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Economistes, institutions, pouvoirs

mercredi 21 novembre 2012, par Frédéric Lordon

Je prends ici le risque de mettre en ligne la communication que j’ai faite à la table ronde « Economistes et pouvoir » du Congrès de l’AFEP (Association française d’économie politique) qui s’est tenu à Paris du 5 au 8 juillet 2012, risque puisque les textes universitaires ne vivent pas très bien hors de leur biotope universitaire. Je le fais cependant à l’occasion du supposé renouvellement du Conseil d’analyse économique (CAE) et accessoirement comme une pièce à verser au débat qui a fait suite à la parution du livre de Laurent Mauduit, Les Imposteurs de l’économie. Mais non sans avertir que ce texte a le style de son caractère et de ses circonstances : académique (quoique…), comme il sied à un colloque… académique, avec quinze minutes de temps de parole strictement comptées. Ceci dit pour signaler que lui reprocher ce à quoi sa nécessité de forme le vouait ne fera pas partie des commentaires les plus malins possibles. A part quoi, on peut discuter de tout — au fond.

Intérêts à penser

Sur un sujet à haute teneur polémique comme celui d’aujourd’hui, il est peut-être utile de ne pas céder immédiatement à l’envie (pourtant fort légitime) de la castagne et, au moins au début, de maintenir quelques exigences analytiques, conceptuelles même. Pour commencer donc, et dût la chose vous surprendre, voici ce que dit la proposition 12 de la partie III de l’Ethique : « L’esprit s’efforce autant qu’il le peut d’imaginer ce qui augmente la puissance d’agir de son corps. » La chose ne vous paraîtra sans doute pas aller de soi à la première lecture, mais cette proposition livre ni plus ni moins que le principe de l’idéologie, à savoir que la pensée est gouvernée par des intérêts à penser, mais de toutes sortes bien sûr, très généralement les intérêts du conatus, c’est-à-dire tout ce qui peut lui être occasion de joie (c’est-à-dire d’augmentation de la puissance d’agir de son corps).

Derrière la pensée donc il y a toujours des désirs particuliers de penser, déterminés bien sûr par les propriétés idiosyncratiques de l’individu pensant, mais aussi — et en fait surtout — par sa position sociale dans des milieux institutionnels. C’est cette position sociale qui conforme ses intérêts à penser, je veux dire à penser ceci plutôt que cela, à avoir envie de penser, de s’efforcer de penser dans telle direction plutôt que dans telle autre. La question est donc celle des profits ou des intérêts à penser ce qu’on pense, et dont il faut redire qu’ils peuvent être de toutes natures : monétaires bien sûr, mais aussi, et évidemment surtout, institutionnels, sociaux, symboliques, psychiques, et à tous les degrés de conscience — ce qui, par parenthèses, devrait suffire à écarter les lectures catastrophiquement béckeriennes [1] de ce propos…

Sans surprise en tout cas, Spinoza rejoint ici Bourdieu : dites moi à quel domaine institutionnel vous appartenez et quelle position particulière vous y occupez, et je vous dirai quelles sont vos inclinations passionnelles et désirantes, y compris celles qui vous déterminent à penser. Si donc on pense selon ses pentes, c’est-à-dire si l’on est d’abord enclin à penser ce que l’on aime à penser — et telle pourrait être une reformulation simple de (Eth., III, 12), ou plutôt pour lui donner la lecture structurale qui lui convient : si l’on est enclin à penser ce qu’on est institutionnellement déterminé à aimer penser —, alors c’est ce bonheur de penser ce qu’on pense, parce que cela procure toutes sortes de joie, qui est au principe pour chacun du sentiment de la parfaite bonne foi, du parfait accord avec soi-même, et de la complète indépendance, de la complète « liberté » de penser.

Il est donc probablement inutile d’aller chercher même les économistes de service sur le terrain de la corruption formelle : leur corruption est d’une autre sorte. Elle est de cette sorte imperceptible et pernicieuse qui laisse en permanence les corrompus au sentiment de leur parfaite intégrité, dans leur pleine coïncidence avec les institutions qui, dirait Bourdieu, les reconnaissent parce qu’ils les ont reconnues.

Les effets d’harmonie sociale qui accompagnent les normalisations institutionnelles réussies rendent donc superflue la thèse formelle du conflit d’intérêt. De ces économistes qui, ignorant tout de l’idée de critique, rejoignent ouvertement le camp des dominants, il n’y a pas même à dire que ce sont des vendus, car ils n’avaient pas besoin d’être achetés : ils étaient acquis dès le départ. Ou bien ils se sont offerts avec joie. La thèse du conflit d’intérêt d’ailleurs, à sa lettre même, est vouée à rester impossible à établir. De tous les arguments, où le misérable le dispute au ridicule, avancés par exemple par le cercle des économistes (en fait certains de ses membres) pour sa défense, il n’y en a qu’un qui soit un peu robuste : tous ces gens-là mettront quiconque au défi de « prouver » le conflit d’intérêt. Et on ne le prouvera pas ! On ne le prouvera pas, non pas parce qu’on aura du mal à mettre la main sur les pièces à conviction décisives, mais parce qu’il n’existe pas.

Si je me suis livré à ce bref détour théorique en introduction, c’est précisément pour rappeler qu’il existe bien d’autres modes de l’alignement des discours que le conflit d’intérêt, et qu’en lieu et place de la transaction monétaire explicite et consciente, il est une myriade de transactions sociales implicites et le plus souvent inconscientes qui concourent bien plus sûrement au même résultat, avec en prime le superbénéfice de la bonne conscience pour tout le monde, ce supplément heureux de toutes les harmonies sociales.

Economistes et journalistes, en rangs serrés

C’est donc plus un regard sociologique et institutionnaliste qu’un regard journalistique et criminologique qu’il faut prendre sur le paysage dévasté de ladite science économique. A cet égard, la thèse du conflit d’intérêt est un sous-produit de l’hypothèse plus générale de la crapulerie — alias, s’il y a du mal dans le monde, c’est parce qu’il y a des crapules. Ainsi, expliquer la commission des économistes de service par le conflit d’intérêt équivaut dans son ordre à expliquer la crise financière par Kerviel et Madoff, ligne qui entraîne irrésistiblement les solutions dans les impasses de l’éthique. Aussi, très logiquement, tenter de mettre un terme aux malfaisances à coup de déontologie, de chartes et de transparence aura-t-il les mêmes effets, je veux dire la même absence d’effet, ici que là.

Evidemment, c’est un très grand progrès que de porter au jour les turpitudes de ces économistes, comme se sont attachés à le faire de longue date, et dans l’indifférence générale, Le Monde diplomatique, Acrimed et tout le mouvement de critique des médias, puis décisivement Jean Gadrey dans un texte de son blog, plus récemment le livre sans doute salutaire, quoique parfois surprenant, de Laurent Mauduit. Et l’on est tout aussi évidemment mieux avec des déclarations d’intérêt que sans ! Mais qui les lira, et qui en fera vraiment état ? Les journalistes ? Pour en faire quel usage ? Dans ses critiques Le Monde des Livres n’omet plus de signaler que Bernard-Henri Lévy et Alain Minc sont (était pour le second) au conseil de surveillance du journal. Ce devoir pieusement acquitté, on peut alors continuer de lécher comme d’habitude [2]…

Par élargissement de la focale institutionnelle, on voit donc que la question n’est pas seulement celle des économistes supplétifs de la mondialisation, mais aussi celle des médias qui en sont les complices, solidaires, et qui les ont imposés sur un mode quasi-monopolistique — tout ce petit monde vantant par ailleurs les stimulants bienfaits de la concurrence non distordue… Car à la fin des fins, qui a promu ces individus, dont certains sont des olibrius ? Qui les a poussés sur le devant de la scène ? Qui, par exemple, s’est porté partenaire avec empressement, il y a une dizaine d’années, de cette navrante pantomime qu’est le « prix du jeune économiste » — dont Antoine Reverchon dans un numéro récent du Monde Economie [3] n’hésite pas à faire un modèle de pluralisme, on croit qu’on rêve…

Comme on sait, cet effet d’imposition a été d’autant plus puissant qu’il a été le fait de la presse dite de gauche, je veux dire de fausse gauche : Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, France Inter, et jusqu’à France Culture — la honte… —, et ceci depuis des décennies. La complicité organique de ces médias avec ces économistes a passé les seuils où toute régulation intellectuelle a disparu. Avec ce sens très particulier de l’évidence qui est l’un des charmes de la bêtise, un article de ce même numéro du Monde Economie s’interroge en toute candeur : « Qui n’a jamais apporté ses conseils à une société privée ? A une banque ? A un gouvernement ? » Mais enfin, bien sûr ! Quel économiste n’a jamais fait ça ?... Mais il faudrait faire l’analyse complète de ce numéro décidément remarquable du Monde Economie, comme d’ailleurs de toutes ces opérations en mode damage control de cette presse auto-commise à la défense des experts organiques de l’ordre néolibéral, Dominique Nora pour le Nouvel Obs [4], ou l’inénarrable Eric Le Boucher pour Slate [5], journalisme de service au service des économistes de service.

Misère de la déontologie universitaire

Ces simples évocations laissent entrevoir à elles seules l’ampleur du déport vers les pôles de pouvoir de tout un paysage institutionnel. Au sein duquel il faut évidemment compter les institutions de la science économique elle-même. Là encore, les patchs éthiques de la déontologie et de la transparence promettent d’être terriblement insuffisants. Les chers collègues et les comités de lecture des revues scientifiques liront-ils les déclarations d’intérêt ? Bien sûr ils les liront. Et puis ? Et puis rien évidemment ! La science économique dominante, de son propre mouvement, en suivant ses seules pentes « intellectuelles » (si l’on peut dire… ) et ses orientations théoriques, a donné son aval avec enthousiasme au tissu d’âneries dont les mises en pratique ont conduit à la plus grande crise de l’histoire du capitalisme. Je vous propose alors l’expérience de pensée suivante — c’est une contrefactuelle : période 1970-2010, soumissions aux revues, avec toutes les déclarations d’intérêt en bonne et due forme, des papiers de Fama, Jensen, Merton, Scholes, Summers, Schleifer, etc. Taux de rejet pour cause de collusion trop manifeste avec des intérêts privés ? Zéro, évidemment. C’est donc, là encore, toute une configuration institutionnelle, celle du champ de la discipline, qui a produit cet état dans lequel le discours de la science économique dominante est devenu si adéquat aux intérêts des dominants que se faire payer pour dire quelque chose qu’on a spontanément et « scientifiquement » pensé ne peut pas porter à mal.

Voilà alors que, par une espèce de tropisme du pire, le système français, pris de décalcomanie institutionnelle, se met à imiter ledit modèle étasunien. Et la recherche est désormais en proie au fléau des fondations. Dans son ouvrage, Laurent Mauduit fait de curieuses différences en parant PSE [6] de tous les mérites, pour réserver à TSE [7] le rôle du vilain. Plutôt que de se perdre dans des différences secondes, c’est le principe premier lui-même, celui de l’organisation par fondation, qu’il faudrait questionner. Car en voilà une autre harmonie sociale, institutionnellement équipée, et là aussi, tout s’y emboîte à merveille : la science-scientifique la plus consacrée a pris le pli de dire d’elle-même des choses qui se trouvent n’offenser en rien les puissances d’argent (et je parle par litote) ; assez logiquement les puissances d’argent commencent à se prendre de passion pour une science si bien disposée et se proposent de « l’aider », comme une sorte de devoir citoyen sans doute…

Mais qui peut sérieusement croire un seul instant qu’Exane, Axa, Boussard et Gavaudan Gestion d’Actifs (puisque ce sont les « partenaires » de PSE) pourraient ainsi offrir de larges financements si ces généreux mécènes n’étaient pas de quelque manière assurés d’avoir à faire à une institution qui, majoritairement, ne viendra à aucun moment défier sérieusement leurs intérêts fondamentaux sur le plan intellectuel ? Voici donc ce qu’on peut lire sur le site de PSE : « Le rôle des partenaires privés est central : leur engagement contribue au décloisonnement entre recherche académique et société civile ». On notera d’abord que ces décloisonnements s’effectuent toujours dans la même direction, et ensuite que c’est là très exactement l’argument sans cesse rabâché par le Cercle des économistes pour justifier ses agissements : « si nous sommes dans les banques et les conseils d’administration, c’est pour sortir de notre tour d’ivoire, aller au contact de la réalité, et parce que nous avons le goût du terrain »…

Romain Rancière (PSE) peut bien proposer une charte à l’usage des chercheurs de PSE, on ne voit pas, et pour les raisons que j’ai déjà indiquées, quels changements significatifs elle pourrait produire à elle seule, et surtout quand, mettant les individus sur le devant de la scène, elle omet de mettre en question l’institution elle-même, dans ses principes fondamentaux. Quitte à faire dans la transparence, il serait sûrement intéressant de rendre publics les résultats des conventions de recherche entre PSE et, par exemple, Axa Research Fund, ou bien avec la fondation Europlace Institute of Finance — on imagine d’ici les brûlots…

Laurent Mauduit est malgré tout porté à voir dans la moindre part des partenaires privés dans PSE (relativement à TSE) une démonstration d’auto-modération et de sage prudence. Je lui propose une autre interprétation : PSE en voulait autant que TSE ! C’est juste que le fund raising a un peu foiré en route… après quoi, bien sûr, il est toujours possible de faire de nécessité vertu. Je lui proposerais même une interprétation de l’interprétation : en moyenne, PSE affiche un enthousiasme pour les mécanismes de marché un petit peu en retrait par rapport à TSE — amis économètres, à vos codages ! Intensité market friendly des publications vs. millions d’euros levés : je vous prédis des R2 étincelants.

Refaire les institutions d’une science sociale critique

Spinoza explique dans le Traité politique qu’il ne faut pas attendre le bon gouvernement de la vertu des gouvernants — pari sur un miracle voué à être perpétuellement déçu —, mais sur la qualité des agencements institutionnels qui, en quelque sorte, déterminent des comportements extérieurement vertueux mais sans requérir des individus qu’ils le soient intérieurement.

Parce que ce sont les institutions, spécialement quand nous sommes exposés à un air du temps aussi nocif que celui d’aujourd’hui, parce que ce sont les institutions, donc, qui déterminent les choses aimables à penser, il n’y a pas de salut hors de la reformation des institutions. Une reformation qui vise à consolider les principes de celles que nous habitons, et à tenir à distance celles qui veulent nous coloniser. Dit plus explicitement : le bazar déontologique ne nous sera que d’une très mince utilité. Il n’y a qu’un seul combat qui ait quelque sens et quelque poids, c’est le combat institutionnel de l’AFEP [8], et spécialement sous le diagnostic que les institutions « officielles » de la science économique, l’AFSE, les sections 5 du CNU et 37 du CNRS étant sans doute irrémédiablement perdues, il faut construire autre chose à côté.

Autre chose qui ne nous défende pas seulement contre la corruption par les pouvoirs constitués, mais qui nous protège aussi de l’asservissement au pouvoir diffus de ce qui se donne à un moment donné comme le cercle des opinions légitimes, à l’intérieur duquel sont enfermées les seules différences tolérées. On ne prend conscience de cet effet particulièrement pernicieux qu’à l’occasion de grands événements qui déplacent d’un coup les frontières tacites du dicible et de l’indicible, du pensable et de l’impensable, choc massif de délégitimation qui laisse soudainement à découvert les amis de l’ancienne légitimité.

A cet égard, l’effet de la crise financière présente aura été des plus amusants, en tout cas des plus spectaculaires. Ainsi a-t-on vu quasiment brandir le poing, parfois même dire « capitalisme », des économistes qui en quinze ans n’avaient rien trouvé à redire ni à la mondialisation, ni à la financiarisation, ni à l’Europe libérale — contestations alors extérieures au cercle de la légitimité, où il fallait impérativement se maintenir si l’on voulait continuer d’avoir tribune régulière au Monde ou à Libération, droit d’être invité à donner conseil au Parti socialiste, et peut-être plus tard de toucher la main d’un ministre. Certains qui fustigeaient l’irresponsable radicalité se retrouvent quelques mois plus tard à dire cela-même qu’ils critiquaient — c’est que dans le glissement de terrain tout bouge si vite, et qu’il faut bien tenter de suivre… D’autres commencent à s’indigner bruyamment de choses qui jusqu’ici les laissaient indifférents — et il n’y a pas plus drôle que ce spectacle des néo-rebelles tout occupés à faire oublier leurs propos, ou leur absence de propos d’hier.

Comme toujours plus grotesque que la moyenne, le Cercle des économistes négocie comme il peut son virage sur l’aile pour ne pas sombrer dans le ridicule et avec le monde qu’il a toujours défendu. Avec un parfait sérieux, il publie maintenant des ouvrages intitulés « Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? », ou bien « La fin de la dictature des marchés ? », ce dernier, je vous le donne en mille, sous la direction hilarante de David Thesmar…

Dans sa lettre 30 à Oldenburg, Spinoza écrit ceci : « si ce personnage fameux qui riait de tout vivait en ce siècle, il mourrait de rire assurément ». On voudrait vraiment que le rire ne soit pas la toute dernière chose qu’il nous reste face à ces gens sans principe, ces opportunistes, et ces demi-retourneurs de veste qui sont le fléau de la pensée critique — dont c’est normalement la fonction de penser contre un air du temps, et d’en assumer le risque de minorité. Mais en parfaits individus libéraux, tous ces gens sont de petites machines procycliques.

C’est le déséquilibre de nos institutions qui détruit les régulations de la décence et permet que soient à ce point foulées au pied les valeurs intellectuelles les plus élémentaires. On peut donc dire à quelques années d’écart une chose et son contraire, mais sans un mot d’explication, ni le moindre embarras de conscience — et toujours au nom de la science !

Ce ne sont pas des chartes qui nous délivreront de ça, voilà pourquoi il importe de construire autre chose. Autre chose qui affirme qu’une pensée vouée à la simple ratification de l’ordre établi ne mérite pas le nom de pensée. Autre chose qui élise la vertu contracyclique de la critique comme notre forme de la vertu. Autre chose, en somme, qui, par l’effet de sa force collective institutionnalisée — donc en extériorité — nous attache à cette vertu en nous déterminant à aimer penser autrement.

Notes

[1] Gary Becker est un économiste qui s’est signalé par son projet de théoriser tous les comportements humains à l’aide du modèle économique du choix rationnel. Quand un criminel envisage de passer à l’acte, un fumeur d’arrêter, un individu de se marier, ou de divorcer, etc., il s’agit toujours d’une décision prise sur la base d’un calcul rationnel des profits et des pertes. Evidemment cette brillante entreprise intellectuelle a été, comme il se doit, couronnée d’un prix Nobel…

[2] Modulo, bien sûr, les variations des rapports de force qui commandent de moins lécher quand l’individu devient moins léchable.

[3] « Dogmatisme, conflits d’intérêt, la science économique suspectée », Le Monde Economie, 3 avril 2012.

[4] Dominique Nora, « Les économistes sont-ils des imposteurs ? », Le Nouvel Observateur, 2 avril 2012.

[5] Eric Le Boucher, « Les économistes, bouc émissaire de la crise », Slate, 23 mars 2012.

[6] PSE, Paris School of Economics, créée sous Dominique de Villepin pour réaliser un équivalent français de la LSE (London School of Economics) ou du MIT, imités jusqu’au bout, y compris dans les formes du financement, puisque PSE est adossée à une fondation qui lève des capitaux auprès de généreux donateurs privés.

[7] La même chose à Toulouse (Toulouse School of Economics).

[8] AFEP, Association française d’économie politique qui s’est créée en 2009, en rupture avec l’officielle AFSE (Association française de science économique), autour du problème des manquements gravissimes au pluralisme intellectuel dans les institutions académiques de la science économique.

215 commentaires sur « Economistes, institutions, pouvoirs »

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  • permalien Elise :
    21 novembre 2012 @13h22   »

    Jean-Hervé Lorenzi a parfois des éclairs de lucidité sur lui-même : http://vanessa-schlouma.blogspot.fr...

  • permalien CMP :
    21 novembre 2012 @13h30   « »

    Que nos prises de position dépendent de nos positions dans l’espace social semble cohérent si l’on ajoute que, de manière générique, nos positions dans l’espace dépendent de nos prises de position.

  • permalien CMP :
    21 novembre 2012 @13h40   « »

    vous avez raison, ce texte, et tout particulièrement la note de bas de page n°2, est rédigé dans un style au formalisme trop académique.

  • permalien JM Masson :
    21 novembre 2012 @14h31   « »

    Bravo, pour cet article avec un DIPULT si réduit. C’est rare de nos jours !
    https://jmmasson.wordpress.com/2012...

  • permalien sdz :
    21 novembre 2012 @14h38   « »

    ..."qu’une pensée vouée à la simple ratification de l’ordre établi ne mérite pas le nom de pensée."

    Souplesse est mère de survie ! On pourrait aussi poser la question de la rémunération et du patrimoine personnel des différents acteurs médiatiques, comme facteurs "décisifs"... J’aimerais assez voir un encart pour chaque intervenant à la télévision, ce serait sûrement saisissant : Hollande, quasi-millionnaire, ayrault, millionnaire... Est millionnaire en euro quelqu’un qui appartient aux 3.8% de Français les plus riches ; pourquoi donc voter pour ce type d’individu ? Les conséquences sont directes : le chômage, blablabla la misère de masse blablabla... la croissance (sans adéquation entre un potentiel humain et un potentiel territorial, avec notamment la Guyane) blablabla...

    il va de soi qu’en France (socialiste) on peut être millionnaire sans jamais avoir fait montre d’un esprit créatif, productif, d’entreprise.

    http://www.la-France-contre-la-cris...

  • permalien Helios :
    21 novembre 2012 @15h14   « »
    Economistes et journalistes, en rangs serrés

    "Economistes et journalistes, en rangs serrés"

    Ils monopolisent les principaux médias audiovisuels.
    Mais aujourd’hui, grâce à internet, des traces subsistent des sucessions de comportements, et sont impossibles à effacer. Il reste d’excellentes séquences comme celle-ci

    http://www.youtube.com/watch?featur...

  • permalien Bogdav :
    21 novembre 2012 @15h45   « »
    Je paie pas - Joey Starr - Egomaniac

    http://www.youtube.com/watch?v=j43S...

    "J’ai jamais de problème pour payer mes impôts
    Tant qu’ c’est transparent et qu’ya des chevaux sous le capot
    Mais je suis pas sûr du scénario
    Faux dans le propos, faux à mon sens, faux !
    On s’est fait haché
    Menu complètement dilué
    Le petit peuple s’est fait complètement sarkozifié
    Remaniement changement
    Tout la tête du client
    On marche au pas à reboot à coup de boniment
    C’est sûr qu’on a du fric pour renflouer les banques
    Mais pour sauver le service public là ça manque
    Et ya pas de contre pouvoir, ya que des avatars
    Des affairistes au pouvoir, qui se dispute le bout de lard
    Et moi je paie pas, je peux pas, j’paie pas pour ça, non..."

    Ça va finir mal ces histoires si ça bouge pas. Austérité + chômage -> misère. L’idéologie dominante au sommet, immuable, encrée dans son château fort sur la butte, tenu par quelques oligarques, finira à cause de sa pression sans retenue par générer une colère débordante. Ça va pas être jolie à voir !

  • permalien Helios :
    21 novembre 2012 @15h46   « »
    Plus sérieusement

    Il est intéressant de comparer différents mondes et disciplines "académiques". Je travaille dans l’un d’eux, où on s’occupe de mathématiques. Et le hasard a voulu que j’ai pu voir de près un autre monde : une école de commerce (privée) où le coût des études atteint 100000€ (pour une année). Le contraste est saisissant entre les deux mondes. Les revenus des "professeurs" ou "chercheurs" est dans un rapport de 1 à 10 entre le premier et le second. Les conditions d’exercice du métier n’ont rien à voir non plus.
    Cela ne s’explique pas uniquement parce que les "économistes" des écoles de commerce tiennent un discours complice des dominants. Leur but premier est de fournir des cadres. On pourrait sans doute comparer ces écoles aux anciennes "Ecoles du Parti" de l’ex-URSS. Imaginer un mode de fonctionnement analogue à celui existant dans le monde académique classique n’a donc aucun sens, étant donné le but premier.

  • permalien patrice :
    21 novembre 2012 @16h49   « »

    Des économistes différents, ça existe : Allais, Maris...
    Sauf que les médias, propriétés des multinationales, préfèrent inviter Alain Minc, l’homme qui n’a pas délivré un pronostic exact depuis trente ans, mais auquel on demande encore son avis.
    A noter : Que des chefs d’état puissant consulter des incapables est assez étonnant, mais explique bien leurs erreurs de gestion.
    Car, ce que l’article ci dessus omet, c’est que les a priori des économistes bourgeois trompent aussi leurs alliés et donneurs d’ordre. Même pour éponger le blaireau, mieux vaut comprendre le film. Exemple : La politique d’austérité acceptée par Hollande, et qui va creuser la dette. Tout le monde le sait, sauf les conseils de Flanby, obnubilés par leurs croyances libérales.
    Etre riche, ou complice des riches, ne devrait pas impliquer obligatoirement : Etre aveugle.
    On pourrait d’ailleurs envisager un mode de sélection différent des experts économistes auto proclamés, sur le mode sarkozyste de la culture du résultat : Donnez nous vos prévisions pour les deux ans à venir, et, au terme de cette période, on ramasse les copies. Peu importeront alors les origines sociales ou l’éventuelle corruption de spécialiste. Il aura compris, ou pas compris.
    Ca serait y pas plus simple que de philosopher ?
    Juste pour mémoire, Bernard Maris, de Charlie Hebdo (entre autres) fait des projections pertinentes depuis des années. En ce qui me concerne, ça me suffit.

  • permalien Via :
    21 novembre 2012 @17h10   « »

    Pas content, le directeur en chef de la recherche en écono... heu pardon, de la recherche marxiste au CNRS ? Un fatras de mauvaise foi et de victimisme pleurnicheur, ce texte. Et toujours ce style ampoulé et pédant, probablement insupportable en conférence, à la mesure de l’orgueil de son rédacteur.

    Au lieu de passer son temps à dénoncer dans Le Monde Diplo -avec l’humilité et la nuance qui caractérise ce journal, n’est-ce pas- les méchants dominants, le dir’ chef ferait mieux de chercher des arguments à leur opposer. C’est vrai que ça prend plus de temps, temps qu’on ne peut plus consacrer à s’autocongratuler encore et encore : moi, je résiste, moi, je résiste !

    Ah, quelle belle sortie de secours, quand on ne sait plus quoi penser, ce p’tit coup de "Misère de la pensée économique" à la Paul Jorion, mélange d’enfonçage de portes ouvertes (l’économie est une science humaine, avec des biais, même dans les modèles mathématiques ! Sans déc ?!) et d’enculage de mouches (bouh, les vilains néolibéraux qui dominent la pensée économique, comme ils dominent, comme ils dominent, j’en pleure la nuit).

    Lordon, en effet dans sa Tour d’Ivoire, n’a probablement jamais mis les pieds dans un cours de SES, classe terminale, avec la domination (la vraie) sans pareil d’Alternatives Economiques, ce journal que l’ami Gadrey, mentionné dans le texte, connait bien, et dont chacun sait à quel point il est infesté par l’idéologie néolibérale. Allez, pour rire : qui peut me citer un prof n’ayant pas conseillé AlterEco à ses élèves ? Et Lordon n’a probablement jamais mis les pieds non plus dans une FNAC. Voyons les rayons. Pour un Stiglitz, combien de Mankiw ? Pour un Krugman (Prix Nobel ! Prix Nobel ! Editorialiste au New York Times !) combien de Salin ? Pour un pompeux Lordon, combien de réédition d’Hayek et de Friedman ? Quelle écrasante domination de "l’idéologie néolibérale".

    Mais je fais probablement erreur, mes très probables "inclinaisons à penser" m’empêchent de bien comprendre Spinoza et Bourdieu (encore un grand scientifique qui, comme chacun sait, ne pratiquait pas la domination symbolique, en déposant par exemple le nom "Actes de la recherches en sciences sociales"). Inclinaisons qui ne s’appliquent que pour la pensée non-critique (entendez de droite), cela va de soi, pas au Monde Diplo, fort de sa célèbre objectivité critique, prompt à la remise en question de l’idéolo... heu pardon, de la pensée critique qui sous-tend ses analyses.

    Heureusement que M. Lordon et ses amis sont protégés de cette malfaisance grâce à la... comment dites-vous ? Ah oui : la "qualité des agencements institutionnels".

    Allez je vous laisse, je retourne dans ma tour d’Ivoire. J’ai à continuer la branlette intellectuelle institutionnelle , qui fait vendre pas mal de bouquins sur les rayonnages FNAC, paraît-il...

  • permalien Marie-Anne :
    21 novembre 2012 @17h27   « »

    La simple confrontation avec la réalité quotidienne devrait suffire à disqualifier le discours tous ces pseudos savants, pseudos experts, dont la seule arme semble être la sophistication du langage censée intimider le simple citoyen, lui intimer de croire, de s’en remettre à ceux qui savent pour leur abandonner la marche du monde.

    Les économistes critiques eux invitent leurs lecteurs à comprendre, à donner les informations clés, à démonter les mécanismes...

    Il nous appartient à tous d’exercer notre esprit critique. Et d’imaginer un autre monde, sans nous démettre de notre propre jugement, au profit de qui que ce soit.

    _ L’idéologie libérale et son emprise

  • permalien V.M. :
    21 novembre 2012 @17h55   « »

    Cinq pages en quinze minutes ? Vous devez parler bigrement vite !

  • permalien bekyar :
    21 novembre 2012 @17h56   « »

    @Via

    Reprocher à FL de ne rien proposer est ... rigolo.
    Oui, c’est ça le mot, rigolo.
    Vous le découvrez avec la présente note ? Pourtant il semblerait que non, puisque vous commentez son style.
    Alors voici une des propositions émise par FL : "que le métier de banquier redevienne terne et ennuyeux comme il n’aurait jamais dû cesser de l’être". C’est concret ça, non ?
    Bon, il a quand même écrit 2-3 trucs dans sa vie, vous savez ?

  • permalien naqoyqatsi :
    21 novembre 2012 @18h45   « »
    Et la stratégie ?

    Cher F. Lordon,

    D’abord, un grand merci pour ce partage régulier.

    Je crois comprendre votre critique sociologique de l’économie institutionnalisée. Néanmoins, et pour le dire vite, si cette critique repose sur une tout autre structure théorique que celle du conflit d’intérêt (au sens finalement de conflits de choix rationnels, et qui aboutirait comme vous le dites à une critique morale d’acteurs individuels qui sont toujours déjà pris dans une configuration institutionnelle), peut-on pour autant abandonner entièrement cette idée de conflits d’intérêts ?
    Au-delà des limites formelles de votre papier (15 minutes, je sais...), je ne suis pas certain de saisir le "pas dialectique" par lequel l’on dépasse (mais ici visiblement, sans le conserver) le conflit d’intérêt. Certes, je comprends bien en quoi il est nécessaire de déconstruire cette vision (disons "individualiste") qui fait abstraction des conditions institutionnelles qui sont son "milieu matériel" ; mais abandonner totalement l’intérêt, sans même tenter d’en déplacer la fonction dans un autre concept, par exemple dans un concept de "stratégie" (qui ne serait plus une rationalité technique) voire de "stratégie institutionnelle" (qui ne serait plus une rationalité individuelle), peut risquer de dématérialiser le "combat institutionnel" auquel vous appelez. C’est-à-dire, ce combat institutionnel n’appelle pas une "conversion éthique" (on peut attendre !) ; il appelle la formation d’une "force collective" vous écrivez. Mais mon problème est de savoir quelle force, dans la configuration institutionnelle actuelle et sans "stratégie", peut s’instituer comme "force collective" ? (et, bien entendu, je parle ici de l’institution de l’économie comme science sociale)

    Bon, tout n’est pas clair. Mais disons rapidement que le problème n’est pas d’avoir une "bonne" institution (l’AFEP, par ex), que de savoir pourquoi celle-ci échoue à s’instituer comme telle, ce qui lui barre la route au-delà des intérêts individuels institutionnellement déterminés, et quelle type de stratégie alors elle peut adopter pour véritablement mener ce combat.

    Bien à vous et... bon courage !

    http://naqoyqatsi.blog.lemonde.fr/

  • permalien Ydjer :
    21 novembre 2012 @19h02   « »

    Jean-Marc Ayrault, a procédé ( 13/11/2012 ) au renouvellement du Conseil d’analyse économique (CAE) sous la présidence du Premier ministre.
    Sont nommés membres du CAE pour une durée de deux ans :

    Philippe Askenazy
    Antoine Bozio
    Pierre Cahuc
    Brigitte Dormont
    Lionel Fontagné
    Cecilia Garcia Penalosa
    Pierre-Olivier Gourinchas
    Philippe Martin
    Guillaume Plantin
    David Thesmar
    Jean Tirole
    Alain Trannoy
    Etienne Wasmer
    Guntram Wolff
    Sont nommés membres correspondants pour une durée de deux ans :
    Patrick Artus,Laurence Boone,Jacques Cailloux

    Excépté Patrick Artus dont on sait que « Si les économistes ont sous-estimé la crise, ce n’est pas par complicité avec les financiers » et qui, le 20 août 2008, deux semaines avant le crash, affirmait avec assurance dans Challenge : « La crise des subprimes est dans le rétroviseur », pourrions-nous avoir le CV des autres membres ? Ce serait bien instructif. Merci

  • permalien naqoyqatsi :
    21 novembre 2012 @19h02   « »
    Au camarade Via

    Cher camarade Via, déjà retourné dans sa tour d’Ivoire,

    Sois pas aigri. Toi même t’essayes d’avoir un style. Et même que j’l’aime bien pour tout dire (ton style).
    Mais toi qu’es sérieux, t’as vu, t’as bien lu : il n’y a pas dans ce papier de concept de domination qui reposerait sur une hypothétique sortie de domination. Disons-le vite : ce ne sont pas "les dominants" (sorte de grande abstraction morale) qui sont comme tels en jeu, mais des configurations institutionnelles socio-historiquement déterminées. Lordon est d’abord "scientifique", à mon sens. Alors, la prochaine fois, lis-le dans ta tour d’Ivoire et travaille les concepts.

    Bien amicalement à toi,

  • permalien patrice :
    21 novembre 2012 @19h04   « »

    @Marie Anne
    "La simple confrontation avec la réalité quotidienne devrait suffire à disqualifier le discours tous ces pseudos savants, pseudos experts, dont la seule arme semble être la sophistication du langage censée intimider le simple citoyen, lui intimer de croire, de s’en remettre à ceux qui savent pour leur abandonner la marche du monde."

    Ben oui. L’économie, c’est comme la psychologie. Éliminez le verbiage, et il ne reste que du bon sens, plus ou moins maîtrisé.
    Par exemple : Si on ne fabrique plus rien, il va y avoir du chômage.
    Pas besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre ça, d’autant que les gens qui ont fait de longues études prétendent le contraire...Et se plantent. Etonnant, non ?

  • permalien Ydjer :
    21 novembre 2012 @19h08   « »

    à Via
    À propos d’enfonçage de "portes ouvertes" n’oubliez pas de refermer la votre.

  • permalien Marie-Anne :
    21 novembre 2012 @19h36   « »

    A Patrice

    "Éliminez le verbiage, et il ne reste que du bon sens, plus ou moins maîtrisé."

    Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse ! Ce qui est important c’est de ne pas renoncer à son propre jugement. Mais on ne peut pas non plus en rester à ses intuitions premières, il faut chercher à aller plus loin, se poser des questions, se documenter, affiner son jugement...car il n’y aura pas de reconquête de nos vies, de la démocratie, sans citoyens actifs et réactifs, bien au fait des questions qui devraient être au coeur de la politique. Mais actuellement, la priorité est bien de répudier tous ces idéologues libéraux qui nous jouent du pipeau comme le joueur de flûte d’Hamelin et nous traitent comme des rats hypnotisés qu’on conduit à la noyade.

  • permalien Ydjer :
    21 novembre 2012 @20h13   « »

    à Marie Anne et Patrice
    Il est utile de se forger une pensée critique et de se défaire des jugements éronnés induits par des "discours d’autorité", sous couvert de scientificité, dont Bourdieu avait dénoncé les dangers. Mais face au désordre dans la fourmilière auquel a conduit la crise des croyances économiques, il nous faut être suffisammant armés, nous qui sommes profanes en la matière. Et pour celà, consentir des efforts pour comprendre des phénomènes très complexes. Enfin ne s’autoriser la critique que dans les termes-et à leur hauteur- du débat, c’est-à-dire avec les arguments ad hoc.

  • permalien goutelle :
    21 novembre 2012 @22h07   « »
    on n’arrête pas l’égo

    à titre d’humour réflexif dans la même veine (du moins je l’espère, c’est ma pente et mon égo à moi, sourire) :
    http://goutelle.over-blog.com/
    Et si la force des orthodoxes résidait dans l’incohérence de leurs "opposants" ?

  • permalien Cyberpipas :
    21 novembre 2012 @22h18   « »
    Nouvel horizon

    Là tout de suite après la lecture de ce texte je me dis : nous devons être joyeux, encore plus joyeux, et faire partager aux autres notre joie, nos plaisirs critiques, rebelles, pirates...

    Gambader joyeusement vers nos concitoyens dans la liberté et l’érudition, oublier notre rang et notre pouvoir d’achat...

    Leur donner envie, quoi !

  • permalien jdb :
    21 novembre 2012 @23h17   « »

    Mr Via

    Tous d’abord, si les rayons sont pleins d’auteur critiques c’est tout simplement que les libraire ont compris que ça se vendait. Vous voulez parler de Krugman, Stiglitz et Mankiw comme des adversaires de la pensée néolibérale. Je peux vous en parler car j’ai des manuels de Mankiw et Stiglitz dans ma bibliothèque (et ceci s’explique par le fait que je suis étudiant en science économique).

    Qu’est-ce qui est au coeur de l’enseignement des sciences éco en fac (ou la plupart des économistes sont formés) et en ESC. La microéconomie et la macroéconomie. La microéconomie est entièrement néolibérale : on étudie le comportement des agents rationnels qui en tant que salariés, consommateur et producteurs sont tous amenés à maximiser des fonction objectifs (profit, utilité...) sous contraintes (budget, coût...) et ceci amène à conclure sur l’équilibre général.

    Quand à la macroéconomie, on commence avec les fonction de consommation keynésienne, l’investissement et le modèle IS/LM d’inspiration keynésienne en économie fermée et ouverte(si c’est difficile à suivre vous me dite) et l’interprétation de la courbe de Phillips de Samuelson et Solow. Mais après, on nous retourne en nous présentant les modèle de la macroéconomie classique et néoclassique : Solow puis Barro-Romer-Lucas (libéraux) pour l’analyse de la croissance. Pour l’analyse monétaire on nous met du Friedman (monétariste, avec son interprétation foireuse de la courbe de Phillips) puis les nouveaux macroéconomistes classques (Lucas, Sargent,Wallace...)

    On pourrait très bien nuancer les propos de ces champs théoriques néolibéraux avec des analyses concernant les asymétries d’information, mais jamais on arrive à aborder ces parties, sauf peut-être en master mais à ce moment là les conflits d’intérêt commence...

    J’ai assisté à la conférence de Pascal Salin à science po Strasbourg (cf youtube) et il l’avait déjà faite devant les cadres du parti libéral-démocrate, et il l’a ressortie à aix-en-provence. Des énoncés économiques édifiants, basés sur l’hypothèse de rationalité, du genre "cette création monétaire n’est que pure illusion, et les illusions ça ne peut pas durer longtemps" et qui d’après ses axiomes de "l’apriorisme logique" revendique pouvoir se dispenser d’analyse empirique pour donner des preuves validant son raisonnement... Bref, intéressant mais pas convaincant.

    Ensuite, le programme de SES a été modifié et ce juste après que j’ai passé mon bac, et la comparaison du nouveau programme avec l’ancien m’a fait sourire : séparation des sciences sociales et de l’économie, abolition de l’option de science politique en 1ère... Et des contenu économique nous ramenant à l’analyse microéconomique dont l’indigence n’a pas heurté ses concepteurs, banquiers (Michel PEBEREAU !!!!), et économistes nègres de maison des banques...

  • permalien jdb :
    21 novembre 2012 @23h25   « »

    Le seul petit ghettos de l’éducation nationale qui reste encore à l’abri de ce brainwashing c’est le programme de sciences sociales (où sont intégrés les sciences économiques) des classes préparatoires lettres et sciences sociale B/L . Mais ce n’est en général pas les élèves issues des classes défavorisés qui y ont accès.

    Donc, si il y en a parmi vous qui sont intéressés par des sciences sociales pluralistes ou qui ont des proches lycéens intéressés et en réflexion pour l’orientation post-bac... A bon lecteur.

    http://www.prepabl.fr/

  • permalien Pouyoul :
    21 novembre 2012 @23h27   « »

    Et quel est le "plaisir à penser" de Frédéric Lordon ?
    Hormis un statut (mérité) d’économiste dissident brillant et les gratifications symboliques et/ou trébuchantes qui peuvent en découler (mais qui, même dans les hypothèses les plus favorables, restent tout de même considérablement inférieures aux paquets d’euros et d’honneurs récoltés par les cuistres fats d’en face), il y a certainement le plaisir à exprimer cette pensée, à la rendre pensable par d’autres, y compris par ceux qui n’y connaissent que pouic en économie, à nous faire partager la joie qu’il y a à mettre à nu le système, à examiner ses malfaçons, à prendre conscience chaque fois à nouveau avec le même effarement combien sont médiocres ceux qui le servent. On se dit alors qu’un système qui enfante des gardiens aussi nuls ne peut pas être totalement invincible. Plaisir à penser ça.

  • permalien ASDLR :
    22 novembre 2012 @01h15   « »

    Merci pour ce texte.

    J’espère que le combat de l’AFEP arrivera à ses fins.

  • permalien Alexandria :
    22 novembre 2012 @01h18   « »

    Juste un coquille : « Mais en parfaits individus libéraux, tous ces gens sont de petites machines procyliques. »
    Procycliques, sans doute.

  • permalien patrice :
    22 novembre 2012 @01h21   « »

    @Ydjer
    Une théorie économique n’est éventuellement valide que si sa mise en pratique ne se traduit pas par une catastrophe.
    Exemple : Le remède de cheval appliqué à l’Espagne, qui se traduit par une augmentation de sa dette, en plus de la montée du chômage et de l’appauvrissement des habitants. Nul besoin d’être expert pour dire : La théorie qui a présidé aux réformes est mauvaise.
    Quand, ensuite, on compte appliquer à la France les mesures qui ont échoué en Grèce, au Portugal, et en Espagne, le néophyte que je suis se dit : Ca va encore être la cata.
    Le jour où les experts commenceront à renouer avec la réalité, on aura fait un grand pas en avant, ou en arrière, puisque le problème vient de l’article 123 du Traité de Lisbonne. Accessoirement, il vient aussi de l’ouverture des frontières aux marchandises importées sans prise en compte de l’équilibre des échanges. Et enfin, il vient de la fraude fiscale des multinationales, contre laquelle aucun gouvernement européen ne réagit.
    On pourrait y ajouter les aides aux multinationales au détriment des PME, les cadeaux aux banques sans contrepartie ni contrôle, et la faiblesse de la recherche.
    Bref, que des choses simples, évidentes, et faciles à comprendre. A quoi bon étudier l’économie dans des écoles où l’on enseigne des inepties manifestes ?
    Personne ne nous oblige à plier devant l’Allemagne, la BCE, et le FMI, qui nous conduisent à notre perte. En plus, tout le monde le sait...A commencer par les agences de notation.

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @03h03   « »

    Un exemple concret qui va dans le sens de cet article : la manière dont parfois, le thésard finit par se passionner pour un sujet vers lequel il ne serait jamais allé, si les institutions ne le lui avaient donné a étudier.

    Au moment de la cinquieme année d’etudes post bac, annee de specialisation dans la recherche pour ceux qui veulent, il y a des sujets de memoire proposes par les laboratoires du lieu ou on est. On en choisit un parmi ceux disponibles, et alors apres, on sait qu’il va falloir savoir positiver ce sujet, meme si au depart on ne voyait pas trop son interet. Voir l’interet du sujet, et meme inventer cet interet : ce sera tout l’effort de l’etudiant, c’est en cela qu’il brillera. C’est seulement s’il parvient a inventer cet interet qu’il fera un bon memoire, puis une bonne these, publiera... Evidement, il ne publiera que s’il y a des revues qui s’interessent a son sujet, donc si son sujet est in.

    J’imagine que le directeur de recherche doit lui aussi chercher a inventer l’interet academique des sujets qui interessent parfois plus les entreprises, l’Etat. Ou aussi qu’il doit y avoir des filtres tres concrets par lesquels, dans des domaines qui touchent aux choix politiques, on n’envisage pas les choix politiques qui derangent, on ne fait pas les hypotheses qui derangent, on ne "sort pas du cadre" comme dirait J. Genereux.

    Bref, il doit y avoir des mecanismes tres concrets, pas si insaisissables que cela, par lesquels finalement, les chercheurs ne se posent pas toutes les questions qui interesseraient le citoyen, qui permettraient d’envisager qu’on aurait pu faire autrement ; que les chercheurs se posent des questions qui interessent les pouvoirs economiques sans les deranger.

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @03h21   « »

    "Spinoza explique dans le Traité politique qu’il ne faut pas attendre le bon gouvernement de la vertu des gouvernants — pari sur un miracle voué à être perpétuellement déçu —, mais sur la qualité des agencements institutionnels"

    Dans la même veine en plus direct, Saint-Just :
    "Le plus dangereux ennemi du peuple est son gouvernement."

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @03h29   « »

    Dernière remarque : j’ai aimé la simplicité du style de cet article, simplicité qui lui venait surement du fait qu’il etait oral. Le style plus compliqué des autres articles a aussi la vertu d’exprimer l’humour et l’esprit de l’auteur, de faire souvent sourire les lecteurs. Mais la simplicité a aussi quelque chose de tres beau, beau comme du Aristote plutot que beau comme du Voltaire - je prefere le style d’Aristote, question de gout surement...

  • permalien Bob :
    22 novembre 2012 @06h43   « »

    Au Québec : corruption généralisée dans l’attribution des contrats de construction. L’État a pratiquement cessé d’embaucher des ingénieurs, et préféré confier l’examen des offres à des firmes privés d’ingénieurs ... qui ont jugé plus intéressant de s’entendre avec les mafieux.

    L’adoration du privé (financé par l’État) produit partout les mêmes résultats - augmentation exponentielle de la corruption, chômage chronique et massif, court-termisme etc.

    Les cliques qui se succèdent au pouvoir ont secrètement tout aussi peur qu’autrefois de perdre le contrôle du gouvernail.

    Cette peur les amène à s’enfoncer dans des politiques absurdes, qui précipitent justement les événements qu’elles craignent le plus.

  • permalien Jordi Grau :
    22 novembre 2012 @08h57   « »

    A Via

    Ce qui compte, c’est de savoir qui a le pouvoir en France, en Europe et dans le monde. Pensez-vous sérieusement que les petits profs d’économie de lycée aient une grande influence sur ceux qui nous gouvernent ? Pensez-vous que ce soient les livres des économistes dissidents qui inspirent la banque centrale européenne, le FMI, la commission européenne, etc. ? On peut bien parler ici de domination d’une certaine pensée économiste "orthodoxe". Le mot n’est pas usurpé. Et si Frédéric Lordon vous paraît orgueilleux, que penser de la suffisance de ces économistes qui continuent à donner leur opinion dans les journaux ou à la radio alors qu’ils se sont lamentablement plantés dans leurs analyses, comme la crise financière de 2007-08 l’a montré ?

  • permalien Ydjer :
    22 novembre 2012 @09h28   « »

    @ Patrice
    " Une théorie économique n’est éventuellement valide que si sa mise en pratique ne se traduit pas par une catastrophe."
    Une catastrophe ? bien sur ! mais pour qui ? Répondre à la question permet d’aborder les enjeux et ce qui s’y joue derrière eux. Quant aux solutions proposées,"simples comme le bon sens" mais qui ont comme objectif d’empêcher de penser, pouvons-nous JUSTEMENT les penser ? Avec quels outils de pensée ? Selon quel ordre de raisonnement ? Savoir qu’il n’y a pas qu’un point de vue unique en économie en France,( comme découvrir des expériences alternatives dans le monde), me conduit à plus de prudence que vous. Il ne faut rien attendre d’un "retour des experts dans la réalité" puisqu’ILS Y SONT DÉJÀ : Et comme vous l’écrivez, de "l’article 123 jusqu’à la faiblesse de la recherche".
    Autant de choses complexes que je juge, contrairement à vous, difficiles à comprendre sans une aide appropriée.C’est pour cela que le blog de Mr Lordon ( entre autres ) est précieux. Personne ne nous oblige à plier dites-vous ? c’est pourtant ce que font Messieurs Hollande et Ayrault.

  • permalien Jordi Grau :
    22 novembre 2012 @09h35   « »

    A M. Lordon

    Merci pour cet article espiègle, dont le ton dément l’austère mise en garde du préambule.

    Quant au fond, je ne vous trouve pas entièrement convaincant. Ainsi, contrairement à vous, je crois que la notion de conflit d’intérêts est somme toute assez pertinente dans le domaine de l’expertise économique. Certes, il n’est pas possible de prouver que M. Pastré ou M. Lorenzi parlent en tant qu’administrateurs de telle banque ou institution financière lorsqu’ils interviennent dans un débat public. Mais le simple fait qu’ils aient une double casquette (administrateur d’une société privée et universitaires chargés d’apporter une expertise dans un débat d’intérêt public) suffit à créer un conflit d’intérêt. Cette expression ne renvoie pas à un comportement mais à un risque de confusion entre un intérêt privé et l’intérêt public. Cf. à ce sujet Wikipedia, qui ne dit pas que des conneries.

    Pour ce qui est de la « corruption formelle », vous me permettrez là encore d’émettre une réserve. On sait que la corruption est un fléau extraordinaire, y compris dans les pays riches, où elle est représente des montants faramineux (même si elle est moins visible au quotidien que dans les pays pauvres). Je ne vois pas pourquoi le monde des économistes serait a priori épargné par ce problème. Beaucoup de médecins se laissent bien circonvenir par les lobbies pharmaceutiques, qui leur payent des vacances luxueuses à l’occasion de formations. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour certains économistes ? Proposer à un universitaire de faire partie du CA d’une banque, n’est-ce pas un bon moyen de s’assurer de sa fidélité à une idéologie qui va dans le sens des intérêts de la finance ? Vous écrivez : « La question est donc celle des profits ou des intérêts à penser ce qu’on pense, et dont il faut redire qu’ils peuvent être de toutes natures : monétaires bien sûr, mais aussi, et évidemment surtout, institutionnels, sociaux, symboliques, psychiques […] ». Mais est-il judicieux de séparer les profits monétaires des profits symboliques ? Si certains économistes – comme beaucoup de gens, hélas ! – sont si avides d’argent, est-ce seulement à cause des avantages strictement matériels que l’argent va leur procurer ? L’argent n’est-il pas, à lui seul, un symbole de réussite sociale ?

    Enfin, je veux bien admettre avec vous que les déclarations d’intérêt ne constituent pas un remède miracle ! Mais qui a prétendu que cela soit le cas ? Sous prétexte qu’une telle mesure est insuffisante, vous la jugez inutile, ce qui me paraît un glissement conceptuel peu rigoureux.

    Joyeusement vôtre,

    Jordi Grau

  • permalien Jordi Grau :
    22 novembre 2012 @09h46   « »

    Erratum

    En toute rigueur, le conflit d’intérêt apparaît lorsqu’il y a un risque de contradiction entre deux intérêts (quels qu’ils soient), à cause de l’appartenance d’une personne à deux organisations différentes. Contrairement, à ce que j’ai dit, il ne s’agit pas forcément d’un conflit entre l’intérêt public et un intérêt privé. Ce cas de figure est sans doute le plus intéressant, mais ce n’est pas le seul possible.

  • permalien Ydjer :
    22 novembre 2012 @09h52   « »

    @samuel
    En vous lisant, je me suis souvenu d’un passage d’un cours de Pierre Bourdieu au Collège de France dont je viens de prendre connaissance, intitulé : "Les deux faces de l’Etat". Je vous le livre pour approfondir votre intuition : " La culture légitime est la culture garantie par l’Etat, garantie par cette institution qui garantit les titres de culture, qui délivre les diplômes garantissant la possession d’une culture garantie. Les programmes scolaires sont affaire d’Etat ; changer un programme, c’est changer la structure de distribution du capital, c’est faire dépérir certaines formes de capital. Par exemple, supprimer le latin et le grec de l’enseignement, c’est renvoyer au poujadisme toute une catégorie de petits porteurs de capital linguistique. Moi-même, dans tous mes travaux antérieurs sur l’école, j’avais complètement oublié que la culture légitime est la culture d’Etat…" Article sur http://www.monde-diplomatique.fr/20...

  • permalien L’équipe du Monde diplomatique :
    22 novembre 2012 @10h11   « »

    @Alexandria

    C’est rectifié, merci de votre vigilance.

  • permalien Ydjer :
    22 novembre 2012 @11h13   « »

    @Jordi Grau
    La notion d’intérêt abordé par Mr Lordon, comme il le dit ,l’est beaucoup plus selon " un regard sociologique et institutionnaliste "proche du modus operandi de Bourdieu. La conception de l’intérêt chez Bourdieu est différente de l’intérêt des économistes.
    D’abord contrairement à ces derniers il n’y a pas que le seul intérêt d’un homo œconomicus, mais plusieurs intérêts distincts en fonction des champs,( champ politique, champ économique, champ intellectuel, champ journalistique, etc.). Les agents (individuels et collectifs) dotés de ressources inégales apparaissent en compétition autour d’intérêts spécifiques au champ concerné, dans la logique d’accumulation de capitaux eux aussi spécifiques. Deuxième différence : les intérêts sont chez Bourdieu historiques (ils sont constitués historiquement au cours du processus d’autonomisation et d’institutionnalisation d’un champ).Dernière différence : ces intérêts ne sont pas pleinement conscients (contrairement à l’homo œconomicus), mais renvoient à une part principalement inconsciente (dans l’habitus).
    On est loin des discours sur le conflit d’intérêt.

  • permalien Jordi Grau :
    22 novembre 2012 @12h04   « »

    A Ydjer

    Bonjour.

    Bien que je ne sois pas sociologue, je connais un peu Bourdieu, moi aussi, et je trouve cette grille de lecture très pertinente et féconde. Mais je ne vois pas en quoi elle invalide mes propos. Il est évident que les intérêts d’un économiste ne sauraient se ramener à leur dimension monétaire, pas plus qu’à leur dimension consciente. Mais cela n’empêche pas l’argent de jouer un rôle non négligeable dans cette affaire (rôle que F. Lordon ne nie d’ailleurs pas). Je pense qu’il ne faut pas minimiser ce rôle, d’autant que le profit monétaire et le profit symbolique sont liés. Avoir beaucoup d’argent (et les signes extérieurs de richesse qui vont avec) contribue à donner le sentiment qu’on est reconnu socialement, et qu’on fait partie d’une élite.

    Ensuite, je ne suis pas du tout sûr qu’une lecture bourdieusienne (ou spinoziste) du milieu des économistes enlève sa pertinence à la notion de conflit d’intérêts. Quand un économiste intervient en tant que professeur d’université dans les médias, il est censé servir l’intérêt public, en apportant une information "scientifique" destinée à éclairer ses concitoyens. Les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs n’attendent pas de lui qu’il défende les buts d’une entreprise privée. Il y a donc là une forme d’escroquerie. Si les médias informaient convenablement leur public sur le statut ambigu des économistes qu’ils invitent, tous les problèmes ne seraient certainement pas résolus pour autant, mais on aurait tout de même fait un pas en avant.

    Bien entendu, une lecture spinoziste ou bourdieusienne nous permettrait de voir qu’il y a dans ce genre de situation une complexité beaucoup plus importante que dans ce qu’on appelle en général "conflit d’intérêts". L’économiste ne défend pas seulement l’intérêt de l’entreprise à laquelle il est lié : il défend aussi les intérêts d’une classe sociale ou d’une corporation et il cherche à acquérir ou à renforcer une position dominante dans le champ universitaire ou médiatique. Tout cela est très complexe, encore une fois, mais cela n’empêche pas qu’il puisse y avoir une contradiction entre l’intérêt public et d’autres intérêts (intérêt de l’entreprise, intérêt de classe, corporatisme, intérêt personnel) même si ces derniers peuvent parfois s’opposer les uns aux autres.

  • permalien parkway :
    22 novembre 2012 @12h34   « »

    Bourdieu et Spinoza :

    Quand on voit ce qu’on voit,

    quand on entend ce qu’on entend,

    on a bien raison de penser ce qu’on pense...

    signé : un fan de Lordon...

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @13h43   « »

    @ Ydjer

    Les connaissances construites par le sociologue Bourdieu sont surement de tres grande valeur pour comprendre par quels mecanismes concrets le savoir est instrumentalise au service d’un desequilibrage, anti-democratique, des pouvoirs politiques.

    Mais a partir de ces connaissances, je trouve que Bourdieu est allé trop loin dans ses jugements de valeur de citoyen :

    - Il oublie qu’une certaine hierrarchisation doit parfois etre couplee avec la democratie, a chaque fois que tout ne se vaut pas, et que tout le monde ne se vaut pas pour voir que tout ne se vaut pas et dans quel ordre tout se range alors. L’eleve est en dessous du maitre, dont le role est justement d’elever l’eleve, il y a la un bas et un haut. Le sage est, sur certains sujets, au dessus du citoyen leger d’esprit, et l’institution doit savoir parfois donner un role particulier au sage, la encore il y a un bas et un haut. Parfois Platon a raison, et le regime doit alors un peu tenir aussi de La Republique de Platon.

    - Bourdieu oublie encore a d’autres moments de distinguer la veritable oppression de la fausse. Il n’y a pas necessairement oppression du maitre sur l’eleve ni du sage sur le leger d’esprit, du simple fait qu’il y a une certaine hierrarchisation. Toutes les regles de politesse, obligations morales vis a vis de la collectivite, coutumes, ne sont pas non plus necessairement des oppressions, elles peuvent servir a faire exister le respect, la coexistence, l’interpenetration des intimites, le partage. Toutes ces choses ne doivent pas etre confondues avec les mecanismes vraiment oppressifs, qui permettent au regime politique et a l’organisation economique de donner trop de pouvoir et de richesses a certains, et pas assez a d’autres.

  • permalien René :
    22 novembre 2012 @14h45   « »

    Encore un article très intéressant avec un éclairage pertinent apporté par les écrits de Spinoza. Les "Experts" et les médias sont beaucoup plus nocifs que ne le pensent la majorité des Français et il est indispensable de le rappeler régulièrement.

    A ce sujet je vous conseille cet article : Pourquoi les journalistes sont-ils nuls en économie ?

    Bien à vous

  • permalien
    22 novembre 2012 @15h16   « »
    aubin

    La continuité de cette pensée serait de savoir comment, stratégiquement, faire exister le scientifique sur la scène médiatique non plus en tant qu’expert, mais en tant que sapeur (celui qui fait des trous pour voir s’effondrer les vérités mal fondées).
    Autrement dit en évitant le mélange des genres d’une caution scientifique qui va mal au rôle d’expert alors que le scientifique se réalise avant tout en tant que chercheur. Attaquer une position si rassurante pour la population et tant lucrative pour l’institution médiatique mérite un plan d’assaut qui ne fera pas l’économie du premier de ses deux défenseurs.

  • permalien Nicks :
    22 novembre 2012 @16h27   « »

    Une petite gourmandise un peu superflue puisqu’elle reprend des propos déjà plus ou moins tenus sur ce blog. Mais ça ne se refuse pas, rien que pour observer le reflux acide que cela provoque chez certains.

    Les structures, toujours les structures... Celles du secteur financier notamment...

  • permalien aL :
    22 novembre 2012 @16h41   « »

    Merci M. Lordon et merci à ses commentateurs.
    Vous êtes édifiants.

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @17h05   « »

    @ aL

    Comme Saint-Thomas, il ne faut croire que ce qu’on voit. Pas d’argument donné veut alors dire : sans argument en tête.

  • permalien Ydjer :
    22 novembre 2012 @19h26   « »

    @Jordi Grau
    bonsoir
    Notre connaissance mutuelle de Bourdieu nous mettra d’accord,je pense,sur le fait que votre questionnement sur le conflit d’intérêt a un caractère partiel pour ne pas dire délibérément constitué comme partiel. Comme vous le pressentez, les réponses se doivent d’être le plus complètes,autant que possible dans l’état des instruments de connaissance. Ce que suggère à mon avis Mr Lordon, c’est de poser cette question de l’intérêt mieux qu’elle ne se pose dans notre monde ordinaire, par exemple par les journalistes, ou les intellectuels médiatiques voire les politiques qui nous gouvernent. Mon propos n’était pas de réfuter le votre. Il visait juste à l’élargir en invitant à un travail de redéfinition nécessaire, préalablement à la dénonciation
    de ces faux experts et autres médiacrates dont vous vous indignez à juste raison.
    Mais l’indignation est un sentiment qui peut prêter à des interprétations différentes. Sans compter qu’elle ne peut être que l’occasion de défouler son humeur personnelle, ce qui serait dommageable pour la qualité exigée des débats.

  • permalien Ydjer :
    22 novembre 2012 @19h55   « »

    @samuel
    Bonsoir
    excusez mon retard, mais je ne dispose pas constamment d’un clavier, n’étant pas le seul utilisateur.
    Pour Bourdieu le jeu social, où qu’il s’exerce (quel que soit le champ que l’on observe), repose toujours sur des mécanismes structurels de concurrence et de domination. Ces mécanismes font partie de la socialisation même des individus qui les reproduisent inconsciemment : ils sont devenus pour eux des habitus. L’école est le haut lieu de la reproduction de ces inégalités entre classes dominantes et classes dominées par le biais d’un enseignement qui " est objectivement une violence symbolique en tant qu’imposition, par un pouvoir arbitraire, d’un arbitraire culturel " ( lire La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement). Pareille analyse possède une très grande force d’explication des mécanismes de domination.
    Comme vous le dites, on ne connaît pas de société sans hiérarchie, sans pouvoir, sans domination, entre les sexes, les âges ou les classes. Nous pouvons appliquer la même analyse au sein de chacun des nombreux champs qui constituent une société complexe. Ce faisant, un tel travail de dévoilement des stratégies de domination est scientifique et en même temps politique, car, toujours selon Bourdieu, son rôle fondamental est de dire la domination afin de permettre aux acteurs sociaux de lutter contre.
    Ne pas tenir compte de ces mécanismes de domination ne peut que conduire à la la vacuité du débat intellectuel et politique auquel nous sommes abreuvé de façon consternante. Mais sommes-nous tenus de nous conformer à cette vacuité ?

  • permalien samuel :
    22 novembre 2012 @21h13   « »

    @ ydjer

    Théorie surement très intéressante. Mais qui nous apporte une vision incomplète si on ne dit pas quand une obligation n’est plus une oppression mais une obligation légitime. Celle, par exemple : de l’élève par rapport aux maitres ; des gens légers d’esprit par rapport aux sages ; ou de celui qui se sent engagé dans une relation éthique avec un groupe auquel il appartient, se sent des droits reconnus par ce groupe, mais aussi des devoirs envers ce groupe, comme dans toute relation réciproque.

    Le mot oppression me semble ne pas seulement désigner une réalité, mais aussi contenir un jugement négatif sur cette réalité, il ne fait donc plus partie d’un discours purement scientifique, qui se contente de décrire la réalité et la rendre intelligible, il fait aussi partie d’un discours qui porte un jugement de valeur sur la réalité. Ce jugement de valeur, qui dit de telle ou telle obligation qu’elle est une oppression, et de telle ou telle autre qu’elle est légitime, met les pieds dans la philosophie, hors de la sociologie.

    Pour compléter la théorie sociologique de Bourdieu, il faut donc la délimiter, savoir quand le mot oppression est utilisé à bon escient, et quand le simple mot obligation aurait suffi.

  • permalien Sylvain :
    22 novembre 2012 @22h42   « »
    une forme supérieure de la critique

    Un article à lire avec Léo Ferré à fond !

    « Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l’appellerons “bonheur”, les mots que vous employez n’étant plus “les mots” mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais…
    La solitude… »

  • permalien Ydjer :
    23 novembre 2012 @08h57   « »

    @samuel
    bonjour

    Oppression, obligation légitime, relation éthique, droits et devoirs, autant de notions qui font les délices de toute un philosophie du sujet et du Droit. À mon tour j’ajoute la LIBERTÉ. Rousseau ne disait-il pas déjà :" L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux."
    Nos propos nous éloignent quelque peu du thème de l’article proposé au débat ,quoiqu’ils participent à leur manières, tout comme Mr Lordon la sienne, à ce que Bourdieu nomme : la lutte des classements et des jugements pour imposer un mode de perception légitime du monde social.
    Dans cette logique,la politique peut être définie comme lutte pour imposer l’État comme l’instance qui détient le pouvoir permettant l’imposition officielle de la vision légitime du monde social.
    Bourdieu ne fait que reprendre ces problèmes à la philosophie pour leur apporter une réponse scientifique. Discuter ses conclusions ne peut se faire qu’ à la condition de reprendre intégralement son prodigieux travail. Ce qui excède l’accueil de ce blog.
    Amicalement

  • permalien Ydjer :
    23 novembre 2012 @10h03   « »

    @samuel
    Erratum
    ... les délices de toute une philosophie... bien sur !

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h34   « »

    @Jdb et Jordi Grau
    Je me suis peut être mal exprimé, ou trop vite, alors reprenons et soyons plus clairs. D’abord, ma position est que l’analyse en économique des conflits d’intérêts et autres problèmes de "dominants", bref la lecture sociologique de l’économie, si elle n’est pas dénuée d’intérêt, passe complètement à côté du sujet, à savoir la réponse sur le fond avant d’ajouter une couche institutionnaliste.

    C’est précisément ce que je reproche généralement à Frédéric Lordon : son incapacité à penser comme un économiste. Ça ressort de façon très claire dans son livre La crise de trop. Un économiste commence par dégager des raisonnements (causalités, corrélation, cohérences, etc.) entre des variables économiques, et appuie sa démonstration sur une foule d’études empiriques. S’il est intelligent il voie les limites de son raisonnement et sait en préciser les contours (l’économie est une science humaine, etc.). Ensuite, s’il veut aller plus loin, rien ne l’empêche d’aller vers une lecture plus « sociopolitique » de l’affaire, histoire de se dégager à raison des modèles de rationalité pures qui n’existe que dans l’esprit de leurs concepteurs. A condition de le faire néanmoins avec une certaine humilité quand on n’est pas politiste ou sociologue de formation. Par exemple montrer (à l’image d’un Galbraith) que la demande est poussée par le marketing, c’est bien, mais ça change quoi pratiquement ? Quelle réponse politique cela apporte ? Qu’il faut mettre un flic derrière chaque personne qui achète un produit sous l’influence de la pub ? Et qui ne le fait pas ?

    Lordon, lui, fait exactement l’inverse de cette démarche. Sous prétexte d’avoir une vision plus globale, une lecture plus « réaliste » des choses, il s’enferme dans un insupportable réductionniste politique. En bref, il commence par dégager des relations politiques de dominants/dominés, de façon d’ailleurs assez simpliste (comme l’était d’ailleurs l’analyse de Bourdieu, tout droit inspirée de Marx et relativement incapable de penser le changement social et la moyennisation pourtant massive) fort peu étayée empiriquement, puis plaque par-dessus les éventuelles conséquences économiques que ces rapports de domination engendrent.

    Ce faisant Lordon perd beaucoup en crédibilité scientifique. On démontre forcément ce que l’on avait prévu de démontrer quand on inverse les prémisses et la conclusion, quand on part du principe que les rapports de domination sont tels pour en déduire des conséquences économico-politiques, au lieu de faire le raisonnement inverse. Au final on sort du bouquin avec le même reproche que faisait déjà Larry Summers à Joseph Stiglitz : « ton livre est long en accusations et court en notes de bas de page ».

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h34   « »

    En réalité « La crise de trop » ne démontre à aucun moment l’existence même de ce qu’il pourfend durant 200 pages, à savoir le capitalisme actionnarial. Ça me fait penser à cette note de Patrick Artus, « le capitalisme financier existe-il ? » (janvier 2009 de mémoire) qui, après une très bonne introduction littéraire de ce qu’est le capitalisme financier, entend démontrer statistiquement son existence… avec des graphiques très peu probants, desquels on pourrait tirer une toute autre lecture.

    Lordon ne se donne même pas cette peine, il analyse en long, en large et en travers le vilain actionnaire mais ne démontre jamais rien. Voir par exemple son chapitre sur le « paradoxe de la part salariale », censé montrer que la relative stabilité du partage salaires/EBE depuis les années 1990 masque des rapports de domination et de violence actionnariale. Du point de vue littéraire c’est très intéressant. Du point de vue empirique, statistiques, c’est d’une faiblesse incroyable compte tenu de la violence et de la radicalité des accusations (et des propositions). On a là ni exemple empirique probant (à part deux trois statistiques qui traînent sur la part des dividendes dans le PIB, statistiques énoncées de manière peu rigoureuse puisque la source n’est citée qu’à postériori et que des dates manquent) ni démonstration empirique rigoureuse. On aurait pu par exemple s’attendre à une analyse de la longévité des dirigeants du CAC ou du SPF120, à la réponse à la question (intéressante n’est-ce pas) « pourquoi les grandes entreprises se ruent sur le marché financier si ce système leur est si défavorable », à des distinctions plus nuancés de ce qu’est le capitalisme actionnarial, à une analyse plus poussée du marché du travail, etc.

    Il n’en est rien et l’on ressort avec l’impression d’un tract de propagande politique pour le Front de Gauche, saupoudré de deux-trois refrains connus et intéressants (le protectionnisme existe de fait, la gouvernance mondiale est une utopie, etc.) mais qui n’a pas grande valeur scientifique. Lordon prétend même à quelques reprises qu’on aurait quelques envies de « nationalisation punitive », comment ne pas y voir une simple envie de s’opposer à « la droite » quand on est « de gauche » ?

    Très bien, mais alors que ce monsieur cesse de se prétendre économiste et « scientifique ». Quelques analyses statistiques simples suffisent finalement à contredire l’extrémisme des analyses lordoniennes, nous présentant un monde fait de méchants actionnaires exploitant des salariés asservis. Sauf qu’en moyenne, moins de 4% des salariés en CDI perdent leur emploi d’une année sur l’autre, CDI qui demeure d’ailleurs la norme (Lordon devrait lire Maurin).

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h35   « »

    A force de tout mélanger (arguments moraux, économique, politiques, sociologiques) on ne démontre plus rien, et le fatras qui en ressort est indigeste et peu convaincant. D’ailleurs le livre m’a été donné par une amie de Science-pô (Lyon), non-formée à l’économie et pour qui cette lecture obligée (tiens tiens... domination, domination ?) fut un calvaire (et pas parce qu’il serait technique).

    Ajoutez à cela un style insupportable, pas seulement celui de ce texte « scientifique » pour un « colloque », mais le style systématique de Lordon, fait d’ironie permanente et de mots grecs pour faire savant bien qu’ils n’apportent rien à la démonstration (on croirait le livre écrit sur synonyme.com... Bourdieu quand tu nous tiens !) ; d’accusations violentes d’adversaires soit imaginaires et insultés d’autant plus facilement (« les libéraux », « les journalistes », les « concurrentialistes », les « amis du grand marché », sans jamais que des noms soient vraiment cités, sont tour à tour qualifiés d’ahuris, d’imbéciles, etc. ceux qui sont cités sont forcément caricaturés ou plutôt, pris dans les caricatures (c’est plus facile de prendre comme méchant Lamy ou Greenspan que Friedman, Samuelson ou Hayek qui sont d’une autre pointure intellectuelle) ; et enfin d’autoglorification permanente (Lordon se citant lui-même, surtout dans l’introduction, toutes les 5 pages). Ce style même, à commencer par son ironie qui est peut être sympathique dans les colloques ou les pièces de théâtre (j’ai apprécié D’un retournement l’autre) mais qui n’a rien à faire dans un livre censé analyser la crise et même en délivrer des réponses, décrédibilise Frédéric Lordon. En plus de rendre sa lecture fort pénible (phrases d’une demi-page quand ce n’est pas davantage).

    Évidemment, quand on produit un tel ouvrage, il est facile ensuite de venir pleurer sur les dominants qui dominent. La vérité, c’est que Lordon n’argumente (presque) jamais sérieusement, il se croit (et nous entraîne) dans un jeu politique ou dans une manif d’extrême-gauche. Au final l’analyse sociologique de la domination, qui pouvait être intéressante si l’on commençait par faire de l’économie, se relève être davantage une facilité paresseuse évitant d’avoir à répondre sur le fond. Il est piquant de constater d’ailleurs que les mêmes qui se plaignent de la domination des élites sont eux-mêmes... des dominants : Bourdieu prof au collège de France, Lordon directeur de recherches au CNRS… et ces gens prétendent parler au nom du « peuple » ? Grosse marade. Combien gagne monsieur Frédéric Lordon chaque année ? Intéressante question sociologique, non ?

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h36   « »

    Quant aux médias… analyse encore discutable et redondante, mille fois entendue, de ce « on entend toujours les mêmes ». Lors de la crise grecque on a aussi bien entendu dans les médias les opinions on va dire orthodoxes (type Delhommais, le journaliste qui officie en économie au Monde) défendant un point de vue allemand que les économistes hétérodoxes comme Sapir prônant la sortie de l’euro ou bien d’autres comme Todd qui n’est pas économiste et qui a eu une intense activité dans les médias pour défendre ses idées antilibérales… Que dire encore de Krugman, avec sa chronique au NYT, et de l’immense aura médiatique d’un Stiglitz, certes pas aussi radical que le souhaiterait Lordon mais certes pas non plus tout ce qu’il y a de plus « libéral » ? Et l’aura d’AlterEco n’est pas du tout anodine puisqu’elle contribue à former des milliers d’élèves à (une première approche de) la pensée économique. Ces mêmes élèves, devenus citoyens, qui voteront. Ils n’ont pas le pouvoir, certes. Mais on peut au final constater fortement la domination dans la société des idées « néolibérale » (encore un mot fourre-tout quand on sait la diversité des courants libéraux).
    Au pouvoir, même Merkel n’était pas d’accord avec Sarkozy sur la ligne à suivre et les débats se prolongent jusqu’au sein même de la BCE…

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h39   « »

    « La suffisance des économistes », vous dites, Jordi Grau. Mais de qui parle-t-on ? Que signifie « économiste » ? C’est un mot fourre-tout dans lequel on peut trouver aussi bien un analyste financier intervenant sur le plateau télé sous l’étiquette « économiste » qu’un universitaire reconnu, un essayiste qui est historien à la base aussi bien qu’un Prix Nobel ou un journaliste qui a au mieux une licence en économie. Ce n’est pas parce que plein de gens s’expriment dans les médias sous le titre « économiste » qu’ils sont sérieux, les universitaires répugnent souvent à apparaitre dans les médias et les salles de rédactions prennent ce qu’elles trouvent. Les plus médiatiques ne sont pas les plus compétents. Et la compétence n’évite pas les biais. On peut être Prix Nobel et s’exprimer sur un sujet qui n’est pas sa spécialité ou avancer des opinions politiques plutôt que des réflexions issues de ses travaux. On peut être journaliste et écrire un essai en économie très sérieux et intéressant. Un économiste (Alexandre Delaigue pour ne pas le nommer, il écrit dans Libération) disait : « Milton Friedman a certainement des choses intéressantes à dire en matière de politique monétaire ; mais on n’est pas obligé d’accorder le même crédit envers ses opinions favorables au marché libre et au gouvernement minimal. Le problème vient de ce que ses analyses en matière de politique monétaire sont en partie assises sur ses opinions personnelles, ce qui ne facilite pas la tâche de qui cherche à démêler son discours. On pourrait en dire autant de tous les économistes s’exprimant publiquement ; tôt ou tard, ils sont amenés à sortir de leur champ de compétence. L‘ennui, c’est que si les économistes savent faire la différence, c’est nettement plus difficile pour le grand public. Par ailleurs, les économistes ont un peu trop souvent la déplaisante manie de manquer de modestie, et de s’exprimer publiquement à tort et à travers sur des sujets sur lesquels leur expertise personnelle n’est que limitée en se basant sur la position que leur statut d’économiste leur confère. Ce travers n’est pas spécifique aux économistes. Voir les physiciens spécialistes des matériaux composites s’exprimer sur les bienfaits de l’énergie nucléaire, ou dans un genre plus léger, Johnny Hallyday interrogé sur le vote sur le referendum sur l’Union européenne en 1992 (il avait répondu qu’il s’en moquait et préférait sa copine et sa moto, ce qui témoigne d’un bon état d’esprit). Mais il prend de grandes proportions en économie, ou l’on peut voir par exemple un spécialiste connu pour avoir résolu le problème de l’équilibre général par la méthode des surplus s’exprimer ad nauseam sur l’économie internationale ou la question des flux migratoires, sujets sur lesquels son expertise professionnelle est nettement plus ténue. »

  • permalien Via :
    23 novembre 2012 @13h41   « »

    J’insiste sur la fin : s’exprimer ad nauséam sur des sujets sur lesquels son expertise professionnelle est plus ténue, c’est non seulement pas le propre des économistes mais encore moins celui des "libéraux", hein Frédéric Lordon.

    Quant au pouvoir qui serait ultralibéral, ah ah ah. Les libéraux ne cessent de dénoncer la FED ultrakeynésienne, la Chine protectionniste, et les taux d’intérêts actuels de la BCE ne correspondent pas vraiment à ce qu’un Hayek ou un Friedman auraient appelés de leurs vœux.

    Il y a matière à redire de la politique européenne ? A la concurrence « libre et non faussée » ? Au capitalisme financier ? Évidemment ! Mais il faudrait mieux débattre sur le fond plutôt que ces pleurnicheries universitaires. Et sur le fond, Lordon est guère plus convaincant que les caricatures libérales qu’il abhorre.

  • permalien zorbeck :
    23 novembre 2012 @16h43   « »

    « dites moi à quel domaine institutionnel vous appartenez et quelle position particulière vous y occupez, et je vous dirai quelles sont vos inclinations passionnelles et désirantes, y compris celles qui vous déterminent à penser »

    Ca c’est un peu la paille et la poutre, à se demander si c’est la hauteur de sa tour d’ivoire qui fait que Lordon n’a meme pas daigné envisager la maxime appliquée á son propre cas : universitaire dont la pérennité de la carrière si pas les émoluments proviennent directement de fonds publics, on le voit mal dans sa position se mettre à vanter les vertus de la concurrence ou du libéralisme s’il tient à conserver sa place parmi ses pairs. Feignant ne pas s’apercevoir que la norme institutionnalisée chez les intellectuels en France est l’antiliberalisme, il aime jouer les rebelles mais sa posture reste la marque d’un héritage évident de l’Etatisme tricolore voire franchouillard : si ca va mal, cela ne peut venir de nous, mais bien de l’Europe libérale et de ceux qui la promeuvent. Ca reste souvent très court comme analyse, mais personnellement j’adore le style qui sauve le tout à mes yeux.

  • permalien Vincent Orwell :
    23 novembre 2012 @17h22   « »

    Tiens un troll verbeux. Ça nous change des trolls laconiques habituels de la famille tl ;dr.

    Les amis, ne pensez-vous pas que notre ami (enfin, le mien, pas le vôtre visiblement) Frédéric Lordon pourrait être bien plus riche s’il appliquait son savoir dans une salle de marché au lieu de s’échiner à essayer d’expliquer les choses à ses contemporains ? Lui faire le procès du fonctionnaire engraissé avec nos impôts (au prix qu’ça coûte, ma pauv’dame), franchement, devons-nous rire ou pleurer ?

    Par ailleurs, son incapacité à "penser comme un économiste" me semble être une qualité et pas un défaut. On reconnaît un intellectuel intéressant à sa capacité à envisager son champ de compétence de l’extérieur au lieu de se contenter de se palucher en permanence en compagnie de ses pairs. Comme disait Le Diable (aka Pierre Bourdieu, le gars qui plaquait ses concepts sur le réel comme un gros pervers d’idéologue populiste d’extrême-gauche qui sent des pieds), pour avoir des informations sur un champ social, il faut qu’un de ses membres le trahisse un peu et rompe la connivence professionnelle qui empêche l’information d’en sortir.

    Je passe sur la question du style, qui doit effectivement être incompréhensible pour les majors de promo des business schools. Juste un mot pour vous les gars : pour une fois, vous n’êtes pas le cœur de cible. Retournez lire des pub Vuitton ou Mercedes, voire la prose leucémique de vos manuels ou de la Tribune. Ici , vous risqueriez de vous blesser avec des morceaux de littérature qui traînent partout.

    Contrairement à ce que dit Zorbeck, il me paraît évident que la norme intellectuelle française n’est pas antilibérale (quoi que ce terme veuille dire), en tout cas certainement pas en termes de couverture médiatique. Vous devez regarder la télé trop tard ou ne pas acheter des journaux mainstream. Pour un Lordon combien de Baverez, pour un Sapir, combien de Delhommais ? Et pour un Todd, combien de BHL, Onfray, Glucksmann, et je ne sais qui encore ?

    Et avant qu’on me fasse le procès en sorcellerie classique (D’où parles-tu, camarade ?), je signale que je suis un ENTREPRENEUR moi Môssieur, je ne suis salarié par personne, je me lève tôt, je bosse tard, et je paie mes impôts, je ne vends ni ne fume de drogue (illégale, s’entend, on n’est pas des bœufs), je ne suis pas étudiant ni encarté où que ce soit. Donc, je ne sais pas bien d’où je parle, mais je suis quand même partant pour qu’on pende le dernier trader avec les tripes du dernier économiste médiatique. Et je ne me sens pas obligé d’avoir un MBA en économie pour penser quelque chose du merdier que tous ces génies qui en ont nous ont inventé.

  • permalien Leo :
    23 novembre 2012 @17h48   « »

    "Spinoza explique dans le Traité politique qu’il ne faut pas attendre le bon gouvernement de la vertu des gouvernants — pari sur un miracle voué à être perpétuellement déçu —, mais sur la qualité des agencements institutionnels qui, en quelque sorte, déterminent des comportements extérieurement vertueux mais sans requérir des individus qu’ils le soient intérieurement."

    Tout est là !
    Nos institutions laxistes fonctionnent dans une logique de confiance -accordée aveuglément et solennellement, sans contrepartie aucune, lors du sempiternel rituel de l’élection.
    Il faudrait au contraire raisonner par défiance et truffer les institutions de gardes fous pour limiter le pouvoir des gouvernants et les forcer à rendre des comptes - à commencer par le cadre fondateur de notre système politique, les règles auxquelles nos bons souverains doivent se plier lorsque il nous gouvernent d’une poigne de fer et qu’il ont jusque là toujours écrit eux-mêmes.

    Vous avez dit conflit d’intérêt ?

    Vous l’aurez compris, il est temps de faire connaître les idées d’Etienne Chouard si vous nous voulons sortir de cette mélasse dans laquelle nos pitoyables vies sont aujourd’hui engluées de force !

  • permalien Valentin :
    23 novembre 2012 @18h04   « »

    Un con qui marche va plus loin qu’un intellectuel assis.
    ....A méditer....

  • permalien Michel :
    23 novembre 2012 @18h45   « »

    Sur l’inconscience de ses propres déterminismes (sociaux, en particulier), lire, relire (à peu près tout) Henri Laborit (10/18).

    Sur l’indissociabilité entre pensée et (esprit) critique, lire "Penser entre les langues" de Heinz Wismann (Albin Michel).

  • permalien Valentin :
    23 novembre 2012 @19h12   « »

    Il pourrait sembler que les pouvoirs (politiques,financiers,lobbyes...) se maintiennent par le dévoyement de la parole et de la pensée.
    Que nenni ! Comme dans toute dictature, ils se maintiennent par LA FORCE—>Police, Justice, Armée.
    Voir : " Aéroport de Notre Dame des Landes"(... entre autres...)

  • permalien Ydjer :
    23 novembre 2012 @19h32   « »

    À L’intention de certains commentateurs :
    Entrer dans le jeu de la confrontation d’idées, c’est ne s’autoriser la critique que dans les termes-et à leur hauteur- du débat, c’est-à-dire avec les arguments ad hoc. Polémiquer sans agressivité et au contraire d’un ton péremptoire, montrer son aptitude à la réflexion, son ouverture d’esprit, sa tolérance, sont autant de conditions pour un débat serein. Hors de telles conditions, le soupçon de sottise ou de bêtise et pourquoi pas de stupidité, entacherait les propos.
    Le philosophe Alain, en son temps, nous mettait en garde que dans la pensée en cercle, le niveau intellectuel ne tend pas spontanément à s’établir au plus haut, avec les meilleurs, mais toujours au plus bas, avec les plus obtus.
    Et demeurons convaincus qu’il n’y a aucune arrogance élitiste à dénoncer la malfaisance.

  • permalien Jordi Grau :
    23 novembre 2012 @19h34   « »

    A Via

    Merci pour cette longue réponse. Contrairement à quelqu’un (Vincent Orwell, je crois), je ne vous considère pas comme un troll, dans la mesure où vos arguments ont un rapport avec le sujet traité par F. Lordon. De plus, je constate que vous avez mis un peu d’eau dans votre vin : vous reconnaissez que tout le monde (y compris des économistes que vous semblez apprécier, comme Milton Friedman) peut être amené à présenter les faits de manière peu objective à cause de ses a priori idéologiques.

    Pour ce qui est de F. Lordon, je pense qu’il pourrait se défendre lui-même très bien, beaucoup mieux en tout cas que moi. Pour dire la vérité, je n’ai lu qu’un seul livre de lui (Fonds de pension, piège à con ?) que j’ai trouvé à l’époque bien argumenté, et confirmé par les faits (affaire Enron entre autres).

    En revanche, j’ai lu pas mal de ses articles, et je trouve qu’ils sont toujours ancrés dans la réalité. Mais je ne suis pas économiste, et je ne saurai vous démontrer rigoureusement que mon impression est fondée. Il me semble tout de même que Lordon est l’un des rares économistes à avoir vu avant la crise de 2007-08 la fragilité structurelle du système financier actuel. Ce n’est tout de même pas mal, pour quelqu’un qui pratique une science dans laquelle il est difficile - pour ne pas dire impossible - de faire des prévisions précises (contrairement à la physique, où l’on peut isoler un système dans un laboratoire et prédire ainsi son évolution avec une marge d’erreur très réduite).

    Enfin, je me permets de vous renvoyer à L’empire de la valeur, un livre d’André Orléan, un économiste assez proche de Frédéric Lordon sur le plan des idées, mais dont le style - plus sobre - devrait davantage vous plaire. Dans ce livre, Orléan explique que la plupart des théories économistes actuelles - celles, en tout cas, qui sont enseignées à l’université - ont une représentation très abstraite des marchés. Elles négligent, entre autres, les interactions entre les acheteurs et le rôle déterminant de la monnaie. Ces théories sont donc en grande partie incapables de comprendre et de prévoir les bulles spéculatives, dont on a pourtant vu dans l’histoire qu’elles sont loin d’être des épiphénomènes sans signification profonde.

    Plus intéressant encore, Orléan explique que tous ces économistes, avatars contemporains du courant néo-classique, sont moins dans la description de la réalité que dans l’élaboration de modèles normatifs. Autrement dit, leur apparente neutralité scientifique cache des préjugés idéologiques déterminants.

    Bref, il est possible, et même probable, que F. Lordon manque parfois d’objectivité à cause de ses convictions idéologiques. Mais il n’est pas sûr que cette dérive soit plus marquée chez lui que chez la plupart de ses confrères.

  • permalien Béa :
    23 novembre 2012 @19h50   « »

    Alors oui, on critique les politiques vereux et vils car ils ont pactisé avec le Diable ;
    Pourtant aux dernières élections présidentielles, un seul candidat disait vrai, avait le caractère et la carrure pour s’opposer au système et prosposait des solutions réalistes. Il a été raillé, lynché, discrédité, il a recueilli très peu de voix ; Et pourtant, au prix d’un effort inouï, il a réussi à avoir ses 500 signatures, sans grands moyens, juste une clairvoyance, une force de conviction, des idées. Il se bat pour le retour du Glass-Steagall Act, il voulait abroger la loi de 1973, nationaliser les banques provisoirement et créer une banque nationale de crédit productif pour des investissements pour le futur.
    Vous avez tous ris sous l’influence des médias, chiens de garde qui l’ont assassiné et vous avez été complices de son lynchage. Il s’agit de Jacques Cheminade, un homme intègre.Son site Solidarité et Progrès : http://www.solidariteetprogres.org/...

    Il se bat encore, pourquoi est-il étouffé ? Son action est juste et il mérite notre soutien.

  • permalien Ydjer :
    24 novembre 2012 @09h23   « »

    @via et incidemment zorbeck
    J’ai déjà fait état de quelques observations à respecter pour un débat productif. Après vous avoir lu j’en rajoute une : L’honnêteté. Zorbeck affirme que "la norme institutionnalisée chez les intellectuels en France est l’antilibéralisme", pour appuyer la conclusion de votre diatribe contre notre hôte.
    Il faut être frappé de cécité ( ou n’en être nullement affecté ) devant la régression sociale qui nous accable, à travers la dénonciation du "modèle social français" et toutes les mesures " courageuses" de démantèlement de notre prétendu État-providence,qui pénalisent avant tout les pauvres. Qui sont à la manoeuvre derrière ces préconisations ? Qui n’a jamais admis l’indemnisation solidaire des aléas de la vie ? Qui théorise la baisse des recettes fiscales mettant les États à la merci de la rapacité des banques privées ? Qui imposent aux salariés le renforcement de la flexibilité et la diminution d’un "coût du travail" indéfiniment revu à la baisse par le patronat ? Qui décrit les cotisations sociales patronales comme d’insupportables "charges" pénalisant la sacro-sainte compétitivité ? Qui cloue au pilori ces "prélèvements obligatoires" comme pratiques "confiscatoires" ? Qui démembre les hôpitaux publics et ampute les moyens de l’école ? Qui tente d’annihiler toute espérance en une civilisation pour laquelle se sont battus, jusqu’au sacrifice de leur vie, nos aïeux ? Qui organise l’analphabétisme politique des générations qui nous succéderont ?
    Aussi venir ici même, tenter de décridibiliser un chercheur travaillant ( quelle horreur !) dans le service public, sur ces questions, sans autres arguments qu’un viatique à la Quatremer et consorts, ne participe qu’à la confusion entretenue par les fondamentalistes du libéralisme et de leur perroquets médiatiques, confusion dont nous sommes les victimes, mais dont nous ne voulons pas être les complices.

  • permalien Nicks :
    24 novembre 2012 @11h52   « »

    @Via

    Vous venez de découvrir que tout est politique et qu’une science humaine n’échappe pas à ce constat. Vous êtes sur la bonne voie.

  • permalien goutelle :
    24 novembre 2012 @12h22   « »
    à titre de document "in vivo" à verser au dossier (1)

    Extrait d’un "compte rendu" (expression très adéquate à y regarder de prêt, car Christian Chavagneux y règle ses comptes avec Frédéric Lordon et sa pratique médiatique à l’anti-thèse de la sienne à bien des égards) du livre "la crise de trop" dans Alternatives Economiques (qui, si mes souvenirs sont bons soutenaient le bilan de Jospin ) : "Frédéric Lordon nous livre ainsi au fil des pages ses propositions générales, en même temps que son dégoût, aux accents de procureur, des banquiers, des traders, des économistes, des journalistes, des hommes politiques de la gauche (socialiste), des commissaires européens, etc. Ils ne lui inspirent que nausées, une volonté d’être le porte-parole de ceux qui ont "envie de tout casser", voire pour "les grands malades qui ont rendu cette Europe irréparable (…) de les sortir à coup de lattes dans le train". Une posture et un ton qui rendent difficiles le débat et la recherche de compromis. Ce qui n’est pas un véritable souci pour l’auteur, qui semble moins tenté de changer le monde que d’y mettre le feu." (source : http://www.alternatives-economiques...).

  • permalien goutelle :
    24 novembre 2012 @12h25   « »
    à titre de document "in vivo" à verser au dossier (2)

    La position institutionnelle souvent ambigüe (litote ?) d’Alternative Economique mériterait d’être analysée de prêt. J’ai toujours l’impression que nombre de ces journalistes mangent aux deux ratelliers pour le dire brutalement (voir par exemple Frémeau dans "c’est dans l’air"...) sous prétexte de ne pas laisser le monopole des médias aux "libéraux" (quel étrange mot pour des gens massacrant l’échange intellectuel élémentaire dans leurs émissions). Ils légitiment des pratiques douteuses sans trop gros problème de conscience semble-t-il (à titre d’exemple caricaturale : l’émiisssion sur la crise des dettes animée par Gisbert sur FR3 à laquelle participait Chavagneux et Généreux qui n’ont même pas osé dire à Thierry Breton, ex PDG de France Télécoms, qu’il était fort de café de voir un PDG qui avait mis en faillite son entreprise, et qui avait dû être sauvée par les finances publiques se faire le procureur des dépenses publiques inutiles. Le problème est aussi beaucoup là : ceux qui se prétendent de "gauche" sur ces plateaux y vont en respectant des règles de l’échange qui leur sont systématiquement défavorables la plupart du temps et ne les remettent jamais en cause !! du coup, ils apportent de l’eau au moulin de leur adversaire. Alors que si on les laissait seuls ces pseudos "libéraux", peut être les citoyens ordinaires se diraient "merde, il faut que j’aille voir ailleurs pour entendre un autre son de cloche"....Une chose d’ailleurs qu’ils savent de plus en plus avec internet. Mais bon, ça n’empêche : voir la "gauche" s’interdire de marquer des points sur un plateau parce qu’elle est "polie" (Bourdieu ne disait-il pas "la morale est un ordre social incorporée" ou quelque chose s’en rapprochant) et bien éduquée, ça énerve....

  • permalien Via :
    24 novembre 2012 @15h55   « »

    @Ydjer Surtout, n’essayez pas d’argumenter votre position (tellement nuancée, tellement réfléchie) avec autres choses que vos préjugés politiques, c’est à dire avec des statistiques valables et contradictoires. Quand on essaye d’argumenter, on n’écrit pas une suite de questions. On (essaye d’) y répond(re). Pour convaincre il faudra mieux faire qu’une insipide synthèse d’un tract du Front de Gauche.

    @Jordi Grau :
    on ne sera pas d’accord sur F. Lordon, mais ce n’est pas grave. Et puis je n’ai pas lu tout ce qu’il a écrit, il y a peut être/certainement mieux que La crise de trop et autres diatribes sous-argumentées.

    Je connais un peu Orléan dont je trouve les analyses du marché financier tout à fait pertinentes. Ses développements keynésiens (marchés autoréférentiels notamment) sont essentiels pour comprendre les bulles spéculatives etc.

    Je serai sans nul doute beaucoup plus dubitatif sur sa vision de l’économie enseignée à la fac. Il se trouve que la fac d’économie, je connais (j’ai étudié à Lyon, à Angers, à Poitiers). Dire que l’on y enseigne des modèles ultralibéraux déconnectées/mathématisées etc. est peu pertinent, franchement. Je ne prétends pas que tous les profs ont mis de l’eau dans leur vin, et que les cours de microéconomie néoclassique sont devenus "réalistes" ou "intéressants", mais de là à voir un monde universitaire complètement autiste, non.

    Surtout quand on voit les évolutions récentes de la science économique, à base d’information imparfaite (asymétries), de psychoéconomique, de théorie des jeux. Les autistes sont ceux qui se réfèrent à des modèles des années 70 (genre Lucas) et prétendent ensuite réfuter un adversaire si caricatural !

    Dès ma licence on m’a enseigné les modèles de crises de change autoréférentiels (modèle d’Obstfeld notamment) et les analyses pro-protectionnistes de Krugman. Et pour ce qui concerne les conceptions politiques des profs en général, la plupart de ceux que j’ai eu étaient plutôt de gauche (il y a avait un équilibre en tout cas) et "sociaux-démocrates". Le seul "ultralibéral" que j’ai connu à la fac est un libertarien (autrichien) officiant en macroéconomie à Angers. Il était largement minoritaire parmi ses collègues (surtout que l’économie autrichienne est elle-même minoritaire, complètement à part dans le courant néoclassique).

  • permalien Via :
    24 novembre 2012 @15h55   « »

    Pour la question de la "description de la réalité", je vous répondrait bien que le but de la science (humaine surtout) n’a jamais été de décrire la réalité, en particulier la science économique et ses modèles. On peut faire référence au paradoxe de Luis Borges : une carte à l’échelle 1:1 serait parfaitement "réaliste" (si tant est qu’on puisse décrire le contour de la Bretagne...) mais serait-elle d’une quelconque utilité ? Le but d’un modèle (comme celui d’un idéal-type en économie) est de simplifier la réalité pour la comprendre, pas la décrire. Ce qui n’élimine pas les raccourcis et les erreurs, surtout quand la surmathématisation rend aveugle à des hypothèses fortes. Je vous renvoie à l’épistémologie friedmanienne (1953), qui consistait (je simplifie) à dire que la question du réalisme des hypothèses posées par la science économique n’a aucun intérêt tant qu’elles sont prédictives. En bref, on ferait beaucoup moins d’erreurs en supposant (même de façon simplifiée et caricaturale) l’homme rationnel qu’en le supposant irrationnel, ce qui pose en fait beaucoup plus de problèmes empiriques.

    D’ailleurs rationalité et stabilité ne sont pas synonymes, Orléan lui-même montre bien que la rationalité des marchés financiers peut être parfaitement défendue en même temps qu’elle cause leur instabilité. Sur Amazon voyez le commentaire de "Gu Si Fang" sur L’Empire de la Valeur, il est très intéressant.

    Et pour terminer je suis persuadé que la science humaine (économique comprise, donc) est fondamentalement assise (en partie) sur des conceptions politiques, éthiques et morales (en définitive philosophiques) mais je n’invente rien, Aristote le disait il y a 2500 ans. D’ailleurs si l’on définit la science économique comme Robbins ("administration des ressources rares"), l’altruisme étant lui-même rare (cf. Hume) on abouti à une science éthique.

    Ce qui ne veut pas dire que l’on doit, en une totale absence de rigueur, tout mélanger et commencer étaler ses conceptions politiques avant de saupoudrer de quelques analyses économiques pour faire mieux. Il est beaucoup plus raisonnable de commencer par une analyse économique sérieuse et d’en tirer éventuellement les conclusions politiques qui s’imposent. Là où moins le débat serait possible.

  • permalien GP :
    24 novembre 2012 @17h30   « »

    Je l’ai déjà signalé lors d’un texte précédent de F.Lordon : j’aime la façon don vous écrivez et décrivez la terrible réalité de la guerre de classe que mène la "phynance" déréglementée envers tous les peuples de la terre et particulièrement contre ceux d’Europe, dans leur échafaudage monstrueux de la haine entre les uns et les autres. Je rappellerai quelques livres fondamentaux pour comprendre vos propos ; "Et la vertu sauvera le monde !" ; "Jusqu’à quand !" texte fondamental ; et surtout l’hilarant, "D’un retournement l’autre".
    Quant aux commentateurs genre "Via", pour qui roulent-ils, eux ?
    Leurs emberlificoteries de savante apparence n’arrivent pas à la cheville, de la magistrale prose et même de l’alexandrine analyse que vous faites des imposteurs néolibs et médiacrates au pourvoir de nos jours.
    Amitié et courage "Ne lâchons rien !"
    GP

  • permalien Michel :
    24 novembre 2012 @18h25   « »

    A propos du "con qui marche, allant plus loin que l’intellectuel assis."
    Et il va où, ce "con" ? Faire une "connerie" ?

    Que vaut-il mieux : penser des conneries sans les faire, ou les faire sans y penser ?...

    Moi aussi j’aime beaucoup Audiard, mais il faut quand même dire un truc : on est souvent (toujours ?) le con de quelqu’un...

    Méfions-nous des catégories, y compris - surtout ! - lorsqu’elles font rire et, aussi, lorsqu’elles divisent la réalité de façon binaire (cf ma propre plaisanterie plus haut : elle peut aussi faire rire MAIS elle repose sur du vide)...

    http://midier.net/pges/

  • permalien Wilmotte Karim :
    24 novembre 2012 @18h26   « »

    Et pour terminer je suis persuadé que la science humaine (économique comprise, donc) est fondamentalement assise (en partie) sur des conceptions politiques, éthiques et morales

    Et si les conceptions de départs de Lordon étaient scientifique ?

    Quand aux libéraux qui affirment avec raison que le libéralisme pur n’a jamais été appliqué et certainement pas aujourd’hui.
    Mais s’ils attendent un système pur et parfait, ils peuvent attendre longtemps, même si on leur donnait tout les pouvoirs !
    A ce moment là, on ne peut plus critiquer le libéralisme économique (c’est sans doute le but).

    Par ailleurs, est-ce qu’un courant important du néo-libéralisme n’a pas intégré l’importance de l’état pour créer les conditions du marchés et de la mise en concurrence ?

  • permalien Aiv :
    24 novembre 2012 @18h40   « »

    bain ideologique : entendre 1000 fois a chaque bulletin d’information le mot ’competitivite’. On doit pouvoir faire des tableaux sur les termes qui ressortent si frequement sous le signe de la neutralite.

  • permalien Ydjer :
    24 novembre 2012 @19h00   « »

    @ via
    Votre intrusion, tout de go, dans les échanges qui sont PARTAGÉS ici, s’apparente beaucoup plus à un procès d’intention. Pour quel motif inavoué, on se le demande ! Vos critiques ne portent pas sur le fond et ressemblent plus à un règlement de compte personnel. Me réclamant de valeurs universelles de progrès et de liberté et contre les chapelles réactionnaires, je me suis autorisé d’exercer le droit de critiquer vos propos, à la mesure du mépris manifesté à l’égard, tant de Mr Lordon que des participants à ce blog, dont à mon avis,la grande majorité s’interrogent sur le modèle de rapports humains qui conviendrait le mieux à la devise inscrite aux frontispices de nos institutions. Je ne suis peut-être pas à la "hauteur" de votre qualification universitaire, et les seules statistiques que je connaisse sont celles fournies par des publications dites de "gauche" pour faire court, les seules qui traitent des inégalités sociales et qui mesurent réellement toute la "misère du monde". Mais je doute que ce soit ce type de lecture qui vous intéresse. Quant aux questions, "synthèse insipide d’un tract du Front de Gauche"( à l’appréciation de ses sympathisants éventuels dans ce blog), je vous les ai posées mais vous n’y répondez pas. Stratégie habituelle plutôt de "droite". C’est à raison, que comme d’autres,je visite de tels blogs afin de parfaire mes connaissances. Quant aux querelles d’écoles, peu me chaut. Enfin vous vous montrez un tantinet méprisant et votre arrogance me ferait suspecter un racisme de l’intelligence si vous en aviez fait la démonstration.Je parle évidemment d’intelligence. Éclairez-nous.

  • permalien Ydjer :
    24 novembre 2012 @19h02   « »

    @ via
    Quant au reste : Vous contestez Lordon,au delà de son style et de son ego, une espèce de monopole exorbitant de l’exercice critique de l’économie orthodoxe et vous dénoncez sa prétention à la scientificité, comme illégitime. Vous venez de reconnaître toutefois n’avoir pas lu grand chose de lui, ce qui est fort de café tout de même. Faut-il rappeler la récurrence de cette critique dans les milieux orthodoxes du savoir légitime ? Je crois pour ma part que nous avons collectivement besoin d’accéder aux moyens de connaissance critique des enjeux dans notre société, sauf à les croire données dans une conscience innée de classe. Il reste indubitable que, pour s’arracher à la vision ordinaire du tout venant ( dont je ne m’exclus pas ), il faille des connaissances qui concourent au dévoilement des mécanismes cachés du monde social à même de démystifier tous les discours d’autorité, comparable au votre toute proportion gardée. Convenez avec moi que Les Lordon et autres chercheurs que vous vilipendez ont tout au plus un rôle subalterne dans la définition de nos politiques publiques et une présence,tous médias confondus, quasi anecdotique, à contrario des serviteurs du catéchisme libéral ( une autre expression qui vous donnera des boutons sans doute).
    Que vous ayez des désaccords, c’est votre droit, mais manifestez-les avec de réelles compétences qui puissent nous permettre de juger de votre raisonnement. Dans le cas où vous seriez déjà un condisciple de même niveau ( et non plus un simple étudiant ?), détenteur d’un modèle explicatif plus convaincant, exposez-le ou rendez-en compte, avant de disqualifier vos concurrents s’il en est. Dans le cas contraire, laissez nous nous informer, nous exprimer, échanger des idées constructives et rechercher collectivement les moyens d’exercer de réelles capacités critiques dans nos vies quotidiennes.
    Sans rancune.

  • permalien Jordi Grau :
    24 novembre 2012 @19h14   « »

    A Via

    Vous connaissez certainement l’enseignement de l’économie à l’université beaucoup mieux que moi. Cela dit, Orléan n’est pas le seul à dire que cet enseignement est en grande partie déconnecté de la réalité. Cf. ce site Mais en admettant que vous ayez raison, je crois que le travail de F. Lordon n’en a pas moins une grande utilité. En effet, les économistes les plus influents – que ce soit dans les médias ou dans les milieux politiques – ne sont pas forcément ces professeurs sérieux et modérés que vous avez pu entendre à l’université. Vous le reconnaissiez vous-même, dans un précédent message, les « experts » auxquels s’attaque F. Lordon ne sont probablement pas des penseurs de grande envergure. Mais le problème, c’est qu’ils ont une influence inversement proportionnelle à leur compétence. En démontant leurs arguments et en apportant un autre son de cloche, F. Lordon apporte contribue à rééquilibrer (un peu seulement) le débat public sur des questions fondamentales.

    Ce faisant, il joue sans doute à un jeu périlleux : en mettant ses connaissances économiques au service d’un intérêt politique (au sens le plus large du terme), il prend le risque de perdre en rigueur scientifique ce qu’il gagne en vigueur militante. Le reproche que vous lui faites a d’ailleurs été fait en son temps à Bourdieu, autre penseur à cheval sur le terrain académique et sur le terrain de l’engagement politique.

    Mais ce risque, je pense qu’il a le droit et le devoir de le prendre. Il en va de même pour une neurobiologiste comme Catherine Vidal qui intervient dans le débat public pour dénoncer l’usage non-scientifique qui est fait de certaines expériences pour accréditer des préjugés sexistes. Cf. cette émission très intéressante. En faisant de la vulgarisation, F. Lordon et C. Vidal prennent le risque de sombrer dans le simplisme et dans des dérives idéologiques. Mais ils prennent ce risque justement pour dénoncer le simplisme et les dérives idéologiques de leurs confrères.

    De toute façon, quoi qu’il fasse, un savant est toujours sujet à ce genre de dérives. Même s’il fait de la recherche « pure » et « désintéressée », il peut être influencé par ses préjugés. Il aura beau fournir des démonstrations mathématiques rigoureuses, il se peut que ses prémisses soient fausses. Il aura beau confirmer ces prémisses par des expériences, rien ne dit qu’il aura bien interpréter ces dernières.

    Je précise, pour qu’il n’y ait pas de malentendu, que je ne suis par relativiste en matière de science : juste prudent.

  • permalien Valentin :
    24 novembre 2012 @19h34   « »

    @ Michel ...MAIS elle repose sur du vide)
    C’est l’effet que me font tous ces brillants commentaires.
    Car si "savoir" est bien, et "faire savoir" est beau.
    Seul "faire" est concret.
    Et pour répondre à Goutelle qui dit parlant de Lordon : "Une posture et un ton qui rendent difficiles le débat et la recherche de compromis. Ce qui n’est pas un véritable souci pour l’auteur, qui semble moins tenté de changer le monde que d’y mettre le feu."
    Oui, tout comme on ne refait pas une charpente avec les poutres vermoulues de l’ancienne, c’est bien de mettre le feu qu’il question.

  • permalien Ydjer :
    24 novembre 2012 @20h20   « »

    oui mais, tout légitime que soit l’indignation, elle ne doit pas se priver des instruments de connaissance que sont les ressources intellectuelles. Là pour le coup, ce serait vraiment con !

  • permalien Nathan :
    24 novembre 2012 @20h44   « »

    A lire l’article de Frédéric Lordon, je me dis qu’il y aurait un beau débat à organiser. A vrai dire, ce serait plutôt une belle expérience de laboratoire. Imaginons une émission réunissant de prétendus experts, comme par exemple "C dans l’air". Le débat se présenterait en deux parties. Dans la première partie, on débat autour d’un sujet, n’importe quel sujet faisant l’affaire. Deuxième partie, l’animateur pose la question suivante aux intervenants : "Avez-vous un intérêt particulier à penser ce que vous pensez et dire ce que vous venez de dire ?". Je suis curieux de voir les réactions. Cette expérience permettrait de voir le monde des intérêts et même parfois celui des intérêts bassement matériels crever l’écran des opinions, lequel a toujours un peu tendance à flotter dans un espace éthéré (uniformément bleu dans le cas de "C dans l’air", émission à laquelle les participants sont invités à aligner la couleur de leurs chemises sur celle du studio).

  • permalien Valentin :
    24 novembre 2012 @21h33   « »

    @ Ydjer :
    Les tenants et aboutissants étants dorénavant connus, les instruments de la connaissance doivent etres mis au service de l’ACTION ; pour laquelle internet et téléphone ne serons ni des moyens, ni des alliés. C’est ce sur quoi il faut maintenant réfléchir.

  • permalien georges :
    24 novembre 2012 @21h46   « »

    Merci Monsieur Lordon. Merci infiniment.

  • permalien Jordi Grau :
    25 novembre 2012 @08h46   « »

    Bonjour, Valentin,

    Est-ce que vous auriez des pistes concernant les actions à mener ?

  • permalien Peter Hoopman :
    25 novembre 2012 @10h08   « »

    Chaque religion* a ces défendeurs et collaborateurs pour protéger leur source de revenu. C’est très humain et de tous les temps. Seulement quand on se rends compte, nous pouvons sortir de cette instrumentalisation (matrice).

    * Aujourd’hui notre système politico-économique est rien d’autre qu’une réligion, dans laquelle nous pouvons vivre de ce que nous avons pas encore produit. Et pour continuer de le faire nous sommes obligé de croire dans cette illusion "scientifique".

    A lire peut être :

    La machine contre l’être humain

    et

    L’intégration oubliée

  • permalien Ydjer :
    25 novembre 2012 @11h21   « »

    @ Valentin
    Bonjour
    D’accord avec vous, les idées ne sont jamais que des idées. Sur la capacité d’internet à "transformer l’information en participation et la participation en action" voici un lien intéressant sur http://blog.mondediplo.net/2011-02-...

  • permalien Valentin :
    25 novembre 2012 @11h29   « »

    @ Jordi Grau
    Vous n’espérez quand meme pas que sur un blog qui est le favori des favoris de la dcri, je vais vous exposer ce qu’un enfant de 7 ans, à qui on aura raconté l’histoire, sans en omettre aucun détail.
    vous énoncera sans la moindre hésitation, par la manifestation d’un esprit clair et non pollué.
    Concernant sa mise en oeuvre : Les actions du pouvoir donnent la marche à suivre. Elle peut se résumer par : Renouer Les Liens Concrets Humain >-< Humain. Et ce sont les meme lois physiques que celles qui produisent de l’électricité dans les centrales nucléaires qui entrerons alors en jeu.

  • permalien yvan :
    25 novembre 2012 @11h46   « »
    Relativisons.

    Bonjour Monsieur Lordon.
    Je pratique la gestion depuis aussi longtemps que vous l’économie.
    Là, je trouve que vous devriez considérer vos "collègues" propagandistes tels qu’ils sont. Soit, vu la crise actuelle, des pantins infiniment négligeables.
    Leurs arguments ne tiennent plus et je pense que le public n’est plus dupe, vu la crise.

    Parlez-nous de construction d’avenir et, bien évidemment, pas dans le style du "s’endetter est avoir confiance en l’avenir"...
    Mais là, je vous fais confiance. ;-)

  • permalien Nathan :
    25 novembre 2012 @12h27   « »

    Jordi Grau : 23 novembre @19h34

    Plus intéressant encore, Orléan explique que tous ces économistes, avatars contemporains du courant néo-classique, sont moins dans la description de la réalité que dans l’élaboration de modèles normatifs. Autrement dit, leur apparente neutralité scientifique cache des préjugés idéologiques déterminants.

    Oui, mais peut-on se passer de modèles ? Et à partir du moment où ces modèles existent, peut-on éviter de croire, ne fut-ce qu’un peu, à leur pertinence et à leur caractère prédictif ? J’ai le sentiment que la domination des modèles quantitatifs, qui infiltrent désormais toute pensée, - à telle enseigne que sans le recours obligé au quantitatif, on a désormais l’impression de penser et d’agir à l’aveuglette, - est un carcan au moins aussi puissant que la pente des intérêts dont parle Lordon et même que ces deux aspects se renforcent mutuellement.

  • permalien zorbeck :
    25 novembre 2012 @15h03   « »

    Réponse à Ydjer 24 novembre @09h23 (1/2)

    Moi je veux bien un débat constructif mais cela implique un minimum d’effort dans l’écoute de l’argument de l’autre.

    Quand je reprends la maxime pertinente attribuée à Spinoza/Bourdieu par Lordon, ses effets de vérité semblent soudainement s’évanouir sur ce forum une fois appliquée à celui qui l’énonce, comme si l’on était enclin à penser ce qu’on est institutionnellement déterminé à aimer penser seulement en dehors de l’institution académique, ce qui coince un peu le concept pour qui a l’honnêteté de s’apercevoir que Mr Lordon ne parle pas de nulle part mais au contraire installé dans la continuité d’une tradition institutionnelle, académique, étatique, voire polémique bien française qu’on ne trouverait probablement nulle part ailleurs : en dehors d’un exotisme éventuellement recherché, je le vois effectivement mal professer une chaire d’économie à Tokyo, Bombay, Moscou ou Londres sur base des idées qu’il défend ici...(une chaire de polémologie je ne dis pas ;-)

    Non, j’ai déjà lu de meilleurs arguments chez Lordon, ce qui m’inquiète vient plutôt de l’influence qu’il exerce sur le lecteur lambda peu au fait des rouages de l’économie ou de la finance mondialisée et qui va gober tel quel le message brut de chez brut qui lui est offert ici : le libéralisme et la libre concurrence sont le mal sur terre, toute tentative de réforme est un leurre et un approfondissement du mal, seule la tabula rasa permettra une rédemption de tous ces péchés (par quel miracle les plus faibles ou les plus démunis ne paieraient pas la note du chambardement n’est jamais précisé, mais bon...).

    Pour ne pas rester dans le vide : qu’ il le veuille ou non, quand Lordon ironise sur le concept de conflits d’intérêts ou de concurrence libre et non faussée, en réalité il déforce le pouvoir d’indignation de ceux capables de les comprendre, il ne fait que légitimer le pire dans un statu quo des plus confortables pour ceux qui en bénéficient. Quand les agences de notation sont payées par les émetteurs (et plus par les investisseurs comme jadis), quand 3 jours avant son effondrement Lehmans, gros client des mêmes agences, jouit du plus haut rating, il y a forcément un problème, le nier ou l’ignorer comme consubstantiel au libéralisme est le plus sur moyen de pérenniser l’arnaque, ce dont tout le monde semble s’accommoder, de la COB à la SEC en passant par Lordon... Quand la BBA feint de ne pas voir la manipulation des taux LIBOR par les plus grosses banques à leur seul profit, c’est n’en deplaise à Lordon un conflit d’intérêt majeur et une aide de trop à la concentration du pouvoir énorme de ces mêmes banques, et je ne vois aucune raison de m’en réjouir.

  • permalien zorbeck :
    25 novembre 2012 @15h05   « »

    (2/2)
    Et finalement, sur le fond : s’attaquer au libéralisme sur le principe comme l’enjoint Lordon est complètement trompeur, car cela perpétue l’illusion que nous vivons dans un régime libéral. A partir du moment où une banque comme BNP/Pariba a un bilan de la taille de l’Etat, la distinction privé/état n’a plus aucun sens car ceux d’en haut sont les mêmes, les incantations anti-libérales à la Lordon ne servant la plupart du temps que de paravent voire de relais à la protection de leurs intérêts contre l’éventualité d’une concurrence étrangère qui aurait l’ outrecuidance de marcher sur leurs plate-bandes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que l’étatisme tricolore se montre aujourd’hui beaucoup plus laxiste en ce qui concerne la supervision des banques que l’Angleterre libérale, comme la non séparation pourtant promise des activités spéculatives de celles de dépôt (avec bénédiction socialiste) vient de révéler, dans l’indifférence générale...

    Maintenant pour reprendre les arguments que vous énoncez sous forme de question, je n’ai ni la place ni le temps d’ y répondre. Je dirai ceci : meme si cela fait partie des us et coutumes propres au Monde Diplo c’est quand même un peu court de mettre tous les problèmes que vous soulevez sur le dos du libéralisme (ou de la pensée unique, autre concept fourre-tout qui permet d’éluder toute analyse par la vertu de son incantation) alors que la plupart ne sont stricto sensu que les conséquences directes de choix budgétaires, passés ou présents.

    Vous citez la régression des moyens de l’école comme conséquence implicite du libéralisme. Je vous répondrai ceci : le budget de l’Education Nationale est un des plus fourni de la nation si pas de l’Europe, mais pourtant sans rapport avec la médiocrité des résultats comparés avec ceux d’ autres pays. La faute au libéralisme là aussi ? Et de quel Etat-providence parlons nous ? Celui qui procure salaires, avantages et voitures de fonction aux ministres et 570 députés et autres sénateurs qui cumulent à gauche comme à droite dans la béatitude de l’appareil d’ Etat quand ils ne siègent pas dans les CAs du CAC40 ?

    Je sais bien que la solution traditionnelle à tous ces problèmes de restriction budgétaire réside dans une dévaluation qui n’est plus possible aujourd’hui, la faute à l’euro bien évidemment, ce carcan inutile qui nous place en face des conséquences de nos choix...

  • permalien Wilmotte Karim :
    25 novembre 2012 @17h43   « »

    le budget de l’Education Nationale est un des plus fourni de la nation si pas de l’Europe, mais pourtant sans rapport avec la médiocrité des résultats comparés avec ceux d’ autres pays.

    Pour avoir ce genre de débat en Belgique aussi, je sais que ces études doivent être prise avec d’énaaauuurmes précaution : Évaluation des élèves ayant 15 ans sur le niveau standard attendu à 15 ans.

    Il suffit d’avoir un système de redoublement (lui-même, en règle général défavorable à l’évolution positive des élèves) pour avoir des élèves de 15 ans n’ayant pas reçu l’enseignement attendu... mais évalué sur celui-ci.

    De même, si les catégories sociales qui réussissent moins bien à l’école ne sont plus en enseignement à 15 ans... elles ne sont pas évaluées.

    Etc.

  • permalien grundlos :
    25 novembre 2012 @18h42   « »

    Zorbeck : Pour tenter de clarifier le dialogue de sourd, la distinction privé/état fait sens au contraire, mais précisément pas de la même façon selon qu’on l’envisage au plan d’une société politique ou d’une société marchande.
    Du point de vue libéral-libertarien que vous exprimez, le marché est l’hypostase directe du corps social. L’Etat est donc vécu comme une entrave parasite à l’expression « naturelle » du rapport entre les individus. Le contrat social n’étant finalement que la somme empirique de toutes les transactions marchandes passées entre les citoyens, on déplorera toujours de ne jamais vivre dans une société enfin libérale et libérée.
    Du point de vue de ceux qui défendent la primauté du rapport politique entre les individus (vos contradicteurs ici), cette distinction est celle qui oppose le pouvoir ploutocratique au pouvoir démocratique. Dans un Etat(-nation) qui se revendique démocratique, ceux là s’alarment que l’État rende plus de comptes à ses obligataires (ou pourquoi pas demain, à ses actionnaires) qu’à ses citoyens.
    Naturellement, chacun ici adoptera le point de vue le plus conforme à l’augmentation de sa puissance d’agir comme dirait l’autre. Il n’empêche que le triomphe démocratique et marchand des jorion, lordon et consort sur les présentoirs de la fnac (qui fait tant de peine à Via) restera bien sûr sans effet sur les détenteurs effectifs de la puissance d’agir (c’est à dire, le capital).

  • permalien Lepromeneursolitaire :
    25 novembre 2012 @19h25   « »

    Un très bon texte sur la construction d’un monopole de la pensée économique. La reprise factice d’un discours pseudo-contestataire de circonstance, mise en évidence à la fin de l’article, est bien la preuve qu’il s’agit le plus souvent d’un mode de sociabilité (une sociabilité du pouvoir bien sûr), plus que d’une pensée. Cette dynamique est bel et bien celle de la négation pure et simple de la vie démocratique de notre pays, et d’ailleurs.

    http://contratsocial.wordpress.com/...

  • permalien Jordi Grau :
    25 novembre 2012 @20h38   « »

    A Nathan

    Bien entendu, qu’il faut des modèles. Mais il faut rester critique à leur égard. Non seulement il faut avoir toujours à l’esprit que ce sont des abstractions, des images simplifiées de la réalité, mais il faut aussi prendre garde à ne pas prendre pour une description du réel ce qui n’est qu’une norme destinée à transformer le réel. Le modèle néo-classique dont parle Orléan dans le bouquin dont je parlais, c’est le modèle d’un marché où les individus sont séparés les uns des autres, ont des intérêts bien déterminés et stables, et ne considèrent l’argent que comme un simple moyen. Or, ce modèle ne correspond pas à la réalité - même si, de façon volontariste, les politiques libérales ont contribué à faire évoluer la société dans ce sens (je pense ici aux progrès de l’individualisme le plus plat, qui est tout sauf une tendance naturelle de l’homme).

    Quant à la valeur prédictive des modèles économiques, j’ai bien peur qu’elles soient très faibles. Il y a d’abord une difficulté intrinsèque à la science économique (si c’est bien une science) : c’est que les phénomènes humains sont tellement complexes qu’il est difficile de les isoler les uns des autres. On ne peut guère enfermer des acteurs économiques dans un laboratoire, alors qu’on peut étudier de façon rigoureuse des interactions entre molécules dans un laboratoire de chimie. D’autre part, les enjeux sociaux et politiques de l’économie sont tellement énormes qu’il est difficile de trouver un modèle qui ne soit pas pollué par des illusions idéologiques.

  • permalien Jordi Grau :
    25 novembre 2012 @20h44   « »

    A Valentin

    Naturellement, je ne vous demande pas de me donner les détails d’une stratégie révolutionnaire. Merci quand même pour votre conseil, même s’il est un peu vague.

    Pour en revenir au rapport entre action et réflexion, je suis partiellement d’accord avec vous. Il y a une tendance très nette chez les intellectuels - dont je fais partie - à se complaire dans la réflexion et à éviter l’action. Mais il faut prendre garde à l’excès inverse. Vous dites qu’un enfant de sept ans, si son esprit n’est pas pollué et qu’on lui explique clairement l’histoire, sait bien ce qu’il faut faire. Admettons que ce que vous dites soit vrai (j’en doute un peu, mais bon...). Le problème, c’est qu’on peut difficilement trouver quelqu’un qui n’a pas l’esprit pollué. Regardez les communistes. Ce sont des gens que je respecte, et qui ont joué un grand rôle dans le progrès social. Seulement, les partis communistes étaient à bien des égards comparables à l’Eglise catholique : la réflexion y était mal vue. On pouvait réfléchir, mais des cadres très étroits imposés par la direction du parti. Cette discipline intellectuelle, on le sait bien, n’a pas donné que de bons résultats....

  • permalien PR :
    25 novembre 2012 @21h17   « »

    @ Mr Via

    Bonjour M. Via,

    Vous reprochez à F. Lordon son "style ampoulé et pédant, ... à la mesure de son orgueil".
    Vous semblez infiniment cultivé dans le domaine de l’économie, enfin apparement, puisque n’ayant pas vos affichées compétences, je ne puis émettre un avis objectif.
    Quand à votre style à vous : quelle agressivité, quel orgueil monstrueux, que de propos autant acides que venimeux, que de mépris envers certains commentateurs.
    Certes le style de F. Lordon me fatigue aussi parfois, mais il a le mérite d’une certaine "légèreté" et très clairement, il me fait marrer.
    Je suis lecteur de ce blog pour m’informer et me cultiver, et un commentateur comme vous est très intéressant pour un béotien comme moi.
    Mais de grâce, plutôt que de nous asséner brutalement vos connaissances, peut être pourriez vous vous exprimer avec plus de douceur.
    Les discours brutaux, il y a assez d’hommes politiques pour en faire.
    Merci pour vos contributions
    Bien cordialement,

    PR

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