général.

    C’est là que je reste prudent, ou circonspect (mais non rétif à vos arguments). Inspirées d’en haut, imposées d’en bas, ou portées par un mouvement dialectique, un va-et-vient permanent (voir Norbert Elias, Carlo Ginzburg et tant d’autres), les grandes convulsions de l’Histoire sont-elles autre chose que le règlement, souvent par compromission, de l’existence, plus ou moins conflictuelle, de plusieurs systèmes de pensée au sein d’une culture, d’un groupe, d’un individu ? S’il y a "complot", n’est-ce pas parce qu’au sein de la classe dirigeante, et au-delà d’elle, il y a convergence des intérêts et des désirs ?

    Les ententes secrètes entre grands groupes sont sans doute illégales, mais elles sont loin d’être exceptionnelles.

    Je vous l’accorde. Quand bien même elles ne seraient que le stade terminal des "convergences" dont je parlais.

    Bref, il me semble que F. Lordon a raison sur le fond : il faut se garder de la conspirationnite (prétendre qu’il y a des complots partout) comme de la conspiratiophobie (nier a priori l’existence de tout complot et prétendre tout expliquer par des structures impersonnelles).

    J’acquiesce aussi. Je voulais surtout souligner que le "processus de décision" (la réunion clandestine) n’est que la dernière étape d’un processus beaucoup plus long, et en partie transversal, vertical, dialectique. Si, par exemple, les gouvernements sont bien les architectes du "capitalisme de dérèglementation à dominante financière", ils réalisent aussi le projet d’autres acteurs politiques et économiques, en même temps qu’ils accompagnent un mouvement "naturel" (le capitalisme, par essence, cherchant à conquérir de nouveaux territoires). Ce qui n’exonère pas les premiers cités, mais condamne aussi leurs complices et leur créature.

  • permalien toutouadi :
    14 septembre 2012 @17h47   « »

    Excellent, problème bien cerné.

    Le paradoxe c’est que "l’argent dette" bien que réellement tendancieux et un tantinet complotiste est aussi très pédagogique.

  • permalien Jules :
    15 septembre 2012 @10h54   « »
    recapitalisation de la BCE

    Je suis un peu hors sujet mais j’ai une question à poser aux habitués de ce blog.

    J’ai du mal à cerner deux trois trucs concernant la BCE. D’une part, j’entends qu’en tant que banque centrale, elle ne peut pas faire faillite et que son bilan n’a pas grande importance puisqu’elle est celle qui en dernier ressort peut créer de la monnaie.
    D’autre part, j’entends également que d’après les Traités ce sont aux Etats de recapitaliser la banque centrale le cas échéant.

    CE que je ne comprends pas c’est pourquoi il faudrait recapitaliser une banque centrale qui peut créer la monnaie. Si elle a besoin d’argent pourquoi ne pas la créer tout simplement ?

    Est-ce lié à des contraintes juridiques, politiques et/ou économiques ?

  • permalien Anton :
    18 septembre 2012 @00h18   « »

    Hé ben !

    Je ne sais pas ce qu’il faut penser du conspirationnisme des uns et des autres mais entre les liens reopen911, "grignon-like" et autres tentatives foireuses de justifier le n’importe-quoi que fût le "débat" sur la loi 1973, les commentaires sont particulièrement éclairants !

    Enfin la fréquence des commentaires carrément europhobes est hallucinante : à les lire il faudrait sortir sans délai de l’UE et de l’euro !
    Était-ce le but de ce billet ? (avec le dézingage en règle de Quatremer) ? Est-ce l’objectif de ce blog ?

  • permalien miclav :
    18 septembre 2012 @07h18   « »

    est ce l’objectif de ce site ?
    est ce l’objectif de ce journal ?
    est ce l’objectif du journalisme ?

    on continue d’élargir ?

  • permalien Anton :
    18 septembre 2012 @19h35   « »

    @miclav :

    Quel rapport ? Si Lordon tient un blog, il n’est pas journaliste.
    Il le fait donc pour donner son avis d’une part et pour que celui-ci soit compris et entendu d’autre part (du moins j’imagine que c’est comme ça qu’il le conçoit).

    Au vu des nombreuses réactions eurosceptiques que suscite son papier, on est en droit de se demander s’il fallait comprendre le message comme cela. Est-ce que cette position en "creux" (via la critique de Quatremer) plutôt hostile à l’UE est réelle ?

    Connaissant les positions économiques qu’il défend et qu’il explique régulièrement sur ce blog, il serait intéressant de connaître clairement sa position sur les attitudes à adopter vis à vis de l’UE (sortie pure et simple ou fédéralisation du politique pour simplifier les 2 grandes options).

  • permalien februarius :
    20 septembre 2012 @07h57   « »

    Référons nous à l’Histoire de l’humanité ou prétendue telle, ainsi qu’à la psychologie de base de notre espèce. Etre de "droite" si ce mot à un sens, ce n’est pas poser un regard lucide sur notre espèce, ce serait plutôt en tirer des conclusions qui iraient dans le sens de la loi de la jungle qui caractérise les espèces vivantes, en particulier la nôtre qui aurait pourtant - un minimum ! - de conscience objective permettant une vision plus large que l’identification pure et simple à un corps physique et son extension mentale, leurs besoins et leurs désirs ressentis comme indépendants.

    Alors le complot ? Il n’y a pas de complot.
    le vétérinaire, le boucher, le berger les amateurs de gigots ne complotent pas contre le troupeau.

  • permalien olivier69 :
    20 septembre 2012 @14h23   « »

    Chercheur au CNRS en pleine démagogie ? 1973 alors parlons techniques financières !
    Aujourd’hui, la création d’actifs financiers est une réponse à la classe dirigeante qui a pour objectif de maintenir son statut. C’est un compromis entre grandes compagnies et acteurs financiers (notamment économistes) pour un objectif commun. Tout le monde, il est content : le banquier se remplit les poches comme un marchand de bonheur pour la classe dirigeante. A moins que les actifs financiers ont été crées pour le bien-être du peuple, mr Lordon ? Le même peuple qui a du mal à avoir un revenu correct.
    Donc, « L’inflation est un moyen comme un autre de réguler un endettement » mais actuellement 1 euro crée = 2 euros de dette mini alors vive l’inflation comme le serpent qui se mord la queue. Hausse des prix comme réponse à l’endettement ou endettement comme réponse à la hausse des prix ?
    Sauf que pour qu’il y ait de l’inflation comme un outil, il faudrait qu’il y ait la masse monétaire suffisante correspondante dans la sphère réelle. Ah, j’ai oublié qu’il n’y avait plus une monnaie mais des monnaies au sens des agrégats comme moyen de paiement potentiel (actifs échangeables). Alors, les revenus du capital (rendement financier) absorbent la masse monétaire par le biais des banques (elles mêmes créatrices des produits financiers). Un bon moyen de s’accaparer les gains de productivité. La création monétaire ne fait que la part belle au revenu du capital par l’inflation financière mais surtout par la diversification financière. Bref, elle se régale sans conflits d’intérêt à des fins géopolitiques ? Alors la création financière n’est-elle pas la véritable inflation ? le financier devient monétaire. Bientôt, l’heure de l’inflation réelle provoquée par ce surplus financier (comme hausse du prix de la vie future) . Ah, l’intermédiation….
    Il était là, le casse du siècle ! C’est un tour de magie pour ceux qui ont les moyens d’avoir des actifs financiers (de M1 à M3). Mais le prix à payer pour le peuple sera l’endettement (revenu du travail ou pas) pour la garantie du statut d’un autre (revenu du capital). La monnaie devient au sens de Friedman une simple expression ou composante de la richesse. Ce n’est plus un outil mais une arme temporelle…..Mais cela nos chercheurs n’en parlent pas ! Ils vont vous dire que c’était pour financer la crise énergétique suite à la guerre du Kippour.
    La dimension financière des élites (dont Mr Lordon) n’est pas celle de l’illusion des bourgeois (mimétisme).
    Vive la dérégulation ! Choisissez l’endettement pour le bien du système et des générations futures…
    La rareté et non la monnaie sera l’expression de l’inflation. Les ressources réelles sont limitées (notamment avec le gaspillage) contrairement à l’imagination des hommes en matière de ressources financières.

  • permalien olivier69 :
    20 septembre 2012 @15h23   « »

    précisions :
    En fait dans MV=PY, l’injection financière (actifs financiers) comme moyen de paiement potentiel se retrouve des deux cotés de l’équation. L’offre de monnaie se trouve déstabilisée par la variation de la masse (agrégats) et pire lorsqu’il s’agit de la vitesse de circulation (calculateurs).
    Il y a un équilibre (de marché) qui n’est que furtif puisque la variable temps modifie le rapport de force entre l’offre et la demande de monnaie dans le temps à chaque modification des composantes (en terme de quantité = le marché mais aussi de finalité). Ainsi, la création monétaire par les actifs financiers (l’offre) se retrouve également de l’autre côté de l’équation PY, la demande de monnaie pour fixer le prix des biens et services marchands.
    L’offre MV (masse * vitesse) et la demande PY ( le prix des biens et services marchands) comme élément de formation des valeurs nominales sensées représenter le réel supposent une indépendance complète entre les éléments qui déterminent l’offre de ceux qui déterminent la demande. Pourtant, la marchandisation de la monnaie (actifs financiers) par la dérégulation propulse notamment cette dernière dans le giron des biens et services (demandeur d’un prix). La création monétaire se retrouve des deux cotés de l’équation d’où la manipulation possible de la notion de valeur. Le nominal qui représente le réel en terme de prix normalement en qualité d’instrument se trouve confronté aux rapport de force des biens entre eux. C’est une marchandise à part entière mais avec une utilité bien supérieure aux autres biens et services par son rôle de moyen d’échange. Ce qui détourne la fonction de la monnaie dans son rôle d’intermédiaire des échanges, de financement de l’économie réelle (au détriment de l’économie financière) et de numéraire. On pourrait dire que les dés sont pipés. Dans un premier temps, tout le monde est content d’obtenir des matières premières à bas coûts avec l’afflux d’instruments financiers (les marchés intègrent les nouveaux produits dans le jeu des prix relatifs = offre et demande de tous les biens —> nouveaux arrivants dans le rapport de force) mais qu’ensuite la nature par le biais de la rareté impose sa correction sans que l’intervention humaine soit possible. En fait, la stratégie du leurre a bien fonctionné. La monnaie même en qualité d’instrument financier n’est pas une marchandise ordinaire vue son caractère (sa définition).
    Question : pourquoi ne pas avoir dénoncer ?

  • permalien olivier69 :
    20 septembre 2012 @16h25   « »

    "La dimension financière des élites (dont Mr Lordon) n’est pas celle de l’illusion des bourgeois (mimétisme). "est une provocation volontaire pour dénoncer le fait que tous les économistes dignes de ce nom connaissaient les dérives possibles. Lorsqu’elles étaient dénoncées, vous n’aviez aucunes chances d’obtenir un quelconque diplôme en économie. L’orthodoxie libérale se retrouve à tous les niveaux de l’enseignement. Les keynésiens auraient du se rendre compte de la supercherie ou de l’illusion. Leur instrument monétaire trop souvent utilisé s’est retourné en arme. Je regrette que maintenant à l’heure des comptes, nous voyons fleurir les dénonciations. Mais vous le dites, faute avouée, à moitié pardonnée ! Avançons en expliquant pourquoi la finance est devenue folle......Enfin, les querelles de spécialistes ne sont pas productives. Merci pour votre compréhension.

  • permalien Philippe TANZI :
    6 octobre 2012 @11h29   « »

    Les incohérences récurrentes de nos gouvernants,à grand renfort de politiquement correct, constituent le terreau idéal de ce conspirationnisme. Le manque d’esprit critique et la superficialité des médias sont en plus là pour le renforcer.
    Parmi les médias, il y a bien quelques heureuses, mais beaucoup trop rares exceptions. J’ai notamment été frappé de l’extrême rareté des critiques des médias US, après l’intervention de Colin Powell à l’ONU. A part S Hersh et le sénateur R Byrd, je crois qu’il n’y a pas eu grand chose, sans que cela émeuve plus que ça. Pourtant les médias US sont réputés très puissants mais probablement trop liés au business.
    Bon faut-il rappeler qu’en 79, une commission sénatoriale concluait que l’assassinat de Kennedy était le résultat d’une conspiration. 16 ans ça paraissait bcp à l’époque, et bien nous en avons déjà rajouté 33. Plus que 26 pour arriver aux 75 prévus par l’état US.
    Avec d’aussi magnifiques exemples, comment le conspirationnisme pourrait-il décliner ?
    Le lobbying, à Washington comme à Bruxelles, avec les think tank et les spin doctors, au su de toutes les "élites", ne peut déboucher que sur des connivences, car nos élites ne sont que des hommes et des femmes. La encore belle source d’inspiration pour les conspirationnistes.
    Enfin l’énergie, voire la fureur des diplomaties occidentales contre Wikileaks et J Assange, qui ont commis le crime de lèse-majesté de dévoiler des petits ou grands secrets. Même si on n’a finalement pas appris bcp + sur les absences incroyables de l’administrations US pour prévenir les attentats du 11 Septembre : entre autres ,50 membres de la CIA au courant de la réunion de Kuala Lumpur (début 2000) sans que l’info n’arrive au FBI ou à la NSA... ou se défendre que l’utilisation d’avions comme arme était inconcevable quand le projet Bojinka avait été par chance découvert dès 95. Ce n’est pas l’honnêteté intellectuelle qui étouffe les Rumsfeld, C Rice ou GW Bush.
    Je voudrais aussi rappeler qu’alors que nos dirigeants pontifient régulièrement sur les droits de l’homme, ils mettent aussi régulièrement un mouchoir sur le sujet, quand il s’agit de ménager la Chine et son grand marché. Sur le Tibet ou Taiwan, nous refusons de rencontrer les dirigeants en exils ou élus démocratiquement, pour ne pas froisser nos "amis" Chinois...
    L’incohérence est bel et bien au pouvoir, depuis longtemps.Les politiques ont remplacés les hommes d’état.

  • permalien anas4120 :
    15 octobre 2012 @12h00   « »

    La vision "complotiste" n’est ni plus ni moins que la vision simpliste, (celle compréhensible par monsieur tout le monde) d’un phénomène connu et avéré qui est "l’oligarchie".
    Il n’échappera pas au esprits fins que l’oligarchie est le phénomène qui est en train d’émerger du système européen, phénomène qui hérite de manière naturelle du système anglo-saxon lui même oligarchique.

  • permalien Balthymou :
    16 octobre 2012 @13h02   « »

    Un billet très éclairant du professeur Lordon (encore une fois) qui m’avait inspiré un article corollaire...

    http://pocheinterieure.blogspot.fr/...

  • permalien basstard :
    11 décembre 2012 @13h58   « »

    imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale (et ses célèbres membres ), ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ?

    ça aurait été différent car les mecs qui ont creer ses cercles sont les meme qui gère les banques et la mondialisation néoliberale .Rothschild dans la partie depuis 1822 !

    accès à l’information, transparence des agendas politiques, débats publics approfondis (entendre : autre chose que les indigentes bouillies servies sous ce nom par les médias de masse)

    pourquoi pas mais cela reste très "institutionnel"et pas tres efficace ;la preuve ;le Traité de Lisbonne

    certains parmi les plus acharnés à dénoncer la loi de 1973 commencent à s’apercevoir qu’ils ont poursuivi un fantôme de lièvre

    juste la perte de a souveraineté nationale ,de ne plus créer sa monnaie et et d’emprunter a des banque privées a taux exorbitant.

    conspirationnisme européiste

    Jean Quatremer est allumé ;
    le problème de l’Europe selon moi ,est la corruption de la commission européenne qui gangrene toute la structure (conflit d’interets...)

    merci pour ce judicieux article

  • permalien Grosse FAtigue :
    7 janvier @12h05   « »

    J’ai la vague impression que ce genre d’analyse satisfait tant l’extrême-gauche que l’extrême-droite.... On n’est plus avant-guerre, on ne voit pas le complot partout mais, mais..... un peu quand même. Dès que l’on parle de "structure", on fausse tout, on oublie qu’il s’agit souvent des effets pervers de mauvaises décisions. On imagine l’économie qui tourne en roue libre alors qu’il faudrait chercher des interactions entre les décisions très rapides des financiers, et une volonté démesurée de plus-value immédiate... Le temps long de l’industrie et du plein-emploi laisse la place au profit gigantesque et immédiat pour faire survivre les fonds de pension américain. Le complot là-dedans ? Bôf.

  • permalien L687 :
    26 janvier @12h00   «

    s’il n’y a pas de conspiration alors pourquoi tous les présidents américains sont-ils francs-maçons, pourquoi ont-ils ajouté leur symbole maçonnique sur le billet de 1 dollar US en 1937, pourquoi Georges Orwell est-il si pessimiste dans "1984", pourquoi la tour WTC 7 a t-elle été dynamitée de l’intérieur, pourquoi les dictateurs sont-ils éliminés les uns après les autres (Egypte, Libye, Syrie, Iran) pour suivre le plan Bzrezinski, pourquoi la vague ultra libérale a t-elle été portée par Milton Friedman et l’école de Chicago, financée par la fondation Rockfeller, pourquoi les américains ont ils financé et aidé Hitler, pourquoi David Rockfeller a fait érigé les Pierres Guides de Georgie sur lesquelles sont écrites leur objectif de réduction de la population mondiale ? Je pense comme LLP dans "la faillite du monde moderne" qu’il y a un chaos planifié. Le Nouvel Ordre Mondial, c’est l’ordre par le chaos. Dans 2 ou 3 ans, ils vont commencer à pucer les populations et il n’y aura plus de doute possible...

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