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Salaam Palestine

par Alain Gresh, 19 novembre 2013

Le week-end dernier s’est déroulé à Clermont-Ferrand le festival « Rendez-vous, carnet de voyage ». Le livre Salaam Palestine. Carnet de voyage en terre d’humanité a obtenu presque tous les prix : le grand prix Michelin, le prix du Club de la Presse et le second prix Coup de coeur Médecins sans frontières (MSF). Cette œuvre à trois voix (un écrivain, un dessinateur, un photographe) cherche à montrer la Palestine ordinaire, faite de gens ordinaires, mais vivant sous occupation. Une Palestine pour laquelle le président François Hollande est bien incapable de montrer de l’empathie, lui qui demande à l’Autorité palestinienne des « gestes » pour satisfaire la puissance occupante.

Les auteurs m’avaient demandé de préfacer leur ouvrage. En voici le texte, intitulé « Scrupule » :

Un paysage idyllique, riche d’une histoire millénaire et hanté par les mythologies religieuses. Un territoire qu’ont visité, au cours des siècles, tant de voyageurs européens attirés par ses collines, par ses monuments, par ses évocations bibliques. A leur suite, un photographe, une romancière et un illustrateur ont parcouru ce petit bout de terre, plus intéressés par ses habitants. Ils ont croisé jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, de simples gens qui aspirent à une vie quotidienne normale, au bonheur, à l’amour, au travail. Leur existence, comme celle de chacun d’entre nous, est faite de mille et un détails croqués avec talent, de hasards et de rêves finement racontés, de joie et de tristesse saisies par les photographies.

Bien sûr, ces portraits ne cadrent pas avec certains des stéréotypes associés aux « Palestiniens » ou plus généralement aux « Arabes ». Comme nous, ce sont des êtres humains, tout simplement et c’est le talent de nos trois explorateurs d’avoir réussi à les croquer avec autant de vie et de vérité.

Pourtant, sous la normalité affleure le drame que résume, mieux que tout, la ville d’Hébron, où plus de 100 000 habitants sont pris en otage par quelques centaines d’extrémistes juifs religieux prêts à tout, y compris au pire, pour se débarrasser de ces intrus palestiniens à qui, paraît-il, Dieu n’aurait pas donné la Terre promise et qui seraient donc des usurpateurs que l’on peut chasser impunément de leurs maisons et de celle des leurs ancêtres. Qui s’en indigne ? Et, plus largement, comment l’injustice faite aux Palestiniens peut-elle perdurer depuis plus d’un demi siècle sans que « la communauté internationale » se mobilise réellement pour imposer l’application du droit international ?

Scrupule, du latin scrupulus, un petit caillou pointu dans nos chaussures, qui irrite, embarrasse, blesse. Désormais, le mot s’emploie, précise le Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d’Alain Rey, Le Robert) au sens d’« inquiétude morale quant à la conduite à tenir ». Ce livre devrait éveiller en chacun d’entre nous un « scrupule », un trouble obscur, un malaise diffus qui accompagne l’injustice et qui rend nos nuits un peu moins tranquilles.


Islam/islamisme, quelles différences ?

Débat à Douai, le jeudi 28 novembre à 20 heures, avec Alain Gresh.

Alain Gresh

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