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Le syllogisme de Sciences Po

L’échec des élites françaises

mardi 6 mai 2014, par Alain Garrigou

Amphi Boutmy, le 16 janvier 2014. L’administration de Sciences Po a bien fait les choses. Il est vrai que l’invitation des anciens élèves n’est pas seulement un rite nostalgique mais qu’il s’agit de lever des fonds. Les anciens — ils ont dépassé la cinquantaine et les têtes sont majoritairement blanches — sont donc accueillis par la directrice de la stratégie et des relations publiques, Brigitte Taittinger-Jouyet. Le directeur Frédéric Mion va exposer ses idées sur Sciences Po, annonce-t-elle. Le nouveau directeur répond aux questions que lui pose la responsable de l’école de journalisme… de Sciences Po. Les questions que le public est censé se poser.

On ne parlera évidemment pas du scandale des rémunérations d’une institution qui, à force de vanter les vertus du secteur privé, a donné à ses dirigeants l’envie d’en bénéficier, et d’abord des salaires et des primes. On évoquera encore moins la mort de l’ancien directeur dans un hôtel de New York. On a d’ailleurs déjà oublié la crise de succession. Et puisque tout allait bien ou presque, Sciences Po poursuit la même politique. Car l’école accumule les succès, bénéficie d’une notoriété internationale croissante, améliore son excellence dans tous les domaines, développe son campus urbain, s’ouvre sur la diversité de la société et renforce ses ressources en compétences intellectuelles. C’est le directeur qui le dit. L’exercice est parfaitement exécuté mais paraîtrait trop préparé si la salle n’était pas invitée à parler. Une douzaine de questions convenues ne risquent pas de perturber la démonstration.

Pourtant, un retraité distingué s’adresse au directeur en reprenant ses propos sur l’excellence de Sciences Po, ses progrès, son ouverture. Une école extraordinaire, mais corrige-t-il, « comment expliquer que depuis 15 ans la France ait connu une des plus fortes hausses du chômage en Europe, une des plus fortes hausses de la dette publique et que les finances publiques soient en aussi mauvais état ? Or Sciences Po forme les élites qui ont abouti à ces résultats », conclut-il. La salle est un peu interloquée devant tant d’audace. Avec son pedigree d’excellence, le directeur ne peut être embarrassé. Posément, il répond que le jugement est un peu excessif, qu’il y a des points positifs dans l’évolution du pays, qu’on peut interpréter différemment les problèmes évoqués. Dans la forme comme dans la substance, une exhibition de rhétorique officielle. Il ne serait pas convenable de répondre aux questions inconvenantes. Le public de l’amphi Boutmy a été convaincu par les explications du directeur. Les anciens sont venus pour entendre célébrer le capital culturel avec lequel ils vivent depuis plusieurs décennies. Ainsi vont les rituels de célébration des groupes élus qui ne viennent pas s’infliger un exercice de doute ou d’autocritique. Nul n’attendait une réponse à la question sinon la réaffirmation de l’excellence de l’école. Le directeur a pourtant implicitement répondu en reconnaissant, par le silence, son statut dans la formation des élites françaises. Imagine-t-on ailleurs un directeur défendre son établissement en défendant son pays ? On ne peut mieux avouer qu’on se prend pour le pays. Et le directeur ne manque pas de bonnes raisons de le penser.

Un tout petit monde

Lire « L’Ecole normale supérieure tentée par la philosophie des affaires », Le Monde diplomatique, août 2011.La scène est une démonstration. Le directeur est lui-même un produit du système de formation des élites françaises, normalien, énarque passé par Sciences Po, conseiller d’Etat parti pantoufler. Dans la crise de succession, les pressions amicales du Conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et du Comité directeur de Sciences Po, un concentré de patrons du CAC 40 et de noblesse d’Etat, avec à leur tête, le banquier et ancien inspecteur des finances Michel Pébereau et l’économiste libéral Jean-Claude Casanova, l’ont convaincu de prendre la direction de l’école. Il fallait que la cause en vaille la chandelle pour renoncer aux émoluments du secteur privé et retrouver un modeste salaire de la haute fonction publique. Il s’agissait de rien moins que de sauver l’école d’intégration des élites. L’ancienne équipe de direction ayant été changée pour répondre à la crise, le public découvrit les membres de la nouvelle équipe, comme la directrice de la stratégie dont le nom seul est un symbole de l’alliance entre réussite politique et héritage social : épouse de Jean-Pierre Jouyet, patron de la Caisse des Dépôts pas encore secrétaire général de la Présidence de la République à la demande de son camarade de promotion François Hollande, et héritière des champagnes Taittinger. Les sociologues peuvent en vouloir à une classe dominante si facile à décrypter et qui met si mal à l’aise en obligeant presque à s’inviter à dîner et à ouvrir les portes des chambres. Ils hésitent à abandonner la bienséance qui convient. Le plus souvent, ils se taisent. Trop simple. Trop indiscret. Ce serait tellement mieux s’il fallait démontrer une virtuosité d’analyste et un flair d’enquêteur. Il suffit de consulter les pages du Who’s who ou d’Internet.

Pour décrire l’institution, on a le choix entre l’évocation de quelques personnes connues ou puissantes, comme le ferait la presse people, et la reproduction de quelques statistiques, comme le feraient des sociologues vulgairement empiristes. Dans le premier cas, on dirait par exemple que les trois derniers présidents de la République sont passés par Sciences Po, Jacques Chirac qui y trouva épouse, Nicolas Sarkozy qui eut la faiblesse de signaler son passage infructueux dans ses CV, François Hollande après HEC, comme un passage obligé pour entrer à l’ENA. Dans le second cas, il suffit de lire l’annuaire des Anciens élèves, ou les tableaux statistiques sur les anciens élèves dans les cabinets ministériels et les sièges des grandes sociétés. Il y a d’autres évidences moins connues.

Sciences Po fait tout ou presque. On a pu se demander pourquoi se doter d’une école de journalisme alors qu’il en existait ailleurs. Simplement, il est des journalistes influents. On a pu se demander pourquoi Sciences Po a prétendu former aussi les avocats, en enlevant ce monopole aux facultés de droit. Les avocats d’affaires sont devenus les grands ordonnateurs des affaires patrimoniales. Ceux-là manquent encore mais les autres, hauts fonctionnaires, dirigeants politiques, banquiers, communicants, etc., passent souvent par l’école. Ainsi se fait l’intégration de la classe dominante française. Cinq ans rue Saint Guillaume, cela laisse des traces et des relations.

Dans les années 1980, Sciences Po se trouva confronté à un nouvel afflux d’étudiants. Les premières réformes ne suffirent pas à tempérer une pression sociale qui renforçait encore le caractère élitiste de l’institution. Après les examens d’entrée, le recrutement ouvert aux mentions très bien au bac, l’institution créa ses propres bourses, puis recourut à la discrimination positive en créant des prépas dans les lycées des zones sociales défavorisées (ZEP). Ces conventions discrétionnairement conclues étaient attentatoires à l’égalité républicaine mais que pouvait refuser à un directeur de Sciences Po le directeur de cabinet du premier ministre Lionel Jospin, lui-même conseiller d’Etat ? Ne pouvant continuer sur la voie d’une grande école de quartier, Sciences Po est devenue une école concentrique où les élèves qui tiennent encore du modèle ancien de recrutement de la bourgeoisie parisienne cohabitent avec les nouvelles recrues de la bourgeoisie provinciale, les promus des zones périurbaines, pas si populaires, et les étudiants étrangers. De quoi afficher des statistiques sociales plus « démocratiques ». De toute façon, la reproduction des élites continue sur les mêmes bases sociales et intellectuelles. Tous les étudiants n’y sont pas également impliqués et le savent fort bien.

Si l’affaire soulevée par la Cour des comptes avait concerné le simple directeur d’une simple école, puis la nomination d’un simple successeur, aurait-on vu les titres s’accumuler dans la presse ? Comme les oligarques d’autres pays, les parrains de l’institution ont réussi à imposer un ami de son prédécesseur, un double même, conseiller d’Etat et partageant d’autres affinités électives. Cette crise si récente, on n’en parle déjà plus qu’à l’imparfait dans la langue institutionnelle inévitablement générée par les bureaucraties. « C’est un paradoxe mais la crise a démontré la solidité de l’institution », commentait le directeur six mois après sa cooptation (LeMonde.fr, 14 novembre 2013). Il faudra toujours s’étonner que les écoles françaises d’excellence parviennent à faire dire à leurs meilleurs éléments de tels propos sans rire. On peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux une formation cynique au gouvernement des hommes comme celles que les vieilles aristocraties ont développées pendant des siècles. Au moins ne se dupaient-elles pas sur elles-mêmes. En fait de paradoxe, c’est bien la solidité qui est un problème.

Elites en faillite

Tout irait mieux en effet si les élites se distinguaient par leur réussite à la tête du pays. Il est un discours populaire cynique qui fleurit aujourd’hui dans plusieurs pays en développement, voire dans nos communes, selon lequel il ne faut pas en vouloir aux dirigeants d’être corrompus parce qu’ils sont efficaces. En France, il est difficile de dire que les solutions des dirigeants français soient efficaces. On ne saurait d’ailleurs s’en prendre aux seuls politiques tant les élites sont imbriquées. Notamment par les écoles. Les contrôles croisés régissant les conseils d’administration des grandes sociétés françaises ressemblent fort à un contrôle clanique. On n’y refuse jamais l’augmentation de la rémunération d’un PDG qui siège dans son propre conseil d’administration et réciproquement. On ne se désolidarise jamais d’un PDG mis en cause par un actionnaire étranger ou plus petit. Le cumul des rémunérations, des parachutes dorés, des stocks options, donne une mesure de la haute idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Et souvent ils sont d’anciens hauts fonctionnaires pantouflards.

Lire « Du “grand tour” à Sciences Po, le voyage des élites », Le Monde diplomatique, juillet 2012. Si les dirigeants politiques et les dirigeants économiques entonnent toujours le chant de l’austérité, c’est qu’ils n’ont pas réussi. Simple principe de responsabilité. A Sciences Po, on parlerait d’ailleurs plus volontiers d’accountability tant le mot français paraît ringard et le mot anglais plus chic et peu contraignant. En France, il est vrai aussi, le principe est passablement édulcoré. Peut-être faut-il en chercher la raison non point dans une exception française comme on le répète depuis des décennies à Sciences Po, mais dans le système de reproduction des élites, qui n’est pas seulement celui de cette école, même si elle l’illustre brillamment. Comment nos élites s’interrogeraient-elles sur leur efficacité puisqu’on ne le fait pas dans l’école d’excellence ? C’est la fonction d’une école d’élite que de légitimer les élites par le mérite. La reproduction sociale s’efface derrière la seule célébration de l’excellence. Il est vrai qu’on s’est donné beaucoup de mal ces dernières décennies pour brasser socialement et interdire le reproche de reproduction sociale. Ainsi fondée sur le mérite, ses anciens obtiendront une assurance qui, si elle n’empêche pas de se tromper, permet de persister.

Le brevet originel donné par l’école d’excellence vaut ensuite toute la vie. L’école est censée conférer la compétence et l’assurance sociale. Si on est excellent par essence on a forcément raison ensuite. Ce n’est plus le one best way qu’on impose, mais la seule politique possible qui s’impose. Que n’entend-on dire que la politique menée est « incontournable », « nécessaire » — et menacer des pires catastrophes toute prétention à s’en affranchir. Rien d’autre ne sera d’ailleurs tenté puisque ce sont toujours les mêmes personnes qui proposent les mêmes idées ou plutôt les mêmes recettes, tant la compétence semble aujourd’hui se réduire à l’expertise des comptables. Ainsi, l’austérité rappelle cette situation où, devant plusieurs portes, on sortirait toujours la même clef parce qu’on n’en a pas d’autre ; ou encore cette fable de l’ivrogne cherchant sa clef à la lueur du réverbère parce qu’il y a de la lumière à cet endroit et non parce qu’il y a perdu sa clef. Les grandes écoles n’ont jamais valorisé ni l’inventivité ni le doute. Avec l’accroissement des profits et des rémunérations, elles ont augmenté l’assurance au-delà de toute raison. Il faut une certaine morgue pour expliquer ce qu’il faut apprendre à l’école, comme le font les rapports de chefs d’entreprise, et comment il faut diriger un pays. On gagne autant d’argent parce qu’on le mérite en faisant gagner beaucoup d’argent à son entreprise. D’ailleurs, on le mérite toujours si elle en perd.

S’il leur faut admettre que cela ne marche pas dans le pays, ce n’est pas la faute de ceux qui réussissent si bien. C’est la faute d’une pression fiscale excessive, de charges sociales élevées, des rigidités du marché du travail, du manque de flexibilité, etc. Bref, c’est la faute de l’Etat et des dominés. On entend donc parler des « résistances au changement » que des classes populaires bornées opposent aux réformes, on entend aussi dire que « la France vit au-dessus de ses moyens », autant de poncifs de la pensée Sciences Po que les étudiants séduits répèteront à leur tour quand ils seront journalistes, conseillers politiques ou « profs à Sciences Po ». L’intégration sociale va aussi de pair avec une doxa qui s’entend dans les salles de cours, sur les plateaux médiatiques, les colonnes de presse, les dîners mondains et les cercles d’une société d’interconnaissance façonnée aujourd’hui surtout par la (grande) école. S’il fallait la définir, sans doute se résume-t-elle à ce viatique des gens heureux — il faut entendre ici « qui ont réussi » — que la religion offrait naguère, et dont Max Weber a, sans concession, énoncé le principe : « L’homme heureux se contente rarement du fait d’être heureux ; il éprouve de surcroît le besoin d’y avoir droit. Il veut aussi être convaincu qu’il mérite son bonheur, et surtout qu’il le mérite par comparaison avec d’autres. Et il veut donc également pouvoir croire qu’en ne possédant pas le même bonheur, le moins fortuné n’a que ce qu’il mérite  [1] ».

Le directeur de Sciences Po avait raison de célébrer l’excellence de son école une nouvelle fois dans l’amphi Boutmy. Si, comme il l’admettait implicitement, la réussite consiste à former les élites, Sciences Po a réussi. Une performance irréfutable. Il faut cependant continuer le raisonnement car, si la réussite se juge à l’aune de la performance, la réussite des élites se juge à l’aune de leur capacité à gérer un pays. Là, l’échec est patent. Il faut donc bien en rejeter la responsabilité, une bonne partie au moins, sur l’école, une école qui, plus que les autres, forme ces élites. Un syllogisme en somme. Et une aporie comme celle de Démocrite le Crétois : Démocrite dit que les Crétois sont des menteurs ; Démocrite est crétois… Ici, les choses se gâtent car, en peuplant les cercles dirigeants, l’école d’élite s’est aussi protégée. Quand elle est contestée, l’Etat aide ou cède. S’il faut redresser la France, il faut donc d’autres idées que celles d’élites qui n’en ont pas d’autres. A cet égard, le discours rituel de la réforme permanente n’est qu’un leurre qui ressemble à une promesse politique. Autant dire que la cause est déjà presque perdue. Quant une école a si bien réussi à placer ses élèves aux commandes d’un pays, il faut s’attendre à ce que les élites soutiennent l’école et que l’école soutienne ses élites. En cas d’échec, pas d’autre issue que de persister. Il ne faut donc guère espérer.

Notes

[1] Max Weber, Sociologie des religions, Paris, Gallimard, 1996, p. 337.

43 commentaires sur « L’échec des élites françaises »

  • permalien
    6 mai @17h41   »

    Il y a belle lurette que ces "grandes écoles" ne forment plus des élites mais des classes dominantes.

  • permalien Julien Pon :
    6 mai @18h06   « »

    Je pense qu’on peut élargir l’analyse aux autres grandes institutions formant les élites dirigeantes politiques et économiques telles que HEC, Polytechnique, Centrale etc etc etc....

    Venant du milieu universitaire et fréquentant à la marge celui de Sciences Po (Paris et Province), je m’amuse toujours à remarquer que la pertinence, l’imagination, la critique, l’humilité et la raison, voire l’excellence, sont souvent du côté de l’Université...

    Encore une fois, mon avis, que je ne souhaite pas généraliser, découle d’observations bien trop peu nombreuses et approfondies, mais c’est une tendance...

    Enfin, pour illustrer caricaturalement l’idée que sortir des grandes écoles n’est pas un gage d’efficacité, comparons le succès de Volkswagen à la débacle de PSA à travers le prisme de leur dirigeant respectif en 2012.

    Martin Winterkorn, Pdg du groupe allemand, est un universitaire diplômé en physique des matériaux et titulaire d’un doctorat. Il est entré chez Volkswagen en tant qu’Assistant spécialisé et a progressivement gravi les échelons jusqu’à son poste actuel.

    Philippe Varin est diplômé de l’Ecole des Mines et de Polytechnique et a de suite occupé un haut poste chez Péchiney.

    En 2012, Volkswagen prévoyait d’embaucher 50 000 personnes dans le monde. PSA s’apprêtait à supprimer 4000 postes en France.

    Toujours en 2012, le chiffre d’affaire de Volkswagen s’élevait à 192,7 milliards d’euros (+20,9% par rapport à 2011). Celui de PSA atteignait 55 milliards d’euros (-5,2%).

    Cet exemple illustre bien la substance de l’article ci-dessus. Oui, les institutions formatrices de l’élite, les élites politiques et économiques qui en sont sorties et qui sont en place depuis ces 20-30 années, leur arrogance et leur assurance, portent une responsabilité dans la crise actuelle...

  • permalien FMI :
    6 mai @19h06   « »

    Toutes les écoles n’adoptent pas la même politique : les ENS encouragent la recherche, le doute et l’originalité...mais à part quelques exceptions, les anciens normaliens ne sont plus dans les cercles du pouvoir, mais dans les universités et le secondaire. Tout ça pour démontrer que l’analyse est simplificatrice. Les écoles d’ingénieurs, Polytechnique en tête poussent leurs étudiants à s’inscrire dans les facs en masters ou dans des facs étrangères (MIT). La finance capte l’argent de la recherche, les grosses entreprises veulent des rentes, ce qui implique un rapport contractuel au client, des produits qui ne sont pas innovants mais qui apportent de l’argent (type parkings, autoroutes, médicament pour affection de longue durée), quand les grands groupes ne tuent pas (comme pour l’attaque de Pfizer sur ZENECA) la recherches des boites émergentes soit par vampirisme soit carrément pour éviter qu’un produit trop innovant déséquilibre les marchés. Or pour Adam Smith les rémunérations sont liées au risque : le diplôme exigent où on n’est pas sûr de réussir c’est un risque, les retours sur investissement après une opération innovante aussi. Etre PDG d’un grand groupe où le risque est porté par les subalternes transforme littéralement l’essence du capitalisme : il s’agit de trouver des gens non pas exceptionnels (les théories modernes de management et de RH mettent en avant que les élites sont interchangeables) mais qui acceptent les règles du jeu mondialisé.

  • permalien jean :
    6 mai @19h41   « »
    contrepoint

    Et donc, quoi ? A part dresser un diagnostic qui, s’il présente quelques vérités, me semble partial et incomplet, vous ne proposez aucun remède. Que certaines institutions de l’enseignement supérieur français soient élitistes je suis d’accord. Mais je trouve que :

    - c’est dans une certaine mesure inévitable, en témoigne la comparaison internationale (regardez les systèmes allemand, anglais, espagnol ou américain, ils n’ont peut-être pas de Grandes écoles à proprement parler, mais c’est tout comme, tant leur système repose sur un consensus autour de quelques universités d’excellence - souvent privées, et plus chères que Sciences Po)

    - c’est tant mieux ! Pourquoi ne pas considérer cet élitisme comme de l’ambition intellectuelle, plutôt que comme de l’entre-soi néfaste. Heureusement qu’il existe de telles formations, que les universités dispensent aussi d’ailleurs !

    Saluons au moins les efforts d’ouverture de Sciences Po, qui contribuent réellement à diversifier les profils des étudiants. Je pense que les anciens qui viendront à la réunion dans une 20aine d’années seront différents de ceux d’aujourd’hui, qui étaient étudiants dans les années 1970, 1980...

  • permalien MT :
    6 mai @20h59   « »

    Merci votre regard critique.
    Un autre article sur Paris Dauphine et le formatage des étudiants en économie ?

  • permalien Un étudiant :
    6 mai @21h27   « »
    Quelques remarques décousues

    En tant qu’ancien étudiant de fac de droit (3 ans), et actuel étudiant à Sciences Po ainsi qu’en fac d’histoire et de langues, littératures et civilisations étrangères (Paris-IV), je suis étonné par un tel article, qui révèle plus de choses sur son auteur que sur son objet d’analyse.

    Mon expérience, encore en cours donc, de ces différentes institutions ne m’a pas fait remarquer de différence si fondamentale que cela. Je ne me considère pas comme appartenant à un monde différent de celui des étudiants d’université. Contrairement à ce qui prévaut dans une école de commerce ou d’ingénieurs, Sciences Po n’oblige pas à s’intégrer de force : je ne participe ni au bureau des élèves, ni aux différents clubs, et personne ne s’en est jamais étonné. Quant aux enseignants, ils ne sont ni plus ni moins brillants qu’à l’université, d’autant plus qu’une grande partie d’entre eux enseigne à la fois à Sciences Po et à la faculté.

    En outre, votre présentation des positions politiques de cette école comme purement monolithiques me semble excessive. En réalité, les points de vue de gauche y sont fréquemment défendus : faut-il rappeler que Jacques Généreux enseigne à Sciences Po ? Le monde diplomatique y est d’ailleurs très lu, l’école étant de plus abonnée... Je précise, pour indiquer d’où je parle, que je me rattache moi-même à la gauche et me reconnais souvent dans les articles de votre journal.

    La diversité sociale des étudiants, quant à elle, me semble bien réelle, autant sinon plus qu’en fac de droit, et évoquer "les promus des zones périurbaines, pas si populaires" relève de la mauvaise foi pure et simple : une ZEP est une ZEP, qu’on le veuille ou non.

    Bien sûr, il existe une certaine forme de pensée dominante à Sciences Po, notamment dans des enseignements comme les finances publiques où le nombre de solutions proposées est limité. Mais n’est-ce pas le cas de tous les établissements d’enseignement supérieur ? Cet article n’est-il pas lui-même typique de l’orientation habituelle des chercheurs de l’université (excellente au demeurant) de Nanterre ?

  • permalien Jean-Michel Masson :
    6 mai @21h51   « »

    Le problème n’est peut-être pas tant celui des élites que de la perversion de tout, du haut vers le bas et du bas vers le haut par la pensée libérale-totalitaire ?
    Disons que le DIPULT (Degré D’Imprégnation par la Pensée Unique du Libéral-totalitarisme) s’est aggravé et insinué partout... y compris dans les écoles destinées à former nos élites.
    Les médias étant largement sous contrôle des féodalités économiques (voir programme du Conseil National de la Résistance), comment faire prendre conscience de la perversion de nos idéaux républicains par l’idéologie de l’école de Chicago ?
    La solution passe-t-elle par la suppression de ces écoles ou par la lutte idéologique contre le DIPULT ?
    http://jmmasson.wordpress.com

  • permalien Nicolas Miguet :
    6 mai @23h18   « »
    Précisions et rectification sur votre article

    Visiblement, vous êtes très mal informés... La question ne fut pas celle d’un "retraité distingué" mais d’un actif bien portant, bien que toujours indépendant et éditeur du seul hebdomadaire économique sans publicité et anti-bankstérisme de France : l’Hebdo Bourse Plus (dans quelques kiosques et par abonnement). Ma longue intervention (tronquée dans l’article) ce que je comprends... fut applaudie par au moins la moitié de la salle. Le très gourmé directeur de Sciences Po fut très embarrassé et incapable de répondre concrètement à mes arguments, dont le prix des droits d’inscription. Bien à vous, Nicolas MIGUET.

  • permalien Autre étudiant de Sciences Po :
    6 mai @23h26   « »
    Et si vous vous renseigniez avant ? Indigne du Monde Diplomatique !

    Bonjour,
    Je suis moi même étudiant à Sciences Po, et je trouve cet article digne d’un mauvais article du Figaro, en juste un peu plus long.
    Je tiens tout de suite à préciser que je suis un fervent lecteur du Monde Diplo depuis 4 ans, et d’accord avec la plupart des idées. Mais cet article est un ramassis de lieux communs. Qu’il est facile de taper sur les élites quand on ne sait pas de quoi on parle, à part d’une cérémonie tout à fait spéciale et assez peu révélatrice de l’esprit de Sciences Po, vu que c’est plus l’esprit de Sciences Po avec 40 ans de plus. Contrairement à la plupart des articles du Monde Diplo, celui-ci ne cite pas de chiffres, alors que ceux-ci sont pourtant édifiants : par exempte, il y a 30% de boursiers à Sciences Po, et on sait qu’il n’est pas facile d’obtenir une bourse en France. Les étrangers sont loin de tous être des fils à papa anglo-saxons fortunés.
    Même, le simple fait de dire que les Sciences Pistes préfèrent le mot accountability au bon vieux français est le symbole d’un journalisme totalement abjecte qui ne sait pas de quoi il parle, vu que je n’ai jamais entendu un tel mot, ni aucun autre mot anglais de ce type dans la bouche de mes camarades.
    Nous sommes parfaitement conscient à Sciences Po que l’institut souffre de nombreuses tares du point de vue de la démocratie au sein de Sciences Po, nous avons même fait grève pour cela, mais figurez vous que nous ne pouvons actuellement rien y changer de notre place.
    Enfin, je terminerai en disant qu’il faut arrêter de prendre les étudiants pour des marionnettes infantiles que manipulent des profs oligarques pour nous inculquer de force, tel Big Brother, des doctrines pré-établies. Figurez vous que nous sommes critiques, c’est même ça que sélectionne le concours, nous discutons, débattons. Nous lisons des journaux comme le Monde Diplo pour affuter ce sens.
    Donc oui il y a quand même reproduction sociale dans les grandes écoles françaises, nous en sommes conscients, mais vous vous trompez de cible et en plus vous le faites maladroitement.

  • permalien olac :
    7 mai @03h34   « »

    Entièrement d’accord avec la réponse précédente. Avec plus de nuance et des arguments plus factuels la thèse aurait été beaucoup mieux soutenue. Étendre l analyse aux écoles de commerce et d ingénieurs aurait en effet été interessante. Étant passé par une "grande école" (grande par ses frais de scolarite, grande comme la vacuité de ses enseignements , et grande comme l homogénéité sociale qui y règne) je ne peux que confirmer le problème que représentent ces formations. Cette sclérose du pouvoir n est cependant qu une raison parmi tant d autres du manque de dynamisme de notre économie.

  • permalien Julien D :
    7 mai @04h44   « »

    Votre pamphlet me paraît un peu simpliste...

    Vous reprochez aux élites françaises leur échec, sans vraiment caractériser celui-ci. Il est certain que la France a des problèmes, chacun peut l’apprécier, et je suis moi-même convaincu de leur gravité et de leur ampleur. Mais de quoi parlez-vous, exactement, quand vous parlez d’échec des élites ? Votre imprécision à ce sujet me semble préjudiciable à la crédibilité comme à la portée de votre démonstration. Dans le monde d’aujourd’hui, monde globalisé et d’une complexité sans doute inédite dans l’histoire, la situation d’un pays ne dépend pas que de la "performance" de ses élites - ce qui ne signifie pas qu’il faut les dédouaner de toute responsabilité.

    Mais pour en venir à Sciences Po :

    Votre propos s’appuie presque exclusivement sur une scène unique, celle de la réunion de levée de fonds. C’est un exercice convenu, conformiste, je ne le nie pas. Est-ce pour autant représentatif d’une institution ? Je ne le crois pas.

    Vous marquez quelques points sur les problèmes de gouvernance de l’école, qui ont en effet sans doute été trop vite évacués.

    Votre argument sur la reproduction sociale n’est pas dénué de vérité ; mais, comme d’autres l’ont écrit, elle n’est pas le propre de Sciences Po, qui est par ailleurs sans doute l’institution d’enseignement supérieur à avoir le plus oeuvré pour limiter ce phénomène : on peut penser ce qu’on veut de la méthode et des résultats, il demeure que le volontarisme de Sciences Po à ce sujet me paraît indéniable.

  • permalien Julien D :
    7 mai @04h47   « »

    (SUITE DU COMMENTAIRE PRÉCÉDENT)

    Pour le reste, et en étant factuel :

    - Vous concentrez votre critique sur la période Descoings. Or, de manière évidente, les générations d’étudiants qui ont été formées à Sciences Po sous l’ère Descoings ne sont pas encore parvenues au sommet de l’Etat ou des grandes entreprises, à quelques exceptions près peut-être. On ne peut en tout cas pas reprocher à ces générations la situation actuelle de la France ou un quelconque échec. Bref, vos reproches devraient s’adresser au Sciences Po d’avant Descoings, et là-dessus Richard Descoings lui-même ne vous donnerait sans doute pas tort.

    - S’il est exact qu’il y a une surreprésentation des anciens de Sciences Po au sommet de l’Etat (cela me paraît moins vrai pour ce qui est du secteur privé, où les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs dominent), tous les anciens de Sciences Po n’atteignent pas ces strates de pouvoir. Tous n’ont d’ailleurs pas cette ambition. Sciences Po offre des débouchés variés (et encore plus depuis l’ère Descoings, vous le soulignez d’ailleurs). Les parcours professionnels de ses anciens étudiants sont donc extrêmement divers - même si je concède qu’on en trouve peu parmi certaines CSP. Leur réussite, leur contribution à la société et à la situation du pays, ne sauraient s’apprécier à l’aune de la seule performance de la petite minorité qui gouverne la France ou dirige les entreprises du CAC 40...

    - Plus encore, l’idée qu’on pourrait apprendre à gouverner un pays ou à diriger une grande entreprise sur les bancs d’une école ou d’une université, quelle qu’elle soit, est une farce. La France a la passion du diplôme, c’est bien connu. Mais soyons sérieux : qui prétendrait qu’un étudiant de 23 ans, si brillant soit-il, et si excellente que soit sa formation, serait en mesure d’exercer de telles responsabilités ? Les anciens de Sciences Po qui sont devenus les élites de la France ne le sont pas devenus le jour de leur diplomation. Un parcours professionnel et personnel souvent long de plusieurs décennies sépare leur dernier jour à l’école de leur accession à de telles fonctions. Et, pour vous dire le fond de ma pensée, je crois que le problème des élites françaises est bien plus dans l’homogénéité et la linéarité de ces parcours, que dans leur formation initiale.

    - Enfin, pour y avoir étudié, je peux affirmer que Sciences Po n’est aucunement sous l’emprise d’une pensée unique, contrairement à ce que vous avancez. Sciences Po est une école qui aime la politique et qui aime le débat, et, de fait, étudiants et professeurs y expriment les opinions les plus diverses.

    J’ajoute que votre article, très critique, ne propose absolument rien pour résoudre les problèmes qu’il dénonce. C’est une posture un peu facile. Serait-il possible que vous préfériez simplement la reproduction des échecs à la production des élites ?

  • permalien François :
    7 mai @15h07   « »

    A Julien Pon

    " Comparons le succès de Volkswagen à la débacle de PSA à travers le prisme de leur dirigeant respectif en 2012.

    Martin Winterkorn, Pdg du groupe allemand, est un universitaire diplômé en physique des matériaux et titulaire d’un doctorat. Il est entré chez Volkswagen en tant qu’Assistant spécialisé et a progressivement gravi les échelons jusqu’à son poste actuel.

    Philippe Varin est diplômé de l’Ecole des Mines et de Polytechnique et a de suite occupé un haut poste chez Péchiney.

    En 2012, Volkswagen prévoyait d’embaucher 50 000 personnes dans le monde. PSA s’apprêtait à supprimer 4000 postes en France.

    Toujours en 2012, le chiffre d’affaire de Volkswagen s’élevait à 192,7 milliards d’euros (+20,9% par rapport à 2011). Celui de PSA atteignait 55 milliards d’euros (-5,2%).

    Cet exemple illustre bien la substance de l’article ci-dessus. "

    A contrario : Carlos Ghosn (même formation que Philippe Varin) prend la direction de Nissan en quasi faillite en 1999 et de Renault (en situation financière correcte) en 2005.
    Aujourd’hui (cf Global 500) : CA Renault 53 Mds $, Nissan 116 Mds $.

    Comment expliquer la différence ? Certainement pas la différence de capacité de ce dirigeant (il avait même 6 ans d’expérience supplémentaires quand il a pris la responsabilité de Renault). Mais bien par la différence de contexte réglementaire et social entre le Japon et la France, la conscience professionnelle du personnel, etc.

    Les réussites de représentants de ce que vous appelez les "élites" françaises (par leur formation qui les conduiraient à l’échec) dans des contextes étrangers ne sont pas rares :
    - Tidjane Thiam au Royaume-Uni (Prudential, 4ème société britannique)
    - Bernard Fontana (Holcim, Suisse)
    - Hubert Joly (Best Buy, USA)

    Les formations d’ "élites françaises" ne sont ni pires ni meilleures que leurs homologues étrangères ; ce sont les conditions dans lesquelles ces élites doivent ensuite travailler en France qui les conduisent souvent à des résultats médiocres.

  • permalien François :
    7 mai @15h20   « »

    A Julien Pon

    " Martin Winterkorn, Pdg du groupe allemand, est un universitaire diplômé en physique des matériaux et titulaire d’un doctorat.

    Philippe Varin est diplômé de l’Ecole des Mines et de Polytechnique et a de suite occupé un haut poste chez Péchiney "

    Beau poncif, mais tout à fait inexact car Philippe Varin étant ingénieur civil des Mines (et non membre du Corps des Mines) n’a certainement pas été recruté comme débutant à "un haut poste chez Péchiney".

    Je pense qu’un X-Mines civil est recruté par une société française au même niveau qu’un docteur scientifique par une société allemande.

    Beaucoup plus que la qualité de la formation des élites, un problème spécifiquement français est le parachutage dans les entreprises à un niveau élevé de fonctionnaires des Grands Corps de l’État qui gardent une possibilité de retour en cas d’échec.

  • permalien avionnette :
    7 mai @22h15   « »

    Bonjour,
    en effet on ne peut guère espérer.
    Seuls les grands esprits peuvent se réformer mais contrairement à ce que ce terme d’élite suppose, nos dirigeants sont le plus souvent des gens ordinaires, parfois médiocres, prompts à donner des leçons mais peu aptes à apprendre eux-mêmes.
    seule leur révocation pourrait nous délivrer du fardeau que cette caste constitue désormais.
    le défaut de démocratie entraîne la démesure des élites dirigeantes (élus, haut fonctionnaires, dirigeants de multinationales et banquiers). Nous devons cesser de soutenir l’organisation socio-politique qui autorise leur autonomie.
    Nous commencerons par une abstention générale aux prochaines élections. Notez que le MRC, après le M’PEP appelle à l’abstention.
    http://objectifdemocratie.org/pages...

  • permalien André :
    7 mai @23h09   « »
    approximations, idées préconçues et préjugés

    Étudiant à Sciences Po, je vous remercie. Il est extrêmement rare de trouver de tels ramassis d’approximations, de préjugés médiocres et d’idées préconçues qui dénotent une totale méconnaissance de Sciences Po. Prenons trois perles – on pourrait les multiplier

    1) "On a pu se demander pourquoi Sciences Po a prétendu former aussi les avocats, en enlevant ce monopole aux facultés de droit. Les avocats d’affaires sont devenus les grands ordonnateurs des affaires patrimoniales". On ne précise pas qu’il y a deux masters de droit à Sciences Po, un master de droit économique et un de droit général, préparant avec succès aux concours de l’ENM, du barreau. Pour nous faire passer pour un suppôt de la finance, mieux vaut mieux ne pas mentionner le second. Sciences Po fait tout ou presque et toujours plus. Et alors ? Quels monopoles protégez-vous ?

    2) L’élitisme : est-il gênant qu’une université permette à ses élèves d’accéder à des hautes responsabilités ? S’il considère l’"élitisme" comme un entre-soi des beaux quartiers, c’est une chose. Mais si l’élitisme c’est étudier dans une world class university qui permet de suivre un cursus exigeant, novateur pédagogiquement et efficace pour trouver un travail, quel problème ?
    Peu partageront vos opinions rétrogrades. Ce que sous-tend cet article c’est une hargne contre les valeurs libérales, alors même que Sciences Po est plutôt keynésienne. Et quel mépris pour les avocats d’affaires ! L’auteur ignore-t-il combien ils sont nécessaires ? Tous ne seront pas les fiscalistes des potes de promo. Triste méconnaissance de l’entreprise !

    3) À Sciences Po, certes certains renouvellent leur place dans l’élite, mais d’autres y entrent. Si certains estiment que pour réussir ils doivent aller ici ou là, et qu’ensuite ils gardent des liens d’amitié ou des contacts, qu’y faire ? Reste que la diversité sociale à Sciences Po est immensément plus grande que la vision étriquée qu’on en donne ici, grâce à l’œuvre - l’ŒUVRE ai-je dit - de Richard Descoings. Pour le pamphlet idéologique de l’auteur, il vaut mieux le cacher.

    Si l’actualité avait porté sur l’ENS ou les CPGE, le sujet aurait été sans doute différent mais le fond identique. Et peut-être que l’échec des élites, finalement, c’est cette volonté de rester dans un entre soi idéologique, de ne pas affronter le monde tel qu’il marche et de ne pas vouloir jouer le jeu. J’en vois un exemple ici...

    Méthodo 1 : Si l’échec des élites françaises c’est le marasme économique et le salaire des patrons, rappelons que la crise est née aux USA, que si des universités sont "coupables" elles sont anglo-saxonnes et que les Keynes, les Hirschman et autres Stiglitz viennent de ces universités, où les Piketty sont acclamés et d’où sortent aussi les Blankfein et autres "méchants" (pour reprendre une terminologie qui, j’en suis sûr, plaira à quelqu’un).

  • permalien Emmanuel :
    8 mai @00h47   « »

    Ouh là là, la caste se sent attaquée et réagit en montre les dents...

    Vieux, jeunes, futurs, anciens....tous y passent...ce beau monde sait argumenter, peser le pour et le contre, écraser l’autre sous un argumentaire détaillé et précis et s’en tirer avec quelques formules de synthèse. Tout cela pue le confort intellectuel et le sentiment d’assurance. Tout cela ne fait que valider la thèse d’un pamphlet jubilatoire à vrai dire. Merci à M. Garrigou.

    Difficile de toucher au fond des choses, ça remue trop et on se mettrait à tanguer.

    Beaucoup de perles dans ces commentaires. La palme à cette fulgurance qui suinte l’ignorance, le mépris social et la distance que seule permet l’intellectualisme nombriliste et : "une ZEP est une ZEP, qu’on le veuille ou non.". Brillant. Sociologiquement imparable. On sent qu’on a lu quantités de choses au sujet des ZEP et sur les mérites qu’il y a à pouvoir croiser un arabe ou un noir dans les couloirs de l’institution. On doit se sentir moins jeune péteux et plus en phase avec la réalité sans doute.

  • permalien Un lecteur alerté :
    8 mai @01h16   « »
    Réponse à Emmanuel

    @emmanuel Tout de suite les grands mots, on croirait un politicien s’engouffrant dans la brèche d’un débat, peu importe la taille, pour tenter d’assassiner son interlocuteur.
    Je pense qu’avant même d’envisager Sciences Po, vous devriez considérer l’idée de (ré-)apprendre à lire (et je dis ça sans aucun mépris) : la plupart des commentaires publiés ne faisaient pas l’apologie de l’institution : tous sont globalement conscients des problématiques propres à Sciences Po que vous évoquez. Cependant, l’article prend un ton accusatoire basé sur aucun chiffre, aucune donnée véritable et ne reflète nullement la réalité (qui n’est parfois pas très reluisante je ne le nie pas) de l’institut.
    Enfin, je trouve ça dommage et profondément triste que des lecteurs du Monde Diplomatique tombent aussi facilement dans la théorie du complot, comme quoi de toute manière tout le monde est pourri, mais les élites se défendent en manipulant tout le monde.
    En fait, je ne sais même pas quel argument vous opposer (car nous restons dans un débat) tellement les vôtres sont sans fondements : et si vous reveniez avec des faits ?

  • permalien Gamaz pierre :
    8 mai @07h58   « »

    Ils prennent tout

    Tu peut donner dieu sans confession
    En toutes les langues les religions
    Du bonheur au super marché
    Ou des primes aux médaillés
    Ils prennent tout c’est tout

  • permalien Rotor :
    8 mai @09h43   « »

    Il n’empêche que la question posée reste pertinente : Les élites qui sont formées n’ont pas démontré leurs compétence.
    Toutes ces grandes intelligences diplômées ont pour une grande part échoué.
    Et effectivement le constat qui veut qu’en France, on demande aux jeunes individus de travailler jusqu’à obtenir un poste pour ensuite s’y maintenir avec le meilleur salaire possible, qu’on incite à faire carrière puis à pantoufler tranquillement au sommet, est difficilement contestable.
    Les grandes écoles ont peu de grandes idées et les grands hommes qu’elles fabriquent ont été assez décevants.
    Je crois qu’on peut au moins écouter cette critique, fut-on ancien élève défendant l’institution.

  • permalien Emmanuel :
    8 mai @10h03   « »

    Au "lecteur alerté" :

    Vous vous méprenez, je n’ai pas l’intention d’argumenter, mon commentaire n’avait que pour but d’exprimer une jubilation devant la force d’évocation de l’article (qui comporte peut être des approximations et des erreurs mais là n’est pas la question car là n’était pas son objectif je pense) et devant la levée de boucliers qu’il suscite. Je n’ai aucunement l’intention d’argumenter sur les bienfaits ou les méfaits de cette institution tout simplement parce que je ne la connais pas, que je n’ai pas envie de la connaître, qu’elle n’appartient pas à mon univers et que je dynamiterais avec un grand plaisir ce lieu de reproduction d’une élite sociale (comme il en existe d’autres, je concède ce point à nombres de commentateurs).

    Je dis simplement qu’au vu de l’indignation et des réactions épidermiques suscités l’article vise et tape juste. Peut être parce que lorsqu’on est étudiant, ou qu’on a étudié dans cette institution il est difficile de la voir remise en cause à ce point. Preuve s’il en est encore une fois de la justesse du propos de l’auteur : on peut peut être remettre en question "certains aspects" de Science Po, on peut exprimer des désaccords mais les critiques formulées dans l’article touchent quelque chose de plus profond qui ressemble à une remise en cause du principe et de l’existence même d’une telle institution. D’où l’indignation et la mobilisation frénétique des offensés que l’on sent derrière la succession de commentaires pour un billet qui en 2 jours à peine à déjà largement dépassé la moyenne des commentaires habituels sur ce blog.

    Il vous faut des chiffres, il vous faut des vrais arguments. Vous avez besoin de vous reposer sur de la technique et vous ne supportez pas ce que vous qualifiez d’accusation gratuite et sans fondements, vous demandez de la nuance, de la synthèse et de l’équilibre, vous avez besoin de ces mécanismes intellectuels appelant à la complexité et au débat bien calibré entre gens de bonne compagnie parlant le même langage. Vous êtes en fait dans l’incapacité de comprendre un autre langage que celui que vous employez et vous apprenez (je me figure que vous êtes un ex ou un étudiant à Science Po mais je me trompe peut être....), finalement vous illustrez cette immense entreprise de confiscation de la parole publique et de vision technicienne et dépassionnée de la politique qui conduit au grand consensus mou au sein de la classe dirigeante qui s’élabore précisément dans ces lieux d’apprentissage à l’usage des élites sociales . Je suis injuste, partial et approximatif dans mes jugements ? Oui peut être mais moi mon but c’est de me réjouir bassement et médiocrement d’un article qui tape sur ce que je considère comme étant de l’adversité sociale et politique. Rien de plus. Souffrez que le fantasme et le plaisir de lire un propos avec du souffle et du mordant puissent aussi être des moteurs de l’intellect.

  • permalien Emmanuel :
    8 mai @10h03   « »

    "au lecteur alerté" suite et fin :

    Quant à la question de la théorie du complot : argumentaire risible qui ressemble davantage à un procès en diabolisation, sorte de réflexe de défense devant le gouffre de l’impensé ou du refoulé. Dire qu’il existe des lieux de production d’une élite qui tendent de plus à plus à produire des dominants, rappeler que cette élite fait corps quand elle se sent attaquée trop durement et qu’elle n’entend en aucun cas être remise en cause sur le fond, n’est pas de la théorie du complot, c’est un état de fait social et politique.

  • permalien José :
    8 mai @10h12   « »

    Au fait, c’est où Sciences Po ?

    Je suis africain, sans diplôme. Je vis à Tombouctou et je mange des bananes. J’aimerai savoir si on peut entrer à Sc. Po sans passer un examen, ni avoir une mention au bac ou provenir d’une ZEP ?

    Egalité, Fraternité (j’ai oublié l’autre)…qu’ils disent. C’est vrai ?

    El Jo.

  • permalien François :
    8 mai @11h07   « »

    A Emmanuel, le roi du sophisme

    " il vous faut des vrais arguments. Vous avez besoin de vous reposer sur de la technique et vous ne supportez pas ce que vous qualifiez d’accusation gratuite et sans fondements "

    Refuser de confronter ses élucubrations personnelles aux faits conduit aux pires dérives

  • permalien Emmanuel :
    8 mai @11h54   « »

    A François :

    Je ne suis le roi de rien.

    Ca fait deux fois qu’on me renvoie des arguments d’ordre moraux. Un coup la "pire dérive" (mon Dieu le syndrome du totalitarisme et des extrêmes me toucherait-il ?). Un autre coup la question de la "théorie du complot"...

    C’est curieux cette façon de fonctionner avec des figures repoussoirs et de poser des bornes et des limites à l’autre pour bien lui faire sentir qu’on est en droit, en position et en mesure de le classer sur une échelle de valeurs (dont on ne saurait évidemment remettre en cause la légitimité) dans laquelle il a plutôt intérêt à se situer sous peine de basculer dans le trou noir de la pensée inopportune. C’est curieux mais révélateur.

    Quant à certains de vos "faits", ils me font rire : on est abonné et on lit le Monde Diplo à Science Po et c’est la preuve de la nuance de pensée qui s’y exprime ? On y accueille quelques élèves issus de bahut ZEP et c’est la preuve de son ouverture sociale ? On a des points de vue très divers qui s’y exprime et c’est la preuve de son pluralisme ? Certaines autres écoles fonctionnent d’une façon bien plus contestable ? Les frais de scolarité ne sont pas si élevés que cela ?
    Cette façon de s’attacher à l’aspect vitrinaire, à l’image des choses, à la représentation commune sur laquelle on ne fait que jouer est pathétique et nuisible parce qu’elle obère tout débat véritable sur le fond en produisant du consensus pour le consensus.

  • permalien Le traité de Paris 1229 :
    8 mai @13h13   « »

    1) "On a pu se demander pourquoi Sciences Po a prétendu former aussi les avocats, en enlevant ce monopole aux facultés de droit. Les avocats d’affaires sont devenus les grands ordonnateurs des affaires patrimoniales". On ne précise pas qu’il y a deux masters de droit à Sciences Po, un master de droit économique et un de droit général, préparant avec succès aux concours de l’ENM, du barreau. Pour nous faire passer pour un suppôt de la finance, mieux vaut mieux ne pas mentionner le second. Sciences Po fait tout ou presque et toujours plus. Et alors ? Quels monopoles protégez-vous ?

    Je souhaite revenir sur ce commentaire qui me trouble. Il n’y a là pas de quoi se vanter des taux de réussite à l’ENM, et oui il réussissent peut-être le concours mais cela ne fait pas d’eux de bon juristes....Mais peut-être ne côtoyez vous pas assez de praticiens du droit.

    Concernant l’admission dans ces masters je cite le site de science PO Paris "Aucun cursus préalable en droit n’est exigé".
    Alors ne venez pas me dire que l’on forme des juristes à Science PO. Avez-vous songé au travail qui est fourni par les étudiants en droit pour obtenir une mention ou entrer dans un collège de droit ?

    A propos de l’ouverture sociale permettez moi d’en douter, la dernière réforme du concours d’entrée favorise les prépas privées et hors de prix ( surtout les prépas parisiennes) alors certes il y a les ZEP mais elles ne parviennent pas à "cacher" les dysfonctionnements flagrants.

  • permalien Gilles :
    8 mai @14h31   « »

    A François - Aucun rapport avec le sujet de l’article mais votre argumentation m’interpelle !
    (en complément de leurs CA respectifs de 53 et 116 Mds $) Sur le site internet de Renault : en 2013, 2,6 millions de véhicules vendus dans le monde.
    Sur le site internet de nissan : en 2013, 4,8 millions de véhicules vendus dans le monde.
    En quoi (je vous cite) "la différence de contexte réglementaire et social entre le Japon et la France, la conscience professionnelle du personnel, etc" pourrait elle expliquer cet écart ?
    Tous ces véhicules ne sont ni produits respectivement en France pour Renault et au Japon pour Nissan, ni achetés non plus en France et au Japon alors en quoi le contexte réglementaire local influe-t-il sur des activités mondiales ? Pour vendre il faut des acheteurs, et leur envie ne dépend pas du contexte réglementaire qui prévaut ici ou là ?
    Bien à vous, Gilles.

  • permalien François :
    8 mai @16h04   « »

    A Gilles.

    La thèse soutenue par l’article est que les difficultés de la France proviennent de la nullité de la sélection et de la formation de ses élites.

    Dans son commentaire, Julien Pon appuie cette proposition en comparant les résultats de Volkswagen et PSA.

    Or quiconque a travaillé avec des sociétés allemands ou japonaises a été frappé non pas par la différence de niveau entre dirigeants français et étrangers (chacune des nationalités pouvant avoir ses spécificités), mais par le sérieux et le professionnalisme des autres salariés de ces sociétés étrangères.

    Je trouve l’exemple de Carlos Ghosn intéressant, car il montre qu’une petite équipe constituée de représentants de ces élites vilipendées de formation française placés à la tête d’une organisation où les principaux responsables et une partie du personnel de production sont japonais obtient de bien meilleurs résultats que lorsqu’on place la même équipe quelques années plus tard à la tête d’une organisation française de même type. J’en conclus simplement que la prétendue nullité de la sélection et de la formation de ses élites n’est pas la cause essentielle des difficultés françaises.

  • permalien ARTAUD :
    8 mai @17h31   « »

    TOUTES CES GRANDES ÉCOLES SONT ELLES AUJOURD’HUI
    UNE NÉCÉSSITÉ ??
    N’AVONS PAS UN TROP PLEIN D’ÉNARQUES,ET AUTRES ÉLITES
    FRANÇAISES ??
    CES GENS LA !! NE SONT ILS PAS TRÉS TRÉS LOIN DES PRÉOCUPATIONS DE + DE 80% DES CITOYENS FRANÇAIS

    NOS GOUVENEMENTS DE DROITE OU DE GAUCHE SONT
    TOTALEMENT "ENCERCLÉS" PAR CES ÉLITES QUI EN VRAI
    NE SAVENT PAS GRAND CHOSE .........SI CE N’EST RIEN !!!!!!!

  • permalien Philippe Vidal :
    8 mai @19h03   « »

    Une école ne créera jamais la capacité d’entreprendre chez une personne qui ne l’a pas.
    Entreprendre c’est prendre des risques en particulier celui d’échouer de tout perdre et de recommencer. Et les places du haut sont pour ces personnes.
    Toute ces élites de formations parasitent le système par le haut.
    Dans la réalité ces écoles forment des exécutants.
    Leur plus grande valeur est leur carnet d’adresses.
    Les règles observables sont les même pour tout le monde. Ces pseudos élites, convaincus d’y échapper, nous le font payer très cher.

  • permalien François :
    8 mai @21h43   « »

    A Philippe Vidal

    Il y a une grande différence entre créer puis essayer de faire grossir une nouvelle société (ce qui est plutôt le fait de quelqu’un qui est souvent plus motivé que diplômé : Bill Gates, Steve Jobs, Mark Zuckerberg, ...) et gérer une grande société qui existe déjà.
    Partout dans le monde ces postes de gestion de sociétés créées par d’autre sont souvent tenus par des personnes qui ont suivi les parcours de formation les plus sélectifs dans leur pays : MBA aux États-Unis doctorat - souvent obtenu dans une matière non-scientifique telle que le droit ou l’économie - en Allemagne).

    Certains créateurs arrivent à faire grossir leur société et à continuer à la diriger ; très peu d’entre eux deviennent ultérieurement dirigeants de sociétés qu’ils n’ont pas créées (ils préfèrent en créer d’autres ...).

    Le problème en France est que très peu de créateurs d’entreprises arrivent à les faire grossir au-delà d’une certaine taille (quelques rares contre-exemples : Bouygues, Niel). A l’évidence, ce handicap français ne provient pas d’un défaut de formation des individus qui se lancent dans l ’aventure, mais d’un contexte français global qui les incite à auto-limiter le développement de leur société, à la revendre à un groupe étranger dès qu’elle dépasse un certaine taille, etc.

  • permalien Rotor :
    9 mai @10h43   « »

    D’ailleurs Xavier Niel qui est probablement l’entrepreneur qui fait le plus parler de lui et qui a le mieux réussi ces dernières années ne vient pas du tout de Sciences Po mais du minitel rose ! Et l’école qu’il a crée est très différente dans son fonctionnement d’une école classique institutionnelle.
    Je suis très loin de vouer un culte à la réussite (ce serait presque l’inverse, tout succès m’est suspect) mais il faut reconnaître qu’en matière d’efficacité le cursus des études semble avoir perdu l’avantage.
    Et au fond, être un bon élève n’a jamais permis d’être un futur bon dirigeant.
    Regardez aussi Pinault, il est parti à 16 ans pour couper du bois... et il a fini par créer son parc d’attraction au Guggenheim...

  • permalien Marie :
    9 mai @18h02   « »

    A ceux qui souhaitent des chiffres, des arguments etc. afin d’appuyer ce propos, lisez donc La Noblesse d’Etat de Pierre Bourdieu. Paru en 1989 (mais peut-être ne devrais-je pas le préciser à ces excellents étudiants de Sc Po qui ont déjà dû lire étant donnée l’assurance de leurs propos !), mais toujours d’actualité…
    Ou encore le texte de Boltanski sur la multipositionnalité dans l’espace social…
    http://www.persee.fr/web/revues/hom...
    Et oui, il est difficile de se rendre compte que l’on doit une part importante de sa position sociale à son héritage et non à son "mérite" et à son "excellence"…
    Mais n’hésitez pas à continuer à faire preuve d’esprit critique !

  • permalien Emmanuel :
    9 mai @23h03   « »

    @Marie :
    Je vous trouve un peu radicale et caricaturale. Quand même, on trouve Bourdieu dans la bibliothèque de Science Po, mais il est vrai que ses propos manquent parfois un peu de nuance, d’ailleurs, Bourdieu n’a jamais dirigé de grande entreprise. Des chiffres le prouvent !

    Merci pour la fraîcheur et la justesse de votre propos.

  • permalien jean :
    10 mai @14h18   « »
    Article excessif

    Mais personne ne dit que la reproduction sociale n’existe pas à Sciences po. Surtout pas les étudiants eux-mêmes, qui sont capables de comprendre qu’ils bénéficient dans certains cas d’un capital culturel important.

    Ce qui est dérangeant dans cet article je le répète, c’est l’absence complète de solution. Rien n’est proposé, rien n’est envisagé pour remédier à la situation. Un peu comme si l’auteur estimait qu’il ne sert à rien de proposer des changements tant les petits péteux de la rue St Guillaume sont fermés et contents et satisfaits d’eux-mêmes. Or une telle vision est fausse, d’ailleurs la capacité de Sciences Po à se réformer est illustrée par ses efforts incontestables depuis la fin des années 1990 et surtout dans les années 2000. Ceux-ci sont minimisés dans l’article et leur impact - réel - n’est pas analysé.

    L’argument de la faillite de l’élite, sur le mode "si Sciences Po est si bonne, pourquoi tous les dirigeants politiques et économiques qui l’ont fréquentée ne parviennent pas à être de bons décideurs" appuie certes là où ça fait mal, mais il ne peut pas être utilisé pour déprécier une institution dont les étudiants actuels, bénéficiaires des réformes d’il y a 10 ans, n’occupent pas encore des postes à responsabilité !

    Par ailleurs l’auteur est discrédité par le commentaire de la personne qu’il cite dans son article. Déformer des citations pour en faire le socle d’un argumentaire, on a vu mieux comme technique.

  • permalien Jean-Michel Masson :
    11 mai @08h59   « »

    Ne faudrait-il pas préciser de quelle variété d’élite il s’agit ? La variété liée au grand business se porte bien, elle est efficace dans le saccage des construction s sociales et de l’environnement.
    Http ://jmmasson.wordpress.com

  • permalien thierry :
    11 mai @20h04   « »

    Merci pour cet article.
    Contrairement aux facs, qui axent leur enseignement sur la recherche, Science po, Hec, les grandes ecoles de commerces et ( triste a dire !) la quasiment totalite des ecoles d’ingenieurs ont comme unique projet la (re) production d’un corp social et professionnel pret a servir... pret a servir immediatement.
    C’est leur raison d’etre.
    Elles recrutent donc des etudiants dociles, qui certes prendront les postes dits de "responsabilite", mais dont le role se bornera a appliquer les directives de leurs maitres, aujourd’hui la finance internationale, demain qui sait.
    On ne peut pas demander a ces ecoles d’etre innovantes.
    Elles enseignent ce qui est dans l’air du temps. Aujourd’hui c’est la pensee neo liberale. Nous serions dans une periode de forte revendication sociale et de rehabilitation de la lutte de classe , ce serait Marx et Engels.
    C’est la raison pour laquelle il est juste de les denoncer comme des lieux de reproduction de l’elite, en ce sens que les elites se definissent dans leur capacite a squatter les lieux de pouvoirs, quelque soit le regime politique .

  • permalien Rodger :
    11 mai @20h40   « »

    Une proposition de solution :
    - nomination d’un tiers des cadres dirigeants/intermédiaires et maitrise par le haut,
    - élection des deux tiers par les pairs en "remontant" par le bas.
    Ainsi, les ouvriers élisent parmi eux le contremaitre, les contremaitres élisent les cadres intermédiaires qui eux-même élisent les cadres dirigeants.
    Ce "mix" a existé en France, dans l’armée, en 1791. J’y vois là l’explication des succès militaires de Napoléon.
    Il faudrait adapter ce mix à la société d’aujourd’hui.
    Et les écoles formeraient pour un tiers les jeunes (ab-initio) et deux tiers ceux et celles ayant une première expérience.
    Il y a beaucoup trop de "top-down" en France. Et sortir du "tout est joué en faisant la bonne école jeune".
    A mon sens, mais ce n’est que mon avis, il est impératif de sortir maintenant, du schéma de servilité/arrogance qui caractérise la mentalité managériale (publique et pantouflarde) française.
    Malheureusement, comme par hasard, il n’y a pas d’offre politique dans ce sens.
    N’avez-vous pas remarqué aussi que beaucoup plus de personnes , de tous âges, s’expatrient en ce moment et sans projet de retour.
    Un peu comme les animaux qui fuient un désastre à venir.

  • permalien Le Leslé :
    13 mai @21h15   « »
    L’échec des élites française

    Ça me "gonfle" les réponses gonflées d’égo.
    Les péroreurs, qui par amour de leur connaissance , ont comme ce besoin exaspérant de ne pas pouvoir s’empécher de répondre à un article en apportant non pas un point de vue constructif mais pour signaler qu’ils pensent. Alors oui pensez mais en silence ! Ou agissez brillamment !
    Bon, moi je suis au second sous-sol de la pensée, puisque je commente le commentaire, faut qu’je dorme !

  • permalien Guiguindia :
    16 mai @13h47   « »

    Le vrai problème reste peut-être l’accès aux grandes écoles, avec une démocratisation qui n’est pas si facile que cela à mettre en oeuvre. Malgré les boursiers, les conventions ZEP, un étudiant "moyen" à sciencespo a des parents appartenant aux 10% des français les plus aisés. La reproduction est tout de suite à portée de main.

  • permalien Renan :
    17 mai @19h36   « »
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    "un double même, conseiller d’Etat et partageant d’autres affinités électives" : cette remarque en dit long sur le sérieux de l’article et de son auteur.

  • permalien Guillaume :
    17 mai @19h38   « »
    Dérapage indigne

    Le commentaire de M. Garrigou sur les « affinités électives » de l’actuel directeur de Sciences Po est indigne d’un journal comme Le Monde diplomatique et serait plus à sa place dans Présent.

  • permalien Schams :
    28 mai @17h47   «

    SciencesPo est plus divers et plus riche (humainement, socialement) que ce que cette personne prétend. L’énorme avantage est l’écrémage à l’entrée et le statut non-universitaire de l’école qui lui permet d’être bien plus moderne que l’université. Mais cela ne veut en aucun cas dire que l’université est moins bonne, moins valorisable, le type transpire la frustration anti-élite (et l’élite c’est quoi ?).

    Les écoles X/Centrale/HEC/etc ce ne sont pas les élites aussi ? Financièrement bien mieux rémunérés. La focale est sur certains cas seulement - et ne parle jamais de l’engagement pour l’intérêt public, qui est fort, si cette personne pouvait regarder un peu plus l’école il découvrirait une centaine d’associations actives et engagées, loin d’une pensée unique et élitiste. Bref Monsieur doit approfondir avant de pondre plusieurs pavés, parce qu’il parle de sujet tres importants - la "reproduction des élites". Focale trop réduite, je pense.

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