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Trois romans, un essai, pour l’été

par Alain Gresh, 24 juillet 2014

Les vacances sont un moment privilégié, pour ceux qui ont la chance d’en prendre. Profitez-en pour vous détendre, faire du sport, mais aussi lire, que ce soit sur tablette ou sur papier. Et d’abord des romans, qui offrent souvent une vision plus fine, plus subtile, plus complexe que les analyses politiques les mieux construites. Pour comprendre cet Orient compliqué, je vous en conseille trois.

Il peut paraître surprenant que deux d’entre eux soient saoudiens. Cela reflète l’émergence d’une littérature du Golfe, et devrait aider les lecteurs francophones à appréhender des sociétés qui nous paraissent plus étrangères encore que le reste du monde arabe.

Le premier est déjà ancien, mais il vient d’être traduit aux éditions Sindbad dont il faut saluer le persistant travail pour rendre accessible la littérature arabe. Villes de sel est une saga en cinq volumes qui raconte la transformation de la péninsule arabique après la découverte du pétrole. L’auteur, Abdul Rahman Mounif, est né à Amman en 1933 d’un père saoudien et d’une mère irakienne. Dans le premier volume publié en français il narre la découverte de l’or noir, l’arrivée des Américains dans un émirat et la manière dont la vie des habitants en sera bouleversée. On en lira une longue présentation sous la plume de Warda Mohamed (« Le roman de l’Arabie », OrientXXI, décembre 2013).

Le second est d’autant plus intéressant qu’il a été écrit par un écrivain contemporain, qui vit en Arabie saoudite. Les Basses oeuvres, d’Abduh Khal, une belle oeuvre littéraire, se permet une critique vigoureuse du système en place, de la corruption des riches, de la violence faite aux pauvres. J’ai écrit la préface à l’édition française et il faut aussi remercier les éditions Books pour avoir eu le courage de publier ce livre.

Le troisième est l’œuvre d’un écrivain égyptien Mohamed al-Fakharany, né en 1975. La Traversée du K.-O. (Le Seuil) donne à voir les bas-fonds du Caire, loin de la ville qu’ont décrite des écrivains d’autres générations, comme Naguib Mahfouz ou Alaa Aswani. Ici vit le petit peuple, celui des échoppes informelles et du trafic de drogue, avec ses rêves et ses violences. Ce petit peuple dont le principal ennemi est la police et qui ne saurait scander « Le peuple, l’armée, la police, une seule main ! ». La génération à laquelle appartient Al-Fakharany, contrairement à celle de ses aînés, n’a pas été nourrie au lait de l’Etat nassérien tout puissant et ne voit en lui que son extraordinaire appareil de répression et son mépris total pour les êtres humains (Lire Claire Talon et Fadi Awad, « Fracture chez les écrivains égyptiens », Le Monde diplomatique, décembre 2013.)

Enfin, un essai, Islam et capitalisme, écrit par Maxime Rodinson en 1966 et qui vient d’être réédité. J’en ai rédigé la préface, Le monde musulman, Marx et la révolution. Vous en trouverez une présentation fouillée dans OrientXXI, « Le Coran, le capitalisme et les musulmans ». Ce travail de Rodinson est majeur parce qu’il applique au monde musulman les mêmes règles d’analyse des sciences sociales que l’on applique aux autres sociétés. Il permet de combattre l’islamophobie ambiante, dans les médias comme chez les politiques, qui voient dans un islam éternel et immuable la clef de compréhension de l’Orient.

Bonnes lectures et bonnes vacances…

Alain Gresh

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