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Sport et politique en Ukraine

par David Garcia, 30 décembre 2013

Juché sur un camion, le jeune retraité des rings Vitali Klitschko — âgé de 42 ans —, agite un drapeau ukrainien au milieu d’une foule compacte de manifestants. Prise le 1er décembre, place de l’Indépendance à Kiev, la photo a fait la « une » des journaux à travers le monde, tandis que les chaînes d’information européennes et américaines diffusaient en boucle cette même image, symbole de la contestation contre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch.

Lire aussi Sébastien Gobert, « L’Ukraine se dérobe à l’orbite européenne », Le Monde diplomatique, décembre 2013.
Surnommé « docteur poings d’acier » (il possède un doctorat en sciences de l’éducation, mesure 2,02 mètres et pèse 110 kg), Klitschko, candidat à l’élection présidentielle de mars 2015, est un chef de file du mouvement parmi d’autres, mais il aura monopolisé la couverture médiatique internationale. « Un homme réputé incorruptible, ce qui est, paraît-il, là-bas, assez spécifique », selon Laurent Fabius (1), le ministre français des affaires étrangères, qui l’a invité à lui rendre visite à Paris. Invitation lancée au seul président de l’Alliance démocratique pour les réformes (Udar, acronyme signifiant « coup »), un parti libéral favorable à l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne. Oubliés, les dirigeants des autres formations de l’opposition… Les chancelleries occidentales n’ont eu d’yeux que pour l’ex-« démolisseur des rings » — quarante-sept combats, quarante-cinq victoires, dont quarante et une par KO.

Retenu à Kiev, où les manifestations se sont succédé à un rythme soutenu, Vitali Klitschko s’est contenté d’un entretien téléphonique avec le chef de la diplomatie française. « MM. Fabius et Klitschko ont évoqué l’évolution de la situation ukrainienne et les moyens à mettre en œuvre pour sortir pacifiquement de la crise », détaille un communiqué du Quai d’Orsay (2). Une reconnaissance au plus haut niveau pour cet ancien boxeur professionnel.

Obligé de renoncer à défendre son titre de champion du monde poids lourds en raison d’une blessure contractée l’été dernier, Vitali Klitschko peut désormais se consacrer à plein temps à la politique. Au Parlement, où il siège comme député depuis 2010, ses diatribes contre la corruption de la classe politique inquiètent le clan présidentiel. Au point que la majorité a adopté une loi qui interdit aux Ukrainiens résidant à l’étranger de postuler à la fonction de président de la République. Dispositif taillé sur mesure pour écarter Vitali Klitschko de la course au pouvoir ? Car le sportif ukrainien le plus célèbre — avec son frère Vladimir, également champion du monde des lourds — vit en Allemagne. Pays où il a disputé la plupart de ses combats et bâti sa fortune. A la régulière, sans rien devoir aux circuits de financement douteux proches du régime, assure Klitschko, prompt à ériger son parti en modèle d’intégrité.

Lire aussi « Aux Philippines, les ambitions d’un député boxeur », Le Monde diplomatique, novembre 2011.Vitali Klitschko n’est pas le premier boxeur à se lancer en politique. Aux Philippines, un autre champion du monde, Manny Pacquiao, est devenu lui aussi député en 2010, à l’âge de 32 ans. Autoproclamé défenseur des pauvres, « Pacman » combat mollement des inégalités abyssales, entre esprit de charité et « partenariats public-privé » inefficaces. Pas de quoi faire trembler la toute puissante oligarchie philippine.

Vitali Klitschko fera-t-il mieux ? Au-delà de ses slogans anti-corruption, on ne lui connaît guère de programme structuré. Proche, dit-on, de l’oligarque Sergueï Liovotchkine, chef de l’administration présidentielle, le « nettoyeur des rings » est-il le chevalier blanc attendu par le peuple ukrainien ?

David Garcia

(1) Le Monde du 7 décembre 2013.

(2) « Entretien téléphonique de Laurent Fabius avec Vitali Klitschko, président du parti ukrainien Oudar », Ministère des affaires étrangères, Paris, 11 décembre 2013.

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