Le Monde diplomatique

En sortir

mercredi 26 septembre 2012, par Frédéric Lordon

Il faut lire le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Il faut le lire non pas tant pour en découvrir les dispositions puisque celles-ci ont déjà fait l’objet d’abondantes présentations, mais pour être frappé par sa langue. Terrible novlangue où les grands principes des considérants, supposés apporter à un texte le souffle d’une vision historique, ne sont plus qu’une écœurante bouillie, où l’idéologie à peine travestie et présentée comme force d’évidence – « les parties contractantes tenant compte du fait de la nécessité de maintenir des finances publiques saines et soutenables » (le fait de la nécessité dont nous sommes bien obligés de tenir compte…) – le dispute au contentement répugnant – « se félicitant des propositions législatives formulées le 23 novembre 2011 » –, à l’imposition sans fard – « rappelant la nécessité d’inciter et au besoin de contraindre les Etats membres en déficit excessif » –, ou au mensonge pur et simple, presque rigolard – « désireuses de favoriser les conditions d’une croissance économique » –, il faut lire ce texte, donc, pour se faire une idée assez exacte d’où en est la politique en Europe et de ce qu’elle n’hésite pas à faire prétendument en notre nom.

Il faut le lire aussi pour y trouver quelques perles encore mal aperçues comme ces délicieux articles 7 et 8, le premier forçant les « parties contractantes » au soutien obligatoire de la Commission quand elle met un pays à l’index et lui impose la purge (« les parties contractantes s’engagent à appuyer les propositions ou recommandations soumises par la Commission européenne lorsque celle-ci estime qu’un Etat membre de l’Union ne respecte pas le critère du déficit ») [1], le second, encore meilleur, instituant la délation entre les Etats-membres : « Lorsqu’une partie contractante estime indépendamment du rapport de la Commission qu’une autre partie contractante n’a pas respecté [le critère de déficit structurel], elle peut saisir la Cour de justice de cette question » (Art.8.1) ; « lorsque sur la base de sa propre évaluation ou de celle de la Commission une partie contractante considère qu’une autre partie contractante n’a pas pris les mesures nécessaires pour se conformer à l’arrêt de la Cour de justice visé au paragraphe 1 (précédent), elle peut saisir la Cour de justice et demander que des sanctions financières soient infligées ». Et l’on voit d’ici l’excellente ambiance que ces petites lignes vont répandre dans la chose qui se dit encore « Union » européenne : de sa seule initiative et d’après ses seules évaluations, un Etat-membre pourra en balancer un autre auprès de la Cour de justice (CJUE) s’il estime que cet autre, insuffisamment orthodoxe, ne s’est pas assez « structurellement ajusté », puis demander à cette même Cour de le pénaliser financièrement s’il continue de regimber. Le pire est que dans l’atmosphère particulièrement amicale qui règne ces temps-ci dans la Désunion européenne, on n’aura aucun mal à trouver une balance pour faire le sale boulot de saisine de la CJUE dont, soit dit en passant, la Commission se lave courageusement les mains.

Le « solde structurel » en plein arbitraire

Ces fleurs de rhétorique mises à part, il y a le reste – le fumier sur lequel on les fait pousser. En France en tout cas, la justification européiste, consciente que les plaidoyers d’ajustement budgétaire en pleine récession commencent à passer moins bien, penche de plus en plus pour le parti de la minimisation : rien de véritablement neuf dans le TSCG, tout ceci était déjà dans le vieux pacte de stabilité, au moins en principe. C’est bien ce sur quoi insiste autant qu’il le peut le Conseil constitutionnel, notamment dans les considérants 15 et 16 d’une décision [2] dont la rigueur argumentative a d’ailleurs été aussi peu questionnée qu’elle est pourtant questionnable [3]). Mais alors pourquoi en passer par la solennité d’un traité, et friser la révision constitutionnelle, si c’est pour simplement redire business as usual ? En vérité sous des dehors de continuité – et il est bien certain qu’en matière d’erreur économique, l’Europe est d’une remarquable persévérance – des crans ne cessent d’être franchis, et le TSCG en est un de taille. Un ou plusieurs d’ailleurs ?

Il y a bien sûr celui, le plus visible, économique, de la restriction budgétaire – quelle bonne idée au bord de la dépression –, avec ses astucieuses innovations. L’objectif de solde structurel d’abord, introduit par le vertigineux article 3, alinéa 1-a : « La situation budgétaire d’une partie contractante est en équilibre ou en excédent », formidable énoncé qui, à l’indicatif, ne formule même pas un objectif ou un devoir-être, mais un simple état de fait – « le budget est en équilibre (ou en excédent) » –, sans doute identique en droit à une loi de la physique ou au simple constat que le ciel est bleu, sans la moindre réserve de modalité, un pur « c’est ainsi », emportant que ça ne saurait être autrement et que si, par impossible, « ça » venait à être autrement, on passerait tout de suite à l’article 3.1-b (mise en examen, ajustement automatique, dénonciation à la CJUE, pénalités financières) pour que soit aussitôt restauré le règne de la normale, de la nature, de l’ordre de la nature – étrangement consacré par voie de traité… Derrière ce morceau totalement baroque, il y a toute l’incertaine macroéconomie des « soldes structurels ». Très simple à définir vu de loin – le solde structurel est le déficit que l’on constaterait si l’économie était au plein emploi des capacités de production [4] –, le critère TSCG est redoutablement insaisissable quand il s’agit de l’évaluer de près. C’est que, par définition, il ne procède pas d’une mesure statistique directe mais d’une sorte d’expérience de pensée passant par une simulation modélisée avec toutes ses conventions – et par conséquent son arbitraire.

Le Wall Street Journal, peu suspect d’être un agent du laxisme budgétaire, ironise sur la divergence des estimations d’écart conjoncturel (la différence entre le déficit courant et le déficit structurel) rendues à propos des finances publiques étasuniennes respectivement par la Commission européenne (qui s’occupe généreusement des autres) et le Congressional Budget Office (CBO), la commission parlementaire vigie des finances publiques US. Là où le CBO (qui n’est pas non plus un organe de la révolution) évalue l’écart conjoncturel étasunien à 5,3 points de PIB, la Commission et ses méthodes ne voient qu’un ridicule 0,5 % [5] – soit tout de même une différence du simple au décuple… Aussi cette malencontreuse boulette a-t-elle la propriété de mettre en évidence que derrière leurs prétentions de parfaite objectivité, les partis pris « métriques » de la Commission tendent à systématiquement minimiser l’écart conjoncturel, c’est-à-dire à proclamer que la presque totalité du déficit est du déficit structurel – à réduire à la schlag, ce qu’il fallait démontrer. Nous tolérerons les déficits conjoncturels, jure le TSCG… sauf que les biais délibérés de ses méthodes de calcul attestent déjà que jamais elles ne détecteront de déficit susceptible d’être qualifié de conjoncturel…

La démocratie façon UE

Comme toujours avec l’Union européenne on ne se pose plus que la question de savoir où est le pire : dans son économie ou dans sa politique ? Peut-être les passages les plus ignobles du TSCG sont-ils à trouver dans ces lignes qui font assaut de correction formelle, par exemple, article 7, « Dans le respect total des exigences procédurales établies par les traités… », pauvres haillons juridiques jetés sur la réalité de la dépossession démocratique organisée – mais dans les formes ! –, puisqu’il n’est question en fait que de « mécanisme de correction déclenché automatiquement » (art. 3.1-e), de « dispositions contraignantes et permanentes » (art. 3.2), de « plein respect et de stricte observance » (id.) de la règle d’or, et tant pis pour ceux qui croyaient que la politique est affaire de délibération démocratique souveraine : voici venu le temps des servofreins et du pilotage automatique.

Les européistes, experts et journalistes de service, diront que tout ceci est très exagéré : n’y a-t-il pas le mirifique article 13, corne d’abondance démocratique qui autorise les parlements nationaux et le Parlement européen « à défini(r) ensemble l’organisation et la promotion d’une conférence (…) afin de débattre des politiques budgétaires ». Soulagement général : une conférence est non seulement prévue, mais « organisée » et « promue », et l’on pourra y « débattre » : qui pourra dire sans une mauvaise foi honteuse que l’exercice de la souveraineté démocratique n’est pas la priorité des priorités de l’Union européenne ?

Maintenant il est plus que temps d’en finir. Les grands malades, les demi-pleutres et les complets ralliés (socialistes) qui nous gouvernent en nous précipitant dans la dépression et dans une forme douce, juridiquement correcte, de dictature financière – car il faut tout de même le faire d’inscrire un principe de politique économique, qui plus est aussi inepte que la règle d’or, dans des normes juridiques quasi-constitutionnelles [6] ! – cette clique au service de la rente financière, le sachant ou non (le pire étant bien sûr quand elle ne le sait pas), n’en démordra pas, n’en démordra plus. Et ceci d’autant moins que, l’esprit traversé, alors qu’il était moins une, par une rationalité élémentaire de persévérance, la Banque centrale européenne (BCE) a fini par se décider à faire ce qu’appelait à très court terme la survie pure et simple de l’euro – et la sienne propre [7] ! La manœuvre est doublement gagnante puisque ce faisant, elle stabilise les marchés obligataires où se totalisaient toutes les contradictions de la politique économique européenne, et met fin, mais sans doute pour un petit moyen terme seulement, à l’incendie spéculatif qui les exprimait.

La face sombre de cette temporaire réussite est qu’il ne faut plus compter, tant qu’elle produira ses effets, sur l’explosion en vol vers quoi la monnaie unique se dirigeait à grande allure. Or l’effondrement endogène de la construction monétaire européenne, croulant sous le simple faix de ses propres contradictions, était finalement pour les populations européennes la voie de sortie la plus probable. Et la voilà temporairement fermée – temporairement puisqu’il est bien entendu que l’intervention de la BCE ne règle rien de fondamental [8]. Privées de la paradoxale providence du collapsus financier, les populations ne peuvent plus compter que sur elles mêmes pour secouer le joug, à l’image du premier pas des Portugais descendus par centaines de milliers dans les rues pour défaire le tour de vis de trop [9].

Mais pour faire quoi ? Pour organiser la paradoxale providence si elle ne vient pas toute seule ! C’est-à-dire forcer au défaut.

Le parti des créanciers ou celui des débiteurs

Les propositions hétérodoxes qui rivalisent d’inventivité pour monter des solutions de refinancement des Etats toutes moins coûteuses les unes que les autres ont sans doute l’heureuse propriété d’alléger le service du fardeau… mais pas son poids principal – ainsi de la proposition de Roosevelt 2012, qui s’escrime encore à chercher des voies traités-compatibles, avec passage par l’intermédiaire d’un établissement bancaire public qui tirerait sa ressource de la BCE pour la transférer à marge nulle à l’Etat, ou bien de l’autorisation du financement direct des Etats par la BCE à taux très faible, etc.

Or le problème se trouve moins dans les flux que dans les stocks. On rappellera tout de même que la dette publique espagnole passe de 36,1 points de PIB en 2007… à 68,5 en 2011 – multipliée par deux. Celle de l’Irlande, de 25 à 108 % sur la même période – multipliée par quatre, qui dit mieux ! On défendra difficilement la thèse qu’Espagnols, ou Irlandais se sont jetés frénétiquement sur les médicaments ou bien ont décidé de partir en retraite à 40 ans (comme les traders, au passage) : c’est le désastre de systèmes bancaires irresponsables qu’ils ont sur les bras. La France, dont la dette passe de 63,8 % de PIB à 85,8 %, le Portugal de 62,7 % à 107,8 % [10], payent eux aussi les dégâts de la finance, mais indirectement et par récession de credit crunch interposée – faut-il redire que tout ceci a commencé avec la crise des subprime en 2007-2008 et que, médiatement ou immédiatement, les populations européennes éclusent les petits désastres de la finance privée (que l’Union a si gentiment déréglementée pour elles) ? De tout ce surplus de dette, indiscutablement né de la crise financière, il faut dire que nous ne sommes pas comptables. Et par conséquent que nous ne le payerons pas.

Le paysage de la politique économique, notamment budgétaire, ne commencera à changer vraiment qu’avec, oui, des taux d’intérêt souverains équivalents à ceux que les banques centrales accordent gracieusement aux banques privées pour les tenir à bout de bras, mais surtout avec 20 à 40 points de PIB de dette publique en moins. Il est vrai que pour que ce paysage-là change ainsi, il faudra préalablement en avoir chamboulé un autre, celui de l’Union européenne elle-même. Mais tout ça va du même pas en vérité puisqu’il suffirait d’annoncer le refus d’« honorer » tout ou partie de la dette publique pour qu’aussitôt explosions financière, monétaire et institutionnelle s’entraînent l’une l’autre. C’est bien là le genre d’idée propre à dégonder les amis de l’Europe (telle qu’elle est), qui hurleront à l’insanité mentale, peut-être au nihilisme des irresponsables attachés à tout détruire. Pour ne rien leur cacher, sinon tout détruire, du moins détruire tout ça, c’est en effet un peu le but de la manœuvre…

Car à la fin, il faut avoir un peu de suite dans les idées et, si ça n’est pas trop demander, procéder logiquement. En l’occurrence, la prémisse réside dans le constat que nous vivons une de ces époques historiques de surendettement généralisé – et passons sur le fait que ce surendettement de tous les agents (ménages, institutions financières, Etats) est le produit même du néolibéralisme… – : les ménages se surendettent sous l’effet de la compression salariale ; les banques se surendettent pour tirer, par « effet de levier », le meilleur parti des opportunités de profit de la déréglementation financière ; les Etats se surendettent par abandon de recettes fiscales sous le dogme de la réduction des impôts (pour les plus riches). De cet énorme stock de dette, il va bien falloir se débarrasser. Or la chose ne peut se faire que selon deux options : soit en préservant les droits des créanciers – l’austérité jusqu’à l’acquittement du dernier sou –, soit en allégeant le fardeau des débiteurs – par l’inflation ou le défaut. Nous vivons à l’évidence en une époque qui a choisi de tout accorder aux créanciers. Que pour leur donner satisfaction il faille mettre des populations entières à genoux, la chose leur est indifférente. C’est à cette époque qu’il faut mettre un terme.

Changer d’époque suppose en premier lieu d’affirmer le droit des « débiteurs » à vivre dignement contre celui des créanciers à l’exaction sans limite. Seuls les fétichistes du droit des créanciers pourront s’insurger qu’on y attente, en tout cas qu’on lui en oppose un autre, pas moins légitime, et même beaucoup plus si l’on se souvient des origines de la dette. Où le parti pris acharné des créanciers nous conduit, nous ne le savons maintenant que trop. L’alternative est donc simplissime : ou bien nous poursuivons dans cette voie, par ailleurs exposée à la perspective d’un échec macroéconomique très probable, ou bien nous choisissons le parti inverse, celui des corps sociaux.

Bien sûr, après la décision de la BCE et la garantie de taux « raisonnables », le cartel orthodoxe croit plus que jamais possible de faire suer le burnous aux populations pour leur faire tout payer rubis sur l’ongle, quitte à ce qu’il y faille une décennie ou deux. Mais outre les incertitudes proprement économiques dont ce pari se trouve grevé, l’histoire atteste abondamment que vient un moment où la bête débitrice n’en peut plus et se libère de sa servitude d’un geste souverain qui envoie les créanciers au diable. C’est bien ce qui se joue avec Syriza en Grèce, comme avec tous les mouvements sociaux en Espagne ou ailleurs.

Ingénierie économique du défaut

Alors défaut. Au minimum celui de la part de dette indiscutablement assignable à la finance elle-même, soit pour la France, les 20 points de PIB qui séparent 2007 de 2011, les 32 points de l’Espagne, les 45 points du Portugal… les 83 points de l’Irlande, etc. Comme dirait l’autre, pour sûr ça va faire du grabuge. Mais du grabuge pour qui ? Si le défaut n’est que partiel, il faudra se poser la question de sa distribution parmi les créanciers. S’il est total, tout le monde en prendra pour son grade.

Y compris les banques centrales, dont les demi-habiles prophétisent déjà bruyamment la perte : d’une part la BCE s’est chargée de titres souverains avec le SMP [11] de 2011 (et promet de le faire plus encore par son programme OMT [12]), d’autre part le système TARGET 2 des règlements internes à l’eurosystème de banques centrales accuse des soldes polarisés, avec une Bundesbank très créditrice et les banques centrales des Etats en difficulté très débitrices. Que le défaut souverain se prolonge ou non en défauts internes à TARGET 2, le système européen de banques centrales encaissera un rude coup. Les faux clairvoyants vaticinent déjà à la possible disparition des fonds propres de la BCE et à la nécessité de la faire recapitaliser par les Etats actionnaires – « au bon soin du contribuable » n’omettent-ils pas d’ajouter pour frapper un peu plus d’horreur les esprits.

La vérité est qu’il n’en est rigoureusement rien. Il faut avoir soit l’idéologie monétariste, soit l’insuffisance conceptuelle, chevillées au corps pour soutenir qu’une banque centrale puisse faire faillite, et même doive être recapitalisée, thèse parfaitement inepte qui témoigne d’une incompréhension profonde de ce qu’est vraiment cette institution, absolument dérogatoire du droit économique commun. Créatrice souveraine et ex nihilo de la base monétaire – la forme supérieure de la monnaie – adossée à son pouvoir entièrement symbolique de faire accepter son signe, la banque centrale peut faire des pertes comptables mais sans aucune incidence au regard de sa propre économie institutionnelle puisqu’elle peut tout simplement monétiser ses pertes et s’autorecapitaliser par création monétaire.

Bien sûr il en résulte une augmentation de la masse monétaire puisque les dettes correspondantes, annulées, ne passeront pas par le moment de destruction monétaire de leur remboursement. Et alors ? Contrairement à ce que croient les illuminés du monétarisme, la création monétaire, même très importante, n’est nullement vouée à dégénérer par essence en inflation : on ne sache pas, par exemple, que le doublement du passif de la Réserve fédérale (Fed) ait porté les Etats-Unis au bord de l’hyperinflation… Et, s’il est vrai que la Banque centrale aura un moment délicat à négocier quand toutes ces (ses) liquidités se redéverseront des banques privées (où elles restent entassées) vers l’économie réelle, la politique monétaire n’en est pas moins réversible, et un bon timing de stérilisation permettra de reprendre l’excès de liquidité.

Seuls donc ceux qui ont envie de s’inquiéter – ou intérêt à le faire – s’inquiéteront. A la rigueur, ils feraient mieux de réserver leurs angoisses aux institutions financières privées. Pour le coup, celles-ci vont déguster. Disons les choses sans détour : un défaut simultané de plusieurs « grands » Etats membres (entendre à fort encours de dette), les mettra par terre – à l’image exactement de ce qui s’est passé en 2008 avec Lehman Brothers mais avec des titres souverains en lieu et place des actifs dérivés de subprime. Faire remonter l’horloge de la dette publique à 2007 aurait ainsi pour effet d’effacer d’un coup dans les bilans des créanciers 79 milliards d’euros au titre du Portugal, 122 pour l’Irlande, 355 pour l’Espagne, 509 pour la France [13]… pour ne rien dire d’un défaut qui n’aurait pas la courtoisie de se contenter de ce retour en arrière limité et profiterait de l’occasion pour faire plus nettement table rase. Banques privées, fonds de pension, assurances, avec en prime bien sûr toutes leurs interactions systémiques médiatisées par les liens de contreparties et de crédit : le carnage promet d’être à grand spectacle. Et sans rémission possible venue de quelque Etat secourable puisque, précisément, c’est le défaut des Etats, ruinés, qui aura été le fait générateur.

Une occasion historique à ne pas louper

C’est le propre de la domination que le désastre est le plus souvent la meilleure chance des dominés. La fenêtre de ce désastre bancaire-là, à l’inverse de celle de 2008, il ne faudra pas la manquer. Une fois de plus il faut rappeler les effrayés à la conséquence. En situation de surendettement historique, il n’y a de choix qu’entre l’ajustement structurel au service des créanciers et une forme ou une autre de leur ruine. A chacun de choisir son camp et de dire clairement pour laquelle des deux options il penche. A tous ceux qui n’auront pas pris le parti des rentiers mais que la perspective de la convulsion continue d’inquiéter, il faut redire qu’on n’a jamais vu un ordre de domination, a fortiori quand il est aussi puissant que le néolibéralisme, « rendre les clés » de son mouvement spontané. C’est dans le monde des rêves social-démocrates qu’on se plait à imaginer des gentils puissants, qui d’eux-mêmes trouveraient les voies de la décence et de l’autolimitation. Sauf hypothèse de sainteté, on ne voit pas bien par quel improbable mouvement de l’âme les dominants pourraient consentir de leur propre gré à la transformation d’un monde qui leur fait la vie si belle et auquel tous leurs intérêts, patrimoniaux aussi bien qu’existentiels, ont intimement partie liée.

Au prix sans doute d’attrister le Parti de la Concorde Universelle, il faut donc rappeler qu’un ordre de domination ne cède que renversé de vive force. Ce peut-être d’abord, dans l’ordre d’un arsenal de riposte bien graduée, la force de la ruine financière. C’est précisément ce dont il est question dans le projet de faire du défaut une arme politique. Tous ces messieurs de la finance et leurs imposantes institutions y finiraient immanquablement en guenilles. C’est-à-dire adéquatement « préparés » pour être aussitôt ramassés à la pelle et au petit balai. Rappelons que des banques faillies sont par définition des banques qui ne valent plus rien, des entreprises dont la valeur financière est tombée à zéro. C’est précisément à ce prix que la puissance publique se proposera alors de les récupérer – et voilà que l’indispensable nationalisation, premier pas (et sûrement pas le dernier ! [14]) pour mettre enfin un terme au désordre de la finance libéralisée, ne nous coûtera même pas le taxi pour renvoyer les banquiers à une retraite précoce, sans chapeau, bonus ni stock-options (mais grosse décote), faut-il le dire.

Mais que faut-il entendre par « la puissance publique » préposée à cette opération, ou plus exactement quelle pourrait être sa capacité financière ? L’Etat n’est-il pas ruiné, par construction même de ce scénario ? Seul le lavage de cerveau à grande eau libérale a pu nous faire croire que la personnalité financière de la puissance publique s’épuise dans l’Etat fiscal – alors qu’elle inclut notoirement la banque centrale. C’est donc à elle, évidemment reprise en main par le pouvoir souverain, qu’il appartiendrait de rattraper le déséquilibre délibérément organisé par le défaut. D’une part, mais à la manière dont la BCE et la Fed agissent déjà, en octroyant de très amples concours au secteur bancaire pour le maintenir dans la liquidité (éventuellement en admettant temporairement à ces concours certaines institutions financières non bancaires). D’autre part en se chargeant de l’apurement des pertes et de la recapitalisation nécessaires au redémarrage des opérations bancaires ordinaires – évidemment redéfinies sur des bases toute nouvelles, dont les activités spéculatives seraient exclues.

Reste la question des dépôts et des épargnes du public. Il va sans dire que les dépôts à vue et les épargnes-livrets doivent être garantis à concurrence du plafond légal. Et les portefeuilles de titres ? Les rapports financiers dont ils sont la matérialisation sont par définition maintenus quand bien même les institutions custodian [15] font faillite. Sauf, premièrement, quand ces titres sont des actions des institutions financières faillies elles-mêmes, puisque leur propriété financière privée aura été annulée. Et bien sûr, deuxièmement, quand il s’agit des titres souverains en défaut. Il faut bien voir que, par contrats d’assurance-vie, SICAV variées et PEA interposés, ces deux annulations auront de sérieux effets sur les patrimoines des particuliers. Mais d’une part l’ampleur de ces effets est indexée sur le degré de fortune des particuliers en question, de sorte que ces pertes, frappant surtout les plus riches, ont spontanément d’assez bonnes propriétés de justice sociale. Et d’autre part il est tout à fait possible d’envisager un mécanisme de compensation des pertes mêlant conditions de ressource et plafonds de garantie variés.

La création monétaire sans brouette

Disons-le d’emblée, toutes ces opérations de garantie et de recapitalisation supposent une intervention monétaire décisive. Il suffit généralement d’évoquer cette perspective pour faire aussitôt surgir dans les esprits les plus colonisés par les dogmes monétaristes des images de brouettes de billets, destinées comme il se doit à acheter une baguette ou un timbre poste.

Or, rappelé que la création monétaire n’a rien d’inflationniste par soi, « intervention monétaire décisive » ne veut pas nécessairement dire d’ampleur. La restauration des dépôts par exemple ne nécessite a priori aucune création monétaire particulière : les dépôts sont inscrits au passif des banques et ils y restent. Comme toujours la seule contrainte demeure celle de la liquidité, à savoir celle de servir les déposants en monnaie lorsque ceux-ci veulent faire des retraits. On dira que ce sera précisément le cas au moment où le système bancaire traversera cette énorme turbulence, très propice en tant que telle à déclencher un mouvement de run. Mais un run peut être contrecarré de deux manières. Premièrement en affirmant haut et clair la garantie par la Banque centrale de la liquidité des banques de second rang, donc leur capacité à faire face à tous leurs engagements, y compris les retraits. Un run n’est jamais nourri que par la propagation d’un soupçon d’incapacité des banques à faire face à l’obligation de convertibilité des dépôts, c’est-à-dire un soupçon d’illiquidité. Ce soupçon fermement écarté par une garantie de la Banque centrale, le run s’éteint de lui-même : les déposants rassurés ne se ruent pas, les banques n’ont à faire face à aucun choc de trésorerie, et la croyance en leur liquidité s’autoréalise.

En vérité la crainte de l’illiquidité n’est pas le seul mobile susceptible de déclencher un run : on y trouve aussi les arbitrages des plus fortunés pour maintenir le pouvoir d’achat international de leurs encaisses monétaires dans la perspective d’une forte dépréciation de la monnaie nationale. Contre ces arbitrages-là, et aussi parce que les mouvements de panique peuvent être irrésistibles au plus chaud d’une transition critique, il faudra sans doute mettre en place un dispositif temporaire de type corralito, c’est-à-dire une restriction de l’accès des déposants à leurs fonds. D’une manière plus générale d’ailleurs un contrôle des capitaux s’imposera beaucoup plus largement, d’une part pour entamer la déconnexion du système bancaire national refondé d’avec les marchés de capitaux internationaux, d’autre part pour éviter que le taux de change ne connaisse une trop importante plongée, en troisième lieu pour interdire la fuite à l’étranger du cash des entreprises.

Le gros du problème – comme toujours – tient aux banques, qui vont se retrouver dans une situation d’actif net très négatif (de passif net très positif) avec un impact redoutable sur leur cash flow. Comme toute entreprise, une banque a contracté un certain passif, c’est-à-dire de ressources génératrices d’engagements à payer – des dividendes quand ces ressources sont des fonds propres, des intérêts quand elles sont des dettes – avec lesquelles elle a financé des actifs supposés générateurs de recettes. Or la « grande bifurcation » entraînera une contraction massive de l’actif, directement : par le fait même de l’annulation des titres souverains dont la banque est détentrice, et aussi sans doute indirectement : par la dévalorisation de bon nombre d’autres actifs financiers corrélative de l’état de chaos des marchés qui suivra inévitablement une vague de défauts souverains. Contraction des flux reçus du côté de l’actif avec persistance des engagements à payer du côté du passif [16], l’effet ciseau est voué à laminer le cash flow de la banque, c’est-à-dire sa capacité interne à dégager les moyens de financer son activité ordinaire. Restaurer la situation de cash flow des banques, c’est-à-dire leur aptitude à opérer « normalement », suppose de réduire le déséquilibre actif-passif – et, en l’absence d’un Etat recapitalisateur, la question est de savoir quelle est la part de cet ajustement que l’intervention monétaire de la Banque centrale aurait à prendre à sa charge.

A l’image de la solution vigoureusement pratiquée par l’Islande, l’ajustement en question peut d’abord passer par la dénonciation des passifs bancaires non-résidents : les banques françaises refuseront donc d’« honorer » le service des créances acquises sur elles par les investisseurs internationaux. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il s’agira moins d’un acte agressivement unilatéral que d’une mesure élémentaire de survie que toutes les banques de tous les pays seront appelées à prendre dans un système bancaire mondial très probablement en voie de dislocation – et la simultanéité vaudra réciprocité…

On notera au passage qu’il n’est pas d’expérience de réalité plus décisive pour juger des prétentions de la « mondialisation irréversible » qu’une crise financière saignante, à l’occasion de laquelle les systèmes bancaires se rétractent spontanément sur des bases nationales – les banquiers les plus audacieusement mondialisés savent très bien dans ces cas-là où se rendre pour trouver leur salut : auprès de l’Etat, l’Etat ringard, l’Etat détesté, mais au guichet duquel ils accourent éperdus et chialant, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a personne d’autre auprès de qui quémander les mesures d’exception vitales. Que la finance se fragmente pour se recomposer dans le périmètre national, il n’y a que les amis de la mondialisation financière pour le déplorer, ou bien ceux qui ont l’internationalisme si égaré que la perte de n’importe quoi labellisé « international » les attriste, même quand il s’agit de la finance.

Les passifs bancaires non-résidents envoyés à dache, restent les passifs bancaires résidents. Pour l’essentiel, ce sont des passifs interbancaires, donc compensables – et cette logique de compensation pourra être étendue jusqu’aux institutions financières non bancaires (en incluant notamment les compagnies d’assurance). Seul le passif interbancaire net aura donc à être refinancé et c’est cette part que la banque centrale prendra en charge jusqu’à son extinction [17].

Cette intervention monétaire sera d’autant moins ample que la restauration de la situation de cash flow des banques ne visera plus que l’adaptation à un périmètre d’opérations bancaires ordinaires considérablement réduit. Il ne sera évidemment plus question que les banques fassent autre chose que du crédit à l’économie, et tout le chancre de leurs activités spéculatives, fort gourmandes en passifs, ne sera plus qu’un souvenir. La création monétaire de compensation n’aura pas davantage à se fixer des objectifs de ratio de capital semblables à ceux qui prévalent aujourd’hui. Les ratios de solvabilité n’ont leur importance présente qu’au regard d’un système bancaire privé actionnarial plongé dans des marchés de capitaux qui ont précisément élu ce paramètre comme l’un des critères d’après lesquels juger d’une banque comme débitrice ou contrepartie. Parce qu’il fait l’objet d’une polarisation interprétative de l’opinion financière, le ratio de solvabilité conditionne le rating des banques et leur accès aux marchés de gros du crédit, à part quoi il n’a aucune incidence sur leurs conditions d’opérations économiques. Mais c’est un tout autre modèle de financement des banques qui surgira de cette transition radicale, dans lequel les marchés de capitaux internationaux n’auront plus aucune part – et, donc, leurs indicateurs fétiches aucune importance.

La création monétaire qui accompagnera cette grande transformation sera donc limitée à trois emplois : premièrement le refinancement du passif interbancaire « netté  » et la restauration de la situation de cash flow des banques ; deuxièmement la compensation, sous condition (de ressource et de plafond), des pertes patrimoniales des particuliers liées aux dettes souveraines (en défaut) et aux actions bancaires (annulées) qui entraient dans leurs comptes-titres – soit tout de même des montants limités – ; troisièmement le maintien plein et entier des nouvelles banques dans la liquidité… mais c’est cela même dont les banques centrales se chargent déjà à coup de trillions de dollars ou d’euros (LTRO) ! Qu’on ne vienne donc pas nous raconter que ce qui fait la grande satisfaction du capital financier aujourd’hui pourrait devenir une abomination monétaire demain.

Avec qui ?

La question politique princeps « faire quoi ? » n’est pas séparable de la question subsidiaire « avec qui ? ». Un internationalisme méritoire voudrait tout sauver et rêve de conserver les dix-sept européens et leur monnaie unique, mais refaite à neuf. Dans un monde parfait on leur accorderait volontiers ce droit à l’imagination. Il est à craindre que le monde réel n’en laisse pas le loisir. Enoncée très généralement, la question est donc la suivante : qui, des dix-sept, serait prêt à prendre la bifurcation du défaut ? Et pour ne pas tourner cent sept ans autour du pot on va nommer carrément le nœud du problème : c’est l’Allemagne.

Le désir européen qui ne désarme pas, comme celui d’Attac, continue de poursuivre une perspective politique dans laquelle les dix-sept, Allemagne incluse, feraient, bien coordonnés, un joli pas en avant pour engendrer la nouvelle Europe progressiste. La « croyance monétaire » allemande n’a aucun caractère d’essence, suggère cet argument, elle aussi peut être renversée ; derrière la sainte alliance des partis de droite, entendre par là les conservateurs de la CDU comme les sociaux-démocrates du SPD, parfaits équivalents en cela du duopole libéral français UMP-PS, la population accumule du mécontentement et commencera à ruer dans les brancards lorsque la récession finira par gagner l’Allemagne à son tour. A ce moment, la situation enfin mûre pour un grand aggiornamento doctrinal, l’Allemagne rejoindra le mouvement antilibéral des peuples européens pour enfin envoyer l’orthodoxie monétaire par-dessus les moulins.

Il y a malheureusement bien des raisons d’être sceptique à propos de ce scénario politique idéal – dont par ailleurs on partagerait volontiers la visée… si elle était atteignable. Il y a d’abord que, évidemment legs de l’histoire et non essence de la germanité, la croyance monétaire allemande n’en a pas moins, attesté par sa longévité même, le statut métapolitique d’une sorte de consensus national, sur fond duquel et dans le respect duquel ne se déploient qu’ensuite les différences politiques. C’est dire qu’il faudrait des dégâts économiques considérables, toujours possibles en principe mais d’une ampleur exceptionnelle, pour produire un commencement de remise en question en cette matière. Or, par sa position dans la division internationale du travail et sa politique structurelle de déflation salariale anti-coopérative, l’Allemagne sera le dernier pays touché par la récession et celui où, comparativement, les effets y seront les moins violents. La probabilité pour que le choc économique franchisse le seuil de déclenchement des remises en cause politiques est donc des plus faibles – et il faut imaginer l’état de destruction où en seraient alors les autres Etats européens : probablement tel que ces derniers auraient fait mouvement de longue date sans avoir gentiment attendu que l’Allemagne prenne son temps pour mûrir puis envisager de bouger…

Il y a aussi que la politique se fait avec les ressources qu’elle a sous la main. La ressource première du soulèvement transformateur, c’est la colère. Qui est en colère ? Qui descend dans la rue ? Qui exprime à une échelle significative le refus de l’ordre néolibéral ? Pas les Allemands. Pas encore objectera la thèse d’Attac. Sans doute, mais l’objection va finir par ressembler étrangement aux éternelles promesses de la gauche de droite : « il faut voter (respectivement attendre) pour faire progresser l’Europe malgré tout et avoir l’Europe sociale plus tard (respectivement pour faire mûrir la prise de conscience allemande… et avoir l’Europe sociale plus tard), appels à la patience qui, si politiquement opposés soient-ils, ne sont simplement plus tenables. S’il faut le moyen ou le long terme pour que le corps social allemand, qui part de beaucoup plus loin, fasse éventuellement le chemin de la révision monétaire, la réponse est que nous n’avons plus le temps d’attendre – toujours cette indéfectible bonne vieille idée keynésienne que dans le long terme nous serons tous morts…

Pour l’heure ce sont les Grecs, les Espagnols, les Italiens, les Portugais qui descendent dans la rue – et les Français qui les rejoindront s’ils arrivent à surmonter l’espèce de stupéfaction anesthésique qui leur interdit d’habitude tout mouvement social d’ampleur quand la « gauche » est au pouvoir (et que ses auxiliaires syndicaux veillent à ne surtout rien déclencher de fâcheux). Le mobile des solidarités internationalistes existe surtout dans les têtes des élites intellectuelles internationalistes. La pratique est sensiblement différente – moins reluisante si l’on veut : on commence d’abord par manifester pour soi, et l’on constate ensuite d’éventuelles solidarités de situation.

A la question « avec qui ? », la réponse, toute prosaïque, est donc : on verra ! Pour l’heure en tout cas, se mettront en mouvement ceux qui veulent et ceux qui peuvent. C’est à l’usage et en route que se dessinera le périmètre d’un possible regroupement de nations désireuses de refaire monnaie unique mais hors de l’orbite du capital financier. Dans le court terme de la colère et sous l’évidence réaliste des mobiles d’abord égocentriques de la protestation – dont aucun sermon à base de moraline solidariste ne viendra jamais à bout –, ce sont d’abord des projets à base nationale qui se manifesteront et pour une raison très simple : l’existence de structures institutionnelles déjà là, aussi bien en matière politique – il y a déjà une constitution et un parlement – que monétaire – il y a déjà une Banque centrale, en attente d’être réarmée – est un attracteur ultra-puissant. C’est qu’il est d’une rustique et raisonnable logique de chercher à agir là où existent déjà les moyens d’agir…

Rien de tout ceci pourtant n’exclut que l’exemple d’un pays plus décidé que les autres et faisant mouvement avant les autres, donc par construction armé d’un projet d’abord propre, ne fasse tache d’huile en donnant des idées aux peuples d’à-côté. Car, oui, il y a quelques raisons de penser que le mouvement unilatéral de l’un des peuples européens, résolu, sans attendre et pour son propre compte, à tout envoyer cul par-dessus tête, fait partie de ces spectacles aux puissantes propriétés d’émulation, très susceptibles de répandre l’envie d’imiter – et peut-être de la donner jusqu’aux Allemands, qui sait ? C’est alors, mais alors seulement, que se construiraient, en chemin, les solidarités d’un internationalisme concret, donc viable.

A la question « quoi faire ? », la réaction, pour sa part, continue d’apporter ses sempiternelles rengaines. Quoi faire ? La même chose ! « Il faut engranger tous les progrès même quand ils sont modérés pour construire les conditions des grandes avancées de demain » serinent aussi bien le PS que Cohn-Bendit qui, lorsqu’il est question d’Europe, feront toujours passer pour des progrès les pires régrès, comme celui du TSCG – on se demande jusqu’où, sous couleur « d’avancée », il faudrait que l’Union européenne aille dans l’ignoble pour que Dany le Bleu finisse par dire « ah non là tout de même, stop ». A l’Europe de la Sécu privatisée et du travail des enfants, tu t’arrêtes Dany, ou on continue ?

Dans un mouvement paradoxal où se mêlent une très inintentionnelle lucidité et une sorte de panique rhétorique qui sent l’extrémité, Jean-Marc Ayrault a trouvé malin de considérer que les opposants au TSCG sont des partisans de « la sortie de l’euro » [18]. Eternelle menace du quitte ou double, de l’ordre des choses ou bien du chaos, qui dit la misère argumentative où l’européisme se trouve rendu. Il faut vraiment être au bout du bout de l’incapacité politique pour en venir à ce genre de propos sans réaliser qu’on ne s’y prendrait pas autrement pour rendre délibérément haïssable la construction monétaire européenne, et donner très fort l’envie d’essayer le « chaos » — qui n’en est pas un : c’est juste un autre ordre que le leur. Que Jean-Marc Ayrault se rassure : depuis deux décennies, l’idée d’une solidarité profonde entre le fléau néolibéral et la monnaie unique a fait de grand progrès dans l’esprit public. Opposants au TSCG = partisans de la sortie de cet euro ? Mais tout à fait Jean-Marc !

Encore quelques déclarations de cette farine et l’idée subséquente d’en finir avec tout ça et d’en sortir pour de bon commencera à avoir l’avenir pour elle.

Notes

[1] Bien sûr il s’agit de cette clause qui demande une majorité qualifiée (très exigeante) pour s’opposer à une décision de soumettre un Etat membre à ajustement budgétaire, mais c’est une chose de requérir une majorité qualifiée et c’en est une autre de la présenter comme « soutien obligatoire » – l’Europe a décidément de ces airs de Politburo par les temps qui courent…

[2] Conseil constitutionnel, décision n° 2012-653DC du 9 août 2012 par laquelle le gouvernement est soulagé d’une révision constitutionnelle et autorisé à ne faire entrer la « règle d’or » dans le droit français que sous la forme d’une loi organique – comprendre : pas de référendum !

[3] Voir à ce sujet une annexe à venir (peut-être…).

[4] Par différence avec le déficit courant, simple solde constaté des recettes et des dépenses publiques, dans la situation réelle, caractérisée par le taux d’utilisation effectif des capacités de production.

[5] Matthew Dalton, « Wonks wars : How Big Are EU Deficits », Wall Street Journal, 17 août 2012.

[6] Bien sûr, excipant d’une aberration pour en justifier une autre, les européistes feront remarquer à ce moment que « constitutionnaliser » des contenus de politique économique, c’est ce que font les traités européens depuis le début !

[7] Voir « L’austérité mais dans le calme ».

[8] Id.

[9] Le 15 septembre, les Portugais ont manifesté en masse contre un projet de compenser par un surplus de cotisations salariés une baisse des cotisations employeurs.

[10] Toujours sur la période 2007-2011.

[11] SMP : Securities Market Program, premier plan de rachat de dettes publiques sur l’open market par la BCE, mais d’une ampleur très limitée.

[12] Outright Money Transactions, le programme d’intervention illimitée annoncé par Mario Draghi ce 6 septembre.

[13] Données Eurostat sur la période 2007-2011. Il faudra donc rajouter un bon bout au titre de 2012.

[14] Voir à ce sujet « Pour un système socialisé du crédit », janvier 2009.

[15] C’est-à-dire les teneurs de comptes-titres.

[16] Sauf les dividendes, annulés par la nationalisation, mais c’est la part la plus faible de ces engagements.

[17] La part du passif bancaire ayant pour contrepartie l’épargne publique, essentiellement sous la forme d’obligations émises par les banques à destination des particuliers (logées pour l’essentiel dans des contrats d’assurance-vie) tombe sous le coup de la compensation des dépôts et des livrets évoquée plus haut.

[18] « Le plaidoyer d’Ayrault pour le traité européen », Mediapart, 23 septembre 2012.

196 commentaires sur « En sortir »

0 | 100

  • permalien martin :
    26 septembre 2012 @22h48   »

    Inflation ou défaut

    Rien d’autre

    Encore un texte superbe de Lordon

    La colère aussi est mimétique

    M

  • permalien Yann :
    26 septembre 2012 @22h54   « »
    Debt, the first 5000 years

    Salut professeur Lordon ;)

    "En l’occurrence, la prémisse réside dans le constat que nous vivons une de ces époques historiques de surendettement généralisé [...] Nous vivons à l’évidence en une époque qui a choisi de tout accorder aux créanciers. Que pour leur donner satisfaction il faille mettre des populations entières à genoux, la chose leur est indifférente. C’est à cette époque qu’il faut mettre un terme."

    j’aimerai savoir si vous avez lu "Debt, the first 5000 years" (Dette, les premier 5000 ans) de David Graeber un anthropologue états-unien ?

    Un livre très intéressant qui analyse les documents historiques pour mettre en lumière la façon donc les sociétés humaines voyaient la dette et réagissaient au surendettement...

    Excellent texte, merci pour votre travail !

  • permalien Nicks :
    26 septembre 2012 @23h29   « »

    Etes vous si sûr que cela que l’Allemagne serait moins touchée par la récession que les autres pays ? Il me semble au contraire que son économie extravertie l’avait davantage exposée après 2007, quand la France et son modèle pondéré, du moins ce qu’il en reste, avait limité les dégâts ? Bon cela dit, il en faudrait effectivement beaucoup pour faire bouger une population qui a pour le moment encaissé une bonne fournée de lois anti-sociales sans quasiment sourciller. Mais sait-on jamais...

    Pour le reste, votre scenario me paraît le plus crédible mais rien n’empêche de tenter le coup au niveau européen, on ne sait jamais. Après tout, le mythe de la monnaie stable n’a que 90 ans, à comparer avec le principe jacobin français, posé dès Philippe-Auguste. Si certains espèrent plier la France aux rites (féodaux) fédéraux, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas espérer convaincre nos voisins du bienfait d’une banque centrale sous contrôle citoyen.

  • permalien max :
    26 septembre 2012 @23h43   « »

    ha ha, "danny le bleu" !

  • permalien niamreg :
    27 septembre 2012 @02h17   « »

    Il faut aussi lire l’article 9 du TSCG pour apprécier la novlangue à sa juste valeur. Les états s’y engagent à mener une politique qui "favorise la compétitivité" (comprendre baisse des salaires et des impôts) en "défendant l’emploi" (comprendre destruction du code du travail et de ses "rigidités" comme le salaire minimum et le CDI).

  • permalien colporteur :
    27 septembre 2012 @06h05   « »
    S’y coller

    Quoi qu’en aient les « hétérodoxes », l’économie n’est rien d’autre que la politique du capital... Plutôt que d’appeler à la restauration de la souveraineté des états face aux forces des marchés, il serait temps de faire cas d’une approche de la dette comme technique de domination, une manière de conduire nos conduites c’est à dire de gouverner, voir à ce propos : La fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale.

  • permalien zorbeck :
    27 septembre 2012 @07h36   « »

    Article tres interressant, car c’est la premiere fois que je lis une proposition aussi radicale suivie par l’analyse de ses consequences.
    Le probleme, ou plutot un des problemes, est que je ne vois nulle part des hommes politiques d’envergure et avec suffisamment de perspicacité économique capables de gerer un chambardement d’une telle ampleur car la crise serait mondiale. Par contre c’est la porte ouverte à une surenchère dans le populisme nationaliste qui ne manquera pas d’attirer toute une clientèle prete à gober n’importe quoi, la faute etant remise sur l’étranger, sous toutes ses formes.

    Par ailleurs, venir dire qu’il n’y aurait pas d’inflation en prenant exemple sur le quantitative easing US, c’est se gourrer lamentablement : les US peuvent se le permettre car la monnaie de l’empire est la monnaie de reserve de la planete, petit detail un peu négligé dans l’exposé ci-dessus. Et le petrole, c’est en $ qu’on doit le payer.

  • permalien Helios :
    27 septembre 2012 @09h10   « »

    Il me semble que dans le cas de l’Irlande et de l’Espagne les dettes sont dues surtout à l’explosion des bulles immobilières. Donc au départ à l’existence de ces bulles. Et pour qu’elles existent il faut bien que des millions de gens y aient participé, ce n’est pas uniquement le "système financier" qui est en cause. Ceux qui ont acheté des logements à prix démentiel en s’endettant lourdement ne sont pas innocents. Ils pensaient s’enrichir.

  • permalien th M :
    27 septembre 2012 @09h28   « »
    lutter contre la Novlangue ?

    Grand merci pour cet article.
    Pourrait-on par ailleurs un jour cesser d’entendre ou lire partout sans réagir :
    "plan social" pour plan anti social ?

    Et "état-providence" ?
    Avec son cortège de qui-va-de-soi ironiques, qui laissent entendre que "oui, bien sûr, il faut effectivement que cela cesse, cette nounou à tout faire dont profitent ceux qui ne font rien"...

  • permalien boris :
    27 septembre 2012 @09h46   « »

    ou peut on le telecharger ?

  • permalien boris :
    27 septembre 2012 @09h50   « »
  • permalien Jean-Michel Masson :
    27 septembre 2012 @10h00   « »

    "il n’y a que les amis de la mondialisation financière pour le déplorer, ou bien ceux qui ont l’internationalisme si égaré que la perte de n’importe quoi labellisé « international » les attriste, même quand il s’agit de la finance."
    Je ne pense pas qu’il ne s’agit que d’un problème de pure finance. La finance est un aspect d’un ensemble économique que j’appelle le "libéral-totalitarisme" : oxymore qui décrit l’imposition d’un système économique pervers.
    Les tribunaux économiques aptes à sanctionner les dérives financières ne sont qu’un avatar supplémentaire de la judiciarisation du refus de satisfaire les ’’investisseurs" privés :
    https://jmmasson.wordpress.com/2012...
    Donc l’ennemi n’est pas l’Europe mais l’Europe colonisée par le libéral-totalitarisme. D’ailleurs dans un pays comme le nôtre... on peut très bien avoir un régime ultra-libéral, ce qui est d’ailleurs en voie d’installation : demandons-nous à sortir de notre nationalité ?
    Le recroquevillement chauvin est similaire à la construction de la ligne Maginot : probablement inefficace.
    De plus les vieilles rancunes risquent d’être réactivées.
    Et si nous commencions à construire localement une autre économie à base de vraies coopératives, appuyées sur des monnaies locales ou des SELs ?Après-tout, il paraît que nous avons un ministère de l’ESS. Cela pourrait aussi se généraliser en Europe et ailleurs. Là il ne s’agit plus de recroquevillement chauvin mais d’entraide : rien n’empêchant les coopérations transfrontalières...
    Par ailleurs, les problèmes financiers occultent certains problèmes environnementaux mondialisés, comme le problème des changements climatiques anthropiques, complètement absents des débats financiers ou économiques sur la "relance" de la "croissance". Est-il impossible de tout relier ?

  • permalien BA :
    27 septembre 2012 @10h02   « »
    En sortir, et le plus vite possible.

    D’accord avec Lordon pour 99 % du billet.

    Désaccord avec Lordon sur la question de "la BCE qui ne peut pas faire faillite" et "qui n’a pas besoin d’être recapitalisée".

    Lisez bien cet article :

    16 décembre 2010  :

    La BCE va augmenter son capital de 5 milliards d’euros.

    La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi d’opérer la plus grande augmentation de capital de son histoire, pour faire face aux exigences de la crise en zone euro et envoyer un signal aux dirigeants européens. La BCE va presque doubler son capital, le portant de 5,76 milliards actuellement à 10,76 milliards d’euros fin 2012, soit une hausse de 5 milliards, a décidé le conseil des gouverneurs de la BCE, réuni depuis mercredi après-midi au siège de l’institution financière à Francfort (ouest).

    La levée de fonds auprès des 16 banques centrales nationales de la zone euro doit se dérouler en trois étapes d’un montant égal de 1,163 milliard d’euros : la première le 29 décembre 2010, les deux suivantes fin 2011 et fin 2012.

    A ce jour, la BCE a acheté pour 72 milliards d’euros d’obligations publiques, principalement grecques, portugaises et irlandaises.

    http://lexpansion.lexpress.fr/econo...

    A la date du 16 décembre 2010, la BCE n’avait racheté "que" 72 milliards d’euros d’obligations pourries.

    A cause de ces 72 milliards d’obligations pourries, la BCE avait été obligée de demander aux 16 banques centrales nationales de recapitaliser la BCE.

    En clair :

    - Les 16 banques centrales nationales avaient recapitalisé la BCE.

    - Concrètement, les contribuables européens avaient payé 5 milliards d’euros pour recapitaliser la BCE.

    Mais aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, le bilan de la BCE est encore plus surchargé d’obligations pourries. Aujourd’hui, la BCE a dans son bilan 209 milliards d’euros d’obligations pourries.

    Et demain ?

    Demain, la BCE surchargera encore plus son bilan d’obligations pourries : la BCE appelle ce nouveau programme « Outright Monetary Transactions ».

    Demain, le bilan de la BCE sera encore plus surchargé d’obligations pourries.

    Et les contribuables européens devront encore une fois payer des milliards d’euros pour recapitaliser la BCE.

  • permalien Jordi Grau :
    27 septembre 2012 @10h32   « »

    J’apprécie le ton pragmatique de votre article, M. Lordon :

    A la question « avec qui ? », la réponse, toute prosaïque, est donc : on verra ! Pour l’heure en tout cas, se mettront en mouvement ceux qui veulent et ceux qui peuvent. C’est à l’usage et en route que se dessinera le périmètre d’un possible regroupement de nations désireuses de refaire monnaie unique mais hors de l’orbite du capital financier.

    Je constate que votre méfiance à l’égard de l’Allemagne n’a pas fondamentalement changé. Cependant, votre propos est plus mesuré, et vous n’excluez plus par principe la possibilité d’un changement social profond dans ce pays. Il me semble que votre approche est devenue plus prudente et plus réaliste.

  • permalien marc :
    27 septembre 2012 @10h36   « »

    Le pétrole payé en dollars ?
    Et pourquoi pas en yuans, en rials ou en talents ?
    Un peu d’imagination que diable ! :)

  • permalien Nicks :
    27 septembre 2012 @11h28   « »

    @BA

    Vous n’avez pas bien lu l’article de Frédéric Lordon. Une banque centrale ne peut pas faire faillite. Mais la monnaie qui en sort peut-être dépréciée bien évidemment...

    @Zorbeck

    Quel serait l’état du dollar en cas de crise mondiale ? Bon il est garanti par la force militaire en dernier ressort. Mais il y a d’autres prétendant aux gros bras désormais...

  • permalien Veig :
    27 septembre 2012 @11h34   « »
    L’achat de pétrole en dollars ?

    La Chine en a fini de payer son pétrole en dollars : avec l’Iran et la Russie, mais aussi avec ses autres fournisseurs, les paiements se feront en Yuans ; par ailleurs, la Chine vient de conclure avec le Japon un accord sur leurs échanges commerciaux qui ne se feront plus uniquement en dollars, mais principalement en Yuans et en yens.
    Cela augure d’une nouvelle tendance concernant le Dollar US, qui ne sera bientôt plus la monnaie de réserve dominante qu’il a été depuis la fin de la dernière guerre mondiale...

  • permalien BA :
    27 septembre 2012 @11h51   « »
    En sortir, et le plus vite possible.

    Nicks, je suis en désaccord avec Lordon pour seulement 1 % du billet.

    Lordon écrit : "Il faut avoir soit l’idéologie monétariste, soit l’insuffisance conceptuelle, chevillées au corps pour soutenir qu’une banque centrale puisse faire faillite, et même doive être recapitalisée, thèse parfaitement inepte qui témoigne d’une incompréhension profonde de ce qu’est vraiment cette institution, absolument dérogatoire du droit économique commun. Créatrice souveraine et ex nihilo de la base monétaire – la forme supérieure de la monnaie – adossée à son pouvoir entièrement symbolique de faire accepter son signe, la banque centrale peut faire des pertes comptables mais sans aucune incidence au regard de sa propre économie institutionnelle puisqu’elle peut tout simplement monétiser ses pertes et s’autorecapitaliser par création monétaire."

    Mon interprétation est exactement le contraire.

    La BCE fera faillite quand les contribuables européens ne pourront plus payer les dizaines de milliards d’euros nécessaires pour recapitaliser la BCE.

    Pronostic : dans les mois qui viennent, la BCE va racheter des dizaines de milliards d’euros d’obligations pourries. Ensuite, la BCE va demander aux 17 banques centrales nationales de recapitaliser la BCE, comme elle l’a déjà fait le 17 décembre 2010.

    Ensuite, les 17 banques centrales nationales vont recapitaliser la BCE et donc, concrètement, les contribuables européens vont payer des dizaines de milliards d’euros pour recapitaliser la BCE.

    Et ensuite, ce processus va continuer, et il va finir par s’emballer : dans trois ou quatre ans, la BCE fera faillite, car les contribuables européens seront devenus incapables de payer toujours plus pour recapitaliser la BCE.

    Lundi 20 décembre 2010 :

    Le contribuable à la rescousse de sa banque centrale.

    http://www.latribune.fr/journal/edi...

  • permalien J.Richman :
    27 septembre 2012 @11h54   « »

    Frédéric Lordon, "économiste officiel" du Monde diplomatique ?

    En tout cas, à en juger par la fréquence et la longueur (indigeste à mon sens) de ses papiers, c’est l’impression que l’on peut avoir.

    Et si le style c’est l’homme, deux mots pour le qualifier : narcissique et exhibitionniste. Car comme lecteur, j’ai avant tout la sensation que l’auteur se regarde écrire et qu’il me convie à m’extasier devant tant de prouesses et d’acrobaties stylistiques.

    On peut apprécier, on peut aussi passer son chemin.

  • permalien b :
    27 septembre 2012 @11h55   « »

    C’est vrai que tout ça semble réglé comme du papier à musique :
    http://tinyurl.com/cayqarf

  • permalien Winston Smith :
    27 septembre 2012 @13h12   « »
    « effondrement endogène de la construction »

    Un mois avant le krach boursier, le plafond du Parlement d’Océania s’effondrait. Événement non pertinent pour le Miniver, il a été effacé des WikArch et de vos esprits.

  • permalien Jordi Grau :
    27 septembre 2012 @13h48   « »

    A J. Richman

    Que M. Lordon soit un peu exhibitionniste, c’est possible. Mais on pourrait en dire autant de tous les écrivains : celui qui prend plaisir à soigner son style a généralement envie d’être lu par les autres. Pour ma part, je n’y vois pas de mal... Qu’il soit narcissique, je ne sais pas. En tout cas, l’est-il davantage que tous ces "experts" et éditorialistes qui pontifient dans les médias dominants, alors même que la réalité a cruellement démenti leurs pauvres analyses économiques ?

    Ce qui vous énerve, peut-être, dans le style de F. Lordon, c’est le fait qu’il ne craint pas de mélanger des analyses rationnelles avec des petites pointes polémiques et satiriques. Voltaire ou Marx se permettaient ce genre de choses. En ce qui me concerne, je trouve ça assez plaisant. Cela rend les articles de M. Lordon beaucoup plus digestes, malgré leur longueur.

    Et quant au contenu, qu’en pensez-vous ?

    Cordialement,

    J. G.

  • permalien Y. Cit :
    27 septembre 2012 @14h18   « »
    Rousseau

    « Quoi qu’il en soit, je prie les lecteurs de vouloir bien mettre à part mon beau style, et d’examiner seulement si je raisonne bien ou mal ; car enfin, de cela seul qu’un auteur s’exprime en bons termes, je ne vois pas comment il peut s’ensuivre que cet auteur ne sait ce qu’il dit. »
    Jean-Jacques Rousseau (dont on fête en cette année 2012 le tricentenaire de la naissance), Avertissement aux Lettres écrites de la montagne

  • permalien
    27 septembre 2012 @14h40   « »
    En sortir, vraiment

    Quand on a lu les textes des "économistes atterrés" et autres Lordon, on cherche les moyens d’en sortir. Les voilà résumés dans un texte, certes long mais optimiste et passionnant.

  • permalien Nicks :
    27 septembre 2012 @14h54   « »

    @BA

    Non BA, une banque centrale ne fait pas faillite. Mais les européistes peuvent nous berner en disant le contraire. Vous comprenez la nuance ?

  • permalien BA :
    27 septembre 2012 @15h20   « »
    En sortir, le plus vite possible.

    Mais alors pourquoi avoir recapitalisé la BCE en décembre 2010 ?

    Hein ?

    Pourquoi avoir recapitalisé la BCE en décembre 2010 si il n’y a jamais aucun problème de capitalisation pour la BCE ?

    Lisez cet article :

    Vendredi 17 décembre 2010 :

    Les leçons de l’augmentation de capital exceptionnelle de la BCE.

    http://www.lepoint.fr/economie/les-...

  • permalien Nicks :
    27 septembre 2012 @15h28   « »

    @BA

    Ce serait pas un peu ça l’arnaque ? Mais bien entendu pour que la BCE deviennent une véritable banque centrale, il faut juste jeter à la poubelle quelques pages de traité. Dans certains contexte, cela peut aller très vite...

  • permalien Frédéric Lordon :
    27 septembre 2012 @15h43   « »

    Pourquoi avoir recapitalisé la BCE ? Par détestation de tous les autres moyens de procéder et ignorance idéologique délibérée des possibilités monétaires d’autorecapitalisation des banques centrales. Le dogme de la BCE interdit tout financement monétaire des dettes publiques... ce à quoi équivaudrait l’apurement par monétisation des pertes prises sur les titres souverains acquis par la BCE. Les Etats membres décident de solliciter les finances publiques pour refaire les fonds propres de la BCE par choix idéologique pur et nullement par contrainte technique. Mais on n’est pas forcé d’ajouter foi à ce dogme là.

  • permalien Krondstadt :
    27 septembre 2012 @16h29   « »

    "...cette clique au service de la rente financière, le sachant ou non (le pire étant bien sûr quand elle ne le sait pas), n’en démordra pas, n’en démordra plus. "

    Qu’est-ce qui est pire, de l’ignorance ou du cynisme ?

    J’aurais, pour ma part, certainement moins d’indulgence envers ceux qui nous précipitent dans le trou en toute conscience...

  • permalien J.Richman :
    27 septembre 2012 @17h30   « »

    J’ai été un "bon client" de Lordon. Je me souviens par exemple de "Fonds de pension, piège à cons", ou encore de "Et la vertu sauvera le monde" chez Raisons d’agir. Impeccables et implacables démonstrations. Ramassé et sec comme un coup de trique et en plus, totalement hilarant ; car être pris de fous rires en lisant un bouquin d’économie, c’est pas si courant. Bref, de vrais plaisirs de lecture et la satisfaction d’avoir pigé des trucs.

    Mais en chemin Frédéric Lordon s’est pris pour un écrivain. Un écrivain bavard en plus. C’est là que je lâche l’affaire. En passant, je vais faire mon pédant en citant Baudelaire citant Lavater : "Dieu préserve ceux qu’il chérit des lectures inutiles."
    Si je veux lire de la littérature je lis Artaud ou Céline. Pas Frédéric Lordon.

    Quant au contenu, le SLAM ou "Si on fermait la bourse"... ? Mouais... Et pourquoi pas "Et si on supprimait l’argent". Tant qu’à faire.

  • permalien pierrefavre@aol.com :
    27 septembre 2012 @17h50   « »

    Des deux solutions au problème de la dette, je m’étonne que FL privilégie le défaut et s’évertue à en décrire les modalités et à en souligner les avantages. Tout d’abord parce que celui-ci ne peut-être radical et ainsi exonérerait les petits rentiers boursicoteurs qui méritent aussi d’être punis, ensuite parce le défaut est une solution économiquement dépressive, enfin parce qu’elle est du domaine du rêve (elle relève du premier genre de connaissance, un comble pour un spinoziste)
    Pourtant la solution au problème de la dette crève les yeux. Il suffit que 3 pays : la France, l’Italie et l’Espagne s’unissent sur la déclaration suivante : « A partir du …2013, le remboursement de l’ensemble des dettes des états de l’union sera assuré par la BCE. Les créances seront restructurées et remboursées selon un plan à long terme (avec la planche). Ces 3 pays pourraient solliciter sans risque un référendum européen. L’Allemagne qui est un tigre en papier ne pourrait qu’obtempérer, que peut-elle faire d’autre ?
    Contrairement aux apparences US et aux dires de FL, la création monétaire ex-nihilo engendre l’inflation. La stérilisation ex-post est une vue de l’esprit (c’est l’histoire de ré-entuber le dentifrice). Mais le but recherché est précisément le retour de l’inflation qui, pilotée en indexant les petits revenus, euthanasiera les rentiers et redistribuera les cartes au profit des créateurs de richesse.

  • permalien Slaval :
    27 septembre 2012 @17h58   « »
    Plus simple

    Bon exercice de style, mais il y aurait pourtant encore plus simple à faire que toute cette ingénierie financière :

    Instead of creating money and giving it to the banks, why not distributing it directly to the people ? Let’s say the central bank increases its monetary mass by a certain percentage (5% for instance) divide it by the number of citizens, transfers the cash into their bank accounts every month, and repeat it as long as it works. Simple as this. »

    Source : http://boilingfrogs.info/2012/09/25...

  • permalien Mella :
    27 septembre 2012 @18h04   « »

    A J. Richman

    "Dieu préserve ceux qu’il chérit des lectures inutiles." ? Vous preniez donc FL pour Dieu ? Boutade mise à part, personnellement, j’apprécie de sortir des articles aseptisés et au vocabulaire si pauvre des medias mainstream.
    Le côté histrionique participe à la pédagogie.

    En ce qui concerne la suppression de l’argent, prenez patience ! Ce sera très certainement une phase ultérieure du grand changement auquel nous aspirons et que nous préparons. Dans quelques décennies.

    Phase 1 : Reprenons déjà la souveraineté sur nos banques et nos gouvernements.

    Bien à vous.

  • permalien BA :
    27 septembre 2012 @18h30   « »
    En sortir, le plus vite possible.

    Je remercie Frédéric Lordon de m’avoir répondu. Je suis en total désaccord sur cet unique point : la recapitalisation de la BCE.

  • permalien Jordi Grau :
    27 septembre 2012 @20h04   « »

    A Richman

    Les idées étranges sont souvent idiotes, mais pas toujours. J’irai même plus loin : les idées les plus intéressantes, celles qui vont le plus au fond des choses, sont aussi les plus étranges - donc les plus idiotes en apparence. En cassant la routine, elles nous permettent de voir que ce qui paraît "normal", voire "indispensable", est parfois tout à fait superflu, ou même carrément nuisible. Durant l’Antiquité, l’esclavage a été très peu remis en question. Il était considéré comme un bien ou comme un mal nécessaire. Il a fallu des siècles pour qu’on se débarrasse de cette regrettable habitude intellectuelle. Aujourd’hui l’esclavage existe encore mais plus personne ne va tenter de le justifier.

    Peut-être en ira-t-il de même pour le marché d’occasion des valeurs mobilières qu’on appelle la Bourse. Autant on a de bonnes raisons de penser que l’argent est une invention précieuse - et je ne sache pas que M. Lordon songe à sa suppression - autant on peut mettre en question la prétendue utilité de la Bourse. L’article de F. Lordon, de ce point de vue, apportait un éclairage salutaire. On pourrait en dire autant de son article sur le SLAM, dans la mesure où il permettait de mettre en question le fonctionnement du capitalisme financiarisé.

    Maintenant, je ne pense pas que M. Lordon soit assez naïf pour penser que les partis dominants, en France ou ailleurs, vont reprendre à leur compte des propositions aussi radicales (même si elles sont davantage sociales-démocrates, au sens premier du terme, que proprement révolutionnaires). Seulement, les idées les plus "folles" peuvent faire leur chemin. A l’époque d’Olympe de Gouges, les idées féministes paraissaient délirantes. Aujourd’hui, elles ne sont que très imparfaitement appliquées, mais elles ont fini par convaincre beaucoup de monde. Sans doute en ira-t-il de même pour les propositions de M. Lordon.

  • permalien Silhouette :
    27 septembre 2012 @22h12   « »

    Excellent article M. Lordon, un pur régal du début à la fin.

  • permalien MarxExplorer :
    27 septembre 2012 @23h33   « »

    Merci pour le billet, mais vous êtes un incorrigible optimiste ! Il me semble qu’une des grandes questions est de savoir jusqu’où sera capable d’aller la bande de cinglés qui nous dirige pour nous faire éponger les pertes de leurs copains. Loin, c’est sûr, ils nous le prouvent chaque jour. Mais iront-ils jusqu’à préférer la guerre (du genre petite invasion de la Grèce pour se payer en nature, comme les français en 1923) ou la dictature (Hitler/Le Pen plutôt que le Front Populaire/ de Gauche) au défaut ?

    "Deux choses sont infinies : l’univers, et la stupidité humaine. Et encore je n’en suis pas sûr pour l’univers". A. Einstein.

  • permalien Mister Fresh :
    27 septembre 2012 @23h37   « »
    de l’économie-fiction ?

    Ce que j’aimerais, c’est que Mr Lordon essaie maintenant d’envisager un scénario plus réaliste, qui tient compte du fait que :
    - les élites actuelles "européistes" et les partis de gouvernements ("UMPS") ne se résoudront pas à l’éclatement de l’euro, jamais. C’est de l’ordre de l’idéologique, pas du rationnel.
    - les systèmes électoraux sont conçus de façon à ce que les partis "eurosceptiques" tels que le Front de Gauche et le FN ne seront jamais en position de décider de proposer un référendum pour remettre en cause les traités européens.

    Le scénario de la tabula rasa me parait donc complétement irréaliste.

    Voyons plutôt les scénarios possibles :

    1) Le plus probable : la BCE va laisser les pays en difficulté s’approcher de manière asymptotique du gouffre du défaut, et chaque fois à la dernière minute va monétiser pour empêcher leur sortie. Comme Lordon l’a remarqué, les banquiers de la BCE tiennent à leur job, qui disparaitrait si l’euro éclate.
    La conséquence, c’est qu’en dépit des protestations de l’Allemagne, il y aura bien monétisation de la dette. Cependant, cette monétisation se fera toujours dans l’urgence, sur des montants correspondants uniquement aux échéances les plus proches de dette à rembourser.
    Ce faisant, l’influence de la BCE à maintenir les Etats dans la dépendance se renforcera, et lui permettra de continuer à faire imposer l’austérité. C’est un peu ce qui est dit dans le précédent article "l’austérité dans le calme".

    2) Le scénario 1) se poursuivra... sauf si la situation dans un des pays en difficulté devient si dramatique que le pays sort effectivement de la zone euro. Cela peut prendre la forme d’une révolte populaire massive contre l’austérité, dont on voit peut-être les balbutiements aujourd’hui dans les manifestations de masse qui ont lieu en Grèce, en Espagne, et au Portugal. Les révoltes arabes, qui ont mis à bas des régimes qu’on croyait inamovibles depuis des décennies, montrent qu’il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de la rue.
    On peut imaginer des manifestations monstres et des grèves générales massives qui obligent le gouvernement d’un pays à revenir sur ses engagements européens. Cela arrivera si la situation des gens ordinaires devient si dramatique, qu’une sortie de l’euro leur parait soudain comme une lueur d’espoir. Je ne sais pas si c’est vraiment souhaitable !

    3) La BCE adopte d’emblée un réel plan pour la croissance, monétise une grande partie de la dette d’un coup, et permet aux Etats de se financer directement auprès de la BCE à bas coût. L’austérité est remplacée par des politiques de relance. On peut rêver hein !

  • permalien Anton :
    27 septembre 2012 @23h47   « »
    l’exemple argentin

    Le défaut ? On a un exemple concret et contemporain : l’Argentine. Encore encensé il y a quelques mois par certains, les européens sont progressivement en train de se rendre compte que l’Argentine va très mal : 25% d’inflation (9.5% officiellement depuis que Kirchner a remplacé les statisticiens professionnels par des politiciens en 2007), l’absence d’investissements étrangers, la fuite des capitaux hors des frontières, des restrictions sur les importations ou l’expropriation de Repsol.

    On peut se poser la question : Où partent les richesses créées des 6-7% de croissance de l’Argentine quand il y a 25% d’inflation ?

    L’État argentin a un besoin criant d’argent et le prend là où il peut : aux argentins.
    10 ans après sa "solution miracle", la crise revient en Argentine par la fenêtre et elle sera probablement d’une autre ampleur : En fait les argentins n’ont pas fini de payer leur défaut...

  • permalien Anastase T :
    28 septembre 2012 @01h11   « »

    Bravo Jordi Grau.
    Quant à la remontrance adressée à M.Lordon, elle me paraît bien excessive. Car si en affaire de style, les opinions se valent aisément, il en est tout autrement quand il s’agit de politique. A cet égard d’ailleurs la référence à Céline paraît bien piètre...

    On peut ne pas goûter la préciosité baroque de l’auteur - ou aussi bien en faire son miel - il reste qu’en matière de politique, sa manière est sans doute la plus profonde et la plus rigoureuse. Il est le seul, à ma connaissance, qui prenne la peine de terminer le raisonnement - afin d’en tirer les conséquences (géo)politiques les plus générales - et qui s’attache à décrire précisément les mécanismes économiques du moment de la refondation politique.

    J’attends des autres, critiques ou pas envers M.Lordon, qu’ils terminent aussi leur raisonnement ; on pourra juger alors de la différence.

  • permalien etienne :
    28 septembre 2012 @02h14   « »

    @Mister Fresh

    Ce que j’aimerais, c’est que Mr Lordon essaie maintenant d’envisager un scénario plus réaliste, qui tient compte du fait que :
    les élites actuelles "européistes" et les partis de gouvernements ("UMPS") ne se résoudront pas à l’éclatement de l’euro, jamais. C’est de l’ordre de l’idéologique, pas du rationnel.
    les systèmes électoraux sont conçus de façon à ce que les partis "eurosceptiques" tels que le Front de Gauche et le FN ne seront jamais en position de décider de proposer un référendum pour remettre en cause les traités européens.
    Le scénario de la tabula rasa me parait donc complétement irréaliste.

    Entièrement d’accord avec vous, et je crois que la majorité des lecteurs de ce blog...ainsi que F. Lordon lui-même partagent cette position. Cependant, il convient de bien mesurer l’utilité et l’apport des papiers publiés sur ce blog. Le grand mérite des positions de Lordon, depuis "Fonds de pensions...", en passant par le SLAM, la "fermeture des bourses"...est d’offrir une réflexion sur d’autres "possibles".
    Ce qui doit retenir avant tout l’attention est que l’apparente "radicalité" de ces positions ne fait que s’opposer à la radicalité bien réelle du camp d’en face - à savoir les politiques ordo-libérales servant objectivement la rente, position qui apparait clairement dans le paragraphe intitulé "Le parti des créanciers ou celui des débiteurs" - camp qui lui dispose du pouvoir effectif. Les scénarii proposés par F. Lordon sont seulement "irréalistes" dans le sens où les conditions socio-politiques de leur expression concrète sont manifestement loins d’être remplies.
    Elles sont pour autant d’une très grande utilité dans la mesure où elles sont raisonnables, en ce sens où elles le sont bien plus que les politiques effectivement imposées depuis une dizaine d’années dans l’UE et plus généralement dans un monde sous le joug de la puissance financière non limitée. F. Lordon a martelé à longueur de papiers l’intuition spinoziste de l’absence de "puissance intrinsèque d’une idée vraie". Il est donc parfaitement conscient des limites des exercices auxquels ils se livre, et pourtant il ne fait pas autre chose que de délivrer le message fondamental que l’économie est avant tout "politique", et qu’en cela il est absolument légitime d’opposer d’autres formes de rationalité à celles qui sont imposées par la doxa.

  • permalien etienne :
    28 septembre 2012 @02h27   « »

    Ce travail me semble très cohérent et logique, et bien loin d’un délire intellectuel, puisque les questions de souveraineté monétaire sont très concrètes et à portée de compréhension. L’ingénierie du défaut généralisé qu’il développe, pour "irréaliste" qu’elle soit, n’en est pas moins parfaitement accessible à l’entendement. L’histoire nous a montré que la manipulation d’idées – au sens d’une pensée libre et réflexive développant des visions alternatives de l’ordre social - à gauche, depuis le socialisme utopique à la française en passant par le marxisme et le léninisme pouvait être porteuse d’effets politiques concrets - quoiqu’on pense des applications effectives de tels projets. On a bien affaire en ce sens à une pensée "révolutionnaire", certes dépossédée temporairement des moyens politiques de sa réalisation.

    Je ne sais pas si je suis le seul à avoir fait le rapprochement sémantique, mais la multiplication des expressions comme "la question politique princeps « faire quoi ? »" ou "A la question « quoi faire ? »" révèlent une parenté troublante avec le "Que faire ?" de Lénine qui me paraît évidente, même si se pourrait bien que cela soit un impensé de la part de F. Lordon.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Que_fa...)

    On pourra toujours rétorquer que ces textes s’inscrivent dans des époques et des contextes très différents, et que Lénine s’inscrivait dans une stratégie de conquête du pouvoir. Mais, pour qui sait lire entre les lignes, en posant les questions "que faire" et surtout "avec qui", F. Lordon n’est pas si éloigné que cela des attaques vives portées par Lénine contre les "opportunistes" et les faux alliés de la Révolution.

    Car il n’aura échappé à personne que F. Lordon s’en prend clairement aux positions des « faux alliés » autoproclamés sous le vocable d’"altermondialistes" défendues en particulier par l’association ATTAC depuis un certain temps : après avoir dénoncé les positions anti-protectionnistes et naïvement internationalistes de cette institution, au nom de la défense des intérêts des travailleurs chinois ou des PED, il s’en prend à nouveau aux positions d’une "gauche de droite", qui semble ajourner en permanence la question de la transformation sociale.

  • permalien etienne :
    28 septembre 2012 @02h29   « »

    Ce passage est particulièrement éclairant :

    Il y a aussi que la politique se fait avec les ressources qu’elle a sous la main. La ressource première du soulèvement transformateur, c’est la colère. Qui est en colère ? Qui descend dans la rue ? Qui exprime à une échelle significative le refus de l’ordre néolibéral ? Pas les Allemands. Pas encore objectera la thèse d’Attac. Sans doute, mais l’objection va finir par ressembler étrangement aux éternelles promesses de la gauche de droite : « il faut voter (respectivement attendre) pour faire progresser l’Europe malgré tout et avoir l’Europe sociale plus tard (respectivement pour faire mûrir la prise de conscience allemande… et avoir l’Europe sociale plus tard), appels à la patience qui, si politiquement opposés soient-ils, ne sont simplement plus tenables.

    Personnellement, je ne vois absolument aucune différence avec ce qu’on peut lire sur la fiche wiki à propos de "Que faire" de Lénine :
    "Lénine rappelle une des bases de la stratégie révolutionnaire marxiste : l’étude théorique. Il expose ensuite ses divergences avec les économistes (représentés par les journaux Rabotchaïa Mysl et Rabotchéïé Diélo), un courant politique qui réduit l’action politique prolétarienne à la seule lutte économique, c’est-à-dire les revendications concernant les salaires et les conditions de travail. La révolution est repoussée à très long terme. Pour Lénine, au contraire, il faut lutter de manière organisée pour le renversement de la bourgeoisie."

    Je n’ai rien de personnel contre ATTAC, ni ne cherche en rien à "léniniser" les propos de F. Lordon à ses dépens, mais le caractère "révolutionnaire" de ses écrits depuis plusieurs années ne souffre à mon avis d’aucune contestation.
    Le paradoxe de ces idées "révolutionnaires" est qu’elles rendent compte à la fois d’un monde apparemment inaccessible compte tenu des conditions socio-politiques et institutionnelles immédiates, et à la fois extrêmement proche et tangible dans des conditions troublées que vivent concrètement les populations des pays d’Europe du Sud les plus touchées par les attaques néolibérales. C’est toute la question du "réalisme" politique qui est posée ici, argument éternellement posé comme justification des freins irrémédiables s’opposant à toute transformation sociale : ce qui paraît "irréaliste" aujourd’hui peut facilement basculer dans la catégorie de ce qui est "nécessaire", au sens logique et historique.

  • permalien Jabberwok :
    28 septembre 2012 @04h13   « »
    La diplomatie de la dissuasion

    Ce qui intrique dans ce type de traité, c’est que de l’absence de choix dans le traité lui-même il découle que le seul choix sera, en cas de non-conformité, de sortir du traité.
    Or, on l’a vu et on le voit régulièrement, les auteurs de ce traité ne souhaitent rien moins que le départ des signataires.

    C’est donc un traité de dissuasion financière, comme d’autres font de la dissuasion nucléaire : on suppose que chacun comprendra son propre intérêt et saura rester dans la zone de fonctionnement linéaire : se conformer aux règles, ou alors se conformer aux sanctions, mais dans tous les cas se conformer.

    Or, on l’a vu et on le voit régulièrement, la dissuasion postule une prise de risque limitée de toutes les parties, et en tout cas un refus du suicide, hypothèse malheureusement de moins en moins solide tant au plan militaire qu’au plan économique, voire malheureusement aussi au plan environnemental (et sur ce dernier point le risque suicidaire est d’ailleurs sans doute autant global qu’unanime).

    L’idée que les institutions démocratiques - variées - des signataires de ce traité assureront qu’aucun mouvement d’humeur n’en fera sortir un de la zone linéaire (la conformité aux règles ou aux sanctions) pour entrer dans la zone de turbulence (le refus de conformité menant à l’exclusion voulue ou pas) est un acte de foi financier(e) qui ne peut être partagée qu’entre les auteurs du document et quelques zélotes qui pensent qu’hors du texte point de salut.

    Ce genre de texte émane en toute régularité de sérails qui vivent autant de la complexité de leur application que de petits détails corporatistes bien cachés.

    Par exemple, dans le traité pour une constitution européenne, voté NON en 2005, se cachait en page 113 une liste de petits privilèges fiscaux pour les fonctionnaires européens, petits privilèges tous prêts à être gravés dans le marbre constitutionnel alors même que le texte en question - refusé au référendum - oubliait des critères ou des outils de gouvernance dont l’absence s’est cruellement faite sentir à peine trois ans plus tard.
    Mais au moins, le fonctionnaire européen savait où, quand, et comment vendre ses biens automobiles ou immobiliers. Ça paraissait essentiel.

    Je ne serais pas surpris que ce traité cache aussi, en plus des perles relevées par F. Lordon, ce genre de détails corporatistes.

  • permalien Jordi Grau :
    28 septembre 2012 @09h48   « »

    A Anton

    Votre commentaire me fait penser à un article du Monde analysé par l’association Acrimed.

    Il suscite chez moi plusieurs interrogations :

    1. Quelles sont vos sources en ce qui concerne la situation catastrophique de l’Argentine ?

    2. Que peut-il y avoir de pire que la situation de l’Argentine il y a 12 ans, quand le pays était écrasé sous une dette impayable et que la moitié de la population a sombré dans la pauvreté ou la misère ?

    3. Peut-on nier que les mesures décidées par Nestor Kirchner ont eu des conséquences très positives pendant plusieurs années (diminution importante du chômage, reprise de l’activité économique) ?

    4. La détérioration actuelle de la situation économique vient-elle de ce que l’Argentine a fait défaut en 2001 ? La situation ne serait-elle pas bien pire si elle avait trouvé une autre solution ?

  • permalien jérémy :
    28 septembre 2012 @11h38   « »
    Un grand classique : Argentine versus FMI...

    Pourtant savoureux, le crochet envoyé par Cristina Kirchner (présidente de la l’Argentine) à Christine Lagarde (présidente du FMI) n’a pas suscité beaucoup d’intérêt dans les médias français.

    Mme Lagarde, qui se rêve probablement en arbitre d’une économie libre et non faussée, s’en est pris le 24 septembre à l’institut de statistiques de l’Argentine. Et, oubliant un peu la souveraineté du pays latino-américain, elle s’est permise de le menacer d’un « carton rouge ». En retour, Mme Kirchner, durant son discours devant l’Assemblé Générale de l’ONU, a d’abord contesté l’image footballistique : « Mon pays n’est pas une équipe de football ». Puis, elle a renvoyé la balle dans la lucarne : « Le rôle du président de la FIFA a été bien plus satisfaisant que celui de la tête du Fond Monétaire International ». Par la suite, elle est revenue sur la désastreuse gestion de l’organisme international.

    Il va de soi que la présidente de la République argentine n’avait aucune intention de faire un éloge de la FIFA –notoirement corrompue à rougir un ministre de Berlusconi ; il n’est que rappeler que le Mondial de 2022 aura lieu au Qatar. Il s’agit bien de signaler que, quand bien même la FIFA reste une des institutions les plus véreuses du monde, elle n’a encore jamais failli à organiser les tournois sportifs. En revanche, le FMI a manqué à tous ses objectifs déclarés, en étant bien moins un arbitre et régulateur de l’économie mondiale qu’un programmateur et promoteur du chaos économique dans lequel le monde s’est enlisé. De sorte que, à tout prendre, on préfère les corrompus de la FIFA que leurs cousins du FMI.

    Il est d’ailleurs peut-être inutile de souligner que, pour timbrés que soient les footeux, leur folie est infiniment moins dangereuse que celle des économistes.

    Post publié sur http://jeremyrubenstein.wordpress.com/

  • permalien
    28 septembre 2012 @11h49   « »
    J. Richman

    A Jordi Grau

    Je ne pense pas que les idées de F. Lordon soient "idiotes", "intéressantes"ou "étranges". Je crois plutôt qu’il se fourvoie en jouant à saute-mouton avec les symptômes, ceux du néolibéralisme : qu’il s’agisse de son dernier avatar-le TSCG- ou de la bourse.

    Ratiociner à qui mieux mieux sur "l’écoeurante bouillie" du TSCG ? Nous inviter à regarder par le trou de la serrure réthorique afin d’y débusquer "les perles"de perversité ?
    Puis remettre le couvert à la prochaine occasion où se manifestera un nouveau symptôme ? Et de ci de là, glisser quelques rustiques, comme supprimer la bourse.

    Oui le néolibéralisme est un crime contre l’humanité, oui la langue est un instrument de dominination, oui l’intelligence humaine est encore une fois mise au service une monstreuse entreprise d’aliénation.

    Oui tout ça est effarant.

    Mais je ne vois pas bien à quoi nous mènent ces effarements successifs auxquels nous convie Frédéric Lordon.

    Sauf à admettre que F. Lordon nous invite participer à une partouze sémantique et que certain(e)s peuvent y prendre leur pied.

    A part ça ?...

  • permalien
    28 septembre 2012 @13h49   « »

    à lire un peu saoul en écoutant du rock genre "pneu", morceaux "batatanana", ça donne envie de tout foutre en l’air !

  • permalien Jordi Grau :
    28 septembre 2012 @15h07   « »

    A Richman

    Si vous êtes déjà convaincu du caractère effarant de tout cela, tant mieux pour vous. Malheureusement, ce n’est pas forcément le cas de tout le monde, notamment parce que les politiciens et les médias dominants intoxiquent les gens avec leur propagande. L’un des intérêts principaux des articles de F. Lordon est d’y voir plus clair dans tout cela et de fournir des arguments à ceux qui sont horrifiés par le système économique actuel sans forcément être en mesure d’expliquer pourquoi. Quant aux mesures proposées par F. Lordon, c’est un vaste débat. Peut-être que ce ne sont que des rustines... De toute façon, il serait probablement vain - et, en tout cas, antidémocratique - de proposer un programme complet pour passer à un autre système.

  • permalien sdz :
    28 septembre 2012 @15h35   « »

    En sortir :
    - l’austérité pour préserver la rente (des néo-impérialistes)
    - le défaut (avec nombre de conséquences lourdes sur la scène internationale, un point éludé ici)

    Le fait est que cette position est tellement marquée dans son caractère binaire, orientée sur un plan idéologique, qu’elle ferme la porte à toute alternative. Insister aujourd’hui sur la question du volume de la dette publique dans un cadre institutionnel européen vérolé, autant préserver franchement son influx nerveux et s’intéresser aux fondamentaux du programme de l’IRC : une véritable troisième voie !

    http://www.la-France-contre-la-cris...

  • permalien Anton :
    28 septembre 2012 @17h10   « »
    A Jordi Grau

    1. La presse qui parle de la situation économique argentine.

    2. Que peut-il y avoir de pire que la situation de l’Argentine il y a 12 ans ? La situation du Zimbabwe ? le manque structurel de développement ?

    3. On ne peut nier que les mesures de Kirchner ont eu des effets bénéfiques à court terme et que l’Argentine a bénéficié du conjoncture favorable pour exporter ses matières premières. Qu’a fait Kirchner durant cette période favorable ?

    4. Difficile de dire ce qu’aurait été la situation avec des "si". Néanmoins les repas gratuits n’existent pas, faire défaut puis repartir comme si de rien n’était, en pensant qu’il n’y aurait pas de conséquences, c’était un peu naïf.
    C’est pourtant ce que nous ont vendu les promoteurs de la solution argentine...

  • permalien Bernardo García :
    28 septembre 2012 @19h04   « »

    Le libre commerce international est le grand responsable. Le deficits commerciaux doivent etre remplis par dettes financieres. Donc le Etats sont y engagés. L’Alemagne est le second pays dans le monde par le volume de superavit commercial. La Grece, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la France toujours en deficit commercial. Il faut de sourveillances ou de control flexible des liquidités dans la Balance commercial, d’abord.

  • permalien Romain Kroës :
    28 septembre 2012 @19h25   « »

    Bien sûr, à terme, il faudra modifier ou abolir les traités européens et sortir de l’euro, afin de pouvoir opposer la dévaluation compétitive à la compétitivité par le "coût du travail". L’idée de passer par les établissements publcs de crédit pour récupérer la dette (en leur attribuant le titre de "spécialistes en bons du trésor" au même titre que les établissements privés ainsi sélectionnés) est cependant une idée intéressante, car elle permet d’agir dans l’urgence sans attendre la refonte des traités, puisque le protocole régissant le réseau des BC l’autorise. Mais il y faut évidemment une volonté politique au sommet des Etats. C’est pourquoi le "chaos" est en effet le plus probable.
    RK

  • permalien RST :
    28 septembre 2012 @20h57   « »
    Message à etienne

    @ etienne

    Je me permettrai de reprendre votre excellent commentaire en 3 parties pour en faire un texte sur mon blog très bientôt

    Bien à vous

    eco(dé)mystificateur

  • permalien Jean-Marie :
    28 septembre 2012 @21h55   « »
    Et si l’on commencait par remplacer François Langlet

    Bonjour,

    ne pourriez vous pas prendre la place de François Langlet au journal TV de France 2 ?

    Cet oiseau distille a chaque intervention la meme histoire , c’est la crise (au dela de quelques semaines ce n’est plus une crise c’est une revolution) et malheureusement c’est aux peuples de payer car les fautifs ne peuvent pas , vous comprenez les pauvres banques multinationales etc... elles ne peuvent pas payer elles sont tellement pressées par les taxes et impots ... et bla bla bla .

  • permalien Sylvain :
    28 septembre 2012 @22h48   « »

    Affiche rouge pour dimanche... elle est belle hein ?

    Elle était belle comme la révolte. Nous l’avions dans les yeux, Dans les bras dans nos futals. Elle s’appelait l’imagination.

  • permalien Malin (pas vaud) :
    28 septembre 2012 @22h53   « »

    Mr Lordon,

    Merci pour vos articles (et vos livres) toujours aussi intéressant.

    En revanche je voulais savoir pourquoi personne, y compris vous, ne met en avant la plus restrictive des règles comprise dans le TSCG : la règle de réduction d’1/20e par an lorsque la dette rapporté au PIB dépasse les 60%. En effet, les seuls à avoir, dans un seul billet et sans que cela soit de nouveau mentionner, pointés son caractère encore plus restrictif que la règle d’or est l’OFCE
    http://www.ofce.sciences-po.fr/blog...

     ????
    en espérant un réponse à cette intrigue, je vous remercie

  • permalien Merl mokeur :
    29 septembre 2012 @00h36   « »

    Maastricht et la Monnaie unique , c’est l’Europe de plus en plus inique entre les classes sociales et les pays.

    Ph.Murer http://www.marianne2.fr/Pourquoi-la...

    Gael Giraud, économiste chrétien prône lui aussi l’euro commun
    http://www.alternatives-economiques...

    Bruno Moschetto décrit la transition possible vers l’euro commun
    http://www.mrc-france.org/Du-mythe-...
    Les vrais Européens veulent l’euro commun, condition nécessaire mais non suffisante de la création nette d’emplois demain.

  • permalien Politproductions.com :
    29 septembre 2012 @00h55   « »

    Papier très intéressant de F. Lordon, mais au fond décevant. La solution proposée, sympathique, est-elle bien une sortie possible ? Le capital financier, en dépit de son omniprésence, et de l’obnubilation qu’elle produit, n’a pas l’omnipotence qu’on lui prête.

    (Re)lire le ch. XXXI de la section 8 du Livre I du Capital  :

    « La grande part qui revient à la dette publique et au système de fiscalité correspondant, dans la capitalisation de la richesse et l’expropriation des masses, a induit une foule d’écrivains, tels que William Cobbett, Doubleday et autres, à y chercher à tort la cause première de la misère des peuples modernes. »

    Et « pour apprécier la novlangue à sa juste valeur » voir l’article 9 du TSTGC cité par niamreg :

    « ... Les états s’y engagent à mener une politique qui "favorise la compétitivité" (comprendre baisse des salaires et des impôts) en "défendant l’emploi" (comprendre destruction du code du travail et de ses "rigidités" comme le salaire minimum et le CDI). »

    Cf. aussi le 2e « Rappel » qui précède et motive les dispositions du Traité :

    « RAPPELANT également l’adoption par les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de la zone euro et d’autres États membres de l’Union européenne, le 25 mars 2011, du pacte pour l’euro plus, qui recense les questions essentielles à la promotion de la compétitivité dans la zone euro ».

    La promotion de la compétitivité est un objectif « essentiel » du traité. Cette promotion, qui vise à la conquête des parts de marchés et en dernier ressort à l’accroissement de la plus-value, passe par l’abaissement du coût du travail, objectif lui aussi essentiel et obsessionnel du capital aujourd’hui et hier. Les modalités de cet abaissement sont diverses, mais les plus primitives et les plus fondamentales sont bien entendu l’abaissement des salaires et l’allongement de la durée du travail. Absolument ou relativement. Aujourd’hui absolument.

    Voilà le cheval de bataille du capital aujourd’hui. Le remboursement de la dette n’est qu’un prétexte. La finance est secondaire. Pourquoi la solution ne peut venir d’elle, ni par le défaut ni autrement. C’est sur le terrain de la production qu’il faut reprendre la main, localement et mondialement – il n’y a pas là l’ombre d’un dilemme ni d’une alternative.

    Je serais donc d’accord avec Colporteur : la dette est « une manière de conduire nos conduites » (vers un retour à l’exploitation du travail d’avant 1848), d’accord aussi avec Jean-Michel Masson sur la ligne Maginot et le recouvrement des vrais problèmes du libéral-totalitarisme (le découvrement de ce dernier, quant à lui, est proche, pourquoi Le Pen fourbit ses armes et peut – est autorisé(e) à – monter vers le pouvoir par tous les canaux médiatiques).

  • permalien Jabberwok :
    29 septembre 2012 @02h29   « »

    Ce genre de texte émane en toute régularité de sérails qui vivent autant de la complexité de leur application que de petits détails corporatistes bien cachés.

    Par exemple, dans le traité pour une constitution européenne, voté NON en 2005, se cachait en page 113 une liste de petits privilèges fiscaux pour les fonctionnaires européens, petits privilèges tous prêts à être gravés dans le marbre constitutionnel alors même que le texte en question - refusé au référendum - oubliait des critères ou des outils de gouvernance dont l’absence s’est cruellement faite sentir à peine trois ans plus tard.
    Mais au moins, le fonctionnaire européen savait où, quand, et comment vendre ses biens automobiles ou immobiliers. Ça paraissait essentiel.

    Je ne serais pas surpris que ce traité cache aussi, en plus des perles relevées par F. Lordon, ce genre de détails corporatistes.

  • permalien tlrm :
    29 septembre 2012 @11h37   « »

    La procédure de "dénonciation" existe depuis bien longtemps dans le droit de l’Union européenne avec le recours en manquement ouvert aussi bien à la Commission qu’aux États membres. Je ferai simplement remarquer que jamais un État membre ne l’a utilisé afin de respecter les sensibilités de ses voisins. Rien de nouveau donc. Arrêtons de vilipender l’Europe et commençons d’abord à apprendre comment elle fonctionne.
    Quant au déficit démocratique de l’Union, regardons nous un instant avant de rejeter la faute sur Bruxelles : combien de médias ont traité du discours sur l’état de l’Union prononcé par Barroso à la rentrée ? Et que dire de nos politiques qui fustigent Bruxelles alors que ce sont nos gouvernements qui signent les actes législatifs au Conseil ? L’Union fait des efforts depuis des années pour se rapprocher des citoyens (initiative européenne, prise en compte des élections au parlement européen dans la désignation des commissaires etc.). Cette hypocrisie ambiante ne peut que nuire, aussi bien à elle qu’à nous tous. Je le répète : commençons par apprendre ce qu’est l’Union avant de l’incendier.

  • permalien Coma81 :
    29 septembre 2012 @12h34   « »

    Bonjour Monsieur Lordon,

    Il y a dans votre texte une phrase qui prête à confusion.

    "Enoncée très généralement, la question est donc la suivante : qui, des dix-sept, serait prêt à prendre la bifurcation du défaut ? Et pour ne pas tourner cent sept ans autour du pot on va nommer carrément le nœud du problème : c’est l’Allemagne."

    A la lecture, on peut faire un contresens.

  • permalien bikonpiere :
    29 septembre 2012 @16h11   « »
    question sur ce traité à qui veut bien répondre

    Ceci n’est pas un commentaire mais une question !! Je vois que la date du traité est du 2 mars 2012. Hors je pensais qu’Hollande avait renégocié ce traité. Qu’en est-il exactement ? Et s’il a été renégocié quels sont les paragraphes qui ont été amendés ? Merci par avance de votre réponse.

  • permalien Douky :
    29 septembre 2012 @17h07   « »
    Excellent !

    Merci Frederick Lordon pour ce texte clair, incisif, intelligent et rempli d’informations et aussi avec beaucoup d’humour et de combat. J’ai beaucoup apprécié le lien fait avec le surendettement des particuliers et le créanciers vampires institutionnels et particuliers.

  • permalien Luison :
    29 septembre 2012 @18h02   « »

    Merci, Monsieur Lordon. Votre exposé très clair décrit très bien le mécanisme de sortie de la dette. Il faut d’ailleurs noter que le principal reproche que l’on peut faire au gouvernement est de s’être abstenu de commander l’audit qui en aurait été le premier outil. Le deuxième étant de se dissimuler lâchement derrière l’avis d’un Conseil constitutionnel complètement discrédité pour renier son engagement d’être à l’écoute de la population. Et de se préparer à adopter ce maudit traité avec l’aide de la droite dont un représentant en fut l’auteur. Alors, quand on nous dit qu’il faudra attendre deux ans pour espérer voir s’améliorer la situation de l’emploi, (et quel emploi ! en carton !), on s’étonne que nos dirigeants s’étonnent qu’on leur réponde que c’est inacceptable. Monsieur Ayrault peut retourner dormir et s’il a du mal, il n’a qu’à compter les moutons.
    Votre analyse tient la route y compris sur le plan politique.
    Oui l’initiative nationale s’impose. Mais pour cela, il faut qu’une catégorie cruciale de la population sorte de sa léthargie morale pour qu’une mobilisation efficace puisse faire "bouger les lignes", j’ai nommé la classe moyenne, ou les classes moyennes, si l’on préfère. Ce sont ces classes qui s’accommodent fort bien de la précarisation et de l’exclusion d’une part toujours croissante de la population. Elles peuvent toujours invoquer leurs angoisses pour leur statut, mais toujours est-il qu’elles ne veulent absolument rien connaître de l’étendue du désastre. On ne s’étonne pas que la droite, par la voix de Wauquiez, courageux petit prédateur catho qui s’en était courageusement pris au "cancer de l’assistanat", se soit fait l’avocat de ces catégories de la populations, à protéger de ces miséreux paresseux qui les parasitent. Ce sont ces gens là qu’il s’agit de mobiliser, et ce n’est pas gagné. Il faut dire que le lavage de cerveau dure depuis longtemps. J’en vois le démarrage, il y a 40 ans, dans la pompeuse proclamation de "société libérale avancée" par Giscard, le même que l’on retrouve aux manettes du Traité constitutionnel, et que revoilà, tel le mistigri, au Conseil constitutionnel ! Cette conception visait à faire des citoyens des consommateurs aussi autonomes, (et accessoirement solidaires), que des projectiles. Pour faire bon poids, il faut dire que les années Mitterrand n’ont pas été mal non plus avec l’euphorie boursière, le culte des "gagneurs", (on s’abstiendra de parler de "gagneuses", ça fait mauvais genre), et Tapie en gourou à pigeons, et même en ministre !
    Comment mobilise-t-on tous ces accros à la consommation et à la frime ? That is the question.

  • permalien Jordi Grau :
    29 septembre 2012 @18h06   « »

    A bikonpierre

    A ma connaissance, François Hollande n’a pas renégocié une ligne du Pacte budgétaire. Il a seulement exigé l’ajout d’un "Pacte de croissance", censé corriger l’austérité induite par le reste du Traité (et en particulier par la fameuse "Règle d’or"). Encore faut-il préciser que ce "Pacte pour la croissance" est lui-même insignifiant, et nettement en retrait par rapport à ce que F. Hollande proposait. Cf. à ce sujet cette tribune de Coutrot (Attac) et Khalfa (Fondation Copernic) parue fin juin dans le Monde.

  • permalien Jordi Grau :
    29 septembre 2012 @19h01   « »

    A Anton

    En allant sur la version anglaise de l’article de Wikipedia sur Nestor Kirchner, j’ai trouvé la référence de cet article, écrit par deux universitaires états-uniens (Harvard et Columbia).

    Support for Kirchner was also rooted in public policies. Within the parameters of an export-led model and conservative fiscal policy, the Kirchner government pursued several heterodox policies that generated broad support. For one, Kirchner’s hard-line position in debt renegotiations following Argentina’s 2001 default resulted in the largest debt “haircut” in history (a debt swap worth about 30 percent of the defaulted debt)—an outcome that both won public support and eased the fiscal situation. Second, Kirchner reversed a decade-long pattern of wage-depressing policies by encouraging unions’ collective bargaining and pushing through a series of minimum-wage increases.1 These policies— along with tight labor markets—brought a 70 percent increase in real wages. Kirchner also pushed through a social-security reform that extended access to unemployed and informal-sector workers, thereby bringing more than a million new people into the system. Investment in public works increased more than fivefold under Kirchner, producing a major expansion in housing and infrastructure, while funding for public education and scientific research rose considerably. Overall, public expenditure expanded by more than 30 percent in 2007—a massive election-year increase.

    On ne peut pas dire que Kirchner se soit tourné les pouces. L’argent qu’il a obtenu en renégociant à la baisse la dette publique, il l’a utilisé pour des programmes sociaux et pour investir dans l’éducation et la recherche. Si l’Argentine n’avait pas fait défaut, que se serait-il passé ? La situation d’aujourd’hui ne serait-elle pas bien pire que celle d’aujourd’hui ?

    A ce propos, j’ai fait quelques recherches concernant la situation économique actuelle en Argentine. Je n’ai pas trouvé grand-chose, malheureusement, à part que le FMI accuse Cristina Kirchner de truquer les chiffres de l’inflation. J’avoue que je ne suis pas économiste, mais j’aimerais savoir si, en admettant que les chiffres du FMI soient les bons (25 %), le taux d’inflation actuel est vraiment catastrophique pour l’économie argentine. Il faudrait voir le reste des indicateurs (par exemple, le taux de croissance des salaires).

  • permalien Coma81 :
    29 septembre 2012 @19h13   « »

    Interlude publicitaire :

    Vous avez la flemme de lire les articles interminables de Frédéric Lordon ?

    Heureusement, coma81 est là pour vous !

    Voici le best of frédéric Lordon.

    http://et-pendant-ce-temps-la.eklab...

    En attendant le pin’s et la panoplie d’Artagnan ... (peut-être pour noel ) ?

  • permalien Coma81 :
    29 septembre 2012 @20h43   « »
    Tour d’horizon du débat sur l’euro

    Tant que j’y suis :

    La stratégie austéritaire adoptée depuis 3 ans par le couple Merkozy consiste à combiner mutualisation rampante des dettes et purges budgétaires au prétexte de rassurer ainsi les marchés. Les plans sauvetages, présentés comme des éléments de solidarité arrachés à chancelière allemande viennent en réalité à sauver le système bancaire européen. Dans cette vision allemande de l’Europe, les appels au "fédéralisme", doivent être compris comme la mise en place de traités cadres contraignants les politiques nationales. Si l’intervention a minima de la BCE permet de maintenir en vie l’eurosystème, en revanche, le constat unanime est que l’économie s’enfonce irrémédiablement dans un cycle vicieux dépressionniste. A gauche comme à droite, beaucoup pressent les pays du nord de changer rapidement de stratégie.

    Une première option, défendue par les keynésiens représentés par le gouvernenement socialiste en France, reviendrait à prolonger le compromis néolibéral antérieur, par "une politique de croissance européenne". Une solidarité financière plus forte entre Etats membres, à travers par exemple un rôle accrue de la BCE (ou encore la mise en place d’une union bancaire, l’activation du MES, les eurobonds...) permettrait de dessérer la contrainte financière sur les Etats et de remettre à plus tard la réduction de la dette. Cette stratégie serait le fruit d’un double compromis extrêmement instable : entre pays du nord et pays du Sud à propos du niveau de transfert financier, et entre classes sociales concernant le seuil du chômage socialement acceptable. Cette voie est considérée comme celle menant à terme vers l’Europe fédérale, synonyme d’union de transfert. A ce stade, les institutions sont supposées garantir développement économique optimale et plein emploi.

    Mais face au refus prévisible des pays du Nord de payer pour ceux du Sud, une seconde option, défendue par une alliance étonnante entre des économistes libéraux et une gauche plus radicale, serait d’enfin affronter le pouvoir de la finance. La dette ayant atteint des niveaux insupportables, il faut sanctionner les prêteurs irresponsables et libérer l’économie européenne de ce fardeau, par l’annulation partielle des dettes souveraines.

    Enfin, le dernier cas de figure, envisagé un nombre de plus en plus grand d’économistes, est la désintégration de l’euro. Certains la souhaitent et demandent la dissolution ordonnée de la zone, d’autres la redoutent tout en constatant que l’austérité et l’indécision de nos dirigeants quant à l’avenir de la zone, y mènent tout droit.

    http://et-pendant-ce-temps-la.eklab...

  • permalien Coma81 :
    29 septembre 2012 @22h05   « »
    A Etienne

    Excellents commentaires.

    On aimerait en savoir plus sur vous.

    Le rapprochement avec Lénine me semble pertinent. En effet, il y a clairement une stratégie de rupture réaliste, d’autant plus qu’elle est bcp moins radicale que celle Lénine à telle point que Fréféric Lordon, comme nous tous, pourrait être qualifié de "réformiste". Rupture donc, plus que révolution.

    Reste que le défaut est le même qu’en ce qui concerne Lénine. Comme vous le souligniez, il faudrait plus de finesse dans l’analyse des forces sociales en présence. A mon avis la conclusion serait que l’hypothèse la plus probable n’est pas le scenario de la tabula rasa, tout au moins dans le court terme.

    Lénine n’est avait cure puisque son action ne se situait pas dans un contexte démocratique - tout du moins ou la police n’avait pas l’autorisation de tuer.

    Mais nous devons nous savoir quels seront les chemins du retournement afin de savoir quel discours politique produire afin d’être majoritaire au sein de la population.

    Rien n’empêche d’être radical dans l’analyse et très mesuré dans le programme. Cela conduirait à tourner le dos aux discours fédéralistes idéalistes et à s’engager dans une lutte de longue haleine pied à pied avec l’eurolibéralisme. Toutes les solutions d’optimalité de second rang doivent être envisagées, en faisant l’effort à chaque fois de faire la différence entre les réformes aggravent la situation (bce récemment) et celles qui peuvent être bénéfiques (défauts partiels), avec en point de mire la sortie de l’euro.

  • permalien CMP :
    29 septembre 2012 @23h42   « »

    je suis d’accord avec le commentaire de politproduction.com, l’épuration de la dette n’est qu’un prétexte. le caractère procyclique et récessionniste des mesures en sont la preuve la plus patente. C’est bien la contraction des salaires qui est visée, mais également la mise en place d’un dispositif automatique de privatisation des services publiques (objectifs OCDE et commission). En réalité ce traité ne peut produire ses effets que si les dettes augmentent (caractère procyclique) et ne sert qu’à contraindre les Etats à engager des réformes structurelles. Ils sentent sans doute que la crise à tellement remit en cause l’ordo-libéralisme dans l’opinion qu’ils tentent le coup de force supranational au travers de l’UE. L’époque va devenir intéressante car ils n’ont pas encore réussit leur coup, c’est lorsqu’on verra le degré de résistance face à la privatisation des écoles, des universités, de l’Hôpital publique etc. que l’on saura si la multitude s’est mangé suffisamment d’affects négatif...

  • permalien Pierre :
    30 septembre 2012 @04h19   « »

    Bravo !
    Quel "Spectacle" ! ...... Avenir

    Solutions civiles, donc, chez les civiles blogueurs : Le bâillon éventuel, mais pas les baïonnettes pour nous sortir.
    Civilement responsable. Normaux "normals" en phase de normalisation morne.
    L’économie hors sol a décidément peu de commun avec l’économie de guerre du champs de bataille mondialisé si ce n’est son côté "arme de destruction massive"..... Mais de salon.
    Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et Joseph Fouché discutaient doctement en soupant alors qu’on s’écharpait dehors. C’était passionnant et éclairé.

    La sous préfecture Europe est en guerre, que dis-je, officiellement en croisade !
    Depuis 91 en Yougoslavie, pour mémoire, "professeur" Lordon. Un bilan humain pour cette première équipée compris entre 200 et 300 000 morts, s’accompagnant d’un million de personnes déplacées en plein coeur de l’Europe du Conseil européen de Maastricht, de décembre 1991,
    Nous connaissons la suite des aventure de l’OTAN en emporte les tempêtes du désert.
    Et maintenant le budget de la grande muette "externalise" la production de "Flanby en Syrie"........ Même là, on dégraisse en silence .... et sans grèves ! Quatre usines Peugeots en cinq ans.
    Un mercenaire en Somalie ou en Afghanistan : entre 250 $ par mois et 1.000 $ par jour, selon compétence et nationalité. Nos coloniaux pourront donc se recaser sans difficultés dans le "privé"...
    Un sondage assure que plus de soixante % de nos officiers seraient tentés par la Marine.
    La Le Pen, pas la nationale.....
    Pinochet, c’était aussi les Chicago boys en cadeau au fond du couffin !

    Tant que les aimables civiles pourrons penser se payer des chiens de guerre chez Black Bidule financé par Black Machin, nous parlerons économie du sport et nerf de la guerre des écureuils-populaires. Parce que "nous n’avons pas encore tout à fait peur des mots" et que "Nous le valons bien".
    En ce moment le PSG Quatar "atomise" ses adversaires m’informe-t-on à la messe du vingt-heures.......
    La Finance n’est malheureusement qu’une arme silencieuse parmi tant d’autres.

    Merci à vous "professeur" pour votre verbe dissonant qui est, malgré vos "oublis", si rare. Mais je préférerai suivre, vous l’aurez compris, un économiste plus "guerrier" qu’un guerrier "économiste".

  • permalien A-J Holbecq :
    30 septembre 2012 @15h07   « »

    Bravo Frédéric, un article comme je les aime...

    Néanmoins je lis " De cet énorme stock de dette, il va bien falloir se débarrasser. Or la chose ne peut se faire que selon deux options : soit en préservant les droits des créanciers – l’austérité jusqu’à l’acquittement du dernier sou –, soit en allégeant le fardeau des débiteurs – par l’inflation ou le défaut."

    Pour alléger le fardeau des débiteurs (nous), encore que je suis bien certain qu’aucun État ne remboursera jamais le stock de sa dette, je voudrais suggérer une option intermédiaire entre l’inflation et le défaut.
    Pourquoi, en considérant que certains détenteurs de la dette publique ne sont pas de riches rentiers mais des petits titulaires de contrats d’assurance-vie ou des retraités qui, ma foi, n’ont guère de pouvoir sur les gestionnaires des fonds de pension qui les ont mis dans cette m....e, ne pas leur proposer de se pointer auprès de leur centre des impôts avec les titres de propriété nécessaires (qui leur seront fournis par les gestionnaires de ces fonds) CDI qui leur garantira non pas le remboursement mais seulement les intérêts jusqu’à la fin de leurs jours , sans possibilité évidemment de les transmettre y compris par succession ?

    Bon, ce n’était juste qu’une idée...

  • permalien Lalle :
    30 septembre 2012 @19h48   « »

    je reprend la question de Malin qui n’a toujours pas eu de réponse : je m’étais fait la même remarque :

    Mr Lordon,

    Merci pour vos articles (et vos livres) toujours aussi intéressant.

    En revanche je voulais savoir pourquoi personne, y compris vous, ne met en avant la plus restrictive des règles comprise dans le TSCG : la règle de réduction d’1/20e par an lorsque la dette rapporté au PIB dépasse les 60%. En effet, les seuls à avoir, dans un seul billet et sans que cela soit de nouveau mentionner, pointés son caractère encore plus restrictif que la règle d’or est l’OFCE
    http://www.ofce.sciences-po.fr/blog...

     ????
    en espérant un réponse à cette intrigue, je vous remercie

  • permalien philippulus :
    30 septembre 2012 @19h58   « »
    En sortir, pour aller où

    Il y a une autre dette qui ne cesse de s’accumuler et qui va finir par poser d’insolubles problèmes de remboursement. Il me semble même que l’on parlait il y a quelques temps d’"une crise écologique sans précédent".
    Quel est le rapport avec le sujet ? Visiblement aucun, puisque nulle part, personne ne fait de lien entre ce qui a été délibérément construit, "la crise de la dette", et une situation planétaire objective très préoccupante.
    Pourtant quand on est un peu paranoïaque, on arrive assez facilement à voir un rapport direct entre la mise en oeuvre du joug de la dette (financière) et le fait que la petite fiesta un chouïa destructrice de la croissance économique (capitaliste ou non) a forcément un terme.
    Comment donc, se demandent les puissants, les dominants, les ce que vous voulez, annoncer que le fête est finie et que les choses sérieuses, à savoir qui va s’en sortir [comprendre survivre] et comment, vont commencer ?
    On va déjà fabriquer une dette irremboursable et on va voir ce que ça donne...

  • permalien th M :
    30 septembre 2012 @22h21   « »
    sortir de...

    La crise économique et sa gravité fait oublier l’autre crise...

    http://www.lemonde.fr/culture/artic...

  • permalien Antoine Pitrou :
    30 septembre 2012 @22h27   « »

    Certes, voici donc la tactique à appliquer lors de l’instant politique crucial (celui du défaut).

    Par contre je me sens obligé de mentionner qu’il manque la stratégie pour pousser à l’accomplissement de cet instant : la revendication d’un défaut n’est portée à ma connaissance par aucun parti politique non-confidentiel. Sachant que l’idée du défaut ne sonne pas très bien aux oreilles d’un peuple acquis en majorité à la doctrine de « gestion en bon père de famille » (celle-là même qui pousse à être propriétaire immobilier, par exemple :-)) : disons qu’AMHA il y aura de fortes réticences psychologiques, vécues sur le mode de l’absence de morale et de la porte-ouverte-à-tous-les-abus. Et pas seulement dans les classes supérieures eurolâtres.

    Enfin bref, j’ai peur d’être un peu sceptique et de ne lire ici qu’un séduisant exercice de politique-fiction.

  • permalien Anastase T :
    1er octobre 2012 @00h30   « »

    En ce qui concerne le ("grand") retournement, ou le "changement d’époque", il est probable qu’il se fasse de lui-même. On se donne volontiers l’illusion de piloter la nécessité historique.

    Ce qui compte en termes de stratégie, c’est aussi et surtout de disposer de l’arsenal théorique suffisant en cas de crise politique conséquente, laquelle ne manquera pas d’arriver. L’alternative est en train de se construire, certes ; mais saura-t-elle diriger les flots lorsque la digue rompra ? Il lui faut se préparer à réagir dans l’urgence, ce à quoi contribuent les analyses de Frédéric Lordon.

    Libre à nous d’y apporter tous les amendements - ou réfutations - nécessaires.

    Quant à "piloter" la nécessité, rappelons l’exemple de Charles De Gaulle. N’était-il pas le seul, au sein de l’Ecole Militaire, à théoriser la stratégie (strictement) militaire de la concentration des corps d’armée blindés et motorisés ? Ces corps n’existant pas dans l’armée française, n’était-il pas le seul à faire le pied de grue à l’Assemblée Nationale pour en demander la création ? Il put connaître le prix de son étrange lucidité : qui moins que lui fut pris de court par la tactique allemande ? Lui-même l’avait mise au point ! (cf. les remarques de Von Guderian à ce sujet).
    Voilà un beau "retournement", et en voici un autre : qui se trouva seul, alors, sur la ligne de front, pour rassembler les restes des troupes motorisés des unités françaises en déroute, qui se créa dans l’affolement général le corps d’armée qu’il avait réclamé depuis tant d’années, qui infligea à la poussée allemande la seule défense sérieuse qu’elle eut à surmonter ? De Gaulle lui-même, que l’on retrouvait quelques jours plus tard, ministre, dans le bureau de Churchill, appelant Paul Reynaud au téléphone et lui demandant de ne pas démissionner, mais de fusionner momentanément, pour les besoins de la situation, les nations anglaise et française ?! Etrange lucidité que celle-ci, et bel à propos. En situation de crise profonde, et devant le gouffre, peu gardent la tête froide. Or ils le font d’autant mieux qu’ils s’y sont préparés.

    Et si l’on apprenait nous-mêmes à concentrer nos forces ?

  • permalien Antoine Pitrou :
    1er octobre 2012 @02h10   « »

    @Anastase, je crois qu’on ne se comprend pas très bien. Ok, comprendre le fonctionnement du système politico-économique, c’est important, mais cela fait des décennies que la gauche « radicale » (et ses multiples intellectuels) développe avec soin ce savoir, sans grand succès. Dit autrement, l’arsenal théorique n’est pas ce qui permet de prendre le pouvoir, à moins de confondre la démocratie avec une conférence scientifique.

    Pour le changement d’époque, je suis d’accord qu’il aura lieu, mais il y a trois inconnues : 1) quand ? 2) après quelles souffrances ? 3) qui va réussir à en profiter pour prendre le pouvoir, en d’autres termes : en faveur de quelle alternative se fera le changement ?

  • permalien Bob :
    1er octobre 2012 @04h45   « »

    En faveur de ceux qui cesseront de fermer les yeux devant

    "La Mise à mort du travail" (des travailleurs)

    (Rappel : titre du documentaire)

    Et également, quand la classe moyenne supérieure verra que ses propres enfants seront soumis en masse à la toyotisation (y compris dans l’enseignement).

    Quand les gens refuseront pour de bon d’écouter ces incontournables experts de tous poils, qui trônent dans les médias depuis 20 ans.

  • permalien TOTO RETRAITÈ CGT O6 :
    1er octobre 2012 @06h03   « »

    Confiance en Hollande , LE PCF , MÈLUCHON ????....Laissons travailler le Nouveau gouvernement élu démocratiquement et qui est tout juste arrivè il faut stabilité et confiance dans une Europe ultra droitière située dans un monde capitaliste très largement dominée par les oligarchies financieres c’est dèmago de vouloir seul faire un îlot rèvolutionnaire isolè si on n’a pas un vrai rapport de force , c’est pas avec très faible la mobilisation de cette semaine en réalité 30 000 qu’on va renverser la vapeur ,je m’en tient à François Hollande et son gouvernement comme moi il y’a à la CGT beaucoup qui le soutiennent discrètement ,c’est pas avec quelques banderoles tenues surtout par des militants du PCF ,NPA ,FDG ET AUTRES qui font la majorité de gauche et encore bien moins de la masse , une majorité silencieuse d’adhérents et électeurs de gauche politique et syndicale , ne suivront pas ce qui ressemble étrangement à une préparation électorale via 2014 c’est une "ÉVIDENCE" ,aller hurler avec les loups de droite et du FN contre ce gouvernement c’est pas du lourd , je ne suis pas du PS ,un simple èlectron libre de gauche "LIBRE" !...TOTO RETRAITÈ CGT 06 .

  • permalien Jordi Grau :
    1er octobre 2012 @09h04   « »

    A Toto de la CGT

    Je comprends que vous ayez envie de faire confiance en Hollande. Malheureusement, je pense que vous avez tort. Quand il était encore candidat, Hollande avait annoncé qu’il fallait rompre avec le NPA et remettre les marchés financiers à leur place. Or, que fait-il juste après avoir été élu ? Il signe un traité européen qui programme l’austérité et n’apporte aucune régulation sérieuse de la finance. D’ailleurs, ce traité, le PS l’avait fortement critiqué avant les élections : c’était à l’époque le traité "Merkozy". Je pense qu’il n’y a pas plus de raison de faire confiance en Hollande qu’il n’y en avait de faire confiance en Jospin en 97.

    Maintenant, il est clair que les gens qui critiquent le PS et le traité européen sont pour l’instant très minoritaires. Mais justement : c’est la raison pour laquelle il faudrait que des gens comme vous, à la CGT ou ailleurs, rejoignent les rangs des contestataires. Moins le gouvernement sera contesté par les électeurs de gauche, plus il sera encouragé à mener une politique de droite. Souvenons-nous de ce qui s’est passé sous Jospin et sous Mitterrand. Souvenons-nous aussi du Front Populaire : la majorité conduite par Blum a été contrainte par un mouvement de masse à faire passer des réformes qui n’étaient pas à son programme. La démocratie, contrairement à ce que disent les gens de droite, ce n’est pas uniquement dans les urnes qu’elle se vit : c’est aussi - peut-être même surtout - dans la rue.

  • permalien cottet :
    1er octobre 2012 @09h56   « »
    a toto de la cégète

    Baissons la tête et essayons de passer entre les gouttes ?

    Il faut sortir de la présentation météorologique de l’économie. La crise et le chômage sont les modes de gestion (d’existence) du capitalisme qui porte cela en lui "comme la nuée porte l’orage" (Jaurès)
    Jamais cette métaphore météorologique de l’imminence de la guerre portée par le capitalisme (et non par un nuage) n’a eu d’efficacité plus actuelle !
    Ceci dit pour ceux que la littérature énerve !
    Hier après midi Elie Cohen sur "Vivement Dimanche" a expliqué à ceux qui ne manifestaient pas, pourquoi nous devions faire ce que nous faisions. Fabrice Lucchini en bavait d’admiration ! On appelle ça légitimer l’ordre existant.

  • permalien Jordi Grau :
    1er octobre 2012 @10h20   « »

    Correction de mon message à Toto de la CGT 06

    J’ai écrit (lapsus révélateur ?) que Hollande avait promis de rompre avec le NPA avant les élections. Je voulais écrire, bien sûr, "rompre avec l’austérité".

    Je précise que je ne suis pas au NPA.... Je suis moi aussi un "électron libre" de gauche.

  • permalien cottet :
    1er octobre 2012 @10h35   « »

    Ah oui j’oubliais !
    La minorité que représentent ceux qui ne veulent pas de cette Europe me parait majoritaire...
    Mais en l’absence de possibilité de vote (référendum) comment compter ?

  • permalien solalbe :
    1er octobre 2012 @13h09   « »
    A la niche Lénine !

    Lénine ??!! Mais vous êtes dingue ? Sur la forme - figurez-vous que toutes sortes de gens lisent ce blog et qu’en faisant ce rapprochement avec Lénine vous plantez une fusée éclairante dans le dos de Lordon et donnez du grain à moudre aux gardiens de la vraie foi (néo-libérale) qui ne manqueront pas de s’en souvenir. Or comme vous le savez sans doute, l’affaire Lénine a assez mal tourné. Et nous venons au fond : beaucoup s’en souviennent, du fait du lavage de cerveau conservateur, sans doute, mais aussi de quelques éléments objectifs : le ver totalitaire était dans le fruit léniniste - affaire réglée avec références complètes par M. Voslensky, entre autres, il y a 40 ans. Il n’y a pas besoin de références à Lénine pour se féliciter de la démarche positive, constructive et, pour tout dire, enthousiasmante, de Frédéric Lordon dans ce papier.
    C’est comme les citations de Marx (Livre I, chapitre 8, etc.). Pourquoi pas, certes, dans le cadre d’un papier d’histoire de la pensée économique, mais ici, ça évoque immanquablement ces pauvres freudiens qui n’arrivent à faire deux phrases sans citer leur Dieu-le-père. Marx est mort les gars ! Pour les théoriciens vivants, il y en a plein. Citez-les !
    Même remarque à propos de "l’affiche rouge" mise en lien un peu plus haut. Oui elle est belle. Mais elle fera fuir 99% des petits-bourgeois dont ce pays est composé principalement.
    Tous ces jeux avec les images rouges peuvent occasionner des jouissances, je ne le conteste pas, mais à moins de doubler la dose de Lexomyl de la population, je ne crois pas qu’il soit pertinent de les utiliser !

  • permalien cottet :
    1er octobre 2012 @14h20   « »

    A solalbe :

    Anastase cite De Gaulle.
    Eh oui l’histoire est pleine de "chiens crevés" qui nous apprennent à penser et à vivre !

    Après, oui ce ne sont pas des vérités révélées ou des catéchismes !
    S’il fallait ne plus citer ceux qui se sont trompés et s’en tenir aux penseurs présents...

  • permalien Kazou :
    1er octobre 2012 @17h25   « »
    BCE : des moyens limités ou pas ?

    @BA
    @Nicks
    @F.Lordon

    Parmi les atterrés Henri Sterdyniak a plusieurs fois évoqué les limites de la BCE quant à sa capacité à créer de la monnaie, arguant de la nécessité d’avoir un actif à hauteur du passif.

    Difficile pourtant de voir en lui un monétariste convaincu ou un personnage incapable de conceptualiser...Je crois d’ailleurs que d’autres atterrés sont de son avis.

    Cette question centrale me laisse perplexe : l’argument comptable me semble un peu court mais le crédit que j’accorde à l’auteur par son parcours, ses prises de positions sur d’autres sujets, fragilisent l’argument de la cessité idéologique...

    Je suis preneur de tout conseil de lecture sur le sujet.

    Merci !

  • permalien Politproductions.com :
    1er octobre 2012 @18h40   « »

    @ Jordi Grau, vous prêtez trop au candidat Hollande. Voyez ce qu’il déclarait à Jean-Michel Aphatie. Il ne s’est jamais engagé aussi clairement que vous le dites contre l’austérité ni même contre la règle d’or. Il avait seulement mis l’accent sur la condition de la relance de la croissance (et sur ce point, je vous l’accorde, la montagne a accouché d’une souris : le pacte de croissance et ses maigrelets milliards). Faire confiance au candidat Hollande était déjà une grave erreur.

    @solalbe
    Mort, Marx l’est certes, mais son spectre nous hante. La question de son retour n’est pas tranchée. Marx redividus ? Derrida avait déjà évoqué le phénomène, et un papier dans le monde de nouveau, il y a un an, signé Nicolas Truong. Je vous renvoie à ce lien qui renvoie lui-même aux deux à la fin de l’article et dans le commentaire.

    Quant à F. Lordon, il n’écrit pas "Que faire ?", mais "Faire quoi ?" ou "’Quoi faire ?". Pourquoi cet écrivain précis, sinon précieux, aurait-il choisi une autre formule que celle de Lénine s’il avait voulu s’en réclamer implicitement ?

  • permalien Coma81 :
    1er octobre 2012 @19h13   « »
    Spectres de Marx

    Non marx n’est pas mort.

    "Il y a aujourd’hui dans le monde un discours dominant, ou plutôt en passe de devenir dominant, au sujet de l’oeuvre et de la pensée de Marx, au sujet du marxisme (qui est peut-être autre chose), au sujet de toutes les figures passées de l’Internationale socialiste et de la révolution universelle, au sujet de la destruction plus ou moins lente du modèle révolutionnaire d’inspiration marxiste, au sujet de l’effondrement rapide, précipité, récent des sociétés qui ont tenté de le mettre en oeuvre au moins dans ce que nous appellerons pour l’instant, en citant encore le Manifeste, la « vieille Europe », etc. Ce discours dominateur a souvent la forme maniaque, jubilatoire et incantatoire que Freud assignait à telle phase dite triomphante dans le travail du deuil. L’incantation se répète et se ritualise, elle tient et se tient à des formules, comme le veut toute magie animiste. Elle revient à la rengaine et au refrain. Au rythme d’un pas cadencé, elle clame : Marx est mort, le communisme est mort, bien mort, avec ses espoirs, son discours, ses théories et ses pratiques, vive le capitalisme, vive le marché, survive le libéralisme économique et politique !" 1993

    http://et-pendant-ce-temps-la.eklab...

  • permalien Nicklausse :
    1er octobre 2012 @19h37   « »

    //voici venu le temps des servofreins et du pilotage automatique.
    L’économie européenne ressemble de plus en plus à un automate.
    Il nous faudrait un Offenbach pour en rire...
    Europia entrerait en scène télécommandée par ses créateurs et suivie par un Hoffman-Hollande transi d’amour.
    Le choeur :
    "Que voulez-vous qu’on dise
    C’est une fille exquise !
    Il ne lui manque rien !
    Elle est très bien !"
    Puis quand Europia se fracasse en mille morceaux, Hollande comprenant qu’il a affaire à un automate :
    "Un automate ! un automate !
    Le choeur :
    Ah ! ha ! ha ! la bombe éclate !
    Il aimait un automate !
    Les pères d’Europia :
    Notre automate !
    Tous :
    Un automate !
    Le choeur :
    Ah ! ha ! ha !
    *inspiré des Contes d’Hoffman d’Offenbach, acte I

  • permalien philippulus :
    1er octobre 2012 @19h58   « »
    En sortir, mais de quoi ?

    1) La Krise dont il est question ici, ne doit rien à un enchainement déplorable de "mauvaises" politiques ou à un aveuglement idéologique imbécile. Elle a été mise en place de façon parfaitement délibérée.

    2) Dans quel but ? Je lis ici et là, pour accroître encore les profits et laminer les salaires, pour précariser et paupériser à tout va, pour bousiller les services publics, etc..
    Tout cela est évidemment vrai, mais tous ces très forts désagréments ne sont sans doute que des moyens au service d’une finalité bien plus radicale.

    3) Rien ne peut continuer "comme avant". Nous n’avons pas voulu interroger "la croissance", les architectes de cette crise inédite vont nous soumettre à une décroissance brutale, inique et meurtrière. Eux, savent que l’effondrement généralisé (et pas que monétaire) menace et qu’il faut faire quelque chose. Alors ils font, à leur manière.

    4) Donc, défaut d’accord, mais après ?

  • permalien yvan :
    1er octobre 2012 @20h27   « »
    En sortir ... et surtout, du "libéralisme" soit des droits, mais pas de devoirs.

    Bonsoir Lordon.

    Vous faites encore une fois mouche là où mon job ne consiste qu’à faire bosser des gens. Dans les meilleures conditions possibles. Ce qui est illusoire vu les conditions actuelles.

    Bon. Ce système va à sa mort. Il ne fait qu’essayer de survivre.

    Que faisons nous après...??

    (sous-entendu : Chouard, qui a étudié la VRAIE Démocratie grecque. Vous en pensez quoi...??)
    (Pour ma part, je suis complètement partisan des SCOP sauf qu’elles n’ont PAS de remplacement de salariés et deviennent des administrations de fait.)
    (je sais, je suis chiant car pointilleux...)(c’est mon job, aussi.)
    (Pas d’être chiant, l’autre coté.)

  • permalien K. :
    1er octobre 2012 @21h01   « »

    Dean Baker :

    L’Espagne et les autres pays en crise de la zone euro sont obligés de souffrir le martyr juste pour que l’Allemagne n’ait pas à voir le même type de taux d’inflation vécu dans les prospères années 1960. C’est proche de la folie. S’il y avait une justice les gens se saisiraient d’une fourche et s’en iraient à travers l’Europe à la recherche des la-terre-est-plate titulaires d’un doctorat.

  • permalien Jordi Grau :
    1er octobre 2012 @21h59   « »

    A Politproductions.com

    Merci pour la vidéo. Effectivement, le candidat Hollande était assez ambigu. Sur la question de la règle d’or, on voit bien qu’il s’est efforcé de noyer le poisson. Par contre, je crois qu’il était assez clair dans son refus de l’austérité :


    Je veux réorienter la constructioneuropéenne.

    Je proposerai à nos partenairesun pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austéritéqui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction.

    Ces quelques lignes sont extraites de Mes 60 engagements pour la France, le projet de Hollande au moment des présidentielles.

  • permalien Lucas :
    2 octobre 2012 @00h50   « »
    Argentine

    @jordi
    @Anton

    Je suis plutôt d’accord avec l’analyse que fait Anton de la situation actuelle Argentine qui s’est évidemment plutôt bien remise de la crise de 2001 (une monnaie 5 fois plus faible du jour au lendemain ça aide...), et qui a su réparer les dégâts causés par cette crise ( le niveau de pauvreté actuel est cependant toujours plus haut que la période pré - 2001). Autant j’appréciais la version "Nestor" des Kirchner, autant Cristina me laisse perplexe parfois....

    Ça vaut ce que ça vaut mais je reviens de 7 mois à la faculté d’économie de Buenos Aires (UBA) et la situation actuelle n’est à mon avis pas si favorable qu’on pourrait croire.

    - une inflation "caché" assez forte (juste en 7 mois je l’ai ressenti assez fortement)
    - un taux d’épargne digne de l’Afghanistan (voir étude de la BM sur la question http://siteresources.worldbank.org/... )
    - Une dépendance quasi - exclusive aux exportations de soja trans-génique pour se financer
    - une banque centrale complétement asservie à l’exécutif qui finance les programmes sociaux actuels par la planche à billet
    - une industrie qui ne s’en sort pas trés bien et qui a du mal à répondre à la demande de consommation intérieure ( d’où l’inflation et les problèmes de balance commerciale)
    - Une insuffisance de la production énergétique
    - l’impossibilité d’acceder aux monnaies étrangéres
    - une douzaine de taux de changes différents...
    - Des circuits mafieux parallèles qui se créent en réaction et donc évasion fiscale ( L’Uruguay est plutot content du coup...).

    Ce que j’avance est repris et justifié par des sources diverses dans cet article ( http://ipolitis.unblog.fr/2012/08/1... ) que j’avais rédigé là-bas. Vous excuserez la grille d’analyse "classique" que j’utilise parfois mais je pense ( et je suis ouvert à la critique évidemment ! ) que cela peut-être intéressant pour ceux qui veulent en savoir plus sur la réalité de l’Argentine.

    Chau ;)

    Et merci pour cet article Mr Lordon, qui s’il reste critiquable sur certains points ( la "non-ruée" bancaire par exemple justifiée juste par de la communication par exemple) ouvre beaucoup des voies de reflexions intéressantes !!

  • permalien pierrefavre@aol.com :
    2 octobre 2012 @07h38   « »

    @Kazou
    La BCE a, dans l’absolu, un pouvoir d’émission de monnaie illimité. La contrepartie, c’est la masse de biens et services de l’ensemble de la zone.
    En pratique, c’est la parité cible de l’€ qui fixe le volume de ladite émission ex-nihilo

    Polaire

  • permalien gisse :
    2 octobre 2012 @12h25   « »

    il me semble depuis 2010 et la position intransigeante de l’Allemagne que le but de tout cela est d’opérer une saignée fantastique (et non pas de proposer une chevauchée fantastique à l’UE )sur le corps protéiforme de l’UE : les tartuffes bien évidement sont aux premières loges et ils saignent ...un déficit ? une saignée ! trop de dettes ? une saignée ! trop de chômage ? une saignée ! trop de ...une saignée ! trop de saignées ? une saignée ! Molière notre chère Molière avait sondé encore mieux que Big Bill ( William ) le cœur humain et nous en avait fait part en nous délectant de ses farces bonnes et roboratives !
    ce qui a marché avec l’Allemagne aux début des années ’90 faisons le au niveau de l’UE ainsi dans vingt ans nous serons forts et nous ferons la fête dans un cimetière . voilà ce que je retiens des causes, des effets et des volontés des technocrates qui dirigent, car c’est un plan hors gouvernements de tout poil, qu’il faut appliquer et la démocratie était louable avant, quand le monde capitaliste était circonscrit au monde occidental pour l’essentiel et légitimé par l’ours Russe. ai-je tort ? vois-je mal les choses ? je n’ai pas l’impression parce en lisant cet article de M. Lordon je perçois les mêmes lignes barbelées de cet avenir qui nous pend au nez et que nous ne méritons pas ( malgré notre histoire pécheresse etc..etc ...pas de repentir là n’est pas mon propos ). en tout cas du plaisir à lire cet article malgré son aspect fouillé et précis.

  • permalien Politproductions.com :
    2 octobre 2012 @14h41   « »

    @ Jordi Grau
    Incontestable, votre citation rappelle ce que que JM Ayrault vient de reconnaître : le traité n’a pas été renégocié contrairement à la promesse faite.

    Philippulus demande : "et après le défaut ?". D’abord rompre avec ces faux politiques qui s’illustrent tous par la trahison de leurs engagements. Reprendre le pouvoir aux "actionnaires" et le rendre aux producteurs. Puis produire autrement, tout de suite, dans l’invention généralisée. Coûte que coûte. Les économistes nous diront les modalités.

  • permalien Anton :
    2 octobre 2012 @17h26   « »
    @gisse

    La position intransigeante de l’Allemagne ?

    - Il y a 4 ans Merkel ne voulait pas entendre parler du FESF : on a eu le FESF uniquement parce qu’il était provisoire.

    - Il y a 2 ans Merkel ne voulait pas entendre parler de solidarité entre les pays parce que c’était interdit par Maastricht. On a eu un nouveau traité et le MES.

    - L’année dernière, la Buba ne voulait pas entendre parler de rachat illimité des dettes souveraines par la BCE. On a eu la promesse de rachat illimité par Draghi.

    Et à l’avenir qu’est-ce qu’on aura ? Il suffit de ce que refuse Merkel aujourd’hui :
    - Un Tresor européen et des eurobonds
    - Une augmentation du budget européen

    Voilà ce qui nous attend dans les prochaines années, avec probablement un président de la Commission élu directement par les élections européennes...

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