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François Hollande, l’Inde fantasmée et l’Inde réelle

samedi 16 février 2013, par Martine Bulard

Que le président de la République française ait choisi l’Inde pour son premier voyage officiel en Asie aurait pu être symbolique. Las. La principale mission de M. Hollande semble de vendre avions militaires — le fameux Rafale, encore jamais acheté à l’étranger — et centrales nucléaires. Il en était déjà ainsi du temps de Nicolas Sarkozy. On a fait mieux comme ambition et vision stratégique.

Pour couronner le tout, le président s’est fendu du plus beau cliché qui soit, saluant « la plus grande démocratie du monde »… François Hollande aurait pu trouver moins banale expression. D’autant qu’elle est prononcée moins de huit jours après l’exécution du militant cachemiri Afzal Guru, accusé d’avoir participé à l’attentat contre le Parlement indien [1], au terme d’un procès pour le moins douteux, comme l’indique Amnesty International. Partie indienne du Cachemire depuis 1949, Jammu-et-Cachemire [2] vit toujours sous des lois d’exception, avec son lot d’emprisonnements arbitraires, de procès expéditifs, de violences et d’atteinte à la liberté d’expression.

Assurément, l’Inde ne se limite pas qu’à cela ; le droit de vote y est reconnu et respecté, à la différence de son grand voisin chinois. Du reste, les partis commencent d’ores et déjà à se mobiliser pour les élections générales qui se tiendront au printemps 2014, et ce dans un contexte fort difficile pour le gouvernement de Manmohan Singh.

Après une décennie de croissance économique soutenue (entre 9 et 10 % par an), le pays connaît un net ralentissement : entre 5 et 6 % pour 2011-2012, l’année statistique allant de mars à mars. Pourtant, au nom du dogme libéral, M. Singh a choisi ce moment pour donner un coup d’accélérateur aux privatisations et à l’ouverture aux capitaux extérieurs. Après des années de luttes, les géants de la distribution (Carrefour, Walmart...) ont, depuis le début de l’année, obtenu le feu vert pour s’implanter — ce qui risque de fragiliser davantage les petits commerçants et les producteurs agricoles qui vendaient leurs produits dans de minuscules échoppes. Les inégalités risquent dès lors de s’accentuer.

Si l’Inde est parvenue à se hisser à la onzième place dans l’économie mondiale, si ses performances dans les services informatiques ne sont plus à démontrer (parmi les tout premiers au monde), la grande masse de la population reste en dehors de cette « Inde qui brille » tant vantée, notamment en France. Comme le rappelle Christophe Jaffrelot, dans un excellent petit fascicule Inde, l’envers de la puissance [3], les inégalités sociales se sont élargies : le coefficient de Gini (qui, au demeurant, les mesure imparfaitement) est passé de 0,30 en 1993-1994 à 0,36 en 2009-2010. Certes, les records chinois ne sont pas atteints (0,46 selon les données officielles). Toutefois, la tendance à l’accélération est la même : 1 % d’Indiens les plus riches détenaient 23 % des richesses nationales en 2008 contre... 0,8 % en 1996, selon la Banque mondiale. Les milliardaires en dollars, recensés par le magazine américain Forbes, y sont parmi les plus nombreux d’Asie (avant le Japon et avant la Chine, hors Hongkong).

Si les grandes fortunes peuvent rivaliser avec leurs voisines chinoises, la misère y est beaucoup plus étendue que de l’autre côté de la frontière : près de 42 % de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour, selon les critères de la Banque mondiale, contre 13,8 % en Chine. Dans ce pays champion des logiciels et de l’informatique, 35 % de la population ne sait ni lire ni écrire, contre 10 % en Chine. Les écoles publiques sont délabrées, et dans les zones rurales, les instituteurs sont si mal rémunérés, qu’ils privilégient souvent les cours privés, au détriment de l’enseignement public.

L’illettrisme est l’un des handicaps majeurs à la fois pour le développement du pays et pour le respect des droits humains. Incapables de lire, ces Indiens du bas de l’échelle sont évidemment incapables de défendre leurs droits face à des dirigeants locaux corrompus : nombre de mesures officielles destinées à lutter contre la pauvreté sont ainsi détournées, tout comme l’argent public destiné à mettre en œuvre le revenu rural garanti (en contrepartie de cent jours de travail par an) instauré en 2005. Le gouvernement de M. Singh devrait présenter au Parlement une nouvelle loi « droit à la nourriture » (Right for Food Bill) destinée à garantir le minimum alimentaire à la population la plus pauvre, en apportant des aides directes aux familles. Ce qui, aux dires du Parti du Congrès, parti à la tête de la coalition au pouvoir, devrait éviter les détournements.

A ces inégalités sociales s’ajoutent les inégalités de castes. Certes, elles se recoupent pour partie. Les pauvres se retrouvent rarement dans les hautes castes : même si 8,20 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, contre 35 % pour les dalit, comme on appelle les intouchables. Le système d’« action positive », qui impose un quota, a permis à ces derniers d’occuper des emplois dans le secteur public, sans pour autant que ne disparaissent les discriminations, notamment en milieu rural. Le sociologue Jules Naudet qui examine la mobilité sociale en Inde, cite une récente étude réalisée dans cinq cent soixante-cinq villages de onze Etats différents : « dans un dixième de ces villages, écrit-il, les personnes considérées comme intouchables n’ont toujours pas le droit de porter des chaussures, des vêtements neufs, des lunettes de soleil, ni d’utiliser un parapluie ou de posséder un vélo (...) . Dans la moitié, elles n’ont pas un accès libre aux infrastructures communes permettant d’obtenir de l’eau potable. De même, plus de 40 % des écoles pratiquent l’intouchabilité lors des repas du midi en obligeant les enfants [issus des dalit et adivasis, des arborigènes] à s’asseoir à l’écart de leurs camarades de classe. Les statistiques de police, qui sont loin d’enregistrer la totalité des faits commis, montrent que,[parmi ces populations], chaque semaine, treize personnes sont assassinées, cinq de leurs maisons sont brûlées, six personnes sont kidnappées, que chaque jour trois femmes sont violées, onze personnes sont agressées et qu’un crime contre un membre de ces groupes est commis toutes les dix-huit minutes ». Même quand ils parviennent à grimper l’échelle sociale, ils demeurent intouchables dans les esprits.

Et, ils ne sont pas les seuls. Les musulmans sont également discriminés. Ne bénéficiant pas de système de quotas, ils sont largement exclus des emplois publics ; 31 % d’entre eux vivent au-dessous du seuil de pauvreté officiel.

Dans Le Monde diplomatique de février, en kiosques : « L’Inde nouvelle s’impatiente », de Bénédicte Manier.

Enfin, la troisième fracture vient des discriminations sexuelles. Alors qu’elles sont de plus en plus nombreuses à entreprendre des études, les femmes ont du mal à trouver une place dans une société particulièrement machiste. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), leur taux d’activité est passé de 37 % en 2004-2005 à 29 % en 2009-2010 [4]. Cette baisse est certes pour partie liée à l’arrivée de femmes poursuivant leurs études dans le secondaire, mais discriminations à l’embauche, pressions et traditions poussent les femmes à rester chez elles. Dans les villes, ce grand écart entre les aspirations féminines et les obstacles machistes deviennent insupportables. On l’a vu lors des manifestations géantes qui ont secoué New Delhi après le viol d’une jeune étudiante.

Le pouvoir actuel ne semble pas avoir pris toute la mesure des volontés de changement. C’est également vrai sur une autre question qui agite le pays : la corruption. Elle s’est massivement étendue et va du plus petit fonctionnaire (auquel il faut donner un « petit billet » pour éviter une amende ou obtenir tel ou tel papier administratif) au plus haut niveau de l’Etat, comme l’a illustré le scandale des licences « 2G » qui a entraîné le ministre des télécommunications sur le banc de la justice. Même le premier ministre a été accusé d’avoir touché des pots de vin pour la vente de concessions minières (ce qu’il a évidemment démenti).

Afin d’obtenir une loi anti-corruption digne de ce nom, le gourou Anna Hazare a mené une grève de la faim en 2011, qui a rencontré un vif succès. Même si sa deuxième tentative, l’an dernier, fut plutôt un échec, le rejet de système de prévarication devient massif et avec lui, la perte de confiance dans le pouvoir actuel.

Notes

[1] L’attentat a fait quatorze morts et plusieurs dizaines de blessés.

[2] L’autre partie, l’Azad Cachemire est sous contrôle du Pakistan.

[3] Inde, l’envers de la puissance. Inégalités et révoltes, CNRS Editions, Paris, 70 pages, 5 euros.

[4] « Inde : Pourquoi le taux d’activité des femmes chute-t-il ? » OIT, Genève

33 commentaires sur « François Hollande, l’Inde fantasmée et l’Inde réelle »

  • permalien Yvan :
    16 février 2013 @05h47   »

    Dans l’ombre d’un De Gaulle ou d’un Kennedy, Hollande a cru bon saluer "la grande démocratie du monde" (sic) dans la langue du colonisateur.

    Ce ne sont pourtant pas les langues qui manquent en Inde (officiellement 22)... et c’est certainement ce détail qui contribue le plus à la grandeur de sa démocratie.

    ... il est vrai que c’est aussi la langue du "consumérism"... quand on vient vendre des nouilles volantes dont les bénéfices s’ils ne contribuent pas pas à subventionner les petites frappes de l’Essonne, réduiront d’autant le déficit budgétaire de la Nation, le salut du mandaté suprême du Peuple Français, aux peuples des Indes aura le mérite d’annoncer la couleur.

  • permalien benutko :
    16 février 2013 @07h24   « »

    "Toutefois, la tendance à l’accélération est la même : 1 % d’Indiens les plus riches détenaient 23 % des richesses nationales en 2008 contre... 0,8 % en 1996, selon la Banque mondiale."

    Les chiffres que vous citez reflètent le contraire de ce que vous souhaitez démontrer. S’il faut maintenant 1%, et non plus 0.8%, de la population pour couvrir 23% de la richesse nationale, c’est parce que les inégalités ont reculé.

    Par ailleurs, je ne suis pas sûr de ce que vous entendez pas "petits commerçants". L’Inde n’est pas la France. La comparaison répétée avec la Chine ne fait aucun sens : les deux pays ont des histoires totalement différentes ; le Pakistan, le Bangladesh, ou le Népal sont certainement plus comparables, et, là, il me semble, la comparaison serait plutôt à l’avantage de l’Inde. En particulier, vous comparez l’éducation en Chine et en Inde - remarquez que le taux de reproduction est très significativement différent entre les deux pays, ce qui rend l’effort chinois nettement plus facile.

    "les instituteurs sont si mal rémunérés, qu’ils privilégient souvent les cours privés, au détriment de l’enseignement public."
    Cette phrase s’applique dans la plupart, sinon tous, les pays d’Asie ; ce n’est pas particulier à l’Inde. Peut-être que, là aussi, il faudrait comparer.

    J’ai l’impression que c’est un article à charge assez mal documenté, et qui omet toute la complexité des questions importantes qu’il touche.

  • permalien gloc :
    16 février 2013 @07h59   « »

    benutko : S’il faut maintenant 1%, et non plus 0.8%, de la population pour couvrir 23% de la richesse nationale, c’est parce que les inégalités ont reculé.

    ... c’est parce que les inégalité entre les riches ont reculé : Le Figaro - Conjoncture : Les milliardaires indiens plus nombreux mais moins riches

    ... de même que les inégalités entre les pauvres...

    ... mais les inégalités entre riches et pauvres ont bien augmenté : La pauvreté en Inde. Une bombe à retardement ? | ceriscope

  • permalien anonyme :
    16 février 2013 @09h07   « »

    on voit l hypocrisie occidentale,qui critique la corée du nord pour ses essais nucléaires,mais qui surarme l inde pour faire barrage à la montée en force de la chine ;new dehli peut très bien lancer une bombe atomique sur islamabad ou karachi !

  • permalien MB :
    16 février 2013 @09h15   « »

    Pour éviter toute incompréhension,on peut dire autrement : 1% des Indiens détenaient 0,8 % des richesses en 1996 et 23 % en 2008 Autrement dit ils accaparent de plus en plus .

  • permalien anonyme :
    16 février 2013 @10h14   « »

    pour échapper au système des castes,les "intouchables" se convertissent au bouddhisme,au christianisme ou à l islam ;et qu en est il de la sédition naxalite ?

  • permalien tibolem :
    16 février 2013 @11h38   « »
    Situation au Cachemire

    Un couvre-feu a été imposé au Cachemire depuis cinq jours, pour éviter les protestations contre la pendaison d’Afzal Guru. Certains ont tout de même essayé de manifester, mais l’armée a tiré dans le tas, tuant entre autres un gosse de 13 ans. Les journalistes suivant la visite de François Hollande en Inde ne peuvent pas avoir raté l’info. Quelqu’un a-t-il lu un article là-dessus dans la presse française ? Ce sujet n’a-t-il aucune importance à l’heure où on équipe l’armée indienne en machines de guerre françaises ? Article du Guardian (en anglais) : http://www.guardian.co.uk/commentis...

  • permalien anonyme :
    16 février 2013 @12h55   « »

    la guerre au cachemire est ainsi couverte par nos médias,tout comme la répression au kurdistan par l armée turque,ou en colombie contre les farc,aux philippines contre la new ’ s people army ;quand l impérialisme s effondrera t il ?

  • permalien patrice :
    16 février 2013 @18h38   « »

    @MB
    "Pour éviter toute incompréhension,on peut dire autrement : 1% des Indiens détenaient 0,8 % des richesses en 1996 et 23 % en 2008 Autrement dit ils accaparent de plus en plus ."

    Si 1% des indiens ne détient que 0.8% des richesses, ce 1% est plus pauvre que la moyenne. Avec 8%, ça irait déjà mieux. Ils auraient été huit fois plus riches que la moyenne, et auraient vu leurs revenus tripler durant la période considérée.

  • permalien Caligula :
    16 février 2013 @20h17   « »

    De nos jours, et même avant, les dirigeants en visite ne se déplacent que pour vendre, non ? N’aurions-nous élu que des VRP de luxes ? Quelle déception !

    Dans un sens, tout s’explique : les courbettes, les discours, limites, lêche-botte (ou babouche, sandales...suivant le pays visité). Faut vendre.

    Ceci dit, peut-on excuser la bassesse même si elle permet de redresser une économie ? Ce qui reste à démontrer.

    A part ça, j’aime bien le concept de nouille volante d’Yvan. Moi qui croyais que c’était un canard. Boiteux, certes...

  • permalien Messager :
    16 février 2013 @23h40   « »

    Bravo pour cet article, Il ne s’agit pas de stigmatiser l’Inde et de donner des leçons mais cet article mets en Lumière hélas le système des castes.
    La defense des droits de l’homme (detouslesdroits) est noble a la difference du "droit de l’hommisme" pratique par nos gouvernements qui est une défense de la démocratie et des droits de l’homme a géométrie variable (Arabie Saoudite etc),il s’agit seulement de demander a FH moins de cynisme et de pretention, il y a tant a faire en France pour les droits de l’homme

  • permalien Sarah :
    17 février 2013 @00h29   « »

    Personnellement,je n’ai jamais compris pourquoi l’Inde avait une telle image positive en occident.

    Ce pays qui est l’un des plus inégalitaires au monde,où la démocratie reste largement une fiction(le pouvoir se partageant entre des dynasties familiales),où près de 40% de la population est analphabète,où les violences faites aux femmes sont plus importantes que dans la plupart des pays musulmans(cf.classement de The Economist qui place l’Inde derrière l’Egypte,l’Irak,l’Iran ou encore l’Arabie Séoudite concernant la place des femmes dans la société),bénéficie d’une image très positive et édulcorée dans les médias occidentaux.

    Peut-être pour une alliance future contre la Chine ?

  • permalien Sarah :
    17 février 2013 @00h34   « »

    Sans parler du système des castes, qui aurait été diabolisé et dénoncé avec virulence si ça concernait un pays musulman,est à peine évoqué.

  • permalien marie :
    17 février 2013 @07h58   « »

    des étude sur la pauvrete en inde ont ete faites par dufflot celle qui est partie aux usa car hollande est trop ot pour la garder(c et obama qui l a appelle) elle a fait des etudes et a remarque que l’activite privee et toujours plus positive que celle du public pour lutter contre la pauvrete
    ex) faut il une ecole gratuite
    faut il payer le livres et faire payer l ecole
    faut il payer le parents a un travail et leur demander de mettre le enfants a l ecole
    une superbe reflexion sur la responsabilite pero et l etat

  • permalien Messager :
    17 février 2013 @11h05   « »

    Il me semble que la remarque de Sarah est fondamentale.lesysteme ultraliberal est en difficulté . L’attitude de nos dirigeants est non pas de le reformer mais de "partir en guerre" contre tout ce qui ne l’est pas (référence le mondejournal de la pensée unique)
    l’exemple de Chavez est typique, il est traite de dictateur alorsqu’il a été réélu tout les 2,5 ans, en réalité il
    a surtout nationnalise me pétrole et s’est oppose aux US
    la Chine est beaucoup plus redoutable économiquement selon l’OCDE elle devrait devenir la première économie mondiale en2016 .
    En fait nos"décideurs" pensaient que la Chine et d’ autres allaient être l’atelier du monde et que nous les occidentaux serions les concepteurs. "nous avons tout a gagner de la mondialisation" clamait DSK et bien d’autres. Cette pretention doublée d’une ignorance crasse s’est révélée catastrophique. La Chine est une très vieille civilisation : "l’empire du milieu" a été fonde en 230 av JC, et a connu de très brillantes périodes : 6 et 7 siècle ap JC puis au 18 elle a représentée près de 30% de la richesse mondiale avant de retomber a 5% en 1950. A peyrefitte avait écrit un best seller "Quand la Chine s’eveillera" C’est fait !! La Chine nous démontre (hélas pour nos enfants) que nous nous sommes trompes.
    Au lieu de nous reformer i.e.abandonner l’ultraliberalisme, ce qui n’est pas facile, on préfère attaquer la Chine sur ces points faibles:totalitarisme libertés individuelles, ce qui est de "bonne guerre" mais aussi de l’entourer de bases militaires US (Okinawa notez au passage que le gouvernement japonais ne demande pas la restitution aux USA) qui sont en train d’être renforcées même par Obama
    C’est pour cela que FH et al nous parle de la plus grande démocratie du Monde a propos de l’Inde malgré les intouchables !!!

  • permalien K. :
    17 février 2013 @11h30   « »

    Mic-Mac entre démocrates (sur la vente des réacteurs nucléaires d’Areva).

    A very expensive proposition

    Traduit en français par le "Courrier International"

    Actuellement en visite en Inde [les 14 et 15 février], le président François Hollande ne manquera pas de tenter de convaincre New Delhi de conclure un accord douteux portant sur l’achat de six réacteurs européens pressurisés (EPR) à la société française Areva pour le site de Jaitapur [dans l’Etat du Maharashtra, sur la côte ouest]. (...)

    (...)

    un total de six de ces réacteurs pourrait nous coûter plus de 3 600 milliards de roupies [49,8 milliards d’euros]. A titre de comparaison, un seul des réacteurs qu’Areva espère nous vendre représente plus que le budget annuel du Maharashtra en 2012 [450 milliards de roupies, soit 6,2 milliards d’euros].

    Rappelons aussi qu’il est stupéfiant que le gouvernement ait accepté de [débuter les négociations sur l’achat des] réacteurs d’Areva sans avoir jamais lancé d’appel d’offres. La loi, que même le Département de l’énergie atomique (DAE) est tenu de respecter, prévoit pourtant une procédure d’appel d’offres public pour tout projet dépassant le million de roupies.

    Si l’on en croit des messages dévoilés par WikiLeaks, cette décision arbitraire aurait été prise en 2007. Anil Kakodkar, ancien secrétaire du DAE, en a expliqué les raisons dans un article publié en 2011 : "Nous devons également garder à l’esprit les intérêts commerciaux de pays étrangers et de leurs entreprises. […] Les Etats-Unis, la Russie et la France sont les pays vers lesquels nous nous sommes tournés dans notre volonté d’obtenir une levée des sanctions [l’interdiction, consécutive aux essais nucléaires de 1998, de vendre du matériel nucléaire à l’Inde a été levée en 2008, bien que le pays n’ait toujours pas signé le Traité de non-prolifération]. Et par conséquent, afin d’éveiller leurs intérêts commerciaux, nous avons conclu avec eux des accords sur des projets nucléaires." Une attitude coûteuse, les dirigeants indiens en sont conscients.

    (...)

  • permalien JM Masson :
    17 février 2013 @13h15   « »

    Au pays des vaches sacrées, nos VRP du business auraient pu tenter de proposer nos stocks baladeurs de viande de cheval. Un autre moyen non fantasmé d’atteindre le nirvana
    http://jmmasson.wordpress.com

  • permalien anonyme :
    17 février 2013 @17h00   « »

    à Messager,obama ne pourra pas s opposer à l élan de la chine,qui sera bientot la première économie mondiale,et qui dispose de bases militaires au cambodge,en thailande,au myanmar,au bangladesh,au sri lanka,dans l océan indien,et meme au pakistan et au soudan.ce sont les usa qui sont en déclin,pas la chine populaire.

  • permalien Messager :
    17 février 2013 @19h01   « »

    A anonyme
    il semble,si vous lisez les sites militaires US qui ont tendance a surévaluer la puissance militaire chinoise pour obtenir le maximum de Credit d’Obama que l’armée chinoise est technologiquemt en retard meme si la Chine essaye de "progresser" en ce domaine
    exemple en2016 la Chine disposera d’un seul porte avion dénué de catapulte alorsque les USA en auront une bonne dizaine de mastodontes de plus de 100000 tonnes.
    Cela signifie que les USA resteront la puissance militaire dominante pour de longues années.

  • permalien Shiv7 :
    17 février 2013 @19h25   « »

    Pourtant, au nom du dogme libéral, M. Singh a choisi ce moment pour donner un coup d’accélérateur aux privatisations et à l’ouverture aux capitaux extérieurs. Après des années de luttes, les géants de la distribution.........

    On est bien loin des idéaux que prônait le Mahatma Gandhi tout comme du restes ceux mis en avant par la mythologie hindoue.
    L’Inde perd son âme et succombe à la mondialisation libérale.
    Il est à craindre qu’à terme tout ceci conduise à une gigantesque implosion car ce pays est d’une complexion peu commune et dès lors que les fondamentaux de base qui en faisait son unité tentes à disparaître, il va devenir de plus en plus incertain de tenir ensemble cette multiplicité.

    L’ouverture des géants de la distribution, faisant suite à l’ouverture de ce pays depuis les années 80 (à ma première visite en Inde en 79, il n’existait aucun produit dans le pays qui n’était pas fabriqué sur place, si on excepte les avions qui y atterrissaient..) sous l’ère du fils de Indira Gandhi et sa femme Italienne, va achever la micro économie qui concerne une grande majorité du peuple indien.

    Les inégalités économiques ne vont que s’accentuer et ces dernières contrairement à celle coutumière des castes n’ont aucune excuses, justifications ou prétextes métaphysique ou mythologique qui pourront les faire accepter longtemps.
    Contrairement aux pays occidentaux où les inégalités économiques sont acceptées jusqu’à un certain point dans la mesure où chacun en retire quelque billes (ça tourne vite au vinaigre quand ce n’est plus le cas, comme actuellement..), des pays comme l’Inde et la Chine n’auront jamais la possibilité(voir l’envie), vu leur démographie, de partager quelques miettes du gâteau libéral, ce qui tôt ou tard ne pourra amener que de grand troubles et d’atroces guerres civiles.

    Cela sera notre dernier cadeau d’ex colonisateur..

  • permalien Jean-Michel Masson :
    18 février 2013 @09h38   « »

    Si la démocratie se réduit à un formalisme institutionnel, beaucoup de pays sont des démocraties, même le nôtre. Dans le cadre de cette signification du mot, l’Inde, de par le nombre de ses habitants, est vraiment "grande" .
    Nos démocraties n’auraient-elles pas un petit air orwellien ?
    jmm.masson@hotmail.fr

  • permalien gloc :
    18 février 2013 @10h49   « »

    à Jean-Michel Masson,

    Elle est même " world’s largest democracy", ce que not’président a traduit dans son sabir corrézien par "India is the great democracy...the big democracy in the world".

    Moralité : à l’ENA, l’apprentissage des langues "extérieures" doit être facultatif... comme la géopolitique.

  • permalien Jean-Michel Masson :
    18 février 2013 @11h24   « »

    Le Globish, variété française, peut effectivement mener pour le moins à des malentendus.

  • permalien BM :
    18 février 2013 @18h52   « »

    Il est consternant de voire qu’à une certaine époque (les années 1960-70 en particulier, merci feu George Harrison) l’hindouisme a bénéficié en Occident d’une image de religion pacifique. Alors que la croyance en la métempsycose (ou réincarnation) a comme conséquence abominable que, lorsque l’on naît femme, dalit, ou quoi que ce soit à l’exception de brahmane "mâle", on est considéré comme ayant mérité son statut inférieur acquis de naissance, à cause de prétendues fautes commises lors de vies antérieures (que l’on expie par ce statut et les humiliations qui vont avec) ! Ou, par exemple, cette phrase issue du Bhagavad Gîtâ, qui résume toute la philosophie de la religion hindoue : "Mieux vaut son propre devoir accompli imparfaitement que le devoir d’un autre accompli à la perfection".

    Aujourd’hui, le parti hindou BJP est un parti organisé en milices fascistes sorties tout droit de l’Allemagne ou de l’Italie des années 20, et qui se "talibanise" de plus en plus (particulièrement à l’égard des femmes). Si tout cela avait été le fait de populations musulmanes, elles auraient déjà disparues sous les bombes atomiques de l’Occident !

    On observe aujourd’hui le même aveuglement vis-à-vis du bouddhisme, que l’on va jusqu’à présenter en Occident comme une doctrine gauchiste prônée par un dalaï-lama "cool" et pacifiste ! Quelle farce ! Les bouddhistes ont accompli une remarquable opération de relations publiques, ils se sont positionnés (en Occident) en opposition au Catholicisme "ringard" et à l’Islam "fanatique". Alors qu’en fait ils sont tout aussi réactionnaires que les autres grandes dénominations religieuses. Le biais anti-chinois de nos médias fait constamment l’impasse sur ce qui se passait au Tibet avant 1950 : il s’agissait en fait d’une théocratie sauvage qui rappelait d’assez près l’Arabie dite "Saoudite" d’aujourd’hui.

  • permalien anonyme :
    18 février 2013 @20h48   « »

    c est justement en jouant sur ce dalai-lama "cool" relayé par les libertaires que s appuie l impérialisme pour conditionner à une future confrontation avec la chine.

  • permalien anonyme :
    18 février 2013 @22h14   « »

    la fascisation du japon et de l inde, et leur militarisation,réalisées avec l appui de la c.i.a,n est pas sans rappeller les précédents du fascisme italien et du national-socialisme,crées pour combattre l union soviétique.désormais,le "péril bolchevique" pour l impérialisme sont la chine populaire à laquelle il faudrait amputer le tibet,les maoistes népalais et les naxalites.à nous de dénoncer la haineuse campagne antichinoise.

  • permalien K. :
  • permalien diego22 :
    19 février 2013 @19h04   « »

    Aucun pays au monde n’est réellement démocratique. Il faut être bien naïf pour penser le contraire. Et c’est un ancien prisonnier politique qui vous parle.

  • permalien Shiv7 :
    20 février 2013 @16h44   « »

    BM

    Il est consternant de voire qu’à une certaine époque (les années 1960-70 en particulier, merci feu George Harrison) l’hindouisme a bénéficié en Occident d’une image de religion pacifique. Alors que la croyance en la métempsycose ……….

    En effet l’hindouismes n’est pas à proprement parler pacifiste (contrairement a Gandhi), la Bhâgavata Gîta notamment, étant un enseignement spirituel s’appuyant sur le récit métaphorique d’une bataille.
    La Gîta nous apprend surtout l’action désintéressée, sa vision par exemple par rapport à la violence serait de dire qu’il faut être détaché aussi bien de la violence que de la non violence, le détachement étant la seule possibilité pour l’homme d’être à la fois libre et soumis aux lois cosmiques.

    Quand à la croyance en la métempsycose, même si la forme qu’elle a prise à travers le système des castes est passablement détestable, elle ne se résume pas à cela, pour preuve le bouddhisme.

    Ou, par exemple, cette phrase issue du Bhagavad Gîtâ, qui résume toute la philosophie de la religion hindoue : "Mieux vaut son propre devoir accompli imparfaitement que le devoir d’un autre accompli à la perfection".

    Je crois que de résumer toute la philosophie hindoue par une seule phrase de la Gita est passablement réducteur, déjà parce que la Gîta est beaucoup plus que cette phrase et que secondement l’hindouisme à de multiples facettes et textes, tendances fondamentaux.

    De plus j’ai de la peine à comprendre ce qui dans cette phrase vous heurte tellement, pourriez vous approfondir ?

    Suite

  • permalien Shiv7 :
    20 février 2013 @17h03   « »

    Suite

    Je suis en revanche tout à fait d’accord avec ce que vous dites du parti hindou BJP(on voit des mouvement similaire dans le Bouddhisme, notamment en Birmanie), même si utiliser le terme à la mode de "talibanise" est assez mal choisi, car la résistance Afghane dans son action et les motifs de son repli identitaire n’a strictement rien à voir avec le BJP.
    (ce dernier est d’autant moins pardonnable, car si il y a bien un reproche qu’on ne peut pas faire à l’hindouisme traditionnel bien compris, cela serait celui d’être exclusiviste).

    On observe aujourd’hui le même aveuglement vis-à-vis du bouddhisme,

    En effet l’occident idéalise passablement le bouddhisme, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’une opération de relation publique, car aussi bien l’hindouisme que le bouddhisme ont bénéficié d’une certaine admiration pour leurs systèmes métaphysique (non pas pour leurs systèmes sociaux et politiques) depuis déjà le XIX siècle (George Harrison n’a été qu’un revival superficiel), c’est pas eux qui sont venu à nous mais nous qui somme allés les chercher.

    Le cas des Tibétains est différent car ces dernier ont du fuir l’invasion chinoise et se sont disséminés dans le monde, particulièrement en Suisse, aux USA et en Inde/Népal.

    Dans un premier temps c’est plutôt l’occident qui c’est intéressé à eux, car le Tibet jouissait d’une aura mystérieuse et c’est par le biais des sympathisants occidentaux que c’est créé un système de relation publique. (vous préféreriez une action terroriste ?)

    ils se sont positionnés (en Occident) en opposition au Catholicisme "ringard" et à l’Islam "fanatique"

    Encore une fois c’est plus les sympathisants et bouddhistes occidentaux qui ont cette vision que les Tibétains eux-mêmes.

    il s’agissait en fait d’une théocratie sauvage qui rappelait d’assez près l’Arabie dite "Saoudite" d’aujourd’hui.

    Possible (même si c’est passablement exagéré et difficilement comparable si ce n’est dans une vision marxiste) mais en dernier recourt ça nous regarde pas (les Tibétains sont certainement aptes à se réformer eux-mêmes) et d’autre part ça ne doit pas être une raison pour justifier la Chine, car le précepte des peuples à se gouverner eux même doit primer.
    De plus ont peut se demander pourquoi il y a autant de Tibétains qui s’immolent si c’est pour retourner dans l’enfer que vous décrivez.

    Quand à leur accointance avec l’impérialisme US, qui est devenu un credo à la mode, il est certainement réel, mais vu leur situation (non pas géographique mais politique) on peut difficilement le leurs reprocher.
    Il y en a bien d’autres qui sont accointés (!) à ces dernier sans avoir des raisons aussi impérieuses.

  • permalien Indophile :
    24 février 2013 @22h48   « »

    Encore des stereotypes !!!

    Reveillez vous les francaises, l’inde aura une economie plus grand que notre dans 5 ans.

  • permalien K. :
    28 février 2013 @19h48   « »

    Démocraties, dictatures, on s’en fout, le bizness d’abord.

    Déplacement de Laurent Fabius au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan (1er et 2 mars 2013)

    Accompagné d’une délégation d’entreprises, M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, effectuera les 1er et 2 mars un déplacement au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan, afin de dynamiser nos relations avec ces pays au fort potentiel économique et dont la stabilité est déterminante pour l’Asie centrale.

  • permalien Matheos VDW :
    21 mars @07h36   «

    La réalité en Inde est terribles.

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