En kiosques : décembre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

L’armée de l’air à l’heure du salon du Bourget

Les ailes du désir

« Le court terme sera très difficile » : le propos est du général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’air française, alors que se tient, du 17 au 23 juin, le salon international de l’aéronautique et de l’espace, à Paris-Le Bourget, traditionnel lieu de confrontation entre les grands constructeurs, et leurs clients – notamment les armées de l’air. Dans la foulée du nouveau Livre blanc de la défense, le format de l’armée de l’air française va être à nouveau revu à la baisse, en effectifs comme en équipements.

par Philippe Leymarie, 14 juin 2013

Un certain soulagement, d’abord, pour l’armée de l’air : elle a sauvé la composante aérienne de la dissuasion, qu’il est périodiquement question de supprimer, quand il s’agit de dégager un volant d’économies supplémentaires : cette fois encore, les Rafale à charge nucléaire de la base de Saint-Dizier sont « sanctuarisés » par le Livre blanc paru fin avril (1) , et ils le seront dans la loi de programmation militaire (LPM) qui devrait être adoptée le mois prochain.

Mais dans l’immédiat, la principale préoccupation du général Denis Mercier, le chef d’état-major de l’armée de l’air, est la baisse de 20 % du niveau d’activité aérienne – ce qu’il affirme « ne pas pouvoir accepter ». Il reconnaît cependant que, « pour passer la période budgétairement difficile », il va falloir « utiliser encore quelques temps des flottes plus anciennes, en ralentissant la modernisation de certains équipements sans l’interrompre ».

Ce sur quoi le ministre Le Drian, en visite jeudi 13 juin sur la base de Saint-Dizier, a préféré ne pas s’étendre, tout en cherchant à rassurer globalement ses troupes : « La montée en puissance de la flotte de Rafale va se poursuivre » et des avions ravitailleurs MRTT seront commandés « dans les plus brefs délais », a-t-il fait valoir. Renouvellement également en matière d’avions de transport militaire, puisque le nouvel A400M « sera en service dès cet été ».

Revue de détail, sur les programmes actuels et à venir :

 L’aéronautique de combat. Actuellement, 225 avions de chasse (dont les appareils « marine »). Le Rafale continue d’être livré dans les unités : 120 sur un besoin exprimé (mais avant le dernier Livre blanc) de 286 appareils. L’objectif global pour les cinq ans à venir reste identique : 225 chasseurs (dont les Rafale Marine, et une soixantaine de Mirage 2000-D, qui seront rénovés).

Bonne manière pour Dassault

Dassault, leur constructeur, vient d’être rassuré par le gouvernement : « Même si tous les grands programmes d’armement français sont en cours de révision pour être souvent étalés dans le temps, l’Etat va garantir à l’avionneur français Dassault que le rythme de livraison de ses Rafale à l’armée française sera maintenu à onze par an pendant trois ans (2014 à 2016) », relève Dominique Gallois.

Une bonne manière à l’égard de l’incontournable avionneur public-privé, pour qui la chaîne de fabrication du Rafale ne pouvait être sauvegardée au dessous d’un seuil minimal d’un appareil en production par mois. Après ces trois années « garanties », l’Etat espère étaler les achats de l’armée de l’air et de la marine françaises, le relais devant être pris chez Dassault par la fourniture d’avions à l’exportation.

Il faudrait, pour cela, que des commandes soient décrochées, ce qui n’est toujours pas le cas. Un seul (grand) espoir : l’accord en vue avec New Delhi, peut-être pour cet été. En revanche, les espoirs caressés au Brésil et aux Emirats arabes unis ont été douchés …

Appareils multi-rôles

 Aviation de transport. L’objectif du nouveau Livre blanc a été ramené à 50 avions de transport, tous modèles confondus. Pour l’heure, la majorité des 48 Transall franco-allemands, bien qu’ayant bénéficié de plusieurs vagues de modernisation, sont à bout de souffle. Certains sont « cannibalisés », servant de magasins de pièces détachées ; d’autres, à plus de 40 ans, commencent à être retirés du service.

Une demi-douzaine de quadrimoteurs C130 Hercules et une vingtaine de CN235-Casa (transport léger) ont pris partiellement le relais. Mais l’A400M, le quadri-propulseur militaire d’Airbus, commandé il y a dix ans par sept pays, se fait attendre : après une série de déboires financiers et techniques, et de retards successifs, le premier appareil opérationnel devait être livré à l’armée de l’air française l’an dernier. Il faudra attendre au mieux cet été. Et le rythme de production sera très lent, dans un premier temps.

 Avions-ravitailleurs. La quinzaine de C135FR et KC135R sont également en bout de course, certains de ces appareils dérivés du Boeing 707 ayant dépassé les 50 ans. L’entretien de cette flotte est très coûteux. Leur remplacement par les Multi Role Transport Tanker (MRTT), dérivés de l’A330 d’Airbus, se fait également attendre. Il n’est pas prévu de lancer la commande avant 2014. Ces appareils polyvalents (ravitaillement en vol, transport de fret et passagers) devront également remplacer les cinq A310 et A340 de transport stratégique actuellement en ligne.

Hors de prix

 Les hélicoptères. Le renouvellement de la flotte sera poursuivi, avec la livraison de Tigre (attaque sol ou air) et de NH 90 (transport tactique), mais à un rythme sans doute réduit, sur lequel le nouveau Livre blanc ne s’est pas étendu.

 La surveillance aérienne. Les quatre avions-radar AWACS d’origine américaine (contrôle de zone) poursuivent leur carrière, de même que les Atlantic de patrouille maritime (dont le système d’armes sera rénové). Mais il n’y a pas de solution en vue, par exemple, pour le remplacement des quatre bi-réacteurs Gardian chargés de la surveillance de l’imposant domaine maritime de Polynésie et Nouvelle-Calédonie. Ces appareils ont 30 ans. Ils devraient normalement cesser de voler en 2015 : le coût de leur maintenance est déjà prohibitif.

 Les drones. Les quatre Harfang de l’armée de l’air, qui ont été mis à contribution en Afghanistan, en Libye et au Mali, ne sont pas tous opérationnels. Le Livre blanc prévoit de développer la flotte, en procédant à des achats extérieurs – puisqu’aucune filière n’a pu être développée ces dernières années en France, pas plus qu’en Europe. L’armée de l’air prévoit l’acquisition, dans les cinq années à venir, de 12 drones de surveillance de théâtre de moyenne altitude longue endurance (MALE).

Achat sur étagère

Mais la Direction du Renseignement militaire, principale utilisatrice de ces engins sans pilote pour le moment, ne prévoit pas de disposer avant janvier 2014 des deux drones Reaper MQ-9 qui doivent être achetés « sur étagère », auprès du constructeur américain General Atomics. Une initiative a également été lancée pour la mise au point d’un drone de Moyenne altitude longue endurance (MALE) européen – en tout ou en partie – dans les prochaines années, notamment en liaison avec la Grande-Bretagne. Pour ce qui est des drones de combat, à l‘horizon 2025-30, les ambitions françaises reposent sur le Neuron européen, qui a volé pour la première fois au début de cette année.

 Les effectifs « Air ». Au premier janvier 2012, l’armée de l’air compte 56 000 personnes dont 49 500 militaires, avec un septième d’oficiers, et 6 500 civils. Ce qui représente 14,7 % du personnel total de la défense. Seulement 7 % des aviateurs font partie du corps du personnel navigant (pilotes, navigateurs, mécaniciens d’équipage) (2).

Division par deux

D’ici 2015, l’armée de l’air devra atteindre le format défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, soit 50 000 personnes (dont 44 000 militaires), en appliquant les prescriptions de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Une nouvelle déflation est prévue dans le cadre du Livre blanc de 2013. Les effectifs « air » auront alors été plus que divisés par deux, entre 1995 et 2018.

 Les ailes au féminin. L’armée de l’air atteint un taux de féminisation record : 22 % des effectifs, en hausse constante depuis 1995. Le taux, toutes armées confondues, est de 15 % (9,5 % en 2000).

 Le budget. s’élève à 4,4 milliards d’euros, soit 11,5 % du budget de la mission défense – dont 2,60 milliards pour les soldes et charges sociales, 1,19 milliard pour le maintien en condition opérationnelle, 0,83 milliard d’euros pour le carburant opérationnel, etc.

 La « posture permanente de sûreté ». C’est l’engagement « intérieur » de l’armée de l’air, son côté « service public », avec – pour contrôler les 15 000 aéronefs empruntant chaque jour l’espace aérien français – cent décollages de Mirage 2000 ou Rafale sur alerte réelle, sept cent soixante-huit sorties d’avions de chasse au titre de la permanence, quatre cent quatre-vingt onze sorties d’hélicoptères pour la surveillance des sites sensibles, etc., comme tient à le rappeler le site officiel.

Retour des Russes

L’armée de l’air française dispose d’un stand important au Salon du Bourget, tout comme les principaux constructeurs aéronautiques militaires. Les rugissements des chasseurs Rafale se feront entendre, comme à chaque fois. Mais, en l’absence cette année des vols de démonstration de chasseurs américains, ce sont les Russes qui pourraient briller le plus au Bourget. Leur participation marque le retour progressif de leur industrie aéronautique militaire, avec une croissance de 20 % par an. Tupolev modernise la flotte de bombardiers stratégiques, Iliouchine les appareils de transport tactiques. Le chasseur Sukhoi 35 « Super-Flanker » – concurrent du Rafale, etc. – est chaque jour en présentation dans le ciel du Bourget, de même qu’un nouvel appareil d’entraînement, le Yak-130. Dans deux ans, promet-on chez les Russes, le nouvel avion de combat de 5ème génération T50, montré cette année au salon russe MAKS, sera en démonstration au Bourget, de même que le nouvel avion de transport militaire IL-476.

Philippe Leymarie

(1) Lire les deux précédents billets consacrés au Livre blanc 2013 sur ce blog, « Pépites d’outre-mer » et « Bases françaises en Afrique : on rouvre !  ».

(2) L’armée de l’air recrute chaque année plus de 2 000 jeunes, de niveau 3e à Bac + 5, dans les métiers le plus divers : pilotes, mécaniciens, fusiliers commandos, informaticiens, maîtres-chiens, pompiers de l’air, etc.

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016