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Quand Avignon découvre le Rabelais sud-coréen

par Martine Bulard, 17 juillet 2013

« Comment reconnaît-on un Vrai Beau Mec dans une foule ? C’est un humain qui se conduit comme un Humain ». Telle est la leçon de la fable de l’écrivain Song Sok-ze, Nam Guy, un mec super chié, joué par la Compagnie Haddangse dans le festival « off » d’Avignon (1).

천하제일 남가이 Un Mec Super-chié - la cie haddangse from haddangse on Vimeo.

Pour arriver à cette magnifique définition, le héros Nam Guy a dû affronter bien des vicissitudes symboliques de la société sud-coréenne. Né tout crotté dans un village pauvre, il pue au point d’être repoussé de tous (les enfants mais aussi sa professeure et les autres adultes). En Corée du sud comme ailleurs, la différence est suspecte. Marginal, Nam Guy exerce le seul métier qui lui sied : « vidangeur de merde ». Il finira par découvrir que celle-ci peut se transformer en or (pour fumer les champs et améliorer les récoltes) et que lui-même produit des phéromones permettant de séduire les femmes et dominer les hommes...

Adulé par la gent féminine, enrôlé par l’armée (l’un des piliers de la société), Nam Guy connaît la gloire avant d’être opéré, disséqué, par la communauté scientifique qui veut percer son secret et le cloner. Comme dans son dernier roman traduit en français, A qui mieux mieux (Imago, Paris, 2013), l’auteur pointe ici, avec un humour ravageur, les tares d’une société coréenne qui ne semble posséder d’autre valeur que la croissance, l’ordre et la technologie. Pas de grand discours chez ce Rabelais asiatique qui se définit comme un raconteur d’histoires, mais un savant mélange de comédie et de satire.

Venue de Séoul, la Compagnie Haddangse utilise toutes les subtilités et les ficelles du texte de Song Sok-ze — au sens propre du terme puisque ces ficelles servent aussi bien à symboliser Nam Guy naissant, les excréments, l’eau de la rivière, ou un rideau de scène habilement utilisé pour dévoiler ou dissimuler les personnages. Sans oublier le jeu autour du masque, selon la tradition.

Avec une imagination foisonnante, la Compagnie Haddangse fait appel à l’art théâtral coréen ancestral pour « réinventer des cadres esthétiques nouveaux ». Ici, elle transforme une fable critique en conte poétique.

Martine Bulard

(1) Nam Guy, un mec super-chié, de Song Sok-ze, mis en scène par la Compagnie Haddangse, Festival Off, Théâtre du Centre, Avignon, jusqu’au 31 juillet.

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