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Donald Trump et Kim Jong-un se renvoient la bombe

par Martine Bulard, 10 août 2017
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North Korea — Pyongyang, Yanggakdo Hotel

Que M. Donald Trump ait choisi le jour anniversaire du bombardement nucléaire d’Hiroshima et Nagasaki pour promettre « le feu et la fureur, comme le monde ne l’a jamais vu jusqu’ici », témoigne, si besoin est, de l’arrogance et de l’inconscience du président américain. De l’autre coté, l’ire et l’irresponsabilité du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, tiennent le monde en haleine. Le pire n’est jamais sûr mais l’escalade verbale peut dégénérer en affrontement meurtrier à la faveur (si l’on peut dire) de n’importe quel incident. Les menaces et la propagande n’ont jamais conduit à la paix. Mieux vaudrait négocier en partant de la réalité.

Un bouclier

Lire aussi Bruce Cumings, « Mémoires de feu en Corée du Nord », Le Monde diplomatique, décembre 2004. La République populaire démocratique de Corée (RPDC) a fait de la bombe atomique une assurance-vie contre toute ingérence étrangère en général, américaine en particulier. Et de brandir l’exemple de l’Irak ou de la Libye. Pyongyang, qui a connu la puissance de feu des États-Unis lors de la guerre de Corée (1950-1953), est persuadé que l’Iran n’a échappé à l’invasion des troupes occidentales qu’en raison de son programme nucléaire. Il ne s’agit donc plus, comme du temps du père ou du grand-père, de négocier un gel du programme militaire contre de la nourriture. Kim Jong-un, qui estime que son frère ennemi du Sud est trop dépendant de Washington pour avoir une politique autonome, veut obtenir l’ouverture de négociations en direct avec les États-Unis pour une réelle reconnaissance. Rappelons qu’il n’y a toujours pas de traité de paix depuis 1953.

Propagande des faucons

Pyongyang est-il en mesure de lancer des missiles à tête nucléaire sur le territoire américain comme on l’entend ces jours-ci ou même d’atteindre la base US de Guam dans le Pacifique ? Les va-t-en-guerre américains l’assurent. D’autres experts sont plus circonspects, tel Siegfried Hecker, ancien directeur du laboratoire national de Los Alamos (USA) cité par Le Monde de ce jour, qui estime que Pyongyang « n’a pas l’expérience pour tirer une tête nucléaire suffisamment petite, légère et robuste ». Il faut donc ramener la menace à de justes proportions — même s’il ne faut pas sous-estimer les objectifs de la RDPC et encore moins les risques d’une décision intempestive de ses dirigeants.

Pékin n’en est pas à son premier embargo

La Chine est montrée du doigt et M. Trump se glorifie de l’avoir fait céder en la poussant à voter un renforcement des sanctions au Conseil de sécurité de l’Onu. Contrairement à ce qui se dit, ce n’est pas la première fois que Pékin s’associe à des sanctions contre la Corée du Nord. Elle l’a déjà fait en mars 2013 (quand M. Barack Obama était président) après la reprise des essais, puis en 2016. En effet, Pékin voit d’un mauvais œil la nucléarisation de la péninsule coréenne et sait parfaitement que la colère nord-coréenne permet de justifier l’installation du puissant système antimissile américain Thaad sur le territoire sud-coréen, à quelques encablures de ses côtes…

Toutefois, les marges de manœuvre chinoises pour ramener Kim Jong-un à la raison sont faibles. Le président nord-coréen se moque comme d’une guigne des admonestations du président Xi Jinping. Les deux chefs d’État ne se sont jamais rencontrés : une première dans l’histoire des relations entre les deux pays. Certes, la Chine peut couper le robinet des importations et des exportations — elle l’a déjà considérablement réduit. Mais elle redoute un effondrement du pays qui amènerait un flot de réfugiés et des troupes américaines à ses portes. Et en Chine, certains dirigeants de l’armée s’alertent devant une telle perspective…

Posture française

La France, selon Christophe Castaner, porte parole du gouvernement, est « prête à mettre tous ses bons offices pour que nous puissions trouver une solution pacifique ». L’intention est louable mais elle relève de la posture : la France est le seul pays européen (avec l’Estonie) à ne pas avoir reconnu la RPDC. Elle est donc bien mal placée pour se poser en médiatrice.

Négocier enfin…

Lire aussi Philippe Pons, « La rationalité de Pyongyang », Le Monde diplomatique, mai 2017. Tout le monde reconnaît l’échec des politiques du bâton, de l’embargo et de la rupture. Comme le rappelle le ministre des affaires étrangère chinois Wang Yi, « les sanctions ne sont pas le but ultime » ; elles doivent inciter à négocier (6 août 2017). En juillet, juste avant cette nouvelle escalade, le nouveau président sud-coréen Moon Jae-in avait appelé à reprendre le dialogue interrompu par sa prédécesseure. Mais Pyongyang ne veut parler qu’avec Washington. Plus raisonnable que son président, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson a rappelé qu’il faudra « à un moment ou un autre engager le dialogue » (1er août 2017). Le plus tôt sera le mieux.

Martine Bulard

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