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Arrêter de subventionner ceux qui en ont besoin, c’est le nouveau monde

par François Albera, 5 juin 2018

La revue Aden qui impulse depuis seize livraisons les études consacrées à Paul Nizan et au contexte littéraire et politique des années 1930 se voit mise en danger par la nouvelle « politique » d’aide à l’édition du Centre national du livre (CNL). On a, dans un premier temps, invalidé les demandes de subvention de périodiques ne paraissant qu’une fois par an (comme Aden ou L’Étoile-Absinthe des Amis d’Alfred Jarry), en faisant pourtant de notables exceptions pour des titres liés à des maisons d’édition « prestigieuses », on exige maintenant que les publications émanent d’entreprises professionnelles et commerciales et non plus d’associations « loi 1901 » animées par des bénévoles, fussent-ils des spécialistes voire des érudits dans leurs domaines respectifs.

Lire aussi André Schiffrin, « L’Etat norvégien protecteur de la culture », Le Monde diplomatique, mars 2010.

La magnifique diversité du Salon de la revue qui se tient chaque automne à Paris risque donc de s’appauvrir drastiquement : tandis que le ministère de la recherche incite et bientôt contraindra les revues savantes attachées à des centres de recherche ou des universités à passer au « format numérique », le CNL s’oriente, sur pression des grands éditeurs, à négliger les « amateurs » et n’aider que des structures industrielles établies. Il y a là une grave menace qui pèse sur la vie culturelle française, sa diversité et son indépendance intellectuelle, qui devrait mobiliser non seulement les autres revues et éditeurs « marginaux », mais les lecteurs eux-mêmes. Une pétition émanant d’Aden « La culture en danger ! » lance ce mouvement sur son site.

François Albera

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