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Iran-Irak, une guerre oubliée

par Alain Gresh, 10 octobre 2013

Peu d’événements ont autant contribué à changer la face du Proche-Orient. Et pourtant, la première guerre du Golfe, celle qui a mis aux prises l’Irak et l’Iran entre 1980 et 1988, reste méconnue. C’est le grand mérite du livre de Pierre Razoux, La guerre Iran-Irak. Première guerre du Golfe 1980-1988 (Perrin), de revenir sur ce conflit, le plus long du XXe siècle et aussi « [s]a dernière guerre totale » (avec un bilan humain effroyable). L’auteur a eu accès à nombre d’archives inédites, dont les bandes audio de Saddam Hussein ainsi que celles de toutes les réunions de la direction irakienne.

On comprend que, en France comme aux Etats-Unis, on préfère oublier ce passé peu glorieux durant lequel les deux pays se sont comportés avec un cynisme particulier, restant muets sur l’utilisation par Saddam Hussein de gaz chimiques à la fois contre les Kurdes irakiens et contre l’armée iranienne. Il a fallut l’utilisation du gaz sarin en Syrie pour que ces faits remontent à la surface à la faveur d’une enquête du magazine Foreign Policy (« Exclusive : CIA Files Prove America Helped Saddam as He Gassed Iran », 26 août 2013). Il existe toutefois une différence notable entre les stratégies des deux capitales occidentales : Paris fut ferme dans son soutien à Saddam Hussein, au nom de la lutte contre l’islamisme radical, et en a gardé un fort syndrome anti-iranien qui perdure avec la présidence de François Hollande. Alors que les Etats-Unis ont aidé alternativement les deux protagonistes, fournissant des armes et des informations aux deux parties. Les dirigeants soviétiques firent aussi preuve de cynisme en prenant partie au début du conflit en faveur de l’Iran et contre leur allié de Bagdad, avant de changer de position et de retourner à leurs amours irakiennes. Israël ne fut pas en reste, dont le gouvernement aida, sans le moindre état d’âme, la direction iranienne dans la première phase de la guerre.

Lire « Dix ans après, que devient l’Irak ? », Le Monde diplomatique, mars 2013.Comme le rappelle l’auteur dans un entretien avec Mediapart le 2 octobre : « C’est la guerre fondatrice, dont a découlé directement la deuxième guerre du Golfe du Koweït, 1990-91, puis celle de 2003. À l’issue de cette première guerre du Golfe, la situation, en 1988, est la suivante : l’Irak est isolé, avec à sa tête un Saddam Hussein sourd à tout conseil et trop sûr de lui ; l’Iran est radicalisé et isolé, d’où la nécessité pour ce pays de se lancer dans le programme nucléaire car, de son point de vue, la guerre que Téhéran vient de vivre ne doit plus jamais se reproduire. Et pour qu’elle ne se reproduise pas, il faut être dissuasif, et donc disposer de la bombe atomique, grande leçon apprise d’Israël, de l’Inde et du Pakistan. »

C’est aussi à cette époque que s’est forgée l’alliance entre la République islamique et le régime laïque de Hafez El-Assad, alliance qui a toujours cours aujourd’hui et pèse considérablement sur le conflit qui se déroule en Syrie.

On ne peut résumer un tel livre qui s’attache en particulier à la dimension militaire du conflit, mais le lecteur y trouvera mille et une informations utiles pour comprendre la situation actuelle. Pierre Razoux insiste notamment sur la difficulté rencontrée par tout pays qui entendrait bloquer le détroit d’Ormuz (l’Iran a tenté sans succès de le faire en 1987-1988). Et il note, en conclusion, que « le pouvoir iranien est parfaitement rationnel et comprend très bien les notions de rapports de forces et de dissuasion » ; espérons que le président Barack Obama l’aura compris et qu’il parviendra à en convaincre aussi bien François Hollande que Benjamin Netanyahou.


Géopolitique du Proche-Orient à l’heure des révolutions arabes — Palestine, Syrie, Egypte

Conférence-débat avec Alain Gresh, jeudi 17 octobre à 20h30

Au Centre culturel La Clef, 34, rue Daubenton, Paris 5e, métro : Censier-Daubenton ou Place Monge ou Les Gobelins / Bus : 27, 47

Organisée par le Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e (CJPP5)

Entrée libre et gratuite (participation aux frais souhaitée)
Contact et informations : cjpp5.2@gmail.com / http://www.cjpp5.over-blog.com

Alain Gresh

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