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Les irresponsables du pacte de responsabilité

Les entreprises ne créent pas l’emploi

mercredi 26 février 2014, par Frédéric Lordon

Il faut avoir sérieusement forcé sur les boissons fermentées, et se trouver victime de leur propension à faire paraître toutes les routes sinueuses, pour voir, comme s’y emploie le commentariat quasi-unanime, un tournant néolibéral dans les annonces récentes de François Hollande [1]. Sans porter trop hauts les standards de la sobriété, la vérité appelle plutôt une de ces formulations dont Jean-Pierre Raffarin nous avait enchantés en son temps : la route est droite et la pente est forte — mais très descendante (et les freins viennent de lâcher).

Entreprise, mon amour ?

En effet, droit, c’est droit ! Et depuis l’origine. Evidemment, pour s’en apercevoir, il aurait fallu prêter un peu plus attention aux six premiers mois de la présidence Hollande, où tout a été posé pour cinq ans, et les actes et la logique des actes.

Ce texte est la version longue de l’article paru dans Le Monde diplomatique de mars 2014. Les actes d’abord, en une séquence impressionnante de cohérence : ambassade du premier ministre à l’université du MEDEF, reculade devant les « pigeons », rapport Gallois, consécration législative de l’ANI (Accord National Interprofessionnel) — et tout le reste à l’avenant : Jérôme Cahuzac qui n’a « jamais cru à la lutte des classes » [2], heureusement remplacé par Bernard Cazeneuve qui voit, lui, distinctement que « les entreprises ne sont pas des lieux d’exploitation ou d’accumulation de profit » [3], l’un puis l’autre sous la tutelle éclairée de Pierre Moscovici qui pense que « pour lutter contre l’exil fiscal, il faut avant tout valoriser le site France qui doit être accueillant pour les entreprises, les talents » [4], qu’il ne doit pas y avoir de loi sur les rémunérations patronales, matière en laquelle il faut préférer « agir dans le dialogue (...) et miser sur une autorégulation exigeante » [5], qui pense tellement de choses d’ailleurs... Essentiellement résumable à une : « les entreprises sont au cœur de notre politique économique » [6].

Et voilà énoncée la logique des actes. Pauvre logique qui transpire les stratégies du désespoir et de la renonciation. Car les tendances longues de la trahison idéologique se mêlent ici aux calculs égarés de la panique quand, ayant abandonné toute idée de réorienter les désastreuses politiques européennes, ayant même fait le choix de les durcir un peu plus avec le TSCG, et par conséquent privé de toute possibilité de relance, il ne reste plus pour se sauver du naufrage complet que le radeau de la Méduse : « l’entreprise » comme ultime providence, c’est-à-dire... le MEDEF comme planche de salut. Formidable effort de la vie sauve et géniale trouvaille au bord de l’engloutissement : « La seule chose qu’on n’a pas essayé, c’est de faire confiance aux entreprises » [7]. Ah ! la riche idée : faire confiance aux entreprises... Faire confiance au preneur d’otages en se jetant dans ses bras, persuadé sans doute que l’amour appelle invinciblement l’amour — et désarme les demandes de rançon.

La prise d’otages du capital

Contrairement à ce qu’exclamerait dans un unisson d’horloges synchronisées la cohorte éditorialiste, scandalisée qu’on puisse parler de « prise d’otages », il n’y a pas une once d’outrance dans le mot, dont il faut même soutenir qu’il est analytiquement dosé au plus juste. Il est vrai que l’altération perceptive qui fait voir les droites sous l’espèce de la courbure est en accord avec cette autre distorsion qui conduit à voir des « prises d’otages » partout — chez les cheminots, les postiers, les éboueurs, et plus généralement tous ceux qui se défendent comme ils peuvent des agressions répétées dont ils sont l’objet —, sauf où il y en a vraiment. Il est vrai également que le capital a pour lui tous les privilèges de la lettre volée d’Edgar Poe [8], et que sa prise d’otages, évidente, énorme, est devenue invisible à force d’évidence et d’énormité. Mais par un effet de cécité qui en dit long sur le pouvoir des idées dominantes, pouvoir de faire voir le monde à leur manière, en imposant leur forme au réel, et en rendant invisible tout ce qui pourrait les contredire, par cet effet de cécité, donc, la plus massive des prises d’otages est devenue la moins remarquée, la plus entrée dans les mœurs.

Or, comme Marx l’avait remarqué, le capitalisme, c’est-à-dire le salariat, est une prise d’otage de la vie même ! Dans une économie monétaire à travail divisé, nulle autre possibilité de reproduire la vie matérielle que d’en passer par l’argent du salaire... c’est-à-dire l’obéissance à l’employeur. Et s’il n’y avait eu la conquête de haute lutte des institutions de la protection sociale, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique profonde de la mise au travail capitaliste d’un pur et simple « marche ou crève ».

Le capital ne prend pas en otage que la vie des individus séparément, mais également — en fait d’un seul et même tenant — leur vie collective, celle-là même dont la politique est l’expression, et qui donne normalement à la politique son objet. Mais voilà, l’objet de la politique est dans les pattes d’un autre : le capital. Cette captation a pour principe majeur que toute la reproduction matérielle, individuelle et collective, est désormais entrée sous la logique de l’accumulation du capital : la production des biens et des services qui reproduisent la vie matérielle n’est plus effectuée que par des entités économiques déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique de la marchandisation profitable. Et pour principe mineur la capacité d’initiative dont jouit le capital : le capital financier a l’initiative des avances monétaires qui financent les initiatives de dépenses du capital industriel — dépenses d’investissement ou dépenses de recrutement. Aussi les décisions globales du capital déterminent-elles le niveau général de la conjoncture, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles les individus trouvent les moyens — salariaux — de leur reproduction. C’est ce pouvoir de l’initiative, pouvoir d’impulsion du cycle de la production, qui confère au capital une place stratégique dans la structure sociale d’ensemble — la place du preneur d’otages, puisque tout le reste de la société n’en finit pas d’être suspendu aux décrets du capital et à son bon vouloir.

Sous la menace de la grève de l’investissement

Sans doute l’intensité de la prise d’otages se trouve-t-elle modulée par la configuration historique concrète du capitalisme au moment considéré. Le rapport de force entre le capital et le travail, on pourrait même dire entre le capital et tout le reste de la société, n’est pas le même lorsque le commerce international, les investissements directs et les mouvements de capitaux sont très régulés, et lorsqu’ils ne le sont pas. C’est d’ailleurs le propre du néolibéralisme que d’avoir accru quasiment sans limite les possibilités stratégiques du capital, en abattant systématiquement les barrières qui jusqu’ici retenaient ses calculs.

Il fallait donc avoir l’humanisme chrétien, ou la bêtise crasse, chevillée au corps pour s’imaginer que le capital pourrait, comme toute puissance en marche, ne pas pousser son avantage jusqu’à sa dernière extrémité, et pour croire qu’il trouverait de lui-même les voies de la décence ou de l’autorégulation. Or cette « dernière extrémité », très exactement appuyée à la capacité d’initiative qu’on vient de décrire, consiste en ce que le capital est en mesure d’exiger de la société qu’il soit fait droit à toutes ses demandes pour que l’initiative soit effectivement lancée. Faute de quoi il pratiquera la grève de l’investissement — « grève », n’est-ce pas là le mot qui, dans la boîte à deux neurones de l’éditorialiste quelconque, déclenche habituellement l’association avec « prise d’otages » ?

Bien sûr pour qu’il y ait arc électrique dans cette boîte-là, il faudrait que cette grève, d’un genre spécial, se donne à voir sous des formes plus standard. Or ni piquet, ni banderole, ni brasero dans les grèves du capital, mais plutôt une retenue silencieuse — de l’investissement —, accompagnée d’un lamento bruyant, lamento de la création empêchée, à base d’énergies qui voudraient tant être libérées (et qui sont tant bridées), d’étouffement règlementaire et de strangulations fiscales, ou plus subtilement d’attractivité du territoire (médiocre) et par conséquent de fuite des talents, bref le discours du positif contrarié — pour ainsi dire le discours des forces de la vie, que seule une perversité mortifère peut avoir l’idée de retenir.

Evidemment le discours du positif a le gros bâton du négatif sous la main. Car si la société n’exécute pas les quatre volontés du capital, le capital a les moyens de le faire sentir à la société — et ceci du fait même qu’il a capté la maîtrise entière de sa reproduction matérielle. Il faut alors prendre un peu de recul pour mieux mesurer l’ampleur de la prise d’otages, et l’efficacité du rançonnement, depuis la suppression de l’autorisation administrative de licenciement au milieu des années 80 jusqu’aux dispositions scélérates de l’ANI, en passant par la baisse de l’impôt sur les sociétés, la défiscalisation des stock-options, les atteintes multiples au CDI, le travail du dimanche, etc., liste interminable de butins de guerre, dont il faut comprendre qu’elle est vouée à s’allonger indéfiniment tant qu’il ne se trouvera pas en face de la puissance du capital une puissance de même échelle mais de sens opposé pour le ramener autoritairement à la modération, car, la liste précédente l’atteste suffisamment, le capital n’a aucun sens de l’abus.

Le capital-enfant

Intensifiée comme jamais par la configuration institutionnelle du néolibéralisme, la capture — la prise d’otages — constitutionnelle au capitalisme a porté le rançonnement de la société entière à des degrés inouïs, mesurables par l’impudence déboutonnée de ses ultimatums. Le capital ne négocie plus avec la société : il extorque. Pourquoi se gênerait-il ? Sous le nom de « mondialisation », la situation structurelle a été aménagée pour maximiser son pouvoir matériel et symbolique, et il est dans la (tauto)logique des choses qu’une puissance à laquelle a été ôtée toute limite ne connaisse plus de limite. C’est pourquoi le capital désormais dicte ses demandes — on prétend que le pacte de responsabilité a été livré à Hollande clé en mains par Gattaz qui s’en défend à peine —, à défaut de quoi, il bloquera tout.

La compréhension de ce blocage demande alors de sortir de l’abstraction macroscopique du « capital » pour se transporter dans les psychés patronales ordinaires, et y observer in situ moins le cynisme ouvert de l’institution MEDEF que le sentiment du « bon droit » des patrons individuels, sentiment d’une évidente légitimité, ou bien celui d’une véritable offense au moindre refus, et la réaction totalement infantile du « si c’est comme ça... » qui s’en suit invariablement — « si c’est comme ça, je m’en vais », « si c’est comme ça la France n’aura plus mon talent », « si c’est comme ça, je paye mes impôts ailleurs », « si c’est comme ça, mon énergie n’est plus du tout libérée », « si c’est comme ça, je ne peux pas innover », « si c’est comme ça, je n’embaucherai pas ».

L’hypothèse infantile est décidément la bonne puisque la perte des limites fait invariablement remonter la part de l’enfant-tyran. A l’image de la psychologisation générale de la société, une des tendances les plus profondes du néolibéralisme, le débat politique se trouve donc entraîné dans une effarante régression où ne comptent plus que les conditions du confort psychique de l’enfant-patron. Pierre Gattaz réclame qu’on lui évite toute disposition « stressante ». Mais c’est sans doute Fleur Pellerin qui va le plus loin dans la grammaire du dorlotement en reconnaissant bien volontiers que « le milieu entrepreneurial a encore besoin de preuves d’amour » [9]. Voilà donc où nous en sommes : pour obtenir des patrons qu’ils daignent faire leur travail, la société doit leur témoigner de « l’amour », et surtout veiller à leur éviter toute contrariété. Stade ultime de la prise d’otages, où le preneur d’otages, en plus de la rançon, réclame d’être aimé, l’extorsion matérielle cherchant à se prolonger sous une forme délirante en extorsion affective.

Et c’est avec ce genre de complexion que la Droite Complexée du président Hollande imagine passer un pacte de responsabilité ! idée folle conduisant inévitablement à se demander lequel des deux « contractants » est le plus irresponsable, le capital-enfant qui ne connaît plus aucun frein et violentera jusqu’au bout la société otage, ou le gouvernement qui persiste, contre toute évidence, à en faire un partenaire « responsable ». Il faut en tout cas avoir au choix la franche bêtise ou, plus probablement, le cynisme retourneur de veste de M. Montebourg pour oser dire que le pacte consiste en « une réconciliation de la nation autour de l’entreprise », en contrepartie de laquelle il est attendu que « l’entreprise secoure la nation » [10].

La curieuse science expérimentale
des baisses de cotisations

Supposé qu’il passe parfois dans quelque esprit gouvernemental l’ombre d’un doute, le capital, lui, ne se pose pas ce genre de question. Tout à sa poursuite des coudées larges et de la suppression fiscale, il demande, menace... et obtient. Bref il commande. De toutes ses revendications, la plus constamment réaffirmée a pour objet les cotisations sociales — les « charges » — et le voilà de nouveau satisfait. Mais d’une satisfaction qui va s’usant — avec la force de l’habitude — et réclame sans cesse des montants plus importants pour se soutenir. C’est pourquoi — assez d’être timoré ! — Pierre Gattaz se propose toutes les audaces de l’arrondi supérieur : 100 milliards de réduc’, c’est beau, c’est net, pas compliqué à retenir, maintenant, donc, il nous faut 100 milliards. Double effet caractéristique de l’addiction et de l’accoutumance, le capital déclare qu’il ne peut plus vivre, et donc qu’on ne pourra pas compter sur lui, s’il n’a pas sa dose. Le fait est que depuis presque trois décennies de pratique intensive des baisses de cotisations sociales, sans compter les aides variées à l’emploi et les allègements de toutes sortes — Gérard Filoche en estime le total à 65 milliards d’euros [11], soit 3 bons points de PIB tout de même —, le capital n’a même plus à chercher la seringue : il a le cathéter branché à demeure.

Mais le vrai mystère dans toute cette affaire réside bien dans le fait même de politiques entretenues depuis si longtemps alors que leur inefficacité est si continûment avérée — elle, pour des raisons qui n’ont rien de mystérieux : parce que le coût salarial complet n’est qu’une fraction relativement modeste du coût total (25 %) [12] et que même les 100 milliards de Gattaz n’aboutiraient qu’à une baisse du coût de production de 3,5 % [13], une misère à la merci du moindre renchérissement de matière première, pour ne rien dire d’un mouvement de change d’un compétiteur extra-européen. A ce propos, et dans le registre du passeur de plats, signalons le commentaire tout de bienveillance de Daniel Cohen pour qui il ne faut voir dans le pacte de responsabilité « aucune conversion idéologique » [14] mais une simple « option pratique », le pacte consistant, « privé de l’arme monétaire, (...) à gagner en compétitivité (...) par une dévaluation fiscale ». Ceci, d’ailleurs, avant de suggérer « d’indexer [les prestations] des systèmes sociaux sur la croissance », soit la proposition même du MEDEF, et cette remarquable convergence du patronat, de la Droite Complexée et de ses économistes de service ne peut en effet être mise au compte d’aucune « conversion idéologique » — à l’évidence, l’unanimité spontanée des raisonnables.

Mais que dire également de l’imitation de tous les pays européens dans la course à la baisse du coût du travail, sinon qu’elle n’a pas d’autre effet que l’attrition générale des standards sociaux sans le moindre gain de compétitivité puisque celle-ci n’est jamais qu’un avantage différentiel, comme tel annulé par son adoption généralisée. Ou encore de la théorie dite du wage-gap, soutenant que le chômage est un effet de déséquilibre de l’offre et de la demande sur le marché du travail dû à un excès du prix du travail, sinon qu’elle est fausse et archi-fausse [15].

Mais aucune de ces évidences n’a la moindre prise, ni sur le patronat évidemment — il ne faut pas trop demander —, ni sur le commentariat qui jacasse la baisse des charges à l’unisson du MEDEF, ni surtout sur le gouvernement socialiste à qui pourtant ces conneries coûtent les yeux de la tête ! Le voilà alors le vrai pouvoir des idées dominantes : le pouvoir de se maintenir envers et contre tout, contre toutes les objections de l’analyse et contre toutes les infirmations du réel — et il n’en a pas manqué depuis plus de vingt ans de baisses continues de tout et de stagnation prolongée dans le chômage de masse. Le pouvoir des idées dominantes, c’est ce privilège des épistémologies asymétriques, c’est-à-dire d’un rapport totalement distordu à l’expérience : on poursuivra pendant des décennies, et jusqu’au bout, la mise en œuvre du faux que l’on continuera, contre toute évidence, de déclarer le vrai, là où on ne laisserait pas six mois à une tentative authentiquement alternative.

Car il faut s’efforcer d’imaginer un programme de rupture avec le néolibéralisme et surtout se figurer ce que serait la réaction du commentariat aux turbulences qui suivraient nécessairement d’une refonte de l’ordre institutionnel du capitalisme (encore ne parle-t-on même pas ici de sortie du capitalisme...) : glapissements et hauts cris, rappels à l’ordre de la « raison économique », avertissements que ça ne marche pas et que ça ne marchera jamais, injonction à faire une démonstration immédiate d’efficacité, quand le néolibéralisme ne cesse, lui, de nous appeler à la sagesse du long terme (où « s’obtiennent vraiment ses effets »), et de nous renvoyer à la patience, patience des efforts de compétitivité qui « finiront par payer », patience de l’Europe qui sera bientôt sociale, enfin plus tard... — il faudra, donc, se souvenir de cette asymétrie des exigences temporelles, qui somme les uns au court terme et accorde aux autres le long, le très long terme, pour ne pas oublier, si jamais vient un jour le moment de la transformation sociale, de préciser que nous demanderons nous aussi vingt ans et pas une journée de moins.

Les entreprises ne créent pas l’emploi

Mais le pire dans toute cette affaire c’est peut-être l’irrémédiable inanité de la stratégie Hollande et de ses conseillers, esprits entièrement colonisés par la vue MEDEF du monde et qui n’ont d’autre point de départ de toutes leurs réflexions que la prémisse, l’énoncé princeps du néolibéralisme, il est vrai répété partout, entré dans toutes les têtes sur le mode de l’évidence au-delà de toute question : « ce sont les entreprises qui créent l’emploi ». Cet énoncé, le point névralgique du néolibéralisme, c’est la chose dont la destruction nous fait faire un premier pas vers la sortie de la prise d’otages du capital.

En tout cas, derrière « les entreprises ne créent pas d’emploi » il ne faut certainement pas voir un énoncé à caractère empirique — que les vingt dernières années confirmeraient pourtant haut la main en tant que tel... Il s’agit d’un énoncé conceptuel dont la lecture correcte n’est d’ailleurs pas « les entreprises ne créent pas d’emploi » mais « les entreprises ne créent pas l’emploi ». Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — du dehors, c’est-à-dire du bon-vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises.

Dans un éclair de vérité fulgurant autant qu’inintentionnel, c’est Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Saint Jean Bouche d’or, qui a vendu la mèche, à un moment, il est vrai, voué à être puissamment révélateur : le moment de la discussion des « contreparties ». Comme on sait à l’instant T moins epsilon qui précède la conclusion du « pacte », le patronat jure sur la tête du marché qu’il s’en suivra des créations d’emplois par centaines de mille et, comme de juste, à l’instant T plus epsilon on n’est tout d’un coup plus sûr de rien, il faudra voir de près, ne nous emballons pas, en tout cas il faut nous faire confiance.

Et voilà ce gros nigaud de Roubaud qui déballe tout sans malice ni crier gare : « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent... » [16] répond-il en toute candeur à la question de savoir si « les entreprises sont prêtes à embaucher en échange » [17]. C’est pas faux Roubaud ! Or si les entreprises « produisaient » elles-mêmes leurs propres carnets de commandes, la chose se saurait depuis un moment et le jeu du capitalisme serait d’une déconcertante simplicité. Mais non : les entreprises enregistrent des flux de commandes sur lesquels elles n’ont que des possibilités d’induction marginale (et à l’échelle agrégée de la macroéconomie aucune possibilité du tout [18]) puisque ces commandes ne dépendent que de la capacité de dépense de leurs clients, laquelle capacité ne dépend elle-même que de leurs carnets de commande à eux [19], et ainsi de suite jusqu’à se perdre dans la grande interdépendance qui fait le charme du circuit économique.

A quelques variations près, réglées par la concurrence inter-firmes, la formation des carnets de commandes, dont Roubaud nous rappelle — pertinemment — qu’elle décide de tout, ne dépend donc pas des entreprises individuellement, mais du processus macroéconomique général. En situation de passivité face à cette formation de commandes, qu’elles ne font qu’enregistrer, les entreprises ne créent donc aucun emploi, mais ne font que convertir en emplois les demandes de biens et services qui leurs sont adressées. Là où l’idéologie patronale nous invite à voir un acte démiurgique devant tout à la puissance souveraine (et bénéfique) de l’entrepreneur, il y a donc lieu de voir, à moins grand spectacle, la mécanique totalement hétéronome de l’offre répondant simplement à la demande externe.

On dira cependant que les entreprises se différencient, que certaines réduisent mieux leurs prix que d’autres, innovent plus que d’autres, etc. Ce qui est vrai. Mais n’a in fine d’effet que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale... laquelle demeure irrémédiablement bornée par le revenu disponible macroéconomique. Ne peut-on pas aller chercher au dehors un surplus de demande au-delà de la limite du revenu interne ? Oui, on le peut. Mais le cœur de l’argument n’en est pas altéré pour autant : les entreprises enregistrent, à l’export comme à domicile, des demandes que, par construction, elles ne peuvent pas, individuellement, contribuer à former, et elles se borneront (éventuellement) à convertir ces commandes en emplois. En d’autres termes, les emplois ne sont que le reflet de demandes passivement perçues. Aucun geste « créateur » du type de celui que revendique l’idéologie patronale là-dedans. Les entrepreneurs et les entreprises ne créent rien (en tout cas en matière d’emploi) — ce qui ne veut pas dire qu’elles ne font rien : elles se font concurrence pour capter comme elles peuvent des flux de revenu-demande, et font leur boulot avec ça.

Non pas les entreprises : la conjoncture

Tout ceci signifie alors que nous n’avons pas à déférer à toutes leurs extravagantes demandes au motif qu’elles détiendraient le secret de la « création des emplois ». Elles ne détiennent rien du tout. Mais si l’emploi n’est pas créé par les entreprises, par qui l’est-il donc, et à qui devraient aller nos soins ? La réponse est que le « sujet » de la création des emplois n’est pas à chercher parmi les hommes, en vérité le « sujet » est un non-sujet, ou pour mieux dire la création des emplois est l’effet d’un processus sans sujet, un processus dont le nom le mieux connu est la conjoncture économique — terrible déception de ceux qui attendaient l’entrée en scène d’un héros... La conjoncture économique est en effet ce mécanisme social d’ensemble par quoi se forment simultanément revenus, dépenses globales et production. Elle est un effet de composition, la synthèse inintentionnelle et inassignable des myriades de décisions individuelles, celles des ménages qui vont consommer plutôt qu’épargner, celles des entreprises qui lanceront ou non des investissements — et, drame pour la pensée libérale-héroïsante, il faut avoir la sagesse intellectuelle de s’intéresser à un processus impersonnel.

Mais s’y intéresser, on le peut, et très concrètement même ! Car la conjoncture est un processus qui, dans une certaine mesure se laisse piloter. C’est précisément l’objet de cette action qu’on appelle la politique macroéconomique. Mais, de cela, le gouvernement « socialiste » a manifestement abdiqué toute velléité : ligoté par les contraintes européennes qui ont si bien neutralisé toute possibilité de politique économique active, et ayant renoncé par avance à tout effort de retrouver quelque marge de manœuvre en cette matière, il ne lui est plus resté qu’à dévaler avec tout le monde la pente de l’idéologie libérale-entrepreneuriale pour former le puissant raisonnement que « si ce sont les entreprises qui créent les emplois, alors il faut être très gentil avec les entreprises ».

Cependant, n’y a-t-il pas une contradiction à dire que le capital a toute initiative et qu’il prend — activement — la société en otage, quand, par ailleurs, on soutient que les entreprises sont réduites à enregistrer — passivement — des demandes qu’elles n’ont aucun pouvoir de former, et qu’elles n’ont dès lors nulle capacité de « créer l’emploi ». Il n’y a là en fait rien de contradictoire mais l’effet d’une asymétrie d’échelle, et une discontinuité classique quand on passe du microéconomique au macroéconomique. Les entreprises séparément n’ont aucune prise sur rien. C’est la composition de toutes leurs décisions qui fait tout. Mais cette composition est la plupart du temps inintentionnelle et sans cohérence spéciale — on en constate juste le résultat —, puisque c’est précisément le propre d’une économie de marché, c’est-à-dire d’une économie décentralisée que les agents y prennent leurs décisions par devers eux et sans coordination avec les autres. Aussi chacun d’eux est-il renvoyé à son isolement et à sa condition passive.

La situation change lorsque se présente un coordinateur. Le « capital » prend peut-être son sens le plus haut lorsqu’il apparaît ainsi sous l’espèce de la collectivité coordonnée des détenteurs de moyens de production. Certes le capital existe hors de cet état coordonné, et l’on peut bien maintenir qu’il est souverain — et preneur d’otages. Mais c’est un souverain désarticulé — un pur effet de composition acéphale. Et il n’est qu’un preneur d’otages de fait. Disons plus précisément : la société se retrouve otage du processus impersonnel en quoi consiste la synthèse des décisions des propriétaires individuels. Le souverain preneur d’otages ne prend alors vraiment sa forme consistante qu’au moment où le capital accède au stade du pour-soi en se posant, sous l’égide d’un coordinateur explicite (typiquement le MEDEF), comme une unité d’action consciente. C’est par passage du microéconomique au macroéconomique, c’est-à-dire de l’entreprise au capital, qu’apparaît véritablement la lutte de classes à l’échelle de la société entière, soit : un groupe constitué et unifié contre le reste.

On dira que ce capital coordonné se tire une balle dans le pied lorsqu’il s’engage dans son chantage caractéristique de la grève de l’investissement puisque, à gémir que rien n’est possible, il conduit en effet tous ses membres à gémir de concert, et de concert aussi à retenir leurs avances (leurs projets)... c’est-à-dire in fine à torpiller pour de bon la conjoncture dont pourtant ils vivent tous. Se seraient-ils coordonnés sur la position inverse qu’ils ne se seraient pas moins donné raison, mais cette fois en soutenant une conjoncture brillante... telle qu’ils auraient tous contribué à la former. Mais d’une part, le capital, dont Marx rappelait qu’il est incapable de dépasser « ses intérêts grossiers et malpropres », est le plus souvent hors d’état d’accéder à ce degré de rationalité. Et d’autre part, c’est l’horizon même de ces intérêts grossiers et malpropres qui lui désigne les bénéfices immédiats du chantage à l’investissement, contre lequel il espère bien ramasser autant d’avantages en nature (exonérations de toutes sortes, réglementaires et fiscales) que possible — et c’est une rationalité qui en vaut une autre : non pas la rationalité de l’entrepreneur mais celle de l’extorsion. Et si, par une asymétrie caractéristique, le capital refuse, au nom d’un argument idéologique, la coordination positive de l’investissement (« que le libre marché fasse son œuvre ! »), il est en revanche très capable de la coordination négative du chantage et de l’ultimatum.

On peut donc soutenir sans la moindre contradiction et la thèse de la prise d’otages (globale, celle du capital) et celle de la vaine prétention des entreprises à « créer l’emploi ». Les entreprises, séparément, ne créent rien. Mais il est vrai que, liguées en capital coordonné, elles décident de tout. Reconnaissons qu’à la profondeur où l’ânerie des « entrepreneurs qui créent l’emploi » est désormais enkystée, mesurable à la vitesse-éclair à laquelle elle vient à la bouche de l’éditorialiste quelconque, le travail d’éradication va demander du temps. Raison de plus pour l’entamer tout de suite. La politique se portera mieux, c’est-à-dire un peu plus rationnellement, quand ses discours commenceront d’être à peu près purgés de toutes les contrevérités manifestes, et manifestement attachées à un point de vue très particulier sur l’économie, et quand les schèmes de pensée automatique que ces contrevérités commandent auront été désactivés. Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si l’on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises.

Mais faire entrer ça dans une tête « socialiste »... Il est vrai que parmi le programme chargé des conversions symboliques à opérer, il y a à défaire l’habitude irréfléchie qui consiste à donner le parti socialiste pour la gauche, et à donner (très inconsidérément) de la gauche au parti socialiste. Alors que, rappelons-le, et il met d’ailleurs assez d’effort comme ça pour qu’on n’en doute plus et qu’on puisse l’en « créditer », le parti socialiste : c’est la droite ! La Droite Complexée. A propos de laquelle, du train où vont les choses, il va bientôt falloir se demander ce qu’il lui reste exactement de complexes.

Notes

[1] Proposé en janvier par M. Hollande, le « pacte de responsabilité » offre aux entreprises un allégement de cotisations sociales de 30 milliards d’euros... dans l’espoir que celles-ci voudront bien, en contrepartie, créer des emplois...

[2] France 2, 7 janvier 2013.

[3] BFM-RMC, 6 janvier 2014.

[4] Les Echos, 4-5 mai 2013.

[5] Les Echos, 23 mai 2013.

[6] Les Echos, 23 mai 2013.

[7] Matthias Fekl, député proche de Pierre Moscovici, cité in Lénaïg Bredoux et Stéphane Alliès, « L’accord sur l’emploi fracture la gauche », Mediapart, 28 avril 2013.

[8] Dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe La Lettre volée (1844), tous les protagonistes recherchent fébrilement un billet d’une importance décisive qu’ils supposent caché, mais qui est en fait posé en évidence sur un bureau.

[9] Cité in Julien Ponthus, « Hollande, VRP de la “start-up République” à San Francisco », Reuters, 12 février 2014.

[10] Arnaud Montebourg, « La Matinale », France Inter, 18 février 2014.

[11] « Le président de la CNAF dément la Présidence de la République », blog de Gérard Filoche, 27 janvier 2014.

[12] Christian Chavagneux, « Pourquoi le pacte de responsabilité n’améliorera pas les marges des entreprises et ne créera pas d’emplois », blog Alternatives Economiques, 6 janvier 2014.

[13] Id.

[14] Daniel Cohen, « La baisse des charges est davantage une option pratique qu’une conversion idéologique », entretien avec Franck Dedieu, L’Expansion, 18 février 2014.

[15] Pour un démontage en règle de cette thèse, voir le petit livre de Laurent Cordonnier, Pas de pitié pour les gueux, éditions Raisons d’agir, 2000.

[16] Les Echos, 3 janvier 2014.

[17] Id., la question lui est posée par Derek Perrotte.

[18] En tout cas hors de toute coordination.

[19] Commande de travail pour les ménages-salariés, commande de biens et services pour les entreprises-clientes.

253 commentaires sur « Les entreprises ne créent pas l’emploi »

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  • permalien Gladiador :
    26 février @12h17   »

    Merci, il était temps de mettre les points sur le i aux autistes de l’offre !

  • permalien rêveur à temps plein :
    26 février @12h31   « »
    A quel problématique voulons-nous répondre ?

    Merci pour ce billet Mr Lordon.

    Tableau - Répartition de l’emploi par tranche de taille

    Quand je lis ce tableau, j’ai l’impression que vous n’abordez que le cas des entreprises entre 1000 et 5000 salariés, de cette classification.

    Peut-être parce que les mesures qui ont un impact sur la conjoncture, ne concernent aussi que ces entreprises.

    Mais cette vision comptable (charges/bénéfices), et cette dialectique capital/travail passe sous silence beaucoup d’enjeux il me semble.

    Car le débat : politique de l’offre, politique de la demande (auquel je souscris à votre analyse) pour atteindre équilibre macro-économie de plein emploi est une imposition de problématique.

    Il ne dit pas grand chose, sur les principes de localité, de qualité, d’auto-suffisance, de coopération, de nouvelles formes d’entreprises.

    l’emploi, l’emploi et l’emploi. Lorsque je regarde ma ville, je n’ai pas le sentiment qu’il manque de l’emploi. Nous pouvons déjà tout faire, n’importe où, et n’importe comment. Et nous faisons peut-être trop ?

    mieux vaut-il pas forcer ces éditorialistes, ces mesures politiques, l’enseignement de l’économie en université à changer de problématiques ?

    Non pas comment atteindre le plein-emploi, mais comment transformer nos rapports au travail, à la consommation, à l’environnement, aux transports, au tourisme, pour atteindre ce qui relève de l’intérêt général ?

    un intérêt non pas maximisateur (plein-emploi, investissement, croissance, richesse), mais équitable, solidaire, écologique...

    je suis peut-être trop rêveur.

  • permalien Lardon :
    26 février @12h45   « »

    Texte intéressant, mais au final beaucoup de mots et de références pour revenir au débat éculé de l’économie de l’offre contre celle de la demande.

    En revanche, la première partie du texte montrant comment les politiques libérales donnent un pouvoir de négociation démesuré au capital est nécessaire ! Les modèles et théories économiques ne considèrent jamais cet aspect-ci de la mondialisation, se bornant à décrire les gains liés à la compétition et à l’allocation optimale des ressources. Pourtant, le principal caractère de l’ouverture des frontières est bien la capacité du capital à imposer son "agenda", en allant voir "ailleurs" s’il n’est pas respecté...

  • permalien Spawn :
    26 février @13h42   « »

    On n’a définitivement rien inventé de mieux que Spinoza pour l’analyse économique.

    Merci infiniment pour vos écrits, a minima salutaires.

  • permalien theuric :
    26 février @14h14   « »

    Ce qui est toujours amusant dans une idéologie stérile c’est qu’elle tend inéluctablement à sa disparition du fait même de ses principes.
    Je crois que les néolibéraux en sont champions toutes catégories.
    Vouloir faire, de par la loi, plus de chômeur sans comprendre que ce sont par leur propres entremise, pressions, décisions, lois, pédantisme qui, il y a quelque temps, ont générer l’amoindrissement de leur bénéfice, l’appauvrissement des pays européens et la fermeture d’usine et des autres gagnes pain, relève, pire que de l’escroquerie, intellectuelle ou pas, pire qu’une faute, pire qu’une faillite conceptuelle, d’un terrible défaut d’imagination et de subtilité.
    Parce que, vous savez quoi, c’est leur propre tombe qu’ils creusent.
    Comment a-t-on pu confier les clefs de notre vie à de tels olibrius ?
    Pourquoi ce dogme néolibéral a-t-il pris tant d’ampleur (et là, plus que l’ampleur de tous les français) ?
    Qu’est-ce qui nous a donc tant agité ?

  • permalien sevy :
    26 février @15h12   « »

    je ne retiendrais que la conclusion:Les entreprises ne créent pas l’emploi,elles opèrent l emploi.Je le savais intuitivement,c est mieux quand c est brillamment démontre.

  • permalien jf :
    26 février @15h17   « »

    « En d’autres termes, les emplois ne sont que le reflet de demandes passivement perçues. »

    S’il suffisait d’attendre passivement les demandes ça se saurait... il faut souvent aller les chercher, proposer, être meilleurs que les autres pour moins cher, et même de plus en plus souvent moins cher que soi même quand on est déjà moins cher, et le tout dans la durée afin que les investissements effectués puissent être amortis.

    Votre argumentation, si sophistiquée soit-elle, n’en reste pas moins nourrie d’idéologies personnelles.

    Garbage in garbage out... dommage.

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    26 février @16h54   « »

    @jf
    Il me semble que ce qu’affirme Frédéric Lordon, à raison, c’est que la vente de votre camelote ne dépend pas de vous, en dernier ressort...
    D’ailleurs vous le confirmez avec votre "de plus en plus souvent moins cher que soi même quand on est déjà moins cher". Même en vous accrochant aux basques de votre client potentiel, vous n’êtes pas sûr qu’il finira par acheter ! C’est lui qui décide, en dernier ressort. Pas vous !

  • permalien cording :
    26 février @19h13   « »

    Il n’y a pas de virage néolibéral de François Hollande. Ou plutôt le PS est devenu néolibéral depuis mars 1983 avec l’alibi européen. Hollande comme Jospin en 1997 a entériné l’Europe néolibérale avec le simulacre de renégociation du TSCG dit "Merkozy".

  • permalien Esclignac :
    26 février @20h08   « »

    Les robots remplacent progressivement le travail manuel et les logiciels détruisent de la même manière le travail intellectuel (sauf la recherche). Alors, admettons qu’il est temps d’envisager d’autres solutions (revenu universel, partage du travail, gratuité…) que les propositions socialement nuisibles faites depuis trente ans.

  • permalien BA :
    26 février @20h24   « »
    La construction européenne crée l’emploi. La construction européenne crée l’emploi. La construction européenne crée l’emploi. La construction européenne crée l’emploi. La construction européenne crée l’emploi. La construction européenne crée l’emploi.

    Chômage en janvier 2014 : catégories A, B, C, D, E :

    France métropolitaine :

    5 597 700 inscrits à Pôle Emploi.

    France entière (y compris l’outre-mer) :

    5 924 400 inscrits à Pôle Emploi.

    Variation sur un mois : + 0,6 %.

    Variation sur un an : + 5,7 %.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/p...

    -  « Si le traité de Maastricht était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, 30 juillet 1992, RTL)

    -  « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    -  « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

    -  « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

    -  « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    -  « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

    -  « Si aujourd’hui la banque centrale européenne existait, il est clair que les taux d’intérêt seraient moins élevés en Europe et donc que le chômage y serait moins grave. » (Jean Boissonnat, 15 septembre 1992, La Croix)

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @20h47   « »
    Gé-nial !

    Quel drôle de catch ! D’un côté les analyses fondamentales et vivantes de Lordon, de l’autre les déclarations hallucinantes des politiques. Celle de Montebourg m’a laissé sur le cul : "le pacte consiste en « une réconciliation de la nation autour de l’entreprise »" ! Le mot "pacte" empeste l’enfumage à l’encens, et avec "responsabilité" leur novlangue a encore battu un record.

  • permalien JYK :
    26 février @20h48   « »

    Ce propos du 4e paragraphe, "persuadé sans doute que l’amour appelle invinciblement l’amour", me rappelle une citation de Dante : "amour à nul aimé ne fait grâce d’aimer" (Enfer, V).
    Bien à vous et merci !

  • permalien Peretz :
    26 février @20h50   « »

    Bravo ! J’ai bien aimé le" tournant rectiligne". Depuis le temps que je dis (c’est aussi dans mon bouquin) que les entreprises ne créent pas d’emploi, qu’elles ne font qu’embaucher... quand elles ont du travail à donner.
    Les ânes qui répètent bêtement à la télé ce que leur susurrent le Medef ne savent évidemment pas ce qu’est une entreprise. Ils sont persuadés que tant que le CAC 40 marche bien c’est grâce à elles...Et qu’il suffirait d’un petit coup de pouce...

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @20h56   « »
    @jf

    "S’il suffisait d’attendre passivement les demandes ça se saurait... il faut souvent aller les chercher,..." : Lordon ne dit pas le contraire. En effet, si vous n’allez pas la chercher, la demande, les autres le feront à votre place et vous perdrez vos parts de marché. A la limite, les autres auront 100% et vous 0 : vous mettez la clef sous la porte. Mais en quoi cela augmenterait-il le volume de la demande, monsieur "Garbage in garbage out" ?

  • permalien Jean-Michel Masson :
    26 février @21h22   « »

    La demande est aussi bien manipulée et exacerbée par le marketing et l’outil de guerre du système : la publicité.
    Si les entreprises actuelles ne sont pas l’outil idéal pour créer des emplois, si la relation employeur/employé n’est guère digne, pourquoi ne pas passer à d’autres formes d’organisation ?
    https://jmmasson.wordpress.com/2013...
    Notons aussi que certains phénomènes fondamentaux et nouveaux comme les changements climatiques ne sont pas abordés dans ce débat : l’entreprise a-t-elle le droit de produire n’importe quoi sans tenir compte de son environnement ?

  • permalien Karlito :
    26 février @21h26   « »

    @jf
    Vous n’avez absolument rien compris à l’article, bravo !

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @21h31   « »
    @Karlito à propos de @jf

    Oui, il n’a rien compris, mais il termine sur "Garbage in garbage out". On se demande vraiment ce qu’il peut bien mettre dans son in, celui-là. Une chose est sûr : ce n’est sûrement pas du Spinoza !

  • permalien ercolin :
    26 février @21h47   « »

    Quelle amalgame, quelle pensée unique. derrière ce style compliqué, se cache une belle fainéantise intellectuelle !

    Il y a 3596580 entrepreneurs en France, tous différents. De Dassault à la SCOP en passant par les artisans. Du bandit de grand chemin au créateur génial. de quel capital parle t-on ? du capital financier, culturel, social ? du capital acquis par l’héritage ou du capital des entreprises publics ?

    OUI la politique de l’offre marche, OUI la politique de la demande marche, MINCE... C’EST CON !

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @22h12   « »
    Des entreprises toujours plus irresponsables

    L’expression "pacte de responsabilité" me sidère depuis le début, indépendamment de savoir si l’emploi tombe du ciel ou non. Demander aux entreprises d’être responsables, c’est comme de demander au diable d’être sincère. Elles n’ont qu’un objectif : survivre face à la concurrence, (et si possible l’écraser), et qu’un moyen : faire des profits. Et là où elles se montrent le moins responsables, c’est justement sur... l’emploi ! De plus, en les dispensant de payer ces fameuses cotisations, on leur offre un désengagement envers la société, c’est-à-dire une diminution de leurs responsabilités. Y’a pas à dire : Hollande, c’est un cador de la novlangue !

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @22h19   « »
    Des entreprises toujours plus irresponsables

    Ah, et puis j’oubliais : un pacte sans contrepartie ce n’est plus un pacte, mais un cadeau. Le mot "pacte" n’est donc pas destiné aux entreprises, (le cadeau leur suffit), mais bien à l’enfumage des foules.

  • permalien Peretz :
    26 février @23h14   « »

    Dire que l’entreprise crée des emplois est un abus de langage. C’est comme dire que l’agriculteur crée du blé en semant des graines. Il cultive. Créer c’est inventer, et comme le dit Lordon, inventer pour une entreprise c’est essayer d’aller vers l’acheteur, qui lui crée la demande. Keynes a appelé ça la "propension de la demande". L’offre consiste à proposer plus. Mais si les moyens de l’acheteur sont limités, ou n’augmentent plus comme c’est le cas actuellement, il n’y aura pas davantage d’achats, donc pas davantage d’activité d’achats, donc pas davantage d’emplois créés, par les acheteurs. Moralité, il faut augmenter les moyens

    des acheteurs potentiels. C’est aussi simple que ça. Et pour cause de peur de l’inflation, nos dirigeants ont depuis 40 ans contribué à limiter le plus possible les salaires, bien conseillés (!) par le patronat et les banques. Là est la logique impitoyable de la récession.

  • permalien Crapaud Rouge :
    26 février @23h26   « »
    @ercolin

    Décidément, rien de tel que le blog de Lordon pour oublier les soucis. Non seulement ses billets sont un régal, mais ils suscitent en sus les commentaires les plus rigolos de la part des "agressifs idiots". (La méchanceté exige une intelligence qui n’est pas donnée à tout le monde.)

    "de quel capital parle t-on" ? Mais justement, Lordon explicite "clairement", ("clairement" en ce sens qu’il faut quand même savoir lire, sinon ça le fait pas), explicite clairement ce qu’il entend par "capital" au § Non pas les entreprises : la conjoncture. Voici l’extrait :

    "La situation change lorsque se présente un coordinateur. Le « capital » prend peut-être son sens le plus haut lorsqu’il apparaît ainsi sous l’espèce de la collectivité coordonnée des détenteurs de moyens de production. Certes le capital existe hors de cet état coordonné, et l’on peut bien maintenir qu’il est souverain — et preneur d’otages. Mais c’est un souverain désarticulé — un pur effet de composition acéphale. Et il n’est qu’un preneur d’otages de fait. Disons plus précisément : la société se retrouve otage du processus impersonnel en quoi consiste la synthèse des décisions des propriétaires individuels. Le souverain preneur d’otages ne prend alors vraiment sa forme consistante qu’au moment où le capital accède au stade du pour-soi en se posant, sous l’égide d’un coordinateur explicite (typiquement le MEDEF), comme une unité d’action consciente. C’est par passage du microéconomique au macroéconomique, c’est-à-dire de l’entreprise au capital, qu’apparaît véritablement la lutte de classes à l’échelle de la société entière, soit : un groupe constitué et unifié contre le reste."

    Peut-on nier qu’il y ait "comme une unité d’action consciente" alors que l’on vient de voir le premier "représentant du capital", (alias le MEDEF, lui même représenté par une personne, son Président), négocier avec un Président de République un "pacte de responsabilité" ? Vous allez quand même pas nous dire que Lordon a tout inventé !

  • permalien Elsa Martin :
    27 février @00h06   « »

    Bonjour.
    Ne faut-il pas prendre le soin ici de différencier les petites et moyennes entreprises des plus grosses ? Car si les premières sont véritablement soumises à la conjoncture et n’y ont pas grand pouvoir, ne peut-on pas estimer que les grosses entreprises cotées en bourses influent sur la conjoncture en privilégiant la redistribution de la valeur ajoutée des entreprises vers la rémunération du capital sur l’utilisation de la valeur ajoutée pour l’investissement et les salaires ? Je crois que c’est dit... Mais si c’est le cas, cela vient contredire l’idée que les entreprises n’ont pas le pouvoir de créer de l’emploi. C’est vrai pour les PME, mais pour les grandes entreprises, ils dépendent d’une conjoncture qu’eux-mêmes aggravent en prétendant ne pas pouvoir embaucher... Non pas parce que la concurrence est rude et les cotisations sociales trop importantes, mais parce qu’ils font le choix de réduire la masse salariale plutôt que de réduire la part des bénéfices allouée aux actionnaires et rémunérations diverses des dirigeants.
    Cet article est donc intéressant, mais si on ne le lit pas attentivement, il semble plutôt dire que la gestion des entreprises n’est pour rien dans la (mauvaise) conjoncture actuelle...
    Ou peut-être n’est-ce qu’un pas pour dire que les entreprises NE PEUVENT PAS FAIRE DE BIEN à la situation de l’emploi, et donc que l’on cesse de se culpabiliser en se disant que l’on oppresse les entrepreneur avec ces impôts qui pourtant semblent bien utiles, avant d’amener les lecteurs trop bien bercés au libéralisme à se rendre compte finalement que la financiarisation de l’économie des grandes entreprises FAIT DU MAL à l’"emploi" et à la société ?

  • permalien Nicks :
    27 février @00h13   « »

    On ne peut nier que le billet de Lordon soit autant un révélateur des mécanismes d’économie politique que du niveau de lecture globale des surfeurs qui passent par là. Manifestement, il y en a deux qui ont des lacunes...

    Que dire sinon que trente ans de politiques de l’offre, sous toutes ses nuances, ont largement prouvé sa toxicité. Plus proche de nous, la courbe du chômage a l’inversion invertie, malgré les papouilles répétées aux forces créatrices de la nation, et nos non amis grand-bretons ont eux inventé le contrat 0h (l’employeur ne paye que le travail effectif et mandaté) pour afficher un chiffre fabuleux de 7% de sans emploi. Une réussite difficilement contestable...dans la régression sociale.

    Heureusement qu’on rigole en lisant Lordon sinon y aurait de quoi être de mauvaise humeur.

  • permalien Nicks :
    27 février @00h17   « »

    @Elsa

    On pourrait dire que les grandes entreprises, en choisissant la reproduction des détenteurs du capital, font davantage acte politique qu’économique au sens strict. Or la conjoncture est une affaire éminemment politique...

  • permalien Crapaud Rouge :
    27 février @00h30   « »
    Pourquoi génial ?

    Ce texte m’enthousiasme plus que les autres, mais pourquoi ? Il y a bien sûr son style très littéraire qui permet de faire "descendre" les concepts abstraits au niveau du lecteur moyen, c’est-à-dire au niveau de la vie quotidienne. Mais l’essentiel vient de ce que l’auteur articule deux thèmes de façon inattendue : "le capital prenant la société en otage", et "les entreprises ne créent pas l’emploi". Il est fort possible que chacun ait déjà été traité, mais pas ensemble et de façon si "explosive". Le tout constitue la démonstration la plus cinglante qui soit du mensonge sur lequel prospère le capitalisme.

    Un mensonge qui perdurera tant que les politiques continueront d’aider ce "capital" par tous les moyens à leur disposition, tant qu’ils ne diront pas officiellement que son but n’est plus d’améliorer notre condition, tant qu’ils ne reconnaitront pas qu’ils lui ont littéralement vendu l’État.

  • permalien Gérard :
    27 février @03h10   « »

    1

    Les entreprises ne créent pas l’emploi...
    Les entreprises créent l’emploi...
    L’emploi c’est la conjoncture !
    Les entrepreneurs c’est le Capital ???

    Beaucoup de simplifications/réductions pour un penseur qui nous a habitué à plus d’acuité (et/ou de courage ?).

    Il m’apparait que derrière ce catéchisme éculé d’un marxisme réduit à sa plus triviale lecture (certainement à dessein), se cache le désir chez l’auteur de produire une analyse politique plus ou moins inattaquable dans ce désert conceptuel qu’est devenu la gauche des idées, tout en évitant l’écueil d’un rapprochement avec les positions "tenues" (détenues) par l’extrême droite depuis que M Le Pen et F Fillipot ont fait une OPA sur les thématiques sociales.

    Cette nécessité de construire à gauche un discours pertinent sur les rapports de forces interclasses à l’orée du 21ème siècle, doit donc, d’une part, se différencier des thèses actuelles de l’extrême droite "nationalistes sociales" et d’autre part, échapper aux désormais systématiques réductions des "commentateurs" à un "conspirationnisme judaiquo-maçonniquo-bancaire" sitôt que l’on s’intéresse aux rouages de la dette des peuples... Ah Godwin ! quand tu nous tiens !

    La voie est donc mince.

    Quelques truismes :

    Sur un plan macroéconomique, le Capital aujourd’hui c’est en premier lieu la Monnaie et l’Energie, hydrocarbures et devises, ça marche dans les deux sens !

    Ceux qui ont la maitrise de ces secteurs, détiennent les clefs des autres champs... Propriété foncière et exploitation des ressources humaines, naturelles, gestion des profits engendrés. Les entrepreneurs français, dans leur grande majorité, qu’ils créent ou pas des emplois ce n’est pas le débat, sont loin de détenir le Capital ; ils lui sont, pour la plus part, inféodés par la force de la dépendance aux crédits d’investissements et/ou aux actionnaires.

    Dans ce contexte, difficile de faire l’impasse sur la "prise d’otage" planétaire opérée par les "majors" du secteur bancaire (une minorité de pseudo-entrepreneurs, ceux du cac40...) qui ont, via ces structures hybrides d’ajustements que sont la FED américaine et ses QE (assouplissements monétaires) à répétitions ou la BCE européenne et ses prêts à "taux zéro", tous les leviers pour maintenir une bonne partie de l’humanité (entrepreneuriale ou pas) sous leur tutelle. Celle de la dette.

    L’état lui même, par la perte de sa souveraineté monétaire (argument rebattu par l’extrême droite) est devenu dans cette verticalisation une sorte d’entrepreneur dépendant ; Les traités européens successifs n’étant que des camisoles toujours plus contraignantes...

  • permalien theuric :
    27 février @03h16   « »

    Il est toujours instructif de renverser la vision que nous avons des choses.
    Ainsi, si nous renversons l’idée que la politique doit être au service d’une économie par :
    L’économie doit être au service d’une politique.
    Une vision neuve émerge.
    Certes, nous pourrions considérer que les décideurs politiques élus et non élus de l’U.E. sont au service d’une politique, soit ce qui est appelé la "construction de l’union-Européenne" mais, en réalité, nous nous apercevons bien qu’il n’en est rien, ses différentes instances européenne, élus et non élus, ne sont que les factotums de groupes de pression qui n’ont, d’intérêt, que celui de leurs comptes en banques.
    L’économie, donc, se devrait de n’avoir, de seul rôle, que celui de permettre une politique.
    Cela change tout.
    Parce que cela permet de se demander la place que chacun des acteurs sociaux se doit d’avoir.
    Aussi que celui de savoir la place exacte de la monnaie.
    Puisque la question qui se pose à nous de façon de plus en plus urgente c’est celle du rôle que doit avoir la monnaie, de sa création, de sa divulgation, de sa composition, de sa structure, de sa quantité, de son utilité et, surtout, de sa raison d’être, autant en terme d’échange que de valeur, plus que fiduciaire, psychologique et, ce, à toutes les strates de la psyché.
    Nous faisons, collectivement, une expérience passionnante, même si elle risquerait bien de dégénérer de manière destructrice :
    Que va-t-il se passer lorsque les monceaux de créations monétaires ne représenteront plus que la réalité de l’économie ?
    Puisque, normalement, l’argent représente, non pas un bien par lui-même, mais la représentation, la valeur d’un bien potentiel.
    Si la quantité d’argent est supérieur à la quantité de biens produits, l’argent surnuméraire est, logiquement, appelé à disparaître.
    Dès lors, c’est aux instances dirigeantes, donc politiques, de mettre en place une organisation empêchant la-dite création surnuméraire d’argent.
    De même, toujours dans l’idée de renverser notre vision de la relation politique/économie, la question des frontières devient évidente.
    Pour une vision purement économiste de la société, les frontières sont des empêchements d’échanges.
    Étant entendu que pour ces deux entités sociales que sont la politique et l’économie il ne peut y avoir, collectivement, de morale qui reste une affaire individuelle, mais une éthique que je définirais ainsi :
    L’éthique d’une profession est l’ensemble des mécanismes de fonctionnement optimal de celle-ci bien compris (au risque, normalement, d’une sanction, un scientifique, par exemple, qui bidouille le résultat de ses recherches sera sanctionné en n’étant plus publié).

  • permalien theuric :
    27 février @03h20   « »

    ...suite...
    Le rôle des frontières consiste à établir le dedans et le dehors d’une société et du peuple la composant, dès lors un pays, devenant nation lorsque l’on y inclus l’ensemble de ses institutions.
    Il s’agit donc là d’une unité.
    Pour que cette unité fonctionne correctement en tant que telle, il faut, logiquement et dès lors impérativement, que les échanges se fasse, d’abord et avant tout, au sein de cette unité.
    Ces composants, faits de professions multiples, dont celles concernant l’économie, entrepreneurs, vendeurs, prêteurs, ..., de plus en plus multiples du fait de la complexité croissante des sociétés modernes : scientifiques, artistiques, médiatiques, ..., ce que j’appelle les "entités sociales", se reconnaissent à l’échelle internationale dans une même représentation du monde mais, également, une représentation en tant que participant à la vie et existence de leur nation.
    C’est la dualité que génère la mondialisation, celle-ci touchant de façon privilégiée les professions à haut statut comme ceux des sciences, de la technologie, de la politique, de l’économie, des arts...
    Mais pour les différentes entités sociales fonctionnent correctement il faut que les relations établies entre elles se fasse d’abord au sein de l’unité que constitue la nation, c’est pourquoi le commerce doit d’abord se faire à l’intérieur du pays, puis que le surplus produit devienne le commerce international.
    Il est donc indispensable que les entités sociales échangent hors de leurs frontières mais que les échanges entre entités sociales commencent d’abord à l’intérieur de chaque nation.
    Étant entendu que chaque entité sociale fait des échanges de natures différentes suivant sa nature, la science n’échangera pas la même chose que le commerce ou les arts.
    Ce qui veut dire aussi que le type d’échange sera différent suivant telle ou telle entité sociale.
    C’est pourquoi l’industrie et le commerce doit d’abord commencer au sein du même état.
    Le rôle dévolu à l’entité sociale qu’est le politique est central puisque c’est à lui qu’est dévolu, entre autre, l’ensemble des questions organisationnelles, il détient donc, normalement, l’ensemble des leviers de la nation, d’où la nécessité de l’élection qui permet au peuple, en remplaçant régulièrement les élus, d’affaiblir suffisamment cette entité sociale pour éviter qu’elle ne prenne trop l’ascendant sur le reste de la société.
    Mais cela pose, à ce moment là, le problème de l’administration qui peut profiter de cet affaiblissement pour prendre un trop grand ascendant sur le politique.
    J’avoue ne pas avoir résolu ce problème.

  • permalien Gérard :
    27 février @03h38   « »

    2

    Laisser à l’extrême droite le champs libre sur l’analyse du système neo-libéral financier est suicidaire pour la gauche. Il serait d’ailleurs peut être juste de différencier une économie du réel (à la marge, potentiellement créatrice d’emploi, n’en déplaise à Frédéric Lordon, par la force de l’innovation qui peut engendrer une modification des comportements et des substrats culturels et l’ouverture de nouveaux secteurs de développement - durables d’ailleurs pourquoi pas -) d’une économie "de l’abstraction algorithmique" qui "aspire" les richesses créées à l’étage "réel" par le dictat des taux d’intérêts usuraires et des flux spéculatifs associés.

    "Nationalisons les banques !" avait crié le tribun social.

    Il s’agit, là aussi très certainement, d’une forme de réduction, je le reconnais bien volontiers, mais la conjoncture actuelle indique une tendance à la nécessité d’un retour à l’état nation, non pas dans une ambition d’exclusion, mais bien plutôt d’inclusion de tous, sur notre sol, qui désespèrent de voir leurs représentants politiques assurer le maintient des conditions d’épanouissement de l’intérêt général.

    L’heure est à la reconquête d’une souveraineté populaire bradée par ses élus. La classe politique actuelle se montre incapable de défendre les valeurs fondatrices de la république dans ce contexte néo libéral mondialisé. Effet de collusion des milieux de pouvoirs, dilution de l’éthique, professionnalisation de l’engagement politique, perte des repères...

    Les raisons de la stupeur et de l’impuissance de ceux qui se réclament du camp progressiste résident aussi, pour partie, dans cette difficulté pour la gauche de l’internationale socialiste à envisager un nécessaire et incontournable replis national, même transitoire. Cette position paradoxale fait bugger les cerveaux formatés de nos énarques de "gôche", prisonnier de dogmes durement acquis.

    Cette ambition de vouloir atteindre au "bonheur pour tous", au moins "ici", "chez nous", en France, (gros mots !) pourrait aussi être envisagée simplement, comme une forme de modestie politique. Vouloir atteindre à la paix sociale en France, doit vraisemblablement passer par une réhabilitation des prérogatives de l’état nation, émanation du peuple dont la souveraineté devra s’exprimer par une refonte constitutionnelle en vue d’une mise sous tutelle du couple Energie/Monnaie... Souveraineté nationale dont la gauche, si elle veut peser dans les mouvements à venir, devra savoir articuler le sens avec son corpus philosophique.

  • permalien theuric :
    27 février @03h51   « »

    J’oubliais de préciser :
    La production de monnaies est logiquement liée à la production et à l’échange de bien et le crédit est soit la représentation de la potentialité de création de ce bien, soit de la potentialité de son achat par avance.
    Le surplus de valeur dû aux échanges nationaux et internationaux doit être représenté par une unité de réserve, les métaux précieux, qui ne peuvent servir qu’en tant qu’échange ultime en époque de crise première où toutes les réserves du pays et de l’état sont demandées.
    Tous les services ne servent qu’à la bonne marche de la société.
    Hormis les services médicaux qui peuvent conserver un système double, les services publiques doivent rester hors tout système concurrentiel en raison du bénéfice demandé par une entreprise privée.
    Tous les services publiques sont chères à bâtir et à entretenir.
    Ils doivent aussi être utilisés par l’ensemble de la population.
    Si on rajoute le bénéfice, ces services publiques deviennent plus onéreux.
    Si l’entreprise ne détient ce service publique que pour le temps d’une concession, soit elle fera tout pour se faire de l’argent pendant ce temps donné sans entretient d’aucune sorte, soit elle augmentera ses tarifs (vous comprenez maintenant le prix des autoroutes).
    Si il y a concurrence entre diverses entreprises, cela fera baisser les prix, certes, mais là encore l’entretient du service publique sera négligé, même si les infrastructures reste hors concurrence, ces entreprises feront pression pour qu’elles payent le moins possible.
    Ou elles feront faillite.
    Il est criminel, je dis bien criminel d’avoir privatiser les centrales nucléaires, ceux qui ont fait ça ont "mis en danger de la vie d’autrui".
    Je finirais en disant que le tourisme n’est qu’un plus pour une économie, il ne doit jamais en être central puisque il ne crée pas de bien.

  • permalien ango :
    27 février @09h13   « »

    Pour partie, la psychologie néolibérale peut être résumé par l’école philosophique des shadocks :

    « Ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir. Autrement dit : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. »

  • permalien Jordi Grau :
    27 février @10h18   « »

    Merci, M. Lordon, pour cet article lumineux et convaincant.

  • permalien citizenzen :
    27 février @10h41   « »
    Les entrepreneurs créent des emplois

    qu’ils soient patrons ou individuels, ce sont les seuls qui créent des emplois. Le surnombre de fonctionnaires et d’élus coute cher à tous via tva/csg/tipp et un peu plus aux contribuables.
    Pourquoi patauge - t - on dans autant de chômage ? Parce que nous ne sommes pas assez nombreux à vouloir entreprendre / travailler/ investir. Il fut un temps où nous avions un savoir-faire peu répandu qui nous garantissait activité et emplois. C’est fini, tous les habitants de la planète quasiment ont le même savoir-faire, nous allons mal parce que nous ne sommes pas compétitifs : nos produits sont-ils de meilleure qualité ? sont-ils abordables ou moins chers ?
    Un exemple typique de la politique socialiste qui tue l’emploi : quand on passe de 39h de travail hebdo à 35h, ça fait 10% de temps de loisirs en plus (heureux ?) mais 10% de coûts salariaux en plus. L’arithmétique démontre bien plus que des discours pseudo-philosophiques.

  • permalien tOad :
    27 février @12h00   « »
    pacte de responsabilité

    Ceci dit sous la forme d’un dessin

  • permalien Emmanuel Herold :
    27 février @12h36   « »

    Merci pour ce texte monsieur Lordon.

    Vous avez mis des mots justes sur des sensations que j’avais et je vous en remercie.

    Ne vous arrêtez pas.

  • permalien Peretz :
    27 février @12h55   « »

    A Theuric "Si il y a concurrence entre diverses entreprises, cela fera baisser les prix, certes..." C’est ne pas comprendre comment marchent les entreprises que de dire ça. C’est une idée reçue. On peut simplement dire que la concurrence empêche de trop faire monter les prix. Sauf en période de dumping, qui permet de prendre des parts de marché, sur le court terme, les prix continuent à monter inexorablement sur le long terme. C’est de la mécanique élémentaire.

  • permalien Maxence :
    27 février @14h16   « »
    Les entreprises créent l’emploi

    Dans n’importe quel article écrit par un universitaire digne de ce nom, une affirmation doit être sourcée, afin de pouvoir vérifier les dires de l’auteur. Quand il dit "ayant abandonné toute idée de réorienter les désastreuses politiques européennes" (fin 2° paragraphe), on est obligé d’accepter ce qu’il dit comme valable pour la suite de l’analyse. Mais si en fait c’était un peu différent ? Il y a des bonnes politiques européennes, comme des mauvaises. Je pense que, par exemple, quand la commission européenne oblige les opérateurs téléphoniques à baisser le prix des communications inter-européennes, ou que l’on oblige les pays à assainir la qualité de l’air, ce n’est pas si désastreux, non ? On a donc une argumentation niveau café du commerce.

    Petit passage sur les truismes expliqués avec des mots abscons :"la production des biens et des services qui reproduisent la vie matérielle n’est plus effectuée que par des entités économiques déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique de la marchandisation profitable." Résumé : une entreprise fonctionne pour faire du profit. Merci, je ne le savais pas. Bon, par contre, l’Etat, les fonctionnaires, eux, ils ne produisent rien ? Avec plus de la moitié du PIB dépensé par l’Etat en France, il n’y a que les entreprises qui produisent des services ?

    Une entreprise participe à la conjoncture, peut lutter contre celle-ci, en innovant, en allant sur d’autres marchés, en améliorant la qualité ou en cherchant de nouveaux clients. Une entreprise sans bon commerciaux ne trouvera pas de clients et sera amenée à licencier, et à l’inverse sera amenée à embaucher si elle se débrouille bien. La conjoncture est une moyenne, la situation des entreprises dépend donc en partie de leurs actions, et les décisions d’embauches dépendent donc d’elles-mêmes. Enfin, les entreprises créent de la demande en investissant ou en embauchant pour faire de la recherche ou des tâches organisationnelles et administratives, l’emploi ne dépend donc pas seulement des commandes à court terme. Lordon se situe dans un cadre d’économie planifié où chaque entreprise produit ce que l’on lui demande et c’est tout. Sauf que ça n’a jamais été le cas.

    La plus grande erreur vient de la suite à mon avis, c’est de considérer la taille du marché comme fixe et la seule possibilité pour les entreprises de grossir et de prendre la part de marché des concurrents. Idem, c’est faux, l’entreprise peut innover, créer de nouveaux marchés, aller à l’international, se diversifier, s’adresser à de nouveaux consommateurs, etc etc. La somme de ces initiatives résulte en la croissance économique.

    Enfin, je trouve que le texte est pauvre en lui même car il ne fait que critiquer sans apporter de solutions réaliste (Habitude bien française) autre qu’une vague "coordination de capital"... Pourquoi pas le Gosplan ? Rien sur la nécéssaire réforme des institutions ?

  • permalien Jordi Grau :
    27 février @14h24   « »

    A citizenzen

    Bonjour.

    Il y aurait beaucoup de choses à dire à propos de votre court message. Il faudrait reprendre point par point tout ce qui est faux, discutable ou hors sujet, et je n’ai malheureusement pas le temps de le faire maintenant. Je me contenterai d’une seule objection. Vous dites que les entrepreneurs sont les seuls à créer des emplois, et vous en donnez pour preuve les fonctionnaires et les élus en "surnombre". Admettons, pour les besoins de la démonstration, que des fonctionnaires et des élus soient effectivement en "surnombre", c’est-à-dire que la fonction qu’ils occupent ne correspondent à aucune utilité pour la société. Mais que vous faites-vous des autres ? Apparemment, vous acceptez l’idée que certains fonctionnaires soient utiles. Or, qui a créé leur emploi ? Est-ce un entrepreneur ? Par définition, non. Donc, votre argument se retourne implicitement contre lui-même.

    Par ailleurs, on se demande si vous avez bien lu l’article de Frédéric Lordon. Pour qu’un emploi soit créé de manière durable, il ne suffit pas qu’un entrepreneur en décide ainsi (et, accessoirement, qu’un salarié ait le désir ou le besoin de travailler pour lui !). Il faut aussi que cet emploi corresponde à une demande sociale. Si personne ne veut des produits proposés par l’entreprise, l’emploi va tôt ou tard disparaître - à moins que l’entrepreneur ne décide de payer son employé à ne rien faire, comme si c’était un de ces feignants de fonctionnaires...

    Vous me direz que si un produit suscite une demande, c’est souvent parce qu’il est de bonne qualité, innovant, etc. C’est vrai, mais tout cela est-il dû exclusivement au talent de l’entrepreneur ? La plupart des innovations techniques ou scientifiques, me semble-t-il, sont d’abord le fait de salariés (et parfois même de fonctionnaires, d’ailleurs). Il faut arrêter avec le mythe de l’entrepreneur génial, quasi divin, style Bill Gates ou Steve Jobs...

    Conclusion : un entrepreneur peut sans doute contribuer à créer des emplois, mais il n’est qu’un maillon doré dans une chaîne économique qui le dépasse largement.

    P. S. Quant à la question de savoir si les salariés dans le privé sont nécessairement plus utiles à la société que les fonctionnaires, ou si la réduction du temps de travail crée des emplois, ce sont naturellement des questions intéressantes, mais elles n’ont pas grand chose à voir avec le sujet traité par l’article.

  • permalien Maxence :
    27 février @14h48   « »
    Réponse

    Tu aurais dû mieux lire mon message : au contraire, je dis que les fonctionnaires produisent aussi de la richesse, la question était rhétorique face à l’affirmation de l’auteur qui disait que la richesse n’était produite que par les entreprises dans le cadre de la recherche de profit.

    La création d’un emploi ne répond pas à une demande "sociale" à part dans le cas d’un planificateur bienveillant qui n’existe que sous forme d’équations dans les cours d’économie public, mais à un besoin de l’entreprise. Relis mon commentaire. L’innovation n’est pas du fait de l’entrepreneur, mais des salariés embauchés par l’entreprise ("l’entrepreneur" est un mot vague qui ne convient pas à la réalité du terrain), car il y a un besoin d’innover. Idem pour les commerciaux, les fonctions administratives. Dans le cadre des services (la plus grande part de notre économie, je le rappelle), une grande partie de l’emploi est faiblement sensible à la demande (du fait qu’il y ait besoin d’un nombre minimum de gens qui soient présents en permanence pour assurer la production de l’entreprise quand bien même il n’y a aucun client), ce qui réduit d’autant plus l’indépendance de l’emploi à la "conjecture". D’autres variables entrent en jeu, mais l’auteur semble les ignorer.

    Si la création d’emploi est effectivement d’un point de vue macroéconomique le résultat d’incitations variées, la demande globale n’en est qu’une d’entre elles, et beaucoup d’autres choses entrent en jeu, l’innovation technologique, le marketing, la compétence des employés, etc etc.

    Mais allez-y, continuez à croire que la conjoncture crée les emplois, vous fournirez un argumentaire confortable à Gattaz lorsqu’il devra expliquer pourquoi le CAC40 n’a pas respecté ses engagements. En fait, Lordon, par sa position, est un suppôt au service du capitalisme !

    En fait j’ai l’impression que les économistes (quoique qualifier Lordon de ce qualificatif est un peu abusif au vu de l’absence de contribution sérieuse en la matière) "alternatifs" souffrent des mêmes défauts que ceux qu’ils attribuent aux "orthodoxes", c’est à dire d’être autistes face à ce qui se fait de l’autre coté et de verser dans l’idéologie plutôt que dans la science.

  • permalien Vincent :
    27 février @15h14   « »

    theuric > Pourquoi ce dogme néolibéral a-t-il pris tant d’ampleur (et là, plus que l’ampleur de tous les français) ?
    Qu’est-ce qui nous a donc tant agité ?

    Parce que le communisme a fait encore pire, et que l’auto-gestion, à l’expérience, ça marche moins bien pour résoudre les problèmes ?

    ercolin > OUI la politique de l’offre marche, OUI la politique de la demande marche, MINCE... C’EST CON !

    Elle marche de moins en moins depuis les années 70, et ça ne peut qu’empirer...

    www.manicore.com/documentati...
    http://energie-developpement.blogsp...

    C’était ballot d’oublier l’énergie dans l’équation :-D

  • permalien theuric :
    27 février @15h22   « »

    @Peretz ;
    Je ne parle pas d’entreprise mais de service publique ce qui n’a rien à voir.
    Un service publique, comme son nom l’indique, doit être fourni à tous les publiques et, de surcroit, se doit d’être efficace.
    Parce qu’il est éminemment nécessaire à la bonne marche d’une société complexe comme elles le sont en Europe.
    Si vous aviez bien lu vous auriez compris le coût de leurs infrastructures.
    Eau, énergie, communication, déchets tout les services publiques structurés en réseaux ne doivent absolument pas appartenir à une entreprise privée ou mis en concurrence.
    Au mieux, sinon, cela amènera ces services publiques au déclin, au pire cela ne sera que de la pire des escroqueries, quand ce ne sont pas des accidents comme au Japon et Fukushima.
    Bla, bla, bla, l’entreprise, bla, bla, bla, l’entreprise.
    Vous êtes en train de les faire crever, les entreprises, avec votre dogmatisme béat qui, depuis trente ans, N’A JAMAIS MONTRE UNE QUELCONQUE EFFICACITÉ !!!!!!!!!!
    Au contraire, vous nous faites tous crever à petit feu, vous et vos manigances, vous qui, définitivement, ne pouvez rien comprendre de rien.
    Et vous faites aussi crever votre pays, le nôtre.
    Alors partez, et laissez-nous réparer vos dégâts !
    Vous voulez de la libre entreprise, alors partez aux U.S.A. mais ne faites pas comme ces hypocrites qui tiennent les discours les plus dures sur les charges en France, partent en Angleterre mais reviennent ici dès qu’ils sont au chômage !
    En vrai, plus personne ne veut plus vous voir ni vous entendre, mais c’est parce que nous, nous sommes réellement démocrates, au contraire de vous, que nous vous laissons vous exprimer.

    Après tout, pourquoi m’énerverais-je ?
    Il est sot de s’énerver d’un trait d’histoire, d’un souvenir passé.
    Ce que vous êtes !

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    27 février @15h37   « »

    @maxence
    "la production des biens et des services qui reproduisent la vie matérielle n’est plus effectuée que par des entités économiques déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique de la marchandisation profitable."
    Résumé : une entreprise fonctionne pour faire du profit. Merci, je ne le savais pas.

    A mon avis, c’est plutôt votre "résumé" qui est du genre truisme du "café du commerce". Et on pourrait d’ailleurs en faire un tout autre, sans doute plus proche du propos de Frédéric Lordon : tout n’est plus que marchandise, y compris notre propre vie !

    Et alors votre conclusion me laisse sans voix. Des solutions réalistes ? Mais à quel problème ?

    Par exemple. Deux entreprises fabriquent et vendent chacune 10 chemises par jour. Le première décide d’automatiser la production (= progrès technologique) et fabrique maintenant 100 chemises par jour, qu’elle peut vendre moins cher que quand elle en fabriquait seulement 10. Et la seconde entreprise ? Elle ferme ou bien elle est condamnée (= la conjoncture) à automatiser elle aussi sa production (= la concurrence).
    1) la première entreprise s’en trouve très bien, tant que la seconde n’a pas encore automatisé (= avantage compétitif). Elle a donc agi de façon très rationnelle en automatisant.
    2) quand la seconde entreprise a automatisé aussi, elles se trouvent dans l’obligation de vendre 200 chemises par jour au lieu des 20 qu’elles vendaient initialement. Et du point de vue de la concurrence, on se retrouve dans la situation initiale.
    3) c’est tout le secteur qui finit par en pâtir, du progrès technologique, faute d’une inextensibilité à l’infini du marché...
    4) j’ajoute que tout cela se traduit évidemment aussi par une baisse du nombre de salariés.

    J’attends les solutions "réalistes" à ce genre de problèmes, qui se posent massivement dans tous les secteurs d’activité. Il y a fort à parier qu’elles seront du genre "café du commerce" (= baratin du MEDEF)...

  • permalien theuric :
    27 février @15h47   « »

    @Vincent,

    Le communisme, la sociale-démocratie, le néolibéralisme, le social-libéralisme, la décroissance, le nazisme, ..., ..., ..., tous les dogmes, toutes les idéologies qui ont traversées le XX° siècle et, d’une façon moindre, le XIX° s’arquent boutent tous sur une même base conceptuelle que je nomme l’économisme dogmatique.
    Son présupposé de base est simple à définir : l’économie est centrale sur toute autre considération sociale et politique.
    La guerre froide en a stratifié la structure et la disparition de l’U.R.S.S. a cachée la faiblesse terminale des U.S.A..
    Le néolibéralisme n’est plus que le dernier avatar de cette base conceptuelle, un résidu, une épave, qui n’attend plus, pour rendre son dernier soupire, que la ruine universelle.
    Vous êtes à ce point formaté que vous ne pouvez pas comprendre qu’il soit possible qu’il puisse exister une autre doctrine ayant une base totalement différente que l’économisme dogmatique.
    Il vous est absolument impossible de comprendre cela.
    Pour vous n’existe que l’économie de marché et le communisme, panaché, deci, delà, d’un petit peu de démocratie et de social.
    Votre horizon ne peut que se borner à cela et à rien de plus.
    Sauf si, pire que tout, vous êtes un mercenaire payé, essentiellement, pour affaiblir et pourrir un site tel que celui de notre hôte.
    Mais je ne peux croire à une telle bassesse de votre part, une telle vilénie.
    Parce que, de plus, cela voudrait dire, à la veille des élections européenne, que les décideurs élus et non élus de l’U.E. seraient totalement conscient de leur fin prochaine et, surtout, de l’inanité de leur présupposés.
    Cela serait-il possible ?

  • permalien Maxence :
    27 février @16h26   « »

    @Pierre

    Il me semble que Lordon parle de la production là, non de la marchandisation du corps humain. D’autre part, le sens de cette marchandisation est assez élastique selon l’argumentaire : il peut aller à la marchandisation dans le sens"strict"comme le commerce d’organes au salariat, qui à ce moment là n’a pas grand chose de scandaleux à part pour les marxistes en voie de disparition.
    Vous avez éviter la suite sur les fonctionnaire : Pensez vous que votre mairie ramasse les ordures dans une logique de profit ou de service public ?

    Votre exemple est mignon, mais ne résiste pas à un raisonnement poussé :
    On ne sait pas qui fait les machines. L’achat de machines entraine une augmentation de la demande en amont, des salariés embauchés pour les monter et le dessiner. Ce qui est positif, avouez le.

    Effectivement, la seconde est condamnée si elle ne change pas, car inefficace. En effet, la quantité de travail/chemise décroit, donc la première peut baisser les prix (vous l’ignorez notoirement) afin de capturer plus de demande. Une baisse des prix bénéficie aux consommateurs, qui peuvent soit consommer plus de chemises, soit acheter des bermudas, ce qui va augmenter la demande adressée aux entreprises de bermudas, et donc créer des emplois.

    La seconde a deux choix : soit elle suit et achète une machine, soit elle essaye de produire un bien différent (des chemisettes) qui lui permettra de vendre sa production sans trop craindre la concurrence de la première. A ce moment, les consommateurs sont gagnants : ils peuvent enfin porter des chemisettes ! Sinon, ils le seront aussi, car l’augmentation de la concurrence dans le secteur des chemises fera baisser encore plus les prix. Peut être que vous êtes gauche-caviar et que vous trouvez ça indigne, mais la plupart des pauvres que vous prétendez défendre seront heureux de payer moins.

    Du coté des travailleurs, l’augmentation de la productivité ne veux pas forcément dire chômage. Déjà parce que on a du recruter pour construire les machines, d’autre part parce que avec la baisse des prix résultante, il y a plus de demande, donc un besoin de travailleur pour manier les machines. Désormais, un travailleur peut faire plus de chemises, est plus productif, donc il peut aussi négocier un meilleur salaire, car il aura été formé à utiliser la machine (le progrès technique amène une hausse des compétences). Du coup, les travailleurs de l’entreprise gagneront plus d’argent, le secteur vendra plus de chemise, les consommateurs payeront moins, et d’autres secteurs (bermudas, voire tongs pour les plus audacieux)bénéficieront de la baisse des prix.

    Evidemment le (Karl Marx pardonne moi) patron gagnera aussi plus d’argent. Mais c’est normal, car il aura investit pour acheter les machines. Dans une situation de concurrence forte, il ne gagnera d’ailleurs que de quoi rembourser, les entretenir, et un peu de gras (3-5% du capital investit) pour le rémunérer.

  • permalien Maxence :
    27 février @16h26   « »

    2°)
    Pour prendre un exemple plus proche de la réalité, quand free est arrivé, une amie a économisé 20€ sur son forfait. Evidemment, Orange a un peu licencié, mais Free a recruté en même temps (dont des emplois administratifs ou techniques peu liés avec la demande, nous sommes dans un monde de services souvenez vous), et mon amie a pu aller deux fois par mois au Libanais en bas de chez elle, ce qui, si tout le mond était allé au même libanais, aurait permis l’embauche de nombreuses personnes, certainement plus même que ce qui a été licencié chez Orange.

    Mais allez y, continuez à nous dire que le progrès technique c’est le mal.

  • permalien Vincent Orwell :
    27 février @16h59   « »

    Bon sang, quelqu’un a shooté dans un nid ? Ou alors on a dû les enfumer à l’anesthésiant, d’où la compréhension limitée qu’ils semblent avoir de l’article.

    @Crapaud rouge

    J’aimerais partager votre enthousiasme. Nous ne serons jamais assez reconnaissants à Frédéric Lordon de nous donner des bouffées d’air frais entre deux apnées dans le PPA, mais je me demande quand même à quel point ce genre d’analyse fait avancer le schmilblick. Vous et moi sommes convaincus, mais c’est pour ça que nous venons ici n’est-ce pas ? Et on peut voir que pas mal d’autres viennent là parce qu’ils ne le sont pas, et ils continuent à ne pas l’être. Le bilan me paraît mitigé. Heureusement que FL existe, c’est certain, mais en l’état, ça ne rend que plus intenable de vivre dans ce monde de m...

    @Maxence : Vous pouvez toujours faire des robinsonades, mais la réponse à votre question est déjà dans l’article :

    On dira cependant que les entreprises se différencient, que certaines réduisent mieux leurs prix que d’autres, innovent plus que d’autres, etc. Ce qui est vrai. Mais n’a in fine d’effet que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale... laquelle demeure irrémédiablement bornée par le revenu disponible macroéconomique.

    Et personne n’a dit, il me semble, que le progrès technique, c’était le Mal (vous aviez oublié la majuscule). La question est de savoir ce que la société en fait : engraisser des capitalistes (qui ne se confondent pas avec les patrons ou les entrepreneurs) ou partager plus ou moins équitablement les gains de productivité. Jusque-là, il me paraît difficile de ne pas admettre que la balance penche sérieusement du premier côté.

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    27 février @17h10   « »

    @maxence

    C’est bien ce que je craignais... Des réponses "café du commerce"... Vous fabriquiez des chemises ? Fabriquez donc des bermudas...

    En outre, ceci : "Evidemment le (Karl Marx pardonne moi) patron gagnera aussi plus d’argent. " est complètement erroné. Mais je ne vais pas me lancer là-dedans... Après tout, il "suffit" de le lire, ce bon Karl Marx, qui explique en détail pourquoi c’est faux (Livre III, section 3, vous voyez, je vous simplifie même la tâche).

    Enfin bon... Si votre copine a économisé 20 €, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes...

    En passant : vous confondez allègrement "notre vie" avec "notre corps". A moins que ce ne soit pas une confusion et que vous pensez réellement que notre vie se résume à notre corps ?

  • permalien Patrick :
    27 février @17h16   « »

    Excellent ! Vous aviez déjà effleuré cette idée dans un précédent article et je suis heureux que vous l’ayez développée ici. Si seulement cela pouvait être repris...

    Je vous propose le plan comm’ suivant :

    - Vous passez dans l’émission mensuelle sur les articles du Diplo chez Daniel Mermet.
    - Taddéi, enchanté par cette idée, vous invite à son émission pour développer la démonstration, pourquoi pas en présence d’un représentant du MEDEF et d’un socialiste (le MEDEF et le socialiste assis côte à côte bien sûr)
    - Ruquier, intrigué par votre ton brillant et impertinent vous invite et vous claquez le bec à ce présomptueux roquet de Caron.
    - La vidéo est reprise sur Youtube et fait des millions de vue "Lordon clashe Caron - ONPC"
    - Quelques plumitifs font leur édito sur ce moment de télévision, et avouent le "choc" intellectuel vécu durant le visionnage de l’émission.
    - Cela devient le sujet du moment, BHL se convertit à votre démonstration et demande sur-le-champ une audience à François Hollande qu’il achève de convaincre.
    - Pierre Gattaz est convoqué dès le lendemain et ressort de l’Elysée dûment recouvert de goudron et de plumes.

    c’est pas compliqué finalement

    Pat

  • permalien theuric :
    27 février @17h34   « »

    @Vincent Orwel,
    Il y a aussi ceux, dont je suis, qui s’essaie à explorer d’autres voies.
    Parce que, peut-être, ce devrait-être d’une nécessité absolue ?
    Explorer en amont plutôt qu’en aval de nouvelles possibilités, nouveaux concepts et conceptions.
    En amont plutôt qu’en aval de quoi ?
    De l’effondrement de l’économie-monde.
    En fin de compte tout le monde s’y attend et beaucoup le souhaite mais combien le pense hormis notre hôte et quelques autres ?
    A ce moment là comment être sûr de ce que deviendrons les sociétés des hommes et, surtout, tous ces hommes et ces femmes bien trop formatés.
    Ce ne sera pas une évolution, pas même une crise, ce sera un bouleversement, plus encore, une mutation.
    Alors, sinon d’être prêt, sachons au moins que nous le sommes pas.

  • permalien GUILLEMET :
    27 février @19h22   « »

    Merci Mr LORDON pour ce texte magnifique d’intelligence et de clairvoyance !
    Votre analyse démonte point par point, et avec humour, le catéchisme libéral débité à longueur d’antennes et de journée par tous les perroquets sévissant dans les médias aux ordres (et aux mains de leurs propriétaires capitalistes-libéraux).
    Ajoutons à ceux-là tous les soi-disants "socialistes" qui reprennent en coeur l’antienne néolibérale en perdant ainsi leur âme...et en se moquant du monde après leurs fumeuses promesses électorales...
    Oui, décidément, il y a un énorme travail de conscientisation à faire pour "réveiller" nos compatriotes !
    Allez, courage, la vérité/honnêteté triomphera !

  • permalien Maxence :
    27 février @19h28   « »

    @Pierre
    Vous me présentez un modèle simpliste en me demandant de résoudre le problème, je vous réponds au travers de celui-ci afin de garder les choses simples et vous me reprochez de le faire ? Vous ne voyez pas une contradiction ? J’aurais pu vous dire que votre exemple était irréaliste car il n’y a pas deux producteurs de chemises en France. En gros on ne peut avoir que tort avec votre logique. Si vous voulez en savoir plus sur comment sont gérés les gains de productivités par l’entreprise et un secteur d’activité, tout en évitant les robinsonade, je vous propose d’arrêter de lire ce blog et de lire un manuel d’économie. Vous ne serez peut être pas d’accord au début, mais au moins vous aurez un point de vue et une compréhension plus globale de la chose.
    Je vous propose "Principes d’économie" de Sloman&Wride, même si c’est basique ça vous donnera une idée plus globale que ce qui peut être abordé dans un post de blog.

    Enfin, il n’y a pas que ma copine a avoir gagné 20€. Soit 15€ d’économie par mois en moyenne, fois 7.5 millions d’abonnés FREE (Free, 2014), ça fait 1,35 milliards € de gagnés par la population par an. On pourrait encore augmenter ce chiffre du fait de la baisse des forfaits chez la concurrence, ce qui compense largement les destruction d’emploi dans les centres d’appel (mais est-ce un mal ?). C’est bon, j’ai mis des chiffres sourcés, ce n’est plus café du commerce ?

    @Vincent

    Le revenu disponible macroéconomique peut croître au niveau national (nos énarques appellent ça la croissance), ou à l’international, dans lequel cas les entreprises réalisent des exports. On ne peut donc pas vraiment dire que la demande est bornée supérieurement, juste qu’elle diminue au delà d’un certain niveau si plus d’effort n’est pas fait de la part des entreprises.

    D’autre part, ce genre de raisonnement ignore que les entreprises recrutent aussi des gens pour réduire les coûts. Dans la "robinsonade" que j’ai faite, le cas recrutement d’un mécanicien pour réduire les temps d’immobilisation de la machine s’adapte très bien à cet ordre d’idées. L’entreprise au final fera plus de profits, donc plus de richesses qui viendront s’ajouter au revenu national.
    D’autant plus que le revenu doit être exprimé en termes réels : si les prix baissent mais que le produit nominal reste constant, en réalité la production a augmenté. Donc en gros, se baser uniquement sur un produit intérieur fixe pour une analyse est biaisé.

    Si les gains de productivité penchent plus du coté des patrons, c’est parce que les salariés n’ont pas de pouvoir de négociation, pris entre le marteau du chômage de masse et l’enclume des syndicats extrémistes. Je pense que la solution se trouve plutôt de ce coté.

  • permalien Crapaud Rouge :
    27 février @20h03   « »
    @Jordi Grau : 27 février @14h24

    Bravo pour votre réponse à citizenzen ! Les entrepreneurs contribuent effectivement à "créer des emplois", mais seulement au niveau microéconomique, alors que le "chantage à l’emploi" se situe au niveau macroéconomique et mondialisé. Il conviendrait également de souligner que l’augmentation continuelle de la productivité contribue à en détruire. Et si autrefois l’on pouvait dire que les emplois détruis ne faisaient que céder la place à des nouveaux, désormais ça devient chaque jour un peu plus faux.

  • permalien Un passant :
    27 février @20h16   « »

    Travailler, pour qui et pour quoi ? Cet article est très bien écrit, mais à lecture des commentaires, je me demande si certains se posent la question de la finalité au-delà des moyens financiers.

    Je conseille à ceux qui liront ce commentaire de regarder le film sur le revenu de base universel. Ainsi que sur le salaire universel de Bernard Friot. Cela ouvre les yeux.

  • permalien Un passant :
    27 février @20h30   « »

    Ou pour ceux qui sont sensibles aux messages diffusés par l’art, je vous invite à voir deux vidéos d’une artiste de talent. qui aborde divers thèmes à travers son journal (le journal de Personne), ses vidéos, afin d’encourager les débats ici et là.

    * Maniac-Opéra : http://www.youtube.com/watch?v=LWHq...
    c’est une vidéo qui remue l’âme humaine, aborde le problème sous un angle psy, du vrai et du faux, du moi, et le rapport avec l’économie, notre société peut ne pas être claire, mais si vous regardez jusqu’au bout vous verrez l’application au "socialisme"

    * L’ouvrière : http://www.youtube.com/watch?v=n3j3...
    Paroles d’une mère ouvrière.

  • permalien Crapaud Rouge :
    27 février @20h35   « »
    @Vincent Orwell : 27 février @16h59

    Mais vous le partagez déjà, mon enthousiasme, puisque vous écrivez : "Nous ne serons jamais assez reconnaissants à Frédéric Lordon de nous donner des bouffées d’air frais entre deux apnées dans le PPA" ! Il ne nous offre pas seulement une pensée résolument hors des clous, mais aussi le plaisir de la lecture, ce qui est bien plus précieux que des kilos d’or.

    "je me demande quand même à quel point ce genre d’analyse fait avancer le schmilblick" : je me le demande aussi mais n’essaye pas d’y répondre. J’imagine simplement que son travail finira par porter ses fruits, et que des tas de gens le lisent avec la plus grande attention mais sans le clamer dans les commentaires...

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    27 février @21h03   « »

    @maxence

    Je vous ai soumis un exemple, bien sûr simple, mais pas simpliste, d’un mécanisme fondamental du capitalisme et de quelques unes de ses conséquences inéluctables... De quoi réfléchir... En tous cas, c’est tout sauf un problème de chemises ! Et vous me répondez qu’il suffit de remplacer les chemises par des bermudas... En me conseillant de lire un bouquin d’économie...

    Et vous devriez surveiller votre vocabulaire : "il n’y a pas que ma copine a avoir gagné 20€". Elle n’a rien gagné du tout ! Elle a tout au plus dépensé moins... Le patronat est friand de ce type de glissements sémantiques quand il s’agit d’enfumer les foules...

  • permalien Hessel :
    27 février @22h03   « »
    Einstein disait....

    la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent
    Nouvelle donne... il faut #reprendrelamain

  • permalien Maxence :
    27 février @22h29   « »

    @Pierre

    En fait je m’en rends compte, ce n’est pas votre exemple qui était simpliste, mais votre conception de l’économie. Quand je parlais des bermudas, je voulais parler de la possibilité pour les consommateurs plus avec un même budget du fait de la baisse du prix d’un des biens qu’ils consomment habituellement. Mais je suppose que c’est un peu trop difficile à appréhender pour vous, c’est pourquoi vous ne semblez pas avoir compris. Vous me semblez curieux, donc je vous propose de vous cultiver et d’acquérir les bases de la science que vous semblez prompt à critiquer, sans la connaître. Mais bon, certains supposent de rester dans l’ignorance je suppose, c’est plus confortable.

    Dans le cas d’une dépense imposée comme le téléphone, un baisse de prix consiste bien en un gain monétaire. Elle aurait "dépensé moins" si cette dépense avait été motivée par la baisse de prix, là, en T elle a un forfait, en T+1 elle a un forfait équivalent et 20€ de plus, c’est donc un gain monétaire. Les économistes appellent ça une amélioration optimale au sens de Pareto. Si vous essayiez de lire le livre, vous comprendriez ce que je dis.

  • permalien Willkymay :
    27 février @22h52   « »

    Ainsi, deux raisons de refuser la proposition "C’est l’entreprise qui crée l’emploi" :

    - la première avait été rappelée par FL dans "Là-bas si j’y suis : Et si on fermait la bourse ?", à savoir que l’entrepreneur, instigateur d’un projet potentiellement productif - ce dont il a le mérite - a besoin de candidats à l’enrôlement dans son projet. Tout seul, pour la plupart des projets d’envergure (ceux dont on dit qu’ils sont "créateurs d’emplois"), il ne peut rien. C’est par la rencontre que s’opère la création de l’emploi. Pas de candidat, pas de concrétisation du projet, pas d’entreprise et pas d’entrepreneur.

    - la seconde est donc la dépendance à la demande.

  • permalien johann :
    27 février @22h54   « »
    Les entreprises ne créent pas le bonheur

    car en effet tout est là, au-delà de cette main invisible, du marché, de l’offre, de la demande, des emplois, il y a ce qui en ressort, et il en ressort une sommes de biens de services au coût exorbitant que l’urgence à produire pour produire suggère.
    Pourquoi donc avoir encore pour projet de raisonner le capital organisé, de vouloir piloter une conjoncture, quand le point d’ancrage ou le thermomètre mesure tout à l’aune de l’avoir et de l’être pour avoir.
    l’augmentation de l’activité économique est bonne pour le bien être global ? plus d’emploi=plus de bien-être ? l’argent est une marchandise ?
    je dirais plutôt, citoyens, ne demandez surtout pas d’emploi, et ne crééz rien si c’est dans le cadre d’un emploi ! et n’acceptez aucune transaction où l’argent vaut quelque chose par lui-même (intérêt, dividende, etc.), où la propriété est autre que celle de l’usage !
    eh oui, l’entourloupe, par exemple commence avec la SA c’est la société anonyme et son corollaire, le contrat de travail, qui crée, juridiquement, l’emploi, c’est là le véhicule de la "grande transformation"...en tout cas, sur ces pistes de critique-là se situe une issue pour un agir collectif, si on vient lire ici l’énième apologie de la politique de la demande...on est tenté de se dire que l’auteur est bon pour publier à la "république des idées"...

  • permalien Willkymay :
    27 février @23h05   « »

    @Johan
    Je n’ai pour ma part pas compris ça comme une apologie de la demande mais comme un rappel de ce qu’elle est une condition nécessaire dans le cadre du régime capitaliste.
    (on n’est d’ailleurs pas voués à éternellement rester dans ce cadre, voila autre chose que rappelle également FL)

  • permalien Jordi Grau :
    27 février @23h20   « »

    A Maxence

    Tout d’abord, je voudrais mettre fin à un malentendu. Apparemment, vous avez cru que je m’adressais à vous, alors que je répondais à citizenzen.

    Ensuite, j’aimerais discuter avec vous du fond de l’affaire. Vous vantez les mérites du capitalisme libéral, en expliquant que la concurrence et les progrès techniques ont un impact positif sur la demande. Ce que le travailleur perd d’un côté (s’il se retrouve au chômage), il le gagne d’un autre côté (il peut s’acheter des produits moins chers). De plus, le progrès technique contribue à la création de nouveaux emplois, plus qualifiés que ceux qui ont été détruits. Ainsi se met en place le cycle vertueux de la croissance.

    J’avoue que mes compétences en économie sont bien limitées, mais il me semble tout de même qu’on pourrait faire au moins 3 objections à votre séduisante théorie. La première, c’est que cette merveilleuse croissance a un coût environnemental non négligeable, et qu’elle ne peut se poursuivre indéfiniment à cause de la raréfaction des ressources naturelles. Vous me direz peut-être que de nouvelles technologies permettent d’économiser de l’énergie. C’est vrai, mais ces économies sont largement compensées par une surconsommation d’énergie que ces nouvelles technologies rendent possibles. Il est sans doute moins gourmand en énergie d’envoyer un mail que d’envoyer un courrier par la poste. Mais le mail n’est que l’arbre qui cache la forêt. Internet - avec toutes les infrastructures, les ordinateurs, ainsi que la quantité incroyable d’énergie électrique dont il a besoin - est globalement un désastre écologique (auquel je contribue, à ma grande honte, en vous envoyant ce message).

    2ème objection : votre description ne tient pas compte des prédateurs de la finance, qui ponctionnent une grande partie de la richesse produite, au détriment des salariés. Ces prédateurs, ce sont ces spéculateurs ou ces fonds de pension qui réclament aux entreprises une rentabilité de 15 %. Ce sont les banques et autres organismes financiers qui spéculent sur les subprimes, etc. Tous ces rapaces ont contribué, y compris dans les pays riches, à une compression de la demande et à un ralentissement ou un arrêt de la croissance. F. Lordon a donc raison de dire que les entreprises sont dépendantes de la demande.

    3ème objection : si le prix de certaines marchandises baisse ou n’augmente pas, ce n’est pas seulement grâce au progrès technique. Pour les multinationales, il est souvent bien plus rentable de faire travailler des gens sur des machines rudimentaires en les payant une misère, que d’investir dans les machines les plus modernes. Si les pauvres d’Europe arrivent encore à s’acheter des produits de consommation, c’est grâce à la misère des Chinois ou des Vietnamiens. Encore faut-il préciser que la misère, la précarité et l’exploitation gagnent du terrain en Europe même....

  • permalien theuric :
    27 février @23h47   « »

    Ah le langage.
    Il est de mode, en ce moment, de raconter que la déflation est, pour toute économie, le pire des maux.
    Les mêmes nous explique, doctement, avec gourmandise, parfois peu de temps après, que le prix de tel ou tel service ou vêtement, les chemises, par exemple, baisse grâce à la concurrence.
    Ne serait-ce donc de la déflation ?
    Je me souviens, dans les années 80, nous était, dans les médiats, enjoint de rechercher, pour nos achats, le moindre coût.
    Jamais personne ne disait que cela conduirait à la situation déplorable dans laquelle l’Europe se trouve.
    Et puis l’euro vint.
    La baguette de pain, de un franc, se retrouva, dix ans plus tard, à un euro, plus de six cent pour cent, 600% d’inflation en dix ans.
    Plus de 4 ans plus tard le prix de la baguette n’a plus augmentée ou si peu.
    Ça, c’est pire, parce que une société ne peut vivre sans inflation, une économie ne peut exister sans elle, 5% environ serait la hausse nécessaire me fut-il dit dans les années 90.
    Et puis il y a eu ces pleurnicheries des médiats comme quoi l’industrie du luxe était en perte de vitesse, là encore dans les années 90.
    Parce que nous les avons entendu les pleurnicheries des économistes médiatiques, des M.E.D.E.F.s et autre pleurnichards.
    les mêmes ou leurs semblables qui geignent encore aujourd’hui.
    Cela fait depuis quarante ans, 40 longues années qu’ils nous bassinent en répétant encore et encore que la cause du chômage venait du coût du travail.
    Alors le coût du travail a été baissé, encore et encore, sous une forme ou une autre.
    Cela a-t-il fait baissé le chômage ?
    Jamais !
    Vous et vos semblables nous ont raconté n’importe quoi, du pur délire, du pur fantasme, et vous savez le pire dans tout cela ?
    Vous y croyez.
    Je préfèrerais mille fois avoir affaire à un margoulin, un escroc, un truand qu’avoir affaire à quelqu’un qui, comme vous, raconte n’importe quoi simplement parce que vous ne pouvez pas faire autrement, c’est votre crédo, votre dogme, votre croyance !
    Et si vous pouviez faire un coup d’état pour mettre en place votre idéologie, vous le feriez.
    Seul problème, un coup d’état coûte chère, cela ruinerait vos temples divins, les banques.
    C’est vrai, vous nous avez pris pour des bons, des bons sans c, lorsque le peuple vota non au référendum de la constitution européenne, de le faire revoter par nos deux assemblées, vos toutous.
    Ça, ça coûte moins chère.
    Et après cela vous nous rejouez l’U.R.S.S. sans avoir rien compris des dynamismes historiques.
    Vous n’avez fait que psalmodier votre leçon sans même que nous sachions si vous l’avez ne serait-ce que bien comprise.
    Et je ne vais même pas aborder la ruine totale d’industrie, dont vous vous moquez complètement sauf pour nous dire de baisser les salaires, coûts salariaux, comme vous dites dans votre jargon vide de sens, vous et vos semblables qui en êtes les responsables directes.

  • permalien johann :
    28 février @00h31   « »
    anarchie ou Etat providence il faut choisir...

    @wilkyMay

    vous avez raison, frédéric Lordon nous dit parfois qu’on n’est pas voué à vivre éternellement dans un régime capitaliste, mais dans le dur des articles, on est plutôt sur des attaques du capitalisme à épithète (néolibéral en l’occurrence) et bien moins dans une critique du mécanisme même et rarement sur des propositions d’autre chose que des pansements keynésianistes (néo ?).
    dans ses ouvrages on y savoure une exigente entreprise de compréhension de ce qui se joue au niveau libidinal dans les formes d’existences sociales qui constituent le "vivre dans et par le capitalisme", oui, et sans d’ailleurs faire autre chose que de compléter Marx, enfin c’est mon humble avis.

    vous m’affirmez que l’article rappelle que la vitalité de la demande est une condition nécessaire dans le cadre du régime capitaliste. c’est précisément ce que je reproche à l’article, non pas en soi, mais venant de son auteur...nous savons tous qu’il pourrait passer le cap du rappel d’évidences "à l’intérieur du cadre".

    au lieu de cela nous devons nous satisfaire d’allusions au fait qu’effectivement le capitalisme c’est précisément, faute de capital préalablement accumulé, me réduire à n’être acteur politique que si je consomme ou si je produis, en fonction de ce que les détenteurs de capitaux jugeront apte à accroître leur stock de capital.

    les sociétés fonctionnent sur des mythes, si je n’accepte pas celui de l’entrepreneur-qui-prend-des-risques-et-qui-crée-des emplois,
    je me dis qu’il ne suffit pas de démystifier, mais bien qu’il urge d’inventer de nouveaux leitmotiv...donc je reste sur ma faim, c’est tout....trop habitué sans doute à être du côté de la "demande"..

    je lance aussi un trait provocateur, dans la direction par exemple de cette idée de "charges" qui pèsent sur l’initiative, blabla..oui certes c’est un discours qui révolte mais qui a sa raison d’être "dans le système capitaliste globalisé" sans pilote, et c’est pourquoi en appeler à une politique de la demande, ou en tout cas de la régulation keynésienne "dans un système d’économie fermée" n’est pas plus rationnel, c’est juste un marqueur de la bonté d’âme pour allonger la longueur des chaînes du "prolétariat" ?

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    28 février @02h47   « »

    @maxence

    Votre connaissance de l’économie se limite manifestement à votre porte monnaie et à la capacité qu’il vous offre, ou pas, de consommer davantage...
    J’avoue que ça ne m’intéresse pas du tout...

  • permalien Vincent Orwell :
    28 février @09h01   « »

    @tOad : Merci pour le dessin.

    @theuric

    J’ai toujours un peu de mal à comprendre de quoi vous parlez, et c’est encore le cas ici. Il me semble entrevoir que vous promouvez l’idée qu’il ne faut pas se contenter de contester l’ordre existant mais aussi de fonder une alternative. Si c’est bien ce que vous dites, je suis d’accord avec vous.

    @Maxence

    Personne ne conteste que le revenu peut croître. Lordon affirme simplement que les entreprises définissent seulement la distribution de cette croissance, et pas sa création.

    Si les gains de productivité penchent plus du coté des patrons, c’est parce que les salariés n’ont pas de pouvoir de négociation, pris entre le marteau du chômage de masse et l’enclume des syndicats extrémistes. Je pense que la solution se trouve plutôt de ce coté.

    Comme dirait ma belle-fille : "LOL, t’es trop kawai !" Même si on peut reprocher pas mal de choses aux syndicats - mais certainement pas d’être extrémistes : même la CGT devient réformiste ces temps-ci - leur faire porter la responsabilité des défauts de répartition des gains de productivité est un argument bien trop outrancier pour être crédible. Quant au chômage de masse, oseriez-vous nier qu’il serve les intérêts des détenteurs de capital et qu’il n’est pas sciemment entretenu pour maintenir la pression sur les salaires ?

    Ceci dit, votre réflexion est strictement intra-économique, terrain sur lequel je ne peux pas vous suivre, d’une part parce que je n’en suis pas spécialiste (pour tout vous dire, cela m’ennuie profondément), d’autre part parce que je suis convaincu que les soucis de nos sociétés modernes ne sont pas de cet ordre. Nous crevons du « tout économique » qui disqualifie a priori toute pensée alternative. Par ailleurs, vous affirmez que l’économie est une science, ce que FL réfute, et beaucoup de commentateurs d’ici aussi. Cette discussion a déjà eu lieu sur ce blog et on ne vas pas recommencer, mais pour résumer, l’économie ne répond pas aux critères de réfutabilité de Popper et suivants, et toutes ses tentatives de mathématisation n’y changeront rien. En l’état, « l’économisme » est un clergé, avec ses textes sacrés, ses prêtres, ses schismes et ses évangélistes. Il peut arriver que la vérité sorte de là et que ce discours dise quelque chose du réel, mais certainement pas sur le mode scientifique, et toujours seulement sur une partie du réel.

    @ Crapaud Rouge

    Vous avez raison bien sûr, mais c’est que je me fais vieux, alors ‘enthousiasme’ est un mot un peu fort pour décrire ce que je ressens à la lecture des articles de FL, et de tas d’autres. Les pieds dans la mouise et la tête dans les nuages, au bout d’un moment, ça fatigue.

  • permalien AS :
    28 février @10h08   « »

    Toujours un vrai plaisir de vous lire. Plaisirs des sens, de l’esprit, de l’écrit si bien "emmanché", des tournures de phrases qui me font si souvent éclater de rire dans leur finalité, voulut sans doute par vous, ou alors allant de soi. Vous écrivez bien le français et cela rajoute à notre lecture, ce n’est plus de mode, c’était ce que les Français appréciaient de Mitterrand et sans doute la raison ultime de leur estime.

    Et sinon. La demande certes, mais la réduction du temps de travail, car à gagner tant et tant de productivité il n’y aura plus jamais de travail pour tous à 35hres par semaine, ce qu’il faut c’est 25 ou moins, ainsi nous serons tous "servi".

  • permalien jf :
    28 février @10h31   « »

    @Pierre M. Boriliens @Crapaud Rouge @Karlito

    J’ai bien compris le discours de Lordon, ça ne m’empêche pas de ne pas y souscrire.

    La "conjoncture" n’est pas la solution (du moins pas une solution durable et saine) au problème de l’emploi. Elle a été relativement bonne jusqu’en 2008-2009, mais cette bonne santé conjoncturelle cachait de graves défaillances structurelles.

    Aujourd’hui, les problèmes de l’emploi et de la demande sont des problèmes nationaux pour quelques pays, mais c’est loin d’être le cas partout.

    Dans un monde ou les échanges internationaux croissent plus vite que les PIB, la relance de nos outils de productions et de services à long terme ne passera pas par des politiques de relance nationale, dont les effets positifs sur le pays ne pourront être qu’inférieurs aux moyens qui y seront alloués.

    C’est par la capacité de nos entreprises exportatrices à être compétitives sur des marchés extérieurs (dont beaucoup n’ont pas besoin d’être relancés et dont la "conjoncture" est florissante), par la capacité de nos entreprises locales à fournir un niveau de vie attractif et bon marché, et par la capacité de nos institutions publiques à être pilotes plutôt que moteurs afin de poser des limites sans entraver les efforts productifs, que nous pourront avancer sur des bases saines.

    C’est lui qui décide, en dernier ressort. Pas vous !

    Effectivement, et s’il à le choix, il prendra un fournisseur d’un autre pays.

    Mais en quoi cela augmenterait-il le volume de la demande

    La demande existe déjà, mais il faut aller la chercher (Indonésie, États-unis, Afrique du Sud, Allemagne, Autriche, Norvège...)

    Mais n’a in fine d’effet que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale

    Le contexte est global certes, mais le problème est national

  • permalien Willkymay :
    28 février @12h03   « »

    @Johann
    Je vous comprend bien.
    Mais les gens qui comme vous voient des évidences dans ces rappels sont malheureusement plutôt rares.

    Par ailleurs, au delà de démystifier l’entrepreneur-qui-prend-des-risques-et-qui-crée-des emplois, l’entreprise de Lordon est essentiellement, il me semble, d’identifier et d’exprimer à coup d’arguments solides la vanité et l’imposture de nos représentants et de nos acteurs économiques dominants. Qui ne représentent rien et n’agissent en rien.

    Ça ne va rien révolutionner en soi. Les dogmatiques y resteront sourds. Mais des honnêtes embringués se verront douter. Et les déjà-convaincus, ils se galvanisent.

    "je lance aussi un trait provocateur, dans la direction par exemple de cette idée de "charges" qui pèsent sur l’initiative, blabla..oui certes c’est un discours qui révolte mais qui a sa raison d’être "dans le système capitaliste globalisé" sans pilote"...

    C’est aussi un discours ultra-dominant qu’il s’agit de contrebalancer.
    D’autant plus que ce qui pèse beaucoup sur l’initiative, c’est aussi la difficulté d’accès à l’emprunt, une des conséquences de l’inconséquence du secteur financier, celui-là même qui exige plus d’austérité. Il s’agit de rappeler qu’il faut que l’hôpital cesse de se foutre de la charité.

    L’austérité, pourquoi pas, à la limite. Mais que ceux qui la prônent ne soient certainement pas ceux-là même qui auront alors largement contribué à nous la rendre nécessaire, ceux-là même qui n’ont par ailleurs aucune intention de changer les paramètres de l’équation et nous vouent donc avec certitude au pourrissement des systèmes sociaux.

    ... et c’est pourquoi en appeler à une politique de la demande, ou en tout cas de la régulation keynésienne "dans un système d’économie fermée" n’est pas plus rationnel, c’est juste un marqueur de la bonté d’âme pour allonger la longueur des chaînes du "prolétariat" ?

    Il me semble que sur un temps court, il n’y a pas grand chose d’autre à faire pour limiter la casse. Il a toujours été dit par les Sapir et Lordon que ces "solutions" n’en sont pas sur le long terme, qu’elle ne sont à prendre que comme la respiration avant des réformes institutionnelles allant dans le sens d’une réappropriation des conditions de la souveraineté économique... Et tout reste donc à faire...
    mais comme disait l’autre, "il faut essayer autre chose".

    Et identifier la perpétuation du même, du même dysfonctionnel - avec une absolue certitude, lui - c’est le premier pas nécessaire vers "essayer autre chose".

    C’est en tous cas comme ça que je le pense.

  • permalien ercolin :
    28 février @13h31   « »

    Il y a 5 millions de chômeurs, plusieurs milliers de personnes qui ne mangent pas suffisamment, des milliers de jeunes désespérés, une droite française revancharde, une classe politique corrompue, une droite allemande combattante, des politiques économiques en échec au Venezuela, en Argentine, il y a ...
    Il est temps que les intellectuels descendent de leur chaire, se rendent sur le front de la guerre économique et cessent de discuter du sexe des anges.
    Il faut une politique de l’offre, une politique de la demande, de la rigueur, de l’austérité pour les privilégiés et de la l’aide pour les déshérités.

  • permalien
    28 février @18h51   « »
    Offre et demande : la poule et l’oeuf... de KEYNES !

    Au risque de passer pour un grincheux, je m’étonne moins du brio habituel de l’auteur à dénoncer ici la pensée unique (actuelle) que de l’absence de toute référence au schéma économique bien connu des "circuiteurs" :
    Ce fut en effet l’apport de Keynes que de montrer en quoi séparer - voire opposer - offre et demande dans le circuit économique est aussi absurde que s’interroger sur la primauté de l’oeuf ou de la poule. Dans les deux cas, le multiplicateur de croissance de la boucle dynamique ne prend effet que si les deux facteurs sont en état de marche... Et le rôle de l’État est bien d’y veiller, en intervenant au besoin en cas de défaillance, dans les deux cas :
    - redistribution et dépense publique pour sauvegarder la demande
    - innovation et grands projets pour soutenir l’offre
    - création monétaire nourrissant l’un et l’autre
    Or, ce schéma des "Jours heureux" par la Reconstruction (programme CNR de 1944), qui fit effectivement les beaux jours des Trente Glorieuses, s’est arrêté net avec l’arrivée de la "révolution conservatrice" :

    HISTORIQUE MONDIAL DES TAUX D’INTÉRÊT RÉELS
    http://perspective.usherbrooke.ca/b...

    FRANCE
    1961 0,10
    1962 -1,12
    1963 -2,70
    1964 -0,38
    1965 0,66
    1966 0,44
    1967 0,16
    1968 -0,06
    1969 0,28
    1970 2,60
    1971 0,98
    1972 -0,49
    1973 0,77
    1974 0,58
    1975 -3,20
    1976 -1,57
    1977 0,60
    1978 -0,11
    1979 -0,40
    <—— Révolution conservatrice (Thatcher 1979, Reagan 1980)
    1980 0,93
    1981 2,35
    1982 1,36
    1983 2,30
    1984 4,72
    1985 5,39
    1986 4,45
    1987 6,86
    1988 5,96
    1989 6,38
    1990 7,61
    1991 7,37
    1992 7,91
    1993 7,02
    1994 6,69
    1995 6,80
    1996 5,23
    1997 5,38
    1998 5,46
    1999 6,17
    2000 5,05
    2001 4,86
    2002 4,29
    2003 4,51
    2004 4,84

    Le lien donné ci-dessus permet de visualiser la nette correlation inversée avec la variable "croissance du PIB".
    ...Une parfaite démonstration du rôle de la création monétaire "réelle" !

  • permalien
    28 février @19h16   « »
    La poule et l’oeuf de KEYNES (suite)

    Comment a-t-on pu, durant les Trente Glorieuses, sortir à la fois du piège des années 30 et se désendetter des sommes pharaoniques résultant des deux guerres ?
    Il suffit de consulter nos dévaluations successives qui figurent dans :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Bretto...
    D’abord, les tableaux montrent les cinq dévaluations par rapport au dollar du Gold exchange Standard, entre 1946 et 1949, d’un facteur 3 pour le Franc (comme pour la Lire).
    Puis, ils donnent le fixing de décembre 1998 (avant le passage à l’euro, le lendemain) indiquant à cette date que le Franc s’était dévalué quatre fois de plus, d’un facteur supplémentaire 1,7 soit un facteur 5 depuis 1945.

    C’est donc que la soumission de la Banque de France au Trésor (et non son indépendance) a fonctionné de décembre 1945 à décembre 1998… avant comme après le plan Marshall (1948-51) !
    Ajoutons que la période d’inflation des Trente Glorieuses fut évidemment celle de la plus grande croissance de la France (égale et parfois supérieure à celle de l’Allemagne qui pratiquait l’indépendance de sa Banque centrale)… Aujourd’hui, le patrimoine moyen du français reste supérieur à celui de l’allemand et le patrimoine médian est plus du double !
    Comme quoi les cigales peuvent faire aussi bien sinon mieux que les fourmis, pourvu qu’on les laisse agir selon leur gré et non contre nature !

    Pour en juger, voici le rapport original de l’étude de la BCE tant commentée par les médias et d’autres avec une gêne évidente, concernant le patrimoine net des ménages en zone euro :
    http://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/ot...

    Le patrimoine ou NET WEALTH (Richesse nette, c.a.d. moins les dettes) comporte :
    - Real Assets (dont real estate assets, c.a.d. immobilier)
    - Financial assets (avoirs financiers)

    NET WEALTH OF HOUSEHOLDS ( = MÉNAGES)

    Table 4.1 Net wealth by [demographic and] country characteristics (p.76)
    (en milliers d’euros)
    Luxemb. : 398
    Chypre : 267
    Malte : 216
    Belgium : 206
    Spain : 183
    Italie : 173
    France : 116
    Paysbas : 104
    Grèce : 102
    Slovénie : 101
    Finlande : 85
    Autriche : 76
    Portugal : 75
    Slovaquie : 61
    Germany : 51
    OUI, L’ALLEMAND MÉDIAN EST LE PLUS PAUVRE EN ZONE EURO !

    Depuis qu’on nous vante de tous côtés les « succès » de la politique de « l’offre » allemande, quel est le bénéfice d’une telle politique… pour la grande majorité d’un peuple dont on constate que son patrimoine médian, au total, s’avère si faible (le dernier de la zone euro) et accroît les inégalités (la médiane y est quatre fois plus faible que la moyenne, contre deux fois seulement en France) ?
    Qu’a donc fait l’Allemagne de l’Ouest de tous ses excédents commerciaux durant toute la deuxième moitié du XXe siècle ?

  • permalien JohnGrady :
    28 février @19h24   « »
    Les entreprises ne créent pas l’emploi pas plus qu’elles ne sont pour le marché

    Merci à Frédéric Lordon de commettre cet article jubilatoire ! Ça aide à vivre et à combattre. Sans être un expert en économie, j’apprécie la manière dont il parle de la chose. Et sa façon de tordre le cou aux idées reçues.

    Ainsi, ce qu’il écrit rejoint ce que dit en conclusion de l’ouvrage « Les rouages de l’Économie Nationale », Jean-Marie Albertini.

    « Derrière la production, le marché des capitaux et l’administration, des centres de décision existent, des hommes agissent. Les mécanismes de l’économie ne se retournent contre des hommes que si d’autres hommes le veulent.

    [...]

    De toute manière l’économie, comme toute « science », n’est jamais qu’une représentation bien construite de ce que l’on croît percevoir en fonction de ce que l’on cherche à réaliser. Aussi, par sa nature même, elle est inséparable d’un projet social, d’un projet de l’homme sur l’homme, pour les hommes. »

    Donc, ça fait du bien de lire que l’essence, la finalité, d’une entreprise c’est de vendre et de faire des profits. Sans client l’entreprise n’existe pas ; et pour devenir un client quelconque encore faut-il avoir du grisbi pour le faire. L’offre d’emploi étant la résultante de cet acte de vente.

    Par la même occasion, on peut aussi tordre le cou à une autre idée reçue : « l’entreprise est pour le marché, la concurrence libre et non faussée ». L’entreprise n’est pas pour le marché ! Car plus elle a de concurrents moins grande est sa part de gâteau. Et pour maintenir sa part de gâteau, elle s’arrange toujours pour manger la concurrence. On pourrait citer, ici, des dizaines d’exemples de fusions-acquisitions, de mariages forcés...
    de toutes tailles et de toutes échelles.

    Bref, faisons tourner cet article autour de nous, parlons-en à chaque occasion possible. Ça aidera rendre possible l’impossible.

  • permalien
    28 février @19h49   « »
    La poule et l’oeuf de KEYNES (suite)

    Les évidences produites plus haut permettaient de comprendre aisément la thèse contraire : restrictions monétaires (taux réels élevés) et économiques (salaires réels bas) n’ont jamais fait bon ménage avec la croissance et l’emploi :

    TAUX D’INTÉRÊT ET SALAIRES

    - les taux, on constate en détails dans tous les cas (taux réels longs ou courts, OCDE/Wikipedia ou Banque Mondiale/Université de Sherbrooke) qu’ils furent (très) bas sous les Trente Glorieuses, et (très) hauts sous les Trente Piteuses.
    Pour les taux longs, en sus des taux courts donnés précédemment, cf :
    http://www.persee.fr/web/revues/hom...
    (tableau et courbe OCDE pp 102 et 122)
    On y lit que ces taux d’intérêt réels n’ont pas seulement été négatifs au début des Trente Glorieuses, mais également à la fin (cf 71-74 et au delà).
    Ils se terminent en 1980 autour de zéro

    - Durant les Trente Glorieuses « la progression salariale moyenne était de + 4,3 % par an, elle s’est réduite depuis à + 1,3 % (graphique) » pour avoisiner aujourd’hui zéro. [Soixante ans d’économie française, INSEE]

    CROISSANCE ET CHÔMAGE

    - le taux de croissance moyen est de 5,4% entre 1950 à 1974, de 2,2% entre 1975 et 2007, et autour de zéro au delà (Wikipedia : Economie de la France/Histoire/graphiques)

    - « les Trente Glorieuses qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont marquées par un chômage très faible avoisinant les 2 % en Europe de l’Ouest, les 4 à 5 % en Amérique du Nord et les 1 % au Japon » (Wikipedia/Chômage)
    « Pour l’ensemble de la période 1980-2010, on enregistre une moyenne annuelle de 11,6. » (http://perspective.usherbrooke.ca/b...)

    Le graphique du lien ci-dessus visualise la très NETTE CORRELATION chômage/taux d’intérêt.

    La loi accordait un quota à la monétisation directe jusqu’au 3 janvier 1973 : il s’agissait alors de vingt milliards de francs, limite révisable par vote du parlement. La loi Giscard-Pompidou a bloqué toute réactualisation, jusqu’à sa disparition au traité de Maastricht en 1992… pour laisser place au sacro-saint euro et à l’euro-libéralisme mondialisé !
    On a manifestement perdu au change... c’est le cas de le dire :
    Dette publique en 1973 : 7,5% du revenu national (d’après A Harrang : « Evolution de la dette publique de 1913 à 1977″). Elle atteint 92% aujourd’hui !
    Croissance en 1973 : 5,6%. Elle est à 0% !
    Chômage en 1973 < 3% . Il est de 10,5% !

  • permalien Hadrien :
    28 février @20h07   « »
    La poule et l’oeuf de KEYNES (suite)

    Doit-on aussi rappeler que c’est sur des bases étatiques que les Trente Glorieuses ont pu, non seulement assurer le plein emploi, mais construire toute notre industrie novatrice.
    Car c’est par la loi que le programme des Trente Glorieuses fut entamé par le CNR en 1945, et complété par les nationalisations de 1981 concernant les dernières sociétés stratégiques.

    Et c’est malheureusement la révolution libérale-conservatrice de Reagan et Thatcher qui y a mis fin pour nous mettre dans les mauvais draps qu’on connaît :
    Entre 1986 et 1988, Chirac cédait au privé 10 milliards de privatisations :
    INDOSUEZ, PARIBAS, La SOCIETE GENERALE, SAINT-GOBAIN, la CGE et MATRA.
    Edouard Balladur, à Matignon en 1993, fera de nouvelles privatisations :
    BNP, UAP, ALCATEL, ALSTOM, RHÔNE-POULENC, ELF, La SEITA.
    En 1995, le gouvernement Juppé cède à son tour 9,4 milliards d’actifs dont :
    USINOR-SACILOR, RENAULT, La CG Maritime, PECHINEY, BULL.
    La législature Jospin et le ministère des finances Strauss-Kahn feront beaucoup mieux avec plus de privatisations que Chirac, Balladur et Juppé réunis entre 1986 et 1996, liquidant totalement l’héritage 1945 + 1981 pour 31 milliards d’euros de cession d’actifs :
    Le Crédit Lyonnais, Le GAN, Le CIC, L’UIC, CNP Assurance, La Société Marseillaise de Crédit, DASSAULT, l’AEROSPATIALE, THOMSON-CSF, THOMSON Multimedia, EADS, ASF, TDF, La SFP, Les Autoroutes du Sud de la France, FRANCE TELECOM et AIR FRANCE.

    Non seulement ces privatisations ont entraîné le chômage pour plaire aux actionnaires, mais elles ont presque toutes été des fiasco techniques :
    Ainsi, aujourd’hui, le nucléaire d’Areva est en voie de démantèlement par l’EDF privatisée de Proglio, la participation dans EADS a été bradée à l’Allemagne et l’Airbus A 380 prit du retard à cause d’incompatibilités du cablage allemand ! Quant au TGV ainsi que nos VAL, ils ont été copiés par SIEMENS qui pour vendre aux chinois… qui en produisent maintenant les fac-simile !
    Et ne parlons pas d’Alcatel dont le PDG Tchuruk a détruit l’entreprise qui lui fut confiée par son copain Balladur, en voulant en faire le summum pour l’actionnaire : une entreprise sans usines, dont la Recherche fut délocalisée en Chine !

    Noter que, parmi ces entreprises privatisées, les seuls profits annuels engrangés par celles du secteur financier relevé par l’État dépassent 30 milliards annuels, dont on s’est volontairement amputés !
    Maurice Allais a écrit notamment à ce sujet : « En abandonnant au secteur bancaire le droit de créer de la monnaie, l’État s’est privé en moyenne d’un pouvoir d’achat annuel représentant environ 5,2 % du revenu national. »

    En fait, nous avons vendu les bijoux de famille, privatisé les banques (et mis la BCE à leur service)…
    Or non seulement nous avons le chômage mais nous sommes maintenant endettés comme jamais auparavant !

  • permalien Hadrien :
    28 février @20h17   « »

    À PROPOS DE LA RÉVOLUTION CONSERVATRICE…

    On a parlé de la « révolution conservatrice » des années 80 (après l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher et Donald Reagan) au point que certains auteurs font de 1979 la véritable borne supérieure des Trente Glorieuses, incluant le premier choc pétrolier, et partent de 1950, excluant ainsi la période de transition après-guerre à 300% d’inflation !
    Le fait est que cette révolution conservatrice en cours est la troisième, comme l’a rappelé Paul Ariès dans un ouvrage pamphlétaire de 2005 :

    C’est la continuation de la révolution conservatrice allemande qui échoua avec la défaite du nazisme et qui, elle-même, prolongea la contre-révolution européenne née en réaction à la lecture française de la philosophie des lumières. Ce courant vise à assurer l’hégémonie du dogme libéral sur le plan économique et du dogme conservateur sur le plan moral.

    Il n’est pas indifférent que le grand gourou du libéralisme, l’économiste Hayek de l’école autrichienne, souvent cité par un propagandiste sur ce blog, fut le grand penseur de cette guerre des idées. Il s’est consacré, à la fin de la seconde guerre mondiale, à tirer les leçons de la victoire intellectuelle du socialisme pour définir les conditions d’une contre-révolution dont on reconnaîtra ici les traces dans certains commentaires :
    Selon Hayek, cette guerre ne se gagne pas avec des idées géniales ou justes, beaucoup trop précises et d’une puissance limitée dans le temps. Il faut développer des généralités efficaces sur le long terme car elles sont seules capables de façonner l’opinion publique via les media de la transmission des idées. Hayek le concède volontiers : il n’est même pas nécessaire « de posséder une connaissance spéciale quelconque, ni d’être spécialement intelligent », mais il y a peu de choses que l’homme ordinaire apprenne sur les évènements ou les idées en dehors de cette médiation ».
    La conclusion s’impose : « Les courants d’opinion de toute époque sont donc essentiellement un ensemble d’idées générales pré-conçues d’après lesquelles l’intellect juge l’importance des nouveaux faits et opinions ». Il faut réfuter les « idées mères » socialistes et leur substituer les « idées mères » libérales.

    En version « marseillaise » du nom du défunt Jacques Marseille qui sévissait aussi bien à l’écrit par sa production qu’à l’oral sur nos antennes, pour en appeler au changement de régime salvateur :
    « Il y a urgence à mener des réformes… Nous étions habitués, en France, à la drogue douce de l’inflation, au contrôle des prix, à la bourse minimaliste, à des exportations plafonnant à 18% du PIB. Nous étions une sorte d’Union soviétique qui aurait réussi » !
    Ça nous rappelle quèquechose…

  • permalien Hadrien :
    28 février @21h03   « »
    La poule et l’oeuf de Keynes

    Pourquoi ne pas développer le problème tel qu’il est, scientifiquement parlant :
    C’est au vingtième siècle, avec Keynes ainsi que le Fordisme, que l’on a commencé à prendre vraiment conscience du phénomène de la croissance qui, mathématiquement, est une instabilité à multiplicateur positif dans la boucle consommation-production des activités humaines. Comme dans tout phénomène bouclé, parler en faveur de l’un ou de l’autre, offre ou demande, comme s’y évertuent de pseudo-économistes politiques dans le cadre national de la lutte capital/travail ou patronat/syndicats, n’a pas plus de sens que disserter sur la primauté de l’oeuf ou de la poule. Cela concernait évidemment le cadre strictement national.
    Dans un cadre international, en revanche, tout change si on laisse des pays moins développés entrer sans précaution en libre échange avec ceux qui sont plus avancés dans leur cycle de développement. La consommation de ces derniers se branche alors sur la production des premiers, qui voient leur croissance ainsi accélérée au détriment de celle des pays avancés qui la voient ralentir, voire régresser par un effet croisé des plus évidents.
    Certains diront qu’après tout, ce n’est que justice de voir ainsi les plus en retard connaître un rattrapage bénéfique.
    Sauf que cela entraîne un autre effet croisé : ce sont les classes exploitantes de tels pays "émergents" qui bénéficient de cette croissance, dans l’accumulation croissante de capital décrite par Marx au XIXe siècle.
    Et ce sont les classes exploitées des pays jusque là avancés qui pâtissent des restrictions salariales, puis sociales, sur finissent par perdre leurs acquis et, avec eux, leur statut "avancé" dilappidant ainsi l’héritage de leurs aînés.
    D’où le schéma que l’on peut résumer par :
    La concentration de capital des riches dans les pays émergents se fait en exploitant leurs travailleurs au détriment des nôtres. Et la concentration de capital des riches chez nous se fait en délocalisant pour faire la même chose, ou en réduisant les conditions faites à nos travailleurs nationaux.
    Aucun bénéfice à terme pour ceux qui en ont le plus besoin, et croissance en déroute pour ceux qui avaient le plus avancé socialement.
    On comprend que les détenteurs de capitaux ne jurent plus que par la Chine !

    C’est prendre beaucoup de temps pour dire des évidences, mais pourquoi donc ces choses-là sont-elles tues par les partis majoritaires du "marais" actuel, ainsi que les milieux économiques, sans parler des médias...?
    Le vrai problème de la crise, c’est l’internationale libérale, mondiale aussi bien qu’européenne.
    Marx avait dit :
    - Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !
    Et non :
    - Prolétaires de tous les pays concurrencez-vous...

  • permalien BA :
    1er mars @07h51   « »
    Les entreprises ne créent pas l’emploi, la Grèce non plus.

    Grèce :
    Chômage : 28 %.
    Chômage des jeunes de moins de 24 ans : 61,4 %.

    Jeudi 13 février 2014 :

    Grèce : le taux de chômage monte encore et atteint 28% en novembre.

    Le taux de chômage en Grèce a atteint 28% en novembre, continuant à progresser sur un an, a annoncé jeudi l’Autorité des statistiques grecques (Elstat).

    En novembre 2012, le taux de chômage était de 26,3%. Sur un mois, le taux de chômage a progressé de 0,3 point, puisqu’il était en octobre de 27,7%, alors qu’il n’avait augmenté que de 0,1 point entre septembre et octobre.

    A 61,4%, le taux de chômage des moins de 24 ans a repassé en novembre le seuil des 60%. Il était de 57,9% en octobre et de 61% il y a un an.

    http://www.romandie.com/news/n/Grec...

  • permalien BA :
    1er mars @07h52   « »
    Les entreprises ne créent pas l’emploi, l’Italie non plus.

    Italie :
    Chômage de 12,9%. Record de l’année 1977 battu.
    Chez les jeunes de moins de 24 ans : chômage de 42,4%. Record battu.

    Vendredi 28 février 2014 :

    Italie : le taux de chômage en hausse en janvier à 12,9%.

    Le taux de chômage a progressé en janvier en Italie, s’établissant à un niveau record de 12,9% de la population active, selon une estimation provisoire publiée vendredi par l’Institut national des statistiques (Istat).

    Sur une base annuelle, le taux de chômage est en hausse de 1,1%.

    Le taux de 12,9% est le plus élevé depuis 1977, selon les médias italiens.

    Selon des données corrigées des variations saisonnières, le nombre de personnes à la recherche d’un emploi s’est élevé à 3,293 millions en janvier dans le pays, en hausse de 1,9% sur décembre, et en hausse de 8,6% (+260.000 personnes) sur un an.

    Chez les jeunes actifs de 15-24 ans, le taux de chômage s’est établi également à un niveau record, à 42,4%, en hausse de 0,7% sur un mois et de 4% sur un an.

    http://www.romandie.com/news/n/_Ita...

  • permalien BA :
    1er mars @07h53   « »
    Les entreprises ne créent pas l’emploi, la France non plus.

    Chômage en janvier 2014 : catégories A, B, C, D, E :

    France métropolitaine :

    5 597 700 inscrits à Pôle Emploi.

    France entière (y compris l’outre-mer) :

    5 924 400 inscrits à Pôle Emploi.

    Variation sur un mois : + 0,6 %.

    Variation sur un an : + 5,7 %.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/p...

  • permalien iAPX :
    1er mars @15h55   « »
    Économiquement inculte...

    Oui je suis économiquement inculte.

    Mais chaque fois que je lis un billet de @lordon, je trouve une belle langue, une pensée claire et puissante, des arguments solides, et finalement, même moi, j’en arrive à comprendre les mécanismes en jeu grâce à une vulgarisation qui n’est pas une simplification outrancière !

    Merci !

  • permalien Pierre M. Boriliens :
    1er mars @16h01   « »

    @jf

    Je n’ai jamais dit que la "conjoncture" était une "solution" (à quel problème, d’ailleurs ?). Au contraire, si j’ai cité l’exemple, parmi bien d’autres possibles, de quelques implications inéluctables du progrès technologique, c’était bien pour démonter sommairement un des mécanismes fondamentaux du capitalisme, donc quelque chose d’éminemment structurel.

    Qui se traduit, de surcroît, par plusieurs contradictions internes et insurmontables : vous produisez de plus en plus (d’où la surproduction) avec de moins en moins de main d’oeuvre (d’où le chômage et, par voie de conséquence, la diminution du marché solvable).

    Bien entendu, ça, ce sont les effets conjoncturels. Mais c’est aussi une tendance lourde, dont on ne voit pas la moindre issue dans un cadre capitaliste...

  • permalien Crapaud Rouge :
    1er mars @17h59   « »
    @Hadrien

    Votre résumé est sans surprise mais tout à fait correct. C’est surtout votre conclusion qui m’intéresse : "Le vrai problème de la crise, c’est l’internationale libérale, mondiale aussi bien qu’européenne." : autrement dit, les multinationales que l’on pourrait qualifier "d’états sans territoires". Ces mastodontes finiront-ils par disparaître ? On peut l’espérer, on peut aussi en douter.

  • permalien avionnette :
    1er mars @18h26   « »

    Bonjour,
    ce qui pose problème une fois de plus, c’est qu’on a pactisé pour nous le peuple sans nous demander notre avis. certes, les élites gouvernantes qui n’ont jamais été aussi proches de nous culturellement parlant, mais se jugeant toujours supérieures à nous, savent ce qui est bon pour nous. Il y a tout lieu de penser qu’un peuple instruit du raisonnement finalement simple de ce billet préfèrerais garder la monnaie pour quelque service public au lieu de le dilapider (englouti à jamais dans l’epsilon après le temps T de la signature du pacte).
    Prenant acte de ces insultes à répétition proférées à son encontre, le peuple tout entier, soit chaque individu, devrait entre autres choses, prendre la décision symbolique de cesser de participer à ce système de domination-dépossession. En cette période d’élections, rituel récréatif récurrent de re-légitimation, c’est d’une abstention générale dont nous avons besoin. Une marche à franchir pour les plaignants mais cependant votants, possiblement signifiante pour ce pouvoir agonisant, mais surtout signifiante pour le nouveau dissident, le début d’un chemin alternatif individuel et collectif plus ou moins chaotique.
    Soyons donc tous dissidents en 2014
    http://objectifdemocratie.org

  • permalien Jacques Seignan :
    1er mars @21h58   « »

    Cher Frédéric Lordon,

    Un grand nombre de commentaires illustre (sûrement de façon involontaire) la force du "pouvoir des idées dominantes"...une parfaite démonstration de ce lavage de cerveau par la totale incompréhension de votre démonstration sur l’inanité de la création des emplois par l’entreprise, ils se reconnaitront...enfin on peut en douter tant l’endoctrinement est puissant.
    Je suis un de vos lecteurs, fidèle, attentif et enthousiaste. C’est pourquoi je me sens particulièrement honoré qu’une de mes intuitions rejoigne la vôtre :
    "Il est vrai également que le capital a pour lui tous les privilèges de la lettre volée d’Edgar Poe [8], et que sa prise d’otages, évidente, énorme, est devenue invisible à force d’évidence et d’énormité".
    En effet dans un billet invité chez P. Jorion je parlais de la sidération due à la mise en application du principe de la lettre volée :
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=60167

    Ps - la lettre est posée sur la cheminée, pas sur le bureau.

  • permalien chb :
    1er mars @23h08   « »

    Vincent Orwell écrit gentiment

     même la CGT devient réformiste ces temps-ci

    Oui, c’est vrai, mais ça pourrait changer si la chapelle trouve que le chapelain va trop loin.
    De fait, B. Thibault avait déjà été critiqué dans la confédération pour son réformisme plus ou moins assumé (épisode houleux de la Constitution européenne). Son successeur T. Lepaon n’a pas craint dans le Nouvel économiste de balancer aux orties, mine de rien, la sacro-sainte lutte des classes. Au profit de l’émergence d’un “syndicalisme utile”, de consensus, et régulateur.
    Quoique plus clair que la CFDT sur l’état de la société et sur le caractère spoliateur du capitalisme accepté par Hollande, et tout en menant une campagne sur le coût du capital, le "patron" de la CGT affirme dans cet itw, au nom des militants, qu’ « Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat ». Pas sûr : le partenariat social avec les fossoyeurs de la redistribution passe mal auprès des syndicalistes qui se souviennent d’autre chose.

  • permalien Jordi Grau :
    2 mars @08h58   « »

    Remarque en passant (à Vincent Orwell et chb)

    Je rebondis sur le mot "réformiste" que vous avez employé. Son évolution est assez significative de la droitisation de la société. Autrefois, "réformiste" signifiait "partisan d’une amélioration progressive de la condition des travailleurs". C’était le temps où "réforme" était encore (comme dans le Petit Robert) synonyme de "progrès". En ce temps-là, le contraire de "réformiste" (ou de "social-démocrate") était "révolutionnaire". Aujourd’hui, on utilise les mêmes mots (sauf "révolutionnaire", qui est devenu tabou), mais avec un sens bien différent. "Réforme" veut dire "contre-réforme". "Réformiste" veut dire "collabo" et "social-démocrate" veut dire "antisocial" (ou "social-libéral"). Quant aux syndicats qui refusent le "réformisme", ils sont rarement révolutionnaires. Tout ce qu’ils veulent, ce sont d’authentiques réformes - ou, au moins, une conservation des acquis sociaux... Voilà où nous en sommes aujourd’hui...

  • permalien Douky :
    2 mars @21h24   « »

    Comme toujours un excellent article que Marx ne renierait pas et un plaisir pour la pensée. Merci M. Lordon

  • permalien Vincent Orwell :
    3 mars @09h23   « »

    @chb

    J’espère pour les gens qui ont besoin des syndicats que vous avez raison. Notez que ma remarque s’adressait à un mystique du capitalisme entrepreneurial, et ne visait pas à dénigrer la CGT en général, et encore moins sa base. Mais vous avouerez que les récentes déclarations que vous citez sont inquiétantes.

    Je me souviens de plusieurs cas ces dernières années où des grèves ou autres actions ont continué malgré des votes de reprise de travail de la part des cellules syndicales. N’étant plus salarié, mais l’ayant été, je ne peux qu’imaginer le courage ou le désespoir (ou les deux) des gens dans cette situation où ils se retrouvent opposés frontalement à des gens si infiniment plus puissants qu’eux, sans plus d’intermédiaire ni d’instance représentant leurs intérêts.

    @Jordi GRAU

    Oui, ce glissement sémantique est bien connu, et le pillage continue dans ce sens (voir le récent article « Ce que l’extrême-droite de nous prendra pas »). Ce qui nous rappelle utilement qu’il ne faut pas prendre les mots pour les choses.

    Aussi, il y aurait peut-être un vocabulaire à créer pour recouvrir les convictions et les pratiques des gens, dont je suis, qui ne se sentent ni réformistes au sens actuel ni révolutionnaires au sens traditionnel. Il me semble que ce dernier mot porte trop de connotations et de charge historique pour être encore opérant. On pense tout de suite révolution russe ou étêtage de monarque, ce qui est contreproductif. Mais bon, si nous n’avions plus que des problèmes sémantiques, la vie serait belle.

  • permalien chb :
    3 mars @12h28   « »

    @ V Orwell & J Grau
    « Révolutionnaire », tabou ? Ce mot n’est-il pas très utilisé, au contraire ? Ukraine, Syrie, Venezuela etc. grouillent de bons « révolutionnaires » curieusement encensés par nos élites. Dans un sens écoeurant, à la 1984 lui aussi. La proximité des uns avec le jihadisme, des autres avec le nazisme, de tous avec les milliardaires qui les financent explique cela.
    En ce qui concerne les syndicalistes, ils l’étaient tous, révolutionnaires, aux alentours de 1905 : la mode est passée, mais elle pourrait revenir, sait-on ? Ne serait-ce que parce que le monde orwellien, y en a marre.
    Il n’y a plus de prolétariat, mais avouons que l’UE, le Medef et le gouvernement P$ font de gros efforts pour le reconstituer ! Notamment en faisant perdre aux réformistes leur raison d’être.

  • permalien Michel Berdagué :
    3 mars @13h39   « »

    Là on va être servi question conjoncture : enfin un conflit qui va rapporter gros et possible d’ embauches pour les complexes militaro-industriels qui vont tourner à plein régime pour réguler le flux humain qui coûte de trop - donc après le matraquage du : tu coûtes de trop.... tu baisses ton salaire avant de t’ offrir en chair à canons ! Dire qu’ il y a qqs malades nostalgiques des gardiens de camps de graves malheurs pour une entrée fracassante dans cette U.E /Otanisée , alors que le Peuple souverain Français plein de sagesse et responsabilité a refusé à plus de 53% cette U.E. néo/ultra et tout simplement libérale concrétisant les sérieuses analyses contre Maastricht . Là ça y est , le capital et le discours du Maître ont un conflit d’ envergure à se mettre sous la dent , enfin il va pouvoir déployer toute sa haine et sa hargne pour nous soumettre en esclavage davantage jusqu’ au sacrifice par lui-même . Avant ce chantage à la vie programmée et voulue notre exigence de former une force adéquate répondant point par point à l’ offensive du stade suprême du capitalisme est de constituer une force du prolétariat unie dans chaque pays avec en effet un rappel de Marx/Engels : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! .
    Prolétaires , prolétariat , ? Kesako en 2014 !, c’ est un nouveau con-so ? . Demandez autour de vous : es -tu prolétaire ? Là les Warren Buffet même s’ ils reconnaissent qu’ ils ne doivent pas , sont en passe de la gagner cette guerre par l’ invisibilité de la notion et fonction d’ être Prolétaire , donc de saisir notre force de changer la donne , d’ inverser la propriété privée en collective en sachant que ça ne suffit pas tant le fétichisme de la marchandise est grand accentué par le spectacle où l’effondrement de l’ horizon historique et l’ éclipse de la raison stratégique font des ravages . Pourtant l’ écrit de Frédéric Lordon indique l’ urgence de l’ alternative , c’ est aussi bien de ne pas s’ abstenir dans la critique de l’ économie politique ainsi qu’ aux élections européennes qui doivent confirmer le Non de 2005 des Prolétaires/Citoyens . Merci pour le dessin et pour les commentaires dialectiques , formateurs et vrais et re - lire : Marx sur " Le caractère fétiche de la marchandise et son secret" Livre I du Capital , septième section , et " Le Spectacle, stade ultime du fétichisme de la marchandise," Daniel Bensaïd .

  • permalien Crapaud Rouge :
    3 mars @20h57   « »
    @Jacques Seignan : 1er mars @21h58

    "En effet dans un billet invité chez P. Jorion je parlais de la sidération due à la mise en application du principe de la lettre volée" : faut pas non plus donner trop d’importance à ce qui n’est qu’une métaphore. Ce "principe" n’en est pas un, ce n’est qu’une invention littéraire, et l’on peut douter qu’en réalité, une lettre, volée ou non, reste longtemps "invisible" quand elle se trouve exposée sur une cheminée de salon.

    Un autre "principe" a autant de valeur explicative : l’on pardonne tout aux puissants. Aussi, quand le rapport de forces est à ce point déséquilibré, le sentiment de fatalité le dispute à la cécité. L’on pourrait en convoquer bien d’autres, en particulier le bourrage de crâne de la part du "commentariat" (un fort joli terme, soit dit en passant) : l’on ne peut pas répéter que les entreprises créent des emplois, et en même temps vérifier qu’il n’en est rien.

    Enfin, Lordon argumente sur un plan ontologique : "Non pas les entreprises : la conjoncture", alors qu’il est notable que les entreprises embauchent quand la conjoncture le permet. Autrement dit, la conjoncture porte seulement un potentiel de création, mais celle-ci relève, concrètement, des entreprises. C’est pourquoi cette "lettre volée" n’était finalement pas si facile à voir : il y fallait bien toute l’acuité intellectuelle de l’auteur.

  • permalien Crapaud Rouge :
    3 mars @21h16   « »
    @Jacques Seignan, suite

    Cependant, vous avez bien fait de relever ce point car, s’il n’est pas important pour la logique de l’argumentation, (à mon avis), il joue un rôle important pour convaincre lectrices et lecteurs que la cause première de la création de "l’emploi", (qui ne relève donc pas des entreprises mais de la conjoncture), est à retenir comme étant une évidence. La lettre d’Edgar Poe, mise en évidence sur une cheminée, invite à considérer cette cause, (et le chantage qui en découle) comme une évidence. C’est donc une invitation à déplacer l’évidence que "les entreprises créent de l’emploi", par une autre : "les entreprises ne créent pas l’emploi". Et comme c’est bel et bien "l’emploi" qui est en jeu, non pas "des emplois" dont on ne voit jamais la couleur, l’intérêt de ce déplacement saute aux yeux.

  • permalien Polaire :
    3 mars @21h39   « »

    à Maxence
    Pour en avoir financé des centaines, je peux vous affirmer que les entreprises créent un nombre infinitésimal d’emplois (en terme de solde) car essentiellement, elles se cannibalisent. La vie des E est un incessant jeu de composition, décomposition et recomposition des structures, des équipes et des productions.

    Au niveau macro, les marqueurs de l’emploi sont les suivants :

    1- l’évolution du revenu global par habitant.
    2- l’évolution du progrès technique

    Il suffit d’observer la faible croissance du premier et la forte
    dilatation du second pour comprendre que les E ne créent pas d’emploi dans la conjoncture française ( et €).
    Même avec une croissance de 3%, il est illusoire d’espérer une réduction réelle (non travestie) du chômage, le progrès technique courant plus vite aujourd’hui et demain que le revenu.

    Il y a 2 solutions pour dynamiser l’emploi dans un pays et 2 seulement :
    1- dynamiser l’export (cannibaliser l’emploi des autres pays) comme le fait l’Allemagne par exemple
    2- l’inflation : créer de la monnaie ex-nihilo pour accroître la masse monétaire et tarir l’épargne par l’érosion monétaire induite.
    La monnaie ainsi créée, on doit encore éviter 2 écueils : celle-ci ne doit être ni épargnée, ni servir à acquérir des produits étrangers.
    L’autre vertu de l’inflation est de recycler la masse exorbitante d’épargne des nationaux vers l’achat d’actifs ou de services
    Les 2 solutions sont des voies possibles, ardues et, qui plus est, critiquables.

  • permalien Michel Berdagué :
    4 mars @07h58   « »

    Sur la lettre volée , lire - re - ce qu’ a écrit Jacques Lacan sur cette lettre passant de " main en main " ,et à qui elle était destinée , et de par son contenu ébranlerait le pouvoir absolu du mari et aussi de la reine si c’ était révélé , entre Dupin et la maréchaussée et des services du roi le premier fut plus malin où en effet cette missive posa bien en évidence pour ne pas la trouver et pour cause , elle était en évidence à l’ intérieur d’ une enveloppe où le destinataire n’ avait rien à faire avec la royauté féminine . Malin le Dupin , pas dupe et par son habileté se positionne en effet au sein du pouvoir lui-même . La Lettre est toute signifiante , son enveloppe qui cache le secret n’ en est pas moins importante , à charge pour nous de ne pas rester aux apparences - le dogme , l’ enveloppe libérale, cette gangue, cache l’ essentiel de la vérité à découvrir par la dialectique et la recherche . A rappeler que Lacan a affirmé à plusieurs reprises qu’ il n’ était pas anti-communiste , ce qui en soi est énorme , de plus pour Marx il certifia qu’ il n’ était pas dépassé par sa recherche de vérité - s - , contrairement à ces décennies de propagandes de matraquages où l’ obscurantisme se déploie avec du retour du religieux sacrificiel , ce qui pour le capitalisme en stade suprême est une aubaine : des jeux , du pain en baisse avec du précariat la règle , et à genoux et à 4 pattes pour le sacrifice , là ce pouvoir entrepreneurial privé des monopoles a de beaux jours, à moins que Debout....

  • permalien chb :
    4 mars @09h55   « »

    Et la diminution du temps de travail ? La productivité de chaque salarié ayant augmenté considérablement, il est étrange que cette solution ne fasse pas consensus. Combien d’heures de travail pour produire une voiture, une tonne de blé, etc. par rapport à ce que cela demandait il y a 100 ou même 20 ans ?
    La mondialisation délocalisatrice ne concernant pas, loin de là, les seuls secteurs gourmands en main d’oeuvre non qualifiée, on comprend que la politique a laissé le champ libre aux instigations financières, elles-mêmes (évidemment) contraires au bien-être des populations. Volant incompressible de chômage, crise, coût du travail et compétitivité, ces arguments ne sont recevables que pour augmenter la part des « investisseurs », non ?
    Toute progression en France, aussi faible fut-elle, du "revenu global par habitant" me semble incompatible avec la primauté accordée à la rigueur / austérité : c’est d’une plus juste répartition qu’il y a besoin. Et elle est possible. Annuellement, la « France d’en bas » voit passer 200 milliards d’euros d’aides à l’entreprise (sous couvert de ne pas dégrader trop l’emploi, la bonne blague !), 50 milliards en dividendes, autant en évasion fiscale en sus de "l’optimisation" légale, 20 milliards au bas mot pour la corruption, 50 à100 milliards pour le service de la dette...
    J’oublie sûrement, en béotien, de prendre en compte les impératifs techniques de l’économie moderne, mais c’est sûr que nous n’avons jamais été aussi riches.

  • permalien Michel Berdagué :
    4 mars @11h23   « »

    chb,
    Tu articules la contradiction fondamentale du système : le temps de travail imposé , voire dépassé en promesses du gagner plus par h.sup. nécessitant une augmentation du chômage sans précédent mettant des Humains en masse sans fonction de créations et à la merci du pouvoir qui plus est financier privé ; avec :" ... c’est sûr que nous n’avons jamais été aussi riches ". En effet le pouvoir capitaliste le sait depuis belle lurette , le temps de travail est l’ enjeu stratégique majeur . Alors que depuis 36 les 40 h étaient dépassées depuis longtemps pour avec courage diminuer ce temps comme jamais , dans ces années 90 du siècle dernier la logique d’ une baisse du temps de travail pressait et était conforme à l’ enrichissement global , or alors qu’ à la C.G.T./chômeurs nous avions demandé à des mathématiciens/ informaticiens de répondre à la question , toute simple et bête : " Combien d’ heures faut-il travailler pour avoir le plein emploi " ,
    au bout de 15 jours le calcul en fourchette tomba : 15 à 20 h . (depuis combien d’ h. ?) . Beaucoup étaient verts , une révolution de la société était possible : du temps pour vivre . Le patronat et ses pouvoirs connaissaient ce fait et en grand désordre des mouvements et syndicats aussi qui faisaient " défiler" pour les 35 h de dupes , ou qui ne correspondaient plus du tout à la réalité, ni au réel de poursuivre le Programme du C.N.R. qui est dans le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : avec en particulier : 5 -Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances - à faire appliquer aussi les 6, 7, 8, 9 ,10 , ( du boulot pour les Conseils d’ Etat et Constitutionnel ! ) . Le grand patronat conscient du danger du mouvement de Liberté et d’ émancipation s’ est mis par les dividendes à se goinfrer à devenir boulimique dans la spécu. mettant toute création et activité en danger avec la main mise de la presse et de l’ audio-visuel pour le dogme unique avec TINA et haro sur toute velléité , de pensées , voire de désir, et leur idéologie dogmatique a inondé tout jusqu’ à l’ enseignement . Cependant la Résistance est des plus active :
    Les Films de l’An 2 et http://chspm.univ-paris1.fr/spip.ph... .

  • permalien Jacques Seignan :
    4 mars @13h47   « »

    @Crapaud rouge,
    Finalement cette invention littéraire, comme le souligne Michel Berdagué, est sans doute bien plus qu’une métaphore d’un aveuglement... et merci de confirmer qu’il n’était pas si inutile de le relever.
    Ce n’est sans doute pas pour rien que Frédéric Lordon emploie la littérature avec tant talent comme il l’a fait dans sa percutante pièce en alexandrins.
    Je ne apprendrai donc pas quel merveilleux instrument analytique peut représenter la littérature !

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