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Egypte, une entente entre salafistes et opposition « libérale » ?

par Alain Gresh, 31 janvier 2013

Les islamistes contre les laïques, deux camps qui s’affrontent. Cette lecture des événements en Egypte prédomine dans la presse, en tous les cas depuis l’élection à la présidence de M. Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans.

La condamnation à mort d’une vingtaine de supporteurs de l’équipe de football de Port-Saïd, accusés du massacre de dizaines de supporteurs de l’équipe Al-Ahly du Caire, le 1er février 2012, a mis le feu aux poudres. Ce verdict a suscité d’autant plus de colère que la sévérité du jugement contraste avec l’incapacité — ou l’absence de volonté — à juger les hommes forts de l’ancien régime, coupables d’avoir provoqué la mort de centaines de personnes lors de la révolution. Et aussi du fait que les policiers et les responsables politiques de Port-Saïd inculpés dans le massacre de l’hiver dernier n’ont toujours pas été jugés.

Les événements à Port-Saïd, au Caire et ailleurs ont aussi mis en lumière le rôle ambigu de la police, dont de nombreux membres et officiers sont ouvertement hostiles au nouveau président. Dans certains cas, les journalistes présents sur place ont évoqué la volonté délibérée de jouer la politique du pire. Le ministre de l’intérieur a même été contraint par les forces de l’ordre de quitter les funérailles des policiers tués dans les affrontements du 26 janvier (Fady Salah, « Minister of interior forced to leave police funeral », Daily News, 27 janvier).

Une des difficultés qui entravent la bonne compréhension des évolutions actuelles réside dans le fait que, contrairement à ce que peuvent faire croire nombre de médias, les Frères ne contrôlent pas l’appareil d’Etat (ni les institutions religieuses, ni même la presse officielle, où s’exprime une diversité qui était impensable sous le régime Moubarak). Ce n’est pas la « frérisation » du pouvoir qui menace l’Egypte (même si les tendances autoritaires et hégémoniques des Frères sont indéniables), mais une sorte de chaos.

Au demeurant, l’événement le plus intéressant, passé sous silence, est la rencontre entre la direction du parti salafiste Al-Nour et celle du Front de salut national, qui regroupe une partie de l’opposition démocratique (une importante composante de celle-ci, dirigée par Abdel Monem Aboul Foutouh, a refusé de rejoindre l’opposition qui s’est alliée avec Amr Moussa, un homme de l’ancien régime — un fouloul [qu’on on pourrait traduire par « ci-devant »], comme on dit. Les deux parties ont signé un texte commun appelant à la formation d’un gouvernement d’union nationale (Salafist Nour Party, « NSF call for unity government », Ahramonline, 30 janvier 2013).

Rappelons qu’Al-Nour a obtenu 25 % des voix aux élections législatives et qu’il a connu une scission importante, une fraction du mouvement s’étant rapprochée des Frères musulmans (sur la complexité du salafisme, notamment en Egypte, lire l’entretien avec le meilleur spécialiste de la question, Stéphane Lacroix, « Le salafisme, c’est “le dogme dans toute sa pureté” », Le Monde, 27 septembre 2012).

L’accord en huit points inclut : la formation d’un gouvernement d’union nationale ; la création d’un comité pour amender les points controversés de la Constitution ; l’affirmation du caractère non partisan des institutions de l’Etat ; la nomination d’un nouveau procureur général ; la création d’un comité juridique pour enquêter sur les récentes violences ; l’établissement d’un consensus pour empêcher qu’une seule faction ne domine la vie politique ; le rejet de toute forme de violence et la réaffirmation du droit à manifester librement ; l’établissement d’un code de bonne conduite entre les partis politiques.

L’attitude équivoque des salafistes à l’égard des Frères n’est pas nouvelle. Je l’avais déjà évoquée dans un reportage sur l’Egypte publié dans Le Monde diplomatique en novembre 2011, « Egypte, de la dictature militaire à la dictature religieuse ? » :

« La confrérie suscite un fort rejet dans de larges secteurs de la population — rejet qui, contrairement à ce que croient beaucoup de ses membres, n’est pas seulement le résultat d’une campagne de désinformation. Remarquablement structurés, disposant de militants dévoués qui ont souvent été emprisonnés, les Frères sont parfois considérés, y compris par des croyants pratiquants, comme cyniques, impliqués dans des combines politiques et plus soucieux des intérêts de leur organisation que de ceux du pays. Même les salafistes les critiquent durement, les accusant de vouloir “opprimer au nom de la religion ceux qu’ils méprisent”. Si leur rôle durant la révolution n’est pas contesté – bien qu’ils aient pris le train en marche –, leurs compromissions avec le CSFA [Conseil suprême des forces armées] tout au long de l’année 2011 leur ont valu bien des ressentiments. Leur décision de présenter un candidat à l’élection présidentielle, en violation de leurs engagements antérieurs, a encore avivé les méfiances. »

Des salafistes et des libéraux unis sur des objectifs communs démocratiques ? Quelle hérésie, diront ceux qui ne voient l’Egypte qu’à travers le prisme de l’islam. Et si, au contraire, on se réjouissait du retour de logiques politiques, d’alliances et de confrontations...


Les femmes dans le monde arabe et méditerranéen

Université populaire, organisée en collaboration avec le blog Nouvelles d’Orient

Samedi 9 février (10h30-18h)

Séance 1 (10h30-12h30)

Histoire et état des lieux de la condition des femmes dans le « monde arabe », avec Sonia Dayan Herzbrun, Professeure à l’UFR de Sciences Sociales de l’Université Paris Diderot-Paris 7. Elle est Directrice de la Revue Tumultes, revue interdisciplinaire sur les phénomènes politiques contemporains.

Séance 2 (14h-16h)

Femmes et féminismes en Iran, avec Azadeh Kian, Professeur de sociologie à l’Université Paris 7 – Diderot, responsable du Cedref et chercheur associée à l’UMR Mondes iranien et indien, CNRS

Séance 3 (16h-18h)

Qu’est-ce que le féminisme islamique ? , avec Zahra Ali. Engagée depuis de nombreuses années au sein de dynamiques musulmanes, féministes et antiracistes, elle est doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) et à l’Institut français pour le Proche-Orient (Ifpo). Elle est l’auteure de Féminismes islamiques (La Fabrique, 2012).

Contact et inscription : universite-populaire@iremmo.org

Participation : 20 euros pour la journée (12 euros pour les étudiants et les demandeurs d’emploi).

Horaires : Séance 1 : 10h30-12h30 Séance 2 : 14h-16h Séance 3 : 16h-18h

Lieu : 5, rue Basse des Carmes - 75005 Paris (Métro : Maubert-Mutualité)

Inscrivez-vous dès maintenant, pour l’année : 120 euros (80 euros en tarif réduit*).

Alain Gresh

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