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Eau, climat : les défis de l’adaptation de l’agriculture

Les politiques publiques de l’environnement sont désormais clairement orientées vers l’adaptation au changement climatique. La gestion de l’eau, notamment, en a fait son mantra. Mais derrière les apparences, une équivoque fondamentale subsiste. La nécessité d’une telle adaptation ne devrait-elle pas encourager l’invention d’une autre agriculture, d’un autre style de vie, basés sur d’autres fondements économiques de l’activité humaine ? Or c’est tout l’inverse qui se produit.

par Bernard Rousseau, 26 octobre 2018
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Lace Érié, efflorescence algale nocive, septembre 2017.

J’accueille exceptionnellement sur ce blog Bernard Rousseau, président d’honneur de France Nature Environnement et administrateur de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Dans le contexte très tendu de démolition des instruments publics de la gestion de l’eau conduite par le gouvernement, cet article fleuve a valeur quasi testamentaire. — Marc Laimé.

L’actuel modèle agricole productiviste ne cesse d’être renforcé dans ses outrances, obérant toute possibilité de bifurcation vers une gestion soutenable des sols, de l’eau et de l’ensemble des ressources. Lesquelles continuent aujourd’hui d’être mobilisées dans une course folle à la productivité. Seule une rupture radicale en la matière permettrait d’engager enfin une transition réelle vers un avenir qui nous réconcilierait avec la nature.

Lire aussi Razmig Keucheyan, « De quoi avons-nous (vraiment) besoin ? », Le Monde diplomatique, février 2017.

Ce défi n’est pas mince, quand tous les jours nous nous glorifions de la bonne santé retrouvée des fabricants français d’automobiles. Au niveau mondial, le nombre de véhicules ne fait que croître et a dépassé le milliard d’unités en 2007 ! L’ambition pour l’aviation est de même nature. Pour Airbus et Boeing, la flotte mondiale d’avions va doubler en vingt ans, alors que cette année le nombre de passagers aériens a passé les deux milliards.

D’où la schizophrénie qui s’empare du discours des responsables politiques qui prônent la réduction de l’émission des gaz à effet de serre, mais appellent de leurs vœux le retour de la croissance mondiale. Pour lever cette contradiction, il faut plus que des promesses, tant il est clair que nos responsables politiques attendent un miracle ! Cependant une autre explication est envisageable : les uns pensent ce que les autres ne pensent pas, et réciproquement, mais tous pensent aux élections… européennes, puis municipales. On peut être assuré que le climat électoral sera chaud.

En matière d’eau et de climat, la lecture du rapport du 21 juin 2018 sur la « ressource en eau » des députés Morenas et Prud’Homme illustre bien l’air du temps : c’est un regroupement des idées les plus convenues, avec pour seule perspective l’amplification des politiques actuelles. La lecture des deux conclusions, l’une par le président que l’on peut qualifier de « soumise au marché », et l’autre par le vice-président par nature « insoumise », est un bel exemple de différenciation politique (1).

C’est alors que le ministre de l’environnement Nicolas Hulot, dressant un constat d’impuissance, annonce en direct sur France Inter le 28 août 2018 sa démission du gouvernement : un moment de vérité sur la réalité du pouvoir politique.

Les scientifiques du GIEC dans la danse climatique

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a identifié comme cause principale des changements climatiques l’émission de gaz à effet de serre par les activités humaines à l’échelle de la planète. L’impact sur le climat dépend de l’ampleur des rejets par les industries, l’agriculture, les déplacements et le chauffage, qu’il soit urbain ou non. Il convient donc de réduire l’émission de ces gaz en agissant sur les différents secteurs émetteurs : c’est la stratégie de prévention. Malgré les accords de Paris sur le climat signés lors de la COP 21 en 2015, les rejets de gaz à effet de serre continuent d’augmenter : la satisfaction des intérêts immédiats continue de l’emporter sur les menaces du futur.

Exemple de prévention : réduire l’émission de gaz à effet de serre en réduisant la combustion des produits carbonés, pétrole, charbon… L’autre volet concerne l’adaptation aux changements climatiques. Pour s’adapter, il faut prévoir quels seront les impacts de ces changements dans les différentes parties du monde, et plus concrètement dans les différentes régions d’un pays.

Le GIEC a établi plusieurs scénarios d’augmentation des températures, plus ou moins marquée selon les territoires ; il prévoit aussi un renforcement des évènements extrêmes, avec des pluies plus fortes et des sécheresses plus prononcées. La conséquence directe est une augmentation des températures des sols, de l’air et de l’eau, accompagnée par une transformation du grand cycle de l’eau.

Exemples d’adaptation : lutter contre le gaspillage de l’eau, contre les fuites des réseaux d’eau, ou contre une utilisation excessive. On le fait déjà, mais on pourrait faire plus en certains lieux, et dans certains secteurs économiques. On pourrait aussi créer de nouveaux stockages d’eau : on le fait aussi, mais il faudrait préciser pour quels usages et avec quels inconvénients. Dans un autre registre, on peut aussi envisager la création d’une végétation d’arbustes le long des cours d’eau pour limiter la température de l’eau — mais on le fait déjà ! Ou encore augmenter le diamètre des sombreros… comme au Mexique.

Lire aussi Philippe Descamps, « Climat, de la science à la politique », Le Monde diplomatique, novembre 2015.

Si l’on prend la menace climatique réellement au sérieux et pas seulement comme un gadget d’opportunité permettant de financer des politiques contestables, nous devrions accepter l’idée que toute activité humaine ne saurait être demain ce qu’elle est aujourd’hui. Pour être crédible, une véritable adaptation devrait de surcroît faire évoluer nos usages et nos pratiques actuelles, et surtout s’attacher à transformer les activités économiques de manière à ce que les bénéfices que l’on en retire soient préservés au mieux, même s’ils sont d’une nature différente.

Ainsi, tout discours, mais aussi tout projet qui se revendique de l’adaptation aux changements climatiques doit démontrer qu’il n’est pas seulement dans la continuité des pratiques actuelles, responsables de la catastrophe climatique à venir, et dont nous avons un avant-goût en cette année 2018 des records. En vertu de ces principes, construire un plan « d’adaptation » de l’utilisation de l’eau aux changements climatiques doit conduire également à « l’adaptation » des usages, au refoulement des pratiques économiques néfastes qui obèrent l’avenir.

De l’eau pour l’agriculture : la vision du CGAAER

L’agriculture est une grande utilisatrice d’eau avec ses caractéristiques : elle soustrait au milieu, en l’évaporant, une grande partie de l’eau qu’elle prélève, ceci au cours des mois les plus chauds et quand les rivières sont au plus bas. L’agriculture actuelle a donc un impact important sur le grand cycle de l’eau, et l’on peut prévoir que les changements climatiques ne feront que renforcer cette particularité, si son modèle et ses pratiques ne sont pas transformés.

En ce domaine, les projets de construction de retenues, soit sur les cours d’eau, soit sur les surfaces agricoles, restent prisonniers des idées et des pratiques passées, telles qu’on les retrouve dans le rapport n° 16 072 de juin 2017 du Conseil général de l’alimentation de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER (2)), au titre évocateur « Eau, agriculture et changement climatique : Statu quo ou anticipation ? ».

À la lecture de ce rapport, ce qui reste de la fameuse ambition d’anticipation se réduit à continuer à faire ce que l’on fait depuis soixante-dix ans, et de plus en proposant de faire tomber les frêles barrières de protection des cours d’eau qui subsistent encore. L’objectif est clairement affiché : affaiblir la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE), pour ne plus être empoisonné par le bon état des masses d’eau, découper en rondelles l’obligation de restauration de la continuité des cours d’eau pour y multiplier les barrages, abaisser les seuils de protection des débits des rivières (DOE) pour pomper plus d’eau, etc. La préoccupation de ces douze ingénieurs généraux des Ponts, des Eaux et des Forêts est la gestion quantitative (3) au service de l’agriculture industrielle… une agriculture du passé qui, sous les coups de la permaculture, apparaît dépassée.

C’est avec une certaine inconscience que le « rapport alerte sur les impacts du défaut d’anticipation », sauf qu’il ne se préoccupe guère de la pollution générée par l’agriculture intensive. Un effort de non anticipation qui dure depuis soixante-dix ans et dont l’absence de résultat significatif illustre l’efficacité avec laquelle ces questions sont traitées aujourd’hui. En mettant l’accent sur le défaut d’anticipation, nos ingénieurs se retrouvent dans la posture de l’arroseur arrosé… par l’eau nitratée de la nappe de Beauce par exemple, avec son million de tonnes de nitrates, sans parler du reste : une retombée concrète d’un manque d’anticipation !

Ou encore avec les bilans globaux de la convention OSPAR (4), qui comptabilise les flux annuels de nitrates qui arrivent à la mer et à l’océan. En 2009, ce sont 480 000 tonnes d’azote, liées à plus de 2 millions de tonnes de nitrates qui ont alimenté la pollution et l’eutrophisation marine. Et quelle évolution au cours de ces dix dernières années ? Et combien de tonnes à la mer aujourd’hui ?

Combien de barrages et de retenues ont été construits, combien de millions de m3 ont été stockés au cours du temps, et, malgré cet effort d’aménagement, combien de kilomètres de cours d’eau toujours plus asséchés ? Combien de marées vertes, combien de plans écophyto pour endormir le public et les militants qui accompagnent cette démarche ? Ce rapport du CGAAER, très documenté techniquement, procède d’un parti pris que ne désapprouverait pas le complexe syndicalo-industriel-agricole. Il est difficilement crédible car les problèmes de pollution de l’agriculture actuelle, dont on peut prévoir qu’ils vont s’aggraver avec les changements climatiques, ne sont pas traités. Le rapport est quasiment muet sur ce sujet de santé publique. Dissocier la gestion quantitative de la gestion qualitative de l’eau, comme si on séparait le bon grain de l’ivraie, est une stratégie grossière qu’il faut combattre : d’un côté il est répondu positivement à une revendication syndicale permanente et de l’autre on fait l’impasse sur les retombées négatives de cette politique !

L’adaptation aux changements climatiques ne saurait être le prolongement du modèle agricole actuel, avec ses volumes stockés qui n’ont fait qu’augmenter au fil des ans, et ses prélèvements excessifs, accompagnés de pollutions aux nitrates et aux phytosanitaires. Corrélativement l’adaptation doit poursuivre un objectif supplémentaire : faire régresser significativement les pollutions de l’eau et la destruction des milieux qui accompagnent les pratiques du vieux monde, et en particulier du vieux ministère de l’agriculture.

Eutrophisation des eaux dans les retenues de barrages

Pour le CGAAER, l’anticipation revient à construire de nouvelles réserves d’eau : barrages et retenues sur les cours d’eau. Ces ouvrages n’ont pas que des vertus et l’une de leurs maladies, parmi d’autres, c’est l’eutrophisation de leurs eaux stagnantes. Il suffit de barrer un cours d’eau pour que la qualité de l’eau accumulée se dégrade. Voir à ce sujet l’expertise ESCo 2017 eutrophisation (5).

Les barrages permettent aux pollutions, azote, phosphore et autres éléments chimiques qui circulent dans les cours d’eau, d’exprimer puissamment leurs nuisances trophiques dans les retenues, alors que leurs effets sont nettement moins marquants en eau courante. Pour qu’une retenue soit maintenue dans un état acceptable, il faut que les concentrations en éléments nutritifs soient très faibles, et donc très inférieures à ce qu’elles sont dans le cours d’eau qui l’alimente. En conséquence, les traitements de toutes les sources de pollution situées dans le bassin versant amont devront être beaucoup plus poussés que ce qu’ils sont aujourd’hui, notamment en matière d’activité agricole. Sous l’impulsion des agences de l’eau, villes et industries ont amélioré globalement et significativement leurs rejets, et les réductions des rejets de phosphore sont spectaculaires, ce qui ne veut pas dire que tous les problèmes sont résolus. À l’inverse, les apports agricoles diffus sont hors de contrôle, et neutralisent les résultats obtenus par ailleurs.

Des manifestations spectaculaires de ce phénomène sont observées en Loire Bretagne : Grangent et Villerest sur la Loire sont des bouillons de culture, Rochebut sur le Cher ne vaut pas mieux, etc. Les 22 plans d’eau prioritaires pour l’eau potable comme Guerlédan sur le Blavet ou le complexe du Moulin-Ribou sur la rivière la Moine en Maine-et-Loire sont sous surveillance permanente des Agences régionales de santé (ARS). De plus en plus souvent, l’eutrophisation se manifeste par la production de cyanobactéries, algues bleues, dont les toxines sont dangereuses et responsables de la mortalité de nombreux chiens venant barboter dans les rivières pendant l’été.

Lire aussi Guillaume Beaulande, « Paraguay, pays de l’« or bleu » », Le Monde diplomatique, octobre 2018.

Avec les changements climatiques, la température de l’eau augmentant, eutrophisation et cyanobactéries vont prospérer, une bonne raison pour ne pas faire des retenues sur les cours d’eau, à moins de prendre des mesures drastiques pour cantonner ces phénomènes dans des limites scientifiquement maîtrisables : mais est-ce possible économiquement ? La leçon de cette histoire est rude : jusqu’à maintenant, bien peu de résultats ont été obtenus malgré les efforts entrepris, les moyens financiers engagés, le tout accompagné par la litanie des belles promesses. L’eutrophisation se manifeste dans les autres bassins hydrographiques de notre pays, et à des degrés divers partout dans le monde, comme au Maroc et en Algérie, signalés comme des exemples de stockages en zones arides.

En Floride, c’est l’eau du lac Okeechobee, d’une superficie de 1 890 km2, enrichie par les phosphates et nitrates de la culture du maïs, qui génère des marées vertes sur les plages de l’océan Atlantique et du golfe du Mexique. Comme le rapportait Le Monde, « les lâchers d’eau provoquent sur les plages de Floride l’émergence d’algues vertes toxiques que les habitants ont surnommées ironiquement “guacamole” (6) »… En 2016, pour éviter la rupture du lac, il fallut libérer l’eau : « une épouvantable mer d’algues vertes à l’odeur pestilentielle se déversa sur les côtes floridiennes ».

Conséquence : toute l’économie du Parc national des Everglades, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, s’est effondrée. En cause ? La construction en 1930 d’une digue autour du lac venant modifier le grand cycle de l’eau. Ensuite, la culture intensive du maïs a dégradé la qualité de l’eau, éradiquant poissons et pêcheurs. Enfin, cyclones et ouragans rendent difficiles les actions de reconquêtes. Morale de l’histoire : à l’origine, une mauvaise anticipation ; et aujourd’hui quelle forme devrait prendre l’adaptation ?

Une histoire, à quelques détails près, qui évoque l’eutrophisation des barrages de la Loire, de la Loire elle-même, dont le panache vient lécher les côtes du sud de la Bretagne, contribuant ainsi aux marées vertes de ce secteur. Cet échec dans la lutte contre l’eutrophisation en rappelle un autre, la reconquête de la qualité de l’eau potable dans les aires d’alimentation des 1 000 captages prioritaires qui ont été identifiés en France.

Stockage de l’eau dans les retenues de barrages sur les fleuves et les cours d’eau

Sur les fleuves, les barrages sont souvent de grande taille, on en compte 522 de plus de 15 mètres de haut sur le territoire national, et pour des volumes stockés s’échelonnant entre le million de m3 à plus du milliard. Ils sont pratiquement infranchissables par les poissons migrateurs, sauf adjonction de dispositifs à la performance douteuse. Ils peuvent être à vocation principalement hydroélectrique, comme Grangent sur la Loire ou Rochebut sur le Cher, tout en participant indirectement au soutien des étiages, y compris pour les besoins de la production hydroélectrique nucléaire. Ils peuvent aussi être « multifonctions », le réglage des vannes permettant de faire du soutien d’étiage, de l’écrêtement de crues à partir d’une retenue partiellement remplie, mais aussi de produire de l’électricité tout en permettant les activités nautiques et touristiques comme à Villerest, ce concentré de fonctions contradictoires.

Il arrive aussi que ces mastodontes puissent être gravement endommagés par les tremblements de terre, par l’effondrement de pans de montagne dans leurs retenues ou encore être affectés par des intumescences hydrauliques : comme ce fut le cas le 23 juillet dernier au Laos, où les très fortes pluies ont entraîné la rupture d’un barrage de 770 mètres de long et de 16 mètres de haut, libérant 5 milliards de mètres cubes d’eau, submergeant et balayant plusieurs villages et faisant un grand nombre de victimes (7).

Ces barrages peuvent aussi être écrêteurs passifs de crues, comme celui de Margon, vieux Bourg sur l’Huisne dans le département de l’Orne. Une digue transversale barre le lit majeur de la rivière, une échancrure est ménagée et, quand le débit devient trop important, l’eau s’accumule et inonde la plaine amont tout en réduisant la submersion de l’aval. La performance de ce type de dispositif trouve vite sa limite comme il est apparu dans la version finale du projet de barrage passif du Veurdre, sur l’Allier, d’un volume de 130 millions de m3, non réalisé à ce jour.

Sur les cours d’eau plus modestes, ce sont environ 80 000 ouvrages plus petits, allant de la microcentrale hydroélectrique au vieux moulin délabré qui figent le paysage et insultent aussi bien le patrimoine bâti que le patrimoine naturel, et ce ne sont pas les quelques vieux moulins restaurés qui peuvent masquer les rivières trop souvent abandonnées. Quelle que soit leur esthétique, tous barrent, perturbent et détournent les écoulements, saucissonnent les lits au point d’interrompre le transport solide des sédiments, d’où la rupture du profil d’équilibre des cours d’eau entraînant érosion progressive et régressive. Et certains voudraient faire encore plus de barrages, faisant une fois de plus la promotion des solutions du passé.

Stockage de l’eau dans des réserves hors cours d’eau

Une autre catégorie d’ouvrage est aussi fort répandue : les retenues collinaires. Ce sont, comme l’indique l’agence de l’eau Rhône Méditerranée, les « réserves artificielles d’eau, en fond de terrains vallonnés, fermées par une ou plusieurs digues (ou barrage), et alimentées soit en période de pluies par ruissellement des eaux, soit par un cours d’eau permanent ou non permanent. Suivant la perméabilité des terrains et le risque de fuite d’eau, le fond peut-être rendu étanche par un voile artificiel ou une couche d’argile ».

D’une contenance de l’ordre de 10 000 à 100 000 m3, ces très nombreuses retenues interceptent collectivement au fil des bassins versants des volumes d’eau très importants. Ce faisant, elles privent de recharge les nappes d’eau souterraines, et soustraient aux flux des rivières des débits qui sont loin d’être négligeables. Il n’y a aucune limite à l’ambition des slogans de ceux qui bénéficient de ces détournements d’eau, et qui affirment sans nuance : « toute cette eau qui va à la mer est perdue » ! Perdue pour eux, peut-être. Mais pas perdue pour les organismes qui vivent dans l’eau, pas perdue pour ceux qui sont à l’aval et distribuent l’eau potable, ou ont une autre activité, y compris agricole, pas perdue pour la mer, ses activités touristiques, sa conchyliculture et la reproduction des espèces animales qui fréquentent le littoral.

Le déséquilibre quantitatif est occasionné par des prélèvements supérieurs aux capacités de réalimentation naturelle des milieux. Là où l’on est en déséquilibre quantitatif, l’instruction du gouvernement du 4 juin 2015, signée par la ministre de l’environnement, préconise la mise en place de « projets de territoires », qui prendront en compte l’ensemble des usages de l’eau et la pollution. Il convient alors de limiter les prélèvements et de les répartir entre les différents usagers de l’eau, et de fixer un « volume prélevable », avec une priorité pour l’eau potable, et sans oublier les milieux naturels dont la capacité de négociation dans cette foire de l’eau est liée à la puissance de résistance de l’État et de son ministère de l’Environnement quand il se veut protecteur de la biodiversité, et des associations quand elles manifestent sur le terrain et contestent le discours des promoteurs.

Ainsi naît le débat autour de ces problématiques qui interpellent l’intérêt général ! Ces zones en déséquilibre sont qualifiées de Zones de répartition des eaux (ZRE). Pour réduire le déséquilibre quantitatif, la solution est vieille comme l’irrigation : faire toujours plus de retenues. La rédaction ambiguë de l’instruction du 4 juin 2015 le permet, tout en complexifiant les démarches, et en faisant financer la substitution par les agences de l’eau à un taux majoré : 70 à 80% selon les cas.

Les retenues déconnectées des cours d’eau, les zones de répartition des eaux, la substitution des prélèvements

Dans certains bassins comme ceux d’Adour-Garonne ou de Rhône-Méditerranée, ce sont plutôt des retenues collinaires ou des barrages qui ont la préférence des aménageurs ; et voilà que ressort après Sivens dans le Tarn, un nouveau barrage en Lot-et-Garonne, cette fois sur le petit cours d’eau de Caussade, pour former une retenue de 920 000 m3 destinée à l’irrigation devant desservir un vingtaine d’agriculteurs irrigants. Coût : trois millions d’euros, dont les deux tiers pourrait être apportés par la région Nouvelle-Aquitaine et le département. Mais qui va payer le reste ? Pas l’agence de l’eau car alors il faudrait un projet de territoire et pour l’instant la chambre d’agriculture a choisi de s’en passer (8). Aux dernières nouvelles la contestation vient de marquer un point : les ministres de l’agriculture et de l’environnement invitent la préfecture du Lot-et-Garonne à revoir sa copie, car elle pourrait bien être illégale.

Dans le bassin Loire-Bretagne, qui n’est pas sous équipé en grands barrages, une variante de ces dispositifs de stockage de l’eau est en développement : ce sont les retenues déconnectées des cours d’eau. Elles sont placées entre les parcelles cultivées, un trou de moins d’un hectare de surface est creusé, avec les matériaux récupérés une digue est installée sur le pourtour, et pour garder l’eau, la cuvette est rendue étanche à l’aide d’une membrane. Le remplissage est réalisé à partir de forages, ou par prélèvements dans les rivières, ou les deux. Leur volume est inférieur au million de m3. Étant placées hors des cours d’eau, elles n’en affectent pas la continuité ; cependant, tout comme les retenues collinaires, elles affectent directement ou indirectement le débit des cours d’eau.

En mettant l’eau des nappes souterraines, plutôt fraîche, en surface, elles conduisent au réchauffement de l’eau stockée, donc à une évaporation qui ne se serait pas produite si l’eau était restée dans le sous-sol. À prendre en compte quand on prône l’adaptation aux changements climatiques. Il faudrait évoquer aussi le fait que l’agriculture intensive compacte les sols et les transforme en « toile cirée », réduisant leur capacité d’absorption et de transfert vers les nappes. Comment avoir des nappes à l’équilibre si on les empêche de se recharger ?

Pourquoi construire ces retenues avec géo-membrane alors qu’il suffirait de pomper directement en nappe pour irriguer, comme cela est pratiqué depuis bien longtemps ? Tout simplement pour irriguer plus en poussant les prélèvements au maximum de ce qui est possible, la limite étant la mise à sec des nappes et des cours d’eau. Pour pomper plus, et éviter la mise à sec, la substitution des prélèvements accompagne ces retenues.

L’idée est simple. Pour ne pas pomper pendant l’été alors que les niveaux des nappes et les débits des cours d’eau sont au plus bas, il suffirait de remplir les retenues l’hiver quand les nappes et les cours d’eau sont en principe au plus haut. Les prélèvements seront encadrés réglementairement : niveaux piézométriques pour les nappes et débits minimum pour les cours d’eau. Dans un schéma idéal, la substitution peut faire illusion, sauf que les sécheresses d’hiver existent, les printemps et les étés pourris aussi. Quant aux réglementations il est toujours possible, soit de ne pas les respecter, ou mieux encore de les affaiblir en mettant sous pression préfets, ministres, et ministères. Sous l’influence des lobbies, les règlements s’évaporent ; par contre les trous restent et les promesses de règlements protecteurs sont le plus souvent des promesses de dupes.

Qu’elles soient de substitution ou non, le gros handicap des retenues déconnectées des cours d’eau c’est leur coût d’installation, de l’ordre de 6 à 8 euros par m3 stocké, contre 3 à 4 pour des barrages en rivières ou encore les retenues collinaires. En principe les retenues de substitution devraient être installées dans les Zones de répartition des eaux (ZRE). Mais hors des ZRE, là où les ressources sont encore abondantes, l’utilité de la retenue de substitution est moins évidente, sauf que la revendication agricole existe : anticipation climatique ou attrait de ces hauts taux de financement apportés par les agences de l’eau ? Et pour rembourser, il faut produire au maximum : surutilisation des intrants, des pesticides, et… de l’eau.

Stockage de l’eau par réutilisation des eaux usées : la Réut

Dans la chasse à l’eau, une autre idée perfuse, qui consiste à utiliser l’eau usée des stations d’épuration urbaines, ou d’eau issue de processus industriels, ou encore d’eau de refroidissement des centrales électriques, pour irriguer les cultures. C’est la « Réut ». Dans le Bassin Loire-Bretagne, les volumes annuels prélevés dans le milieu naturel par les centrales électriques sont deux fois plus élevés que les prélèvements des villes, eux-mêmes deux fois plus élevés que les prélèvements de l’irrigation, ces derniers étant quatre fois plus importants que les prélèvements de l’industrie.

Mais le bilan quantitatif global annuel masque le fait qu’une partie plus ou moins importante des prélèvements retourne vers le milieu. Pour les centrales électriques, 75 % du prélèvement retourne au fleuve ; l’industrie est à 99 % ; l’urbain à 75 %. Pour l’irrigation, le retour est négligeable, et l’impact d’autant plus important que cette activité se déploie pendant la période estivale alors que les rivières et les nappes sont au plus bas. En conséquence, utiliser l’eau rejetée par les autres usages à des fins d’irrigation, revient à en priver les milieux dans les périodes d’étiages alors que les températures, des sols, de l’air, de l’eau, sont au plus haut, et le seront d’autant plus avec les changements climatiques.

Sans préjuger des problèmes posés par la qualité de l’eau réutilisée, de telles utilisations devraient s’inscrire au minimum dans des démarches de répartitions des eaux (ZRE). Lors de la période d’irrigation, l’utilisation d’un volume d’eau de réutilisation devrait conduire à la suppression d’un même volume de prélèvement dans le milieu naturel. En supposant qu’une telle règle soit adoptée, il reste que, pendant cette période d’irrigation, le milieu serait privé de cet apport d’eau traitée, effet catastrophique pour les petites rivières.

À partir de cette remarque, il serait possible d’envisager de stocker pendant la période hivernale l’eau de réutilisation dans des retenues hors cours d’eau. Mais pour quel bénéfice étant donné que le prélèvement hivernal direct dans un cours d’eau pour remplir des retenues de substitution apparaît beaucoup plus facile à mettre en œuvre, notamment au niveau des contraintes de localisation ? Une commission du Parlement européen s’est penchée sur la Réut faisant ce constat : « le recours à cette pratique est relativement limité dans l’Union. » Au bout du compte, il n’est pas sûr que la réutilisation en irrigation de l’eau usée traitée soit très utile, sauf cas particulier ponctuel. La réutilisation s’apparente à une opération de diversion : on n’invente pas de l’eau, seulement l’illusion d’une plus grande abondance.

Stockage de l’eau par la recharge des nappes souterraines

L’idée consiste à injecter dans une nappe souterraine de l’eau prélevée dans un fleuve lors des périodes de hautes eaux, donc principalement dans les périodes hivernales. L’eau est pompée, puis acheminée, si possible par voie gravitaire, au travers de petits cours d’eau ou de fossés vers des points où elle pourra s’infiltrer facilement vers la nappe.

La ré-infiltration est l’une des difficultés de cette technique car l’eau prélevée directement dans un fleuve en période hivernale est souvent très chargée en matière solide et en particules fines qui finissent par colmater les zones d’infiltration. C’est une technique mise en œuvre dans les Yvelines, au Pecq, par la Lyonnaise des eaux (aujourd’hui Suez), dans le but d’augmenter la productivité de la nappe alluviale de la Seine. L’eau de la Seine est pompée, débarrassée des matières les plus grossières, elle est envoyée dans les excavations d’une ancienne carrière alluvionnaire, utilisées comme des filtres naturels. De la sorte on augmente la productivité de la nappe alluviale dans laquelle est pompée l’eau qui sera ensuite traitée par l’usine de potabilisation avant distribution.

La difficulté provient du colmatage du fond des excavations d’infiltration, c’est pourquoi la moitié des excavations sera en service alors que l’autre sera mise à sec pour une phase de décolmatage, avec des engins venant briser la couche formée au cours de l’infiltration. Sans porter de jugement technique sur le bien-fondé de cette opération, il est indéniable que cet endroit dénommé la coulée verte où l’on peut observer de nombreux oiseaux en zone urbaine, est une réussite en terme de protection d’un lieu qui aurait pu se transformer en parking de supermarché ou en terrain de moto-cross.

La recharge de la nappe de Beauce a été remise à l’ordre du jour quand Xavier Beulin, (aujourd’hui décédé), président de la Chambre d’agriculture du département du Loiret, est devenu président de la FNSEA.

La Beauce est un haut lieu de l’agriculture industrielle intensive dont la productivité est assurée par l’eau contenue dans les interstices du calcaire sous-jacent. La surface de cette zone est proche de 10 000 km2 pour une profondeur maximum de 200 m au centre. Le volume de cette nappe serait de l’ordre d’une vingtaine de milliards de m3, la réalimentation annuelle par les pluies efficaces de l’ordre du milliard, dont une partie retourne vers les cours d’eau qui vidangent cette nappe et qui peuvent être mis à sec si les prélèvements sont trop importants.

Des règles de gestion quantitative ont été déterminées dans le cadre du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) « nappe de Beauce » (9), la répartition du volume prélevable pour l’agriculture a été fixée à 420 millions de m3 si la nappe est en niveau haut, et la moitié si elle est en niveau bas. Des volumes considérables mais une limitation des prélèvements, insupportable pour la profession, aboutissant à cette idée : il faut recharger la nappe de Beauce avec l’eau de la Loire. Des chiffres ont été avancés, 100 millions de m3 pompés dans la Loire pour remplir un aquifère qui s’apparente à une passoire.

Avec une pompe de 3m/s immergée dans la nappe alluviale de la Loire moyenne, il faudra une année pour transférer 100 millions de m3, et à condition que le système d’infiltration ne se colmate pas. Pour qui, pour quel bénéfice une telle opération qui fait le bonheur des hydrogéologues ! Et qui paiera la facture d’électricité ? En plus de la recharger, cette opération aurait la vertu de diluer sa pollution car les concentrations en nitrates des eaux de la Loire sont inférieures à celles des eaux de la nappe. Sauf que, dans la Loire, il n’y a pas que des nitrates !

Par ailleurs il reste à croire que 100 millions de m3 arriveraient à faire ce qui est hors de portée du milliard de m3 de pluie annuelle ! À vouloir inventer à tout prix des solutions de stockage, et en injectant des eaux de surface dans des aquifères, on prend bien des risques, et ce n’est pas le mélange des pollutions qui changera quoi que ce soit à l’état de dégradation de la qualité de l’eau, que l’augmentation des températures va encore aggraver.

L’eau des zones karstiques est très fragile, il n’est pas besoin d’y injecter de l’eau superficielle pour que leur qualité soit dégradée. Dans le Jura au sous-sol karstique, du fait de la renommée du « Comté », les activités d’élevage se sont fortement développées et des rivières prestigieuses mais fragiles comme la Loue, le Dessoubre, la rivière d’Ain ont perdu leur qualité d’antan. En conclusion il n’est pas besoin d’injecter de l’eau pour que les nappes souterraines se dégradent, et de surcroît si on se met à y injecter de l’eau polluée ce sont toutes les ressources en eau qui sont menacées.

D’autres projets de même nature ont été évoqués. Par exemple, à partir des eaux du Tarn et du Lot, recharger en eau les formations calcaires du causse Sauveterre situé entre Lot et Tarn. La prise de risques serait grande car l’eau du karst de Sauveterre est de grande qualité : à protéger absolument car la quantité ne doit pas tuer la qualité.

Quelle limite à la multiplication des retenues d’eau ?

Éparpillées sur le territoire national, toutes ces retenues, quand elles sont pleines, forment une immense réserve dépassant la dizaine de milliards de m3 d’eau, et plus encore si l’on y ajoute la myriade d’étangs, les zones humides, et les gravières de toute nature.

Ce volume de stockage s’est constitué au fil du temps et n’a fait qu’augmenter, bien que d’autres ressources soient mobilisées, notamment le pompage direct dans les fleuves et dans les nappes souterraines.

Le volume de stockage est déjà énorme, et pourtant des demandes supplémentaires de création de retenues se font jour régulièrement. En août 2017, Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, identifie 87 projets qui ont été lancés, et déplore que seulement 14 aient été réalisés. Favorable à l’installation de nouveaux dispositifs de stockage, il est dans la même logique que le CGAAER, que la FNSEA, ou que ce céréalier de l’Indre qui, le 5 août 2018 sur France Info, déplore la baisse des rendements en colza, en blé, et à venir en maïs, du fait de la sécheresse et laisse entendre que, pour remédier à ces calamités, il faut de nouvelles retenues.

En réponse le même jour sur la même station, Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, assure qu’il va falloir « revoir le système agricole et se dire qu’il y a des cultures qui méritent d’être un peu moins irriguées et privilégier les cultures qui créent des valeurs ajoutées, comme la production de légumes et la production de fruits. »

Les revendications de création de nouvelles retenues étant sans limite, le ministre de l’agriculture mettra-il une limite à l’acceptation de ces demandes ? Ce n’est pas ce que l’on observe au fil des ans, certains projets verront le jour et le volume stocké va continuer d’augmenter. Nouveau ministre, même revendication, même réponse qui s’inscrit dans une vision libérale et sans limite de la croissance : comme pour les automobiles, comme pour les avions… etc. avec pour conséquence malheureuse, la cavalcade du CO2, la perte de la biodiversité, et la pollution de l’eau stockée, le pire étant à venir avec l’augmentation des températures. À ce rythme-là, en 2070, l’eau ne sera potable… que pour l’irrigation d’aujourd’hui.

Pollution de l’eau, réduction de la biodiversité

L’eutrophisation des retenues de barrages et des plans d’eau ne doit pas masquer l’eutrophisation des eaux courantes, certes souvent moins spectaculaire mais porteuse de l’affaiblissement biologique des cours d’eau. Ou encore l’eutrophisation marine avec son cortège de marées vertes comme en Bretagne, ou les marées brunes aux Antilles formées par des accumulations de sargasses, aux effets écologiques et économiques désastreux, et dont la décomposition génère ammoniac et hydrogène sulfuré provoquant maux de tête, vomissements et pouvant mettre en péril la santé humaine et celle des animaux.

Dans les causes de dégradation de la qualité, on rencontre très souvent, trop souvent, nitrates, phosphore, pesticides, perturbateurs endocriniens, et autres néonicotinoïdes, qu’utilise à grande échelle une agriculture industrielle qui enjambe avec aplomb ses responsabilités dans la diffusion de poisons que l’on retrouve dans les sols, dans l’air, dans l’eau, dans les aliments et dans le sang des consommateurs. Cette agriculture porte une responsabilité évidente, mais qui ne doit pas masquer la responsabilité collective dans la banalisation de l’utilisation des produits chimiques pour un oui, pour un non… et surtout pour la grandeur économique des industriels de la chimie.

Les poissons qui ne votent pas paient un lourd tribut à cette utilisation massive de la chimie, ce qu’observaient déjà depuis longtemps les instituts de recherche et des organismes comme l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ou l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) (10). Dès maintenant, on peut prévoir qu’avec les changements climatiques, ce sera : heureux comme un poison dans l’eau… sans poissons ! Les oiseaux, les insectes, et les autres espèces sont aussi des victimes de la « chimification » du monde, ce que montrent les dernières publications du Museum national d’histoire naturelle (MNHN) et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui indiquent (11) : « En 15 ans, 30 % des oiseaux des champs ont disparu. »

Plus globalement, les travaux de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) (12), qui tenait sa 6e session plénière en mars dernier à Medellin en Colombie, alertent sur la sixième extinction de masse dans les différents continents. Par exemple, en Europe et Asie centrale, 71 % des populations de poissons ont des effectifs qui déclinent sur 10 ans, comme le rapportait le quotidien Le Monde (13). Informations à rapprocher d’observations locales sur la Loire moyenne, où des espèces communes de poissons se sont tellement raréfiées que l’on pourrait penser qu’elles ont disparu et où, sur les rives, les insectes aquatiques dans les sables, les petites mares, et sous les graviers, ont été éradiqués.

En fait la pollution affecte tous les milieux mais certaines espèces plus sensibles que d’autres sont davantage impactées. Comme est plus impactée la rivière où se cumulent les pollutions de tout le bassin versant ce qui explique probablement pourquoi l’impact sur les espèces aquatiques est plus marqué que sur les espèces terrestres : il existe encore souvent dans les bassins versants des îlots où la biodiversité terrestre trouve refuge, ceci est beaucoup plus rare en rivière relativement à la pollution de l’eau.

Pesticides, perturbateurs endocriniens, et autres néonicotinoïdes : dans les brouillards d’écophyto

Le pire de l’adaptation serait : plus chaud, moins d’eau, et plus de phytosanitaires en 2070. Ce scénario catastrophe est fort plausible si l’on considère le problème « phyto » sous l’angle économique au travers de son chiffre d’affaires qui, tout en fluctuant d’année en année autour des 2 milliards d’euros par an, augmente pour atteindre les 2.2 milliards en 2017 pour la France métropolitaine. Alors que le chiffre d’affaires augmente, la quantité totale vendue (14) diminue et passe de 120 000 tonnes en 1999, à 65 000 tonnes en 2013.

Lire aussi Claire Lecœuvre, « Pourquoi manger bio ? », Le Monde diplomatique, mars 2018.

Cette réduction des quantités résulte de la suppression de certaines molécules, et plus encore de l’utilisation de molécules très actives, dont quelques grammes sont aussi efficaces que quelques kilos auparavant. La banque nationale de données des ventes des distributeurs de produits phytosanitaires (BNV-D), mise en place en 2009 après la création de la redevance pour pollutions diffuses, permet d’assurer la traçabilité de l’ensemble des produits phytosanitaires vendus, et d’inciter les utilisateurs à choisir des produits moins dangereux pour la santé humaine et les écosystèmes aquatiques (15).

Ainsi plus le tonnage global est bas, plus l’indicateur de quantité nous dit que les molécules utilisées sont efficaces à très faibles concentrations : ce qui ne dit rien sur la toxicité globale du tonnage épandu. La question étant : avec un tonnage plus faible, la pollution est-elle plus faible ? La réponse est apportée par d’autres indicateurs, l’Indice de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT) ou encore le nombre de doses unitaires (NODU) (16).

Ce débat s’inscrit dans le cadre du Grenelle de l’environnement. L’affaire avait pris tournure le 25 octobre 2007 au matin, lors de la table ronde numéro 3 au cours de laquelle il avait été acté « une réduction de 50 % de l’usage des pesticides, si possible à l’horizon 2018 ».

Déjà, le « si possible », introduit sous la pression du président de la FNSEA, annonçait l’échec programmé de la réduction des phyto. Mais en plus, en ne quittant pas la salle après ce coup de force, les représentants associatifs, avaient avalé une grosse couleuvre. La première d’une longue série ! L’après-midi de ce 25 octobre allait devenir mémorable. Se tenait à l’Élysée, sous les ors de la République, la cérémonie de clôture du Grenelle de l’environnement. Le point final avait été un discours du président de la République qui avait entraîné un tonnerre d’applaudissements… y compris dans les rangs du lobby des pesticides, qui applaudissait à tout rompre un président de la République qui, quelques années plus tard, devait déclarer : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement. Parce que là aussi, ça commence à bien faire » (Salon de l’agriculture 6 mars 2010).

Mais avant cette déclaration fracassante, était sorti en 2008 le Plan national Ecophyto. Lequel visait la réduction de 50 %, « si possible », de l’utilisation des pesticides d’ici à 2018. Selon la note de suivi 2017 d’Ecophyto, sous la signature des ministres Travert et Hulot (17) le NODU triennal 2009-2010-2011 des usages agricoles était à 85 millions d’hectares, pour se situer à 95 millions pour le triennal 2014-2015-2016, soit une augmentation de 12 % : un pied de nez aux objectifs de réduction d’Ecophyto lancé en 2008, et ceci malgré les plans Ecophyto, numéro 1, puis 2, défendus par les ministres successifs de l’agriculture et de l’environnement.

Après ces années passées à mettre en place des programmes d’actions aux effets illusoires, après des déclarations lénifiantes chargées d’entretenir l’espoir, le constat aujourd’hui, en 2018, est sans appel : c’est l’échec d’Ecophyto, reste à mettre en place un Ecophyto numéro 3…

Alors que de nombreux acteurs se sont impliqués dans cette démarche et malgré les moyens financiers injectés (50 millions d’euros par an, prélevés sur les redevances perçues auprès des usagers domestiques par les agences de l’eau…), on peut se demander pourquoi, au lieu d’une amélioration, même petite, c’est une aggravation qui sanctionne la démarche écophyto, même si les autorités nous disent : soyez patients ! Plusieurs explications gouvernent ce constat.

La première est induite par un modèle de production agricole basé sur l’utilisation de substances produites par l’industrie chimique et bien différentes des éléments minéraux que l’on trouve couramment dans la croûte terrestre, comme le cuivre ou le soufre. Ces nouvelles molécules qui sortent des laboratoires et des usines chimiques sont tellement efficientes que quelques grammes à l’hectare suffisent.

Conjugué avec leur toxicité, ce faible grammage nécessite un matériel adapté pour leur manipulation et leur épandage. À partir de là, pour être en conformité avec l’offre chimique, les agriculteurs devront faire l’acquisition de matériels adaptés sophistiqués et coûteux. Dans ce contexte, imagine-t-on un agriculteur endetté par l’achat d’une « sauterelle » à 400 000 euros qui serait plus préoccupé par la réduction des phyto que par la recherche de hauts rendements et de hauts revenus ? Mais bien d’autres facteurs interviennent.

La deuxième explication tient au fait que les coopératives, qui regroupent trois agriculteurs sur quatre, distribuent aussi les produits phyto et matériels de traitement. Leur intérêt étant de vendre plus, leurs conseils aux agriculteurs ne risquent pas d’aller à l’encontre de la logique économique la plus classique.

Pour sortir de ce dilemme, la grande idée souvent évoquée consisterait à séparer le conseil aux agriculteurs de la vente des produits : est-ce crédible, est-ce faisable et quel impact attendre d’une telle mesure sur les comportements ? Que dirait-on d’un vendeur d’automobiles qui ne ferait pas de publicité ? On pourrait imaginer qu’il la ferait faire par une filiale discrète.

La troisième explication est liée à la puissance d’influence de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) (18). La consultation du site de l’UIPP ne trompe pas sur la marchandise. L’image qui saute aux yeux est celle d’une grande parcelle cultivée, vallonnée, d’un vert éclatant, peut être un blé d’hiver au printemps, parcourue par des traces parallèles laissées par un engin de traitement… et pas une herbe folle, pas un coquelicot jusqu’à un horizon que limite la lisière d’une forêt.

Une image idyllique où le beau, le propre, le simple suggèrent discrètement le pesticide : une image de professionnel en relation avec la puissance mondiale d’un secteur qui avec le Roundup et les « Monsanto Papers » prend de plus en plus la lumière médiatique (19), renforcée par la crapoteuse gestion par l’ État de la chlordécone aux Antilles !

L’UIPP est formée par le regroupement de 22 entreprises au niveau national, qui est rattaché à Crop life international, une association qui rassemble l’industrie phytopharmaceutique au niveau mondial, et dont le chiffre d’affaires est passé de 38 milliards de dollars par an en 2009, à 51 milliards en 2015, soit en six ans une augmentation de 5.7 % par an. Pas mal ! Pour l’UIPP, la croissance de son chiffre d’affaires est moins spectaculaire et passe de 1,66 milliards d’euros en 2003 à 2,19 milliards en 2017 soit en 14 ans une augmentation moyenne de 2,2 % par an, relativement modeste, mais la France est l’un des premiers utilisateurs de phytosanitaires du monde.

Le point commun à ces trois constats, c’est l’intérêt économique des acteurs, qui est basé sur la vente et la compétition, et certainement pas sur la réduction des chiffres d’affaires. Quand Ecophyto annonce une réduction de 50 % de l’usage des pesticides en 2018, que faudrait-il attendre ? Une réduction du NODU qui passerait à 45 millions. Dans ce cas, quel serait l’impact sur le chiffre d’affaires de l’UIPP : une réduction par un facteur 2, impensable ! Ou alors un maintien du chiffre d’affaires de l’UIPP, ce qui revient à dire que les agriculteurs paieraient la même chose pour un NODU réduit de 50 %. Pas plus réaliste !

Reste la découverte de nouvelles molécules, qui auraient la propriété d’être efficaces contre leur cible, sans être toxiques pour la biodiversité, pour la santé, pour la qualité de l’eau de l’air : une chimère pour s’accommoder des contradictions entre environnement et économie.

Si le « si possible » n’avait pas été introduit dans le plan Écophyto en 2008, le résultat aurait-il été différent ? Probablement pas, car, après examen, écophyto pourrait bien être un leurre. Si les moyens dédiés à cette opération avaient été consacrés à la conversion des exploitations à l’agriculture biologique, peut être aurions–nous de meilleurs résultats. Pour affronter les changements climatiques, après le zéro phyto dans les villes et villages, et bien avant 2070 nous devons dès aujourd’hui avoir le courage et la détermination de passer au zéro phyto dans les champs : il reste à sortir du brouillard d’écophyto pour faire la promotion de « l’opération coquelicots » (20) !

La demande de stockage d’eau par l’agriculture

Ignorant délibérément ces désastres chimiques et écologiques, l’agriculture industrielle et ses supporteurs et bénéficiaires revendiquent la création de nouveaux stockages. De ce fait, la politique de l’eau se trouve réduite à un discours sur une gestion quantitative, au service d’une politique agricole qui reste discrète sur sa responsabilité dans la dégradation environnementale.

Ce que proposent ses promoteurs, c’est une politique de gestion quantitative dont la préoccupation principale est faite de débit, de diamètre de tuyau, de puissance des pompes, de volume des retenues, de nombre d’hectares irrigués, le tout au service d’un modèle agricole orienté globalement vers l’exportation, dans un contexte de mondialisation des échanges que la puissance publique finance déjà.

En brandissant la menace des changements climatiques, les promoteurs du développement des nouveaux stockages d’eau pensent avoir trouvé l’argument imparable qui devrait emporter l’adhésion des citoyens rationnels et raisonnables.

Seulement ces citoyens, qui devront supporter les conséquences des choix opérés, sont légitimes pour demander au nom de quelle politique agricole ces nouveaux stockages d’eau sont revendiqués. Une politique agricole qui ne ferait que prolonger les pratiques existantes n’est pas acceptable, et n’est pas crédible pour qui se projette en 2070 ou 2100.

Une politique agricole qui ne ferait que prolonger les pratiques existantes n’est pas acceptable, et n’est pas crédible pour qui se projette en 2070 ou 2100.

L’adaptation aux changements climatiques impose une évolution des modèles agricoles en prenant en compte les évolutions hydriques et thermiques futures, l’inverse ne ferait que proroger les dérives actuelles dont le passif reste à solder. Passif à mettre au crédit des tenants de l’agriculture industrielle tenus d’éliminer les nuisances chimiques attachées à leurs pratiques, mais qui, sans retenue, revendiquent toujours plus de retenues sans que jamais se réduise significativement l’utilisation des nitrates, des pesticides, et des néonicotinoïdes, entraînant dans les parcelles cultivées selon les pratiques intensives l’effondrement de la biodiversité.

À quoi serviraient des retenues qui entretiendraient l’état de pollution de l’air, des sols, et de l’eau, ou pire encore, qui l’aggraveraient ? Pour sortir de ce dilemme, il faut au plus vite sortir de cette agriculture intensive pour construire une agriculture compatible avec le plus chaud et le moins d’eau, imposée par les changements climatiques.

Une agriculture qui affirmerait son adaptation aux changements climatiques, ne pourrait être crédible que si elle est construite sur un nouveau modèle économique dont les productions et les objectifs tiendraient compte des contraintes nouvelles, et en particulier de celles qui sont liées à l’utilisation de l’eau. Comme beaucoup d’entre nous, après s’être installée dans le gaspillage de l’abondance, l’agriculture nouvelle va devoir adopter une gestion quantitative parcimonieuse vécue comme une honte, une sorte de retour vers le malthusianisme.

Ce défi agricole est immense, mais le défi climatique ne l’est pas moins. Prendre sa mesure impose de ne pas tergiverser, de ne pas se laisser tromper par les solutions dites de bon sens, de ne pas capituler devant les revendications des organisations attachées à la survie de leur « business model ». Ce défi est économique, politique, culturel, et écologique, un seul but : construire dès maintenant la ligne de résistance climatique.

La cellule d’expertise des ministres Hulot et Travert

Et maintenant que font les aménageurs de retenues ? Lors de la dernière sécheresse en 2017, les projets de retenues qui sédimentaient dans les tiroirs des services administratifs et des chambres d’agriculture, sont ressortis en fanfare. Au mois d’août 2017, à peine installée, la réaction du gouvernement Macron ne s’est pas fait attendre : les ministres, Nicolas Hulot pour l’environnement et Stéphane Travert pour l’agriculture, annonçant la mise en place « d’une cellule d’expertise pour dénouer les éventuelles difficultés rencontrées dans la gestion de l’eau en agriculture » (21). Pour parfaire le dispositif, les préfets, coordonnateurs de bassin, ont été mobilisés pour dynamiser les « projets de territoires » évoqués précédemment, de manière à impliquer les acteurs concernés par ces aménagements.

Bien que cette cellule travaille dans une grande discrétion (on est toujours prisonnier dans une cellule), on pressent déjà que, même en s’appuyant sur l’alibi des changements climatiques, les futures retenues seront quand même au service d’une agriculture conventionnelle qui, pour rester compétitive, empruntera les chemins habituels de l’utilisation massive des intrants chimiques.

Pour donner le change, et pour être conformes aux « projets de territoire », ces projets de retenues seront accompagnés de dispositions, comme les économies d’eau, la rotation des cultures, la lutte contre la pollution diffuse, toutes contraintes logiques dans un monde où ne s’opposeraient pas économie et écologie, mais balayées d’une pichenette par les businessmen de l’agriculture, au nom des règles supérieures du marché et d’une économie maximaliste qui n’a jamais intégré la contrainte environnementale.

On ne voit d’ailleurs pas pourquoi aujourd’hui plus qu’hier ces acteurs économiques se préoccuperaient davantage de l’atténuation des changements climatiques que du chiffre d’affaire annuel des intrants : plus de 2 milliards d’euros de phytosanitaires, de 2 à 4 milliards d’euros de fertilisants au service d’une transformation des productions qui tourne autour des 160 milliards par an.

Et il ne suffira pas que la cellule d’expertise renforce les dispositions environnementales dans les projets de territoire accompagnant la réalisation des retenues pour que les syndicats agricoles adhèrent à une démarche de réduction des intrants qui ferait certes baisser la pollution, mais aussi les rendements et les revenus. Le projet de territoire ne peut être viable que si parallèlement à la contrainte sont introduites des dispositions que le rendent viable économiquement. On retombe toujours sur le même problème.

Croire qu’il suffit d’adopter un projet de territoire pour que tous les problèmes trouvent leurs solutions s’apparente à une fable. L’exemple de la protection des captages prioritaires d’eau potable illustre la limite des bonnes intentions. Cette protection est un sujet majeur. Ce n’est pas une vague lubie d’écologiste mais un problème de santé publique, et personne n’oserait affirmer directement que cette politique est inutile. Plus de 33 000 captages d’eau potable sont répertoriés en France, dont certains délivrent une qualité d’eau qui n’est pas ce qu’elle devrait être.

Mille captages, parmi les plus affectés, ont été sélectionnés pour des actions de reconquête de la qualité de leurs eaux : c’est la politique des 1 000 captages prioritaires issue du Grenelle de l’environnement, puis réaffirmée par Ségolène Royal. Bien sûr, il pourrait y en avoir plus, car nitrates et pesticides sont partout à des concentrations plus ou moins élevées. Bien que des actions de concertation soient engagées depuis une dizaine d’années, on observe très peu de résultats, car pour que nitrates et pesticides baissent, il faudrait en mettre beaucoup moins, voire pas du tout, sur une surface cumulée des 1 000 captages de l’ordre de 5 à 10 millions d’hectares.

Mettre moins d’intrants reviendrait à changer de modèle agricole, donc de système économique, une incongruité selon les déclarations réitérées des représentants des organisations agricoles majoritaires lors des réunions du groupe national sur les captages prioritaires. D’où l’échec de la politique de protection des 1 000 captages prioritaires, et l’on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas de même pour les retenues, mêmes affublées de projets de territoire, d’autant plus que les coûts d’exploitation élevés inciteront à rechercher les hauts rendements qui conduisent à la plus-value plutôt qu’à réduire les pollutions. Et c’est bien à ce niveau que l’on peut reconnaître si ces créations de retenues s’inscrivent sérieusement dans une anticipation des conséquences des changements climatiques : une gestion du partage de l’eau où, au nom de l’économie, on ne dévaste pas la planète.

Réduction des pollutions agricoles : l’exemple breton

Si l’on cherche des exemples de réduction de la pollution agricole dans le bassin Loire-Bretagne, on en sera réduit à examiner les résultats obtenus en Bretagne. Des actions comme « Bretagne eau pure », ont été conduites depuis 1990 avec des objectifs de reconquête de la qualité de l’eau potable par la lutte contre les nitrates. Puis, en 2010, et pour 5 ans, est apparu le plan de lutte contre les marées vertes.

Dans un document de la commission interventions du Conseil d’administration du 19 octobre 2017 présidée par Roger Le Goff, maire de Fouesnant, dans le Finistère, il est noté que des progrès ont été obtenus sur les nitrates avec des réductions de concentration importantes, et parfois très importantes, comme dans la baie de la Fresnaye où, de 1990 à 2016, les concentrations en nitrates sont passées de 80 à 50 milligrammes par litre(mg/l).

Il n’en demeure pas moins que l’effort qui reste à faire pour réduire les marées vertes est très important, il faudrait atteindre les 10 mg/l de nitrates, et même si les résultats obtenus sont encourageants il vaudrait mieux s’abstenir de tout triomphalisme, d’autant que phytosanitaires et phosphore pourraient doucher cet optimisme. Quoi qu’il en soit, et en attendant mieux, il vaut mieux enregistrer une réduction des concentrations plutôt qu’une augmentation comme dans la partie médiane du bassin Loire-Bretagne et notamment en Poitou-Charente (22), là où fleurissent de nombreux projets de retenues.

Si les efforts économiques consentis sur la Bretagne devaient être étendus aux mille captages prioritaires, et plus encore à tout le territoire agricole, l’adaptation environnementale serait tellement importante qu’elle imposerait une révolution en profondeur du modèle agricole et de son économie

Alors que la règle est la stagnation, voire la dégradation de la qualité de l’eau, comment en Bretagne ces résultats encourageants ont-ils été obtenus ? Au moins trois axes d’action ont été mobilisés : la sensibilisation des agriculteurs, les actions réglementaires effectives, l’injection de moyens financiers importants pour accompagner le changement des pratiques, dont des paiements pour services environnementaux rendus par l’agriculture.

C’est l’injection d’argent public qui rend possible la réduction, certes insuffisante, des concentrations en nitrates dans les baies algues vertes de Bretagne, mais cette situation interroge l’avenir. Si les efforts économiques consentis sur la Bretagne devaient être étendus aux mille captages prioritaires, et plus encore à tout le territoire agricole, l’adaptation environnementale serait tellement importante qu’elle imposerait une révolution en profondeur du modèle agricole et de son économie, ce qui ne saurait s’accommoder des promesses servies par les syndicats agricoles majoritaires et auxquelles certains représentants de l’État feignent encore de croire.

Quel financements pour une agriculture d’anticipation ?

Ce n’est pas le projet des 19 retenues de substitution des Deux-Sèvres qui pourrait inciter à penser différemment, puisqu’il est prévu, en plus des pompages d’hiver, de continuer à pomper 8ı millions de m3 pendant l’été. Il est évident que le diable se cache dans les détails d’un calcul de la substitution à géométrie variable et sous influence. Dix-neuf retenues, et beaucoup d’autres ailleurs, pour une irrigation au service de productions qui seront obligatoirement intensives car devant amortir investissements et coûts de fonctionnement. Leur économie s’inscrira dans celle de filières agricoles déjà installées qui n’ont pas marqué l’histoire par un usage limité de fertilisants et de phytosanitaires. Donc rien de novateur dans ces projets pour lesquels les financements publics sont sollicités à des taux d’aide très élevés : taux plafond dans le 11e programme de l’agence de l’eau Loire-Bretagne, au motif de l’adaptation aux changements climatiques : un argument qui tombe à pic pour justifier et faire financer des projets du passé.

Mais au nom de l’adaptation aux changements climatiques, les activités agricoles qui seront favorisées par ces retenues devraient réduire leurs émissions de pollutions diffuses en nitrates, en pesticides, en fongicides : c’est la rançon de l’utilisation de l’argument climatique ! Alors que trouve-t-on dans ce 11e programme comme indicateurs de suivi de l’activité ? Le nombre de réserves de substitution créées, le volume de stockage en m3, les volumes d’eau prélevés en période d’étiage et volumes d’eau prélevés pour les retenues de substitution. Mais rien comme indicateurs d’objectifs sur l’utilisation des intrants, rien sur des objectifs chiffrés de réduction des concentrations de nitrates et des pesticides dans les rivières et les nappes, et dans les captages, prioritaires ou non. Restent les promesses qui n’engagent personne, mais dont la vertu est de donner à l’avenir une couleur d’espoir.

Espoir factice car il est contre nature, contre principe, que les agences de l’eau financent des projets au titre d’une meilleure gestion quantitative, sans qu’ils soient efficients sur les pollutions diffuses, au moment où tous les discours portent sur la suppression du glyphosate, sur le climat, sur la COP 21, et sur l’anticipation pour faire face aux changements climatiques. Et l’on ne peut se contenter, et l’État ne peut se contenter, de ces déclarations qui émaillent l’histoire de l’agriculture industrielle des cinquante dernières années, du style : « ce n’est pas nous, ce sont les usines et les villes qui polluent ! », « On nous stigmatise alors que la faim est partout dans le monde ! », « On fait des efforts, mais il faut nous laisser le temps », etc.

Lire aussi Frédéric Courleux & Aurélie Trouvé, « Une politique agricole si peu commune », Le Monde diplomatique, octobre 2018.

Il est aussi évident que l’on ne peut compter sur les bonnes intentions pour répondre à l’adaptation environnementale aux changements climatiques, l’histoire montre qu’elles sont impuissantes à changer les facteurs économiques qui gouvernent les pratiques et donc les revenus. L’exemple de la Bretagne est significatif à ce niveau. Projets de territoire ou pas, où sont les moyens financiers qui permettraient une agriculture d’anticipation ? À la fin de ce siècle, des augmentations de température de plus de 4 degrés Celsius sont avancées par les scientifiques : un sujet pour préparer sans attendre la future PAC de 2022, qui ne devrait pas se limiter à se lamenter sur les conséquences du Brexit conduisant à la réduction des aides à l’agriculture d’environ 10 % selon la FNSEA, voire à 15 % pour le premier pilier (23).

Une nouvelle agriculture pour relever le défi climatique

D’autres agricultures existent déjà. L’agriculture biologique fait une percée économique spectaculaire, à la grande déception de ceux qui l’ont combattue par tous les moyens et le dénigrement systématique, ce qui est pour le moins la marque d’un manque d’élégance. Les agricultures à bas intrants explorent les pistes de la culture des plantes qui utilisent moins d’eau et sont souvent délaissées, ou encore des plantes des climats semi-arides. Et pour peu que les aides publiques viennent encourager ces pratiques, on pourra commencer à croire aux démarches d’adaptation aux changements climatiques. Même si ces agricultures utilisent de l’eau, leurs besoins sont certainement plus compatibles avec le climat à venir.

Des signes encourageants d’évolution des agricultures méritent d’être signalés. Par exemple les travaux de Gilles Billen (24) du PIREN Seine, qui envisage une agriculture de proximité en Île-de-France, tournée vers la consommation locale de l’agglomération parisienne. La conférence débat organisée le 6 octobre 2018 à Orléans par l’association « Université Citoyenne » que préside Stéphanie Anton, une élue de la métropole, s’inscrivait bien dans cette perspective, avec la présentation des actions entreprises par des métropoles comme Lyon, Rennes, Orléans en soutien à une agriculture de proximité en circuit court et très orientée vers l’agriculture biologique. En présence du président de la chambre d’agriculture du Loiret, l’ambiance était sympathique… et l’engagement citoyen, contagieux !

Évidemment de telles idées suscitent des réactions, comme celle portée par le journaliste Frédéric Hénin (25) qui relativise cette possibilité sur le site Wikiagri.

Ce débat est d’autant plus nécessaire que les changements climatiques vont impacter progressivement et inexorablement les pratiques et l’économie agricole ainsi que la chaîne des bénéfices. « En 2050, en fin de cycle, avant la pluie, fera-t-on encore un passage d’engrais sur blé pour augmenter son taux de protéine et le rendre panifiable », comme le propose sur Wikiagri la vidéo « La course à l’engrais avant la pluie ? », mise en ligne le 8 mai 2018. Avant la pluie ? Bonjour les nitrates dans la nappe !

Ou encore cet évènement à partir de l’émission du samedi de France Inter « On n’arrête pas l’éco » qui se tenait ce samedi-là 24 février, jour de l’ouverture du Salon de l’agriculture. Question posée par la journaliste de France Inter Alexandra Bensaid : « 2018 sera-t-elle une année de rupture pour le monde agricole ? L’agriculture trouvera-t-elle son nouveau modèle ? »

Pour répondre à cette question, elle recevait ses invités en direct du Salon, porte de Versailles. Accompagnée d’Emmanuel Lechypre de BFM Business, un débatteur régulier de cette émission, elle accueillait quatre invités : Marc Dufumier, ingénieur agronome qui officie à AgroParisTech, Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA et Florent Guhl, directeur de l’Agence bio.

Une émission spéciale anachronique dans ce cadre, mais qui témoignait de l’évolution de la sensibilité de la société et des agriculteurs, les bio ayant de plus en plus souvent la parole. Avec des propos convenus, les représentants, du business et de la FNSEA, sont restés fidèles au modèle productiviste international subventionné. À l’inverse, en écoutant les propos de Marc Dufumier, on pouvait comprendre qu’une stratégie se pense et se met en place pour relever les défis de l’agriculture, qu’ils soient écologiques, nutritionnels, hydriques, chimiques ou climatiques : une bonne nouvelle, il y a du René Dumont dans cet agronome !

Et c’est heureux, car l’eau est fortement impactée par une activité agricole qui repousse les contraintes au nom de la défense d’un modèle économique qui réclame toujours plus de prélèvements d’eau, d’utilisation de la chimie, et conduit à l’appauvrissement des sols, à la simplification des bassins versants qui captent et infiltrent la pluie de moins en moins bien. Dans ce contexte la tentation est grande pour certains d’affirmer que la politique de l’eau doit être au service de la politique agricole, ce que l’on peut ressentir à la lecture du rapport du CGAAER évoqué plus haut.

Dans le comité de bassin Loire-Bretagne, si la révolution agricole se fait attendre, par contre la menace climatique est utilisée par les représentants de la profession agricole pour justifier la création de nouvelles retenues. Sans que les règles de la politique agricole puissent être modifiées par l’agence de l’eau, ces projets seront inscrits dans son 11e programme d’interventions pour une durée de six ans, de 2019 à 2024. Les financements se feront dans la limite des attributions de ces établissements publics, et selon l’encadrement des règles d’aides fixées en conseil d’administration, un beau schéma qui n’interdit pas l’intervention gouvernementale qui sans état d’âme viole le principe de « l’eau paie l’eau » en prélevant 25 % des finances du 11e programme. Au moment où ces lignes sont écrites l’incertitude pour l’avenir plane toujours, même si des moyens supplémentaires sont venus atténuer le prélèvement de l’État.

En Loire-Bretagne, le retour des bassines du Clain

Cette politique de construction de retenues de substitution est portée par les contrats territoriaux de gestion quantitative. Elles pourront être aidées financièrement par l’agence jusqu’à 70 % ou plus, et devront de surcroît s’inscrire dans le respect des contraintes des fameux projets de territoire. Dans le département de la Vienne, le contrat territorial de gestion quantitative du bassin du Clain est un projet d’une quarantaine de retenues de substitution pour un coût total de l’ordre de 70 millions d’euros et dont une partie importante pourrait bénéficier des aides publiques.

Les subventions seront versées aux bénéficiaires et conditionnées au respect des critères définis dans le Programme de développement rural régional Poitou-Charentes, ainsi que dans le projet de territoire qui poursuit l’objectif d’une gestion équilibrée de la ressource en eau, sans détériorer la qualité chimique et écologique des milieux aquatiques.

Belles intentions, mais faut-il comprendre que l’état actuel de dégradation de la qualité des eaux sera accepté comme une fatalité, et que seule une dégradation supplémentaire sera combattue ? Suit alors une panoplie de mesures, toutes plus ou moins mises en œuvre dans divers dossiers, comme les diagnostics d’exploitation, les accompagnements individuels des exploitants, des journées techniques de formation, le pilotage de la fertilisation azotée, la mesure de reliquat d’azote minéral en début de drainage, le suivi de l’évolution des paramètres, etc. Avec un tel programme, les pollutions diffuses agricoles induites par ces futures retenues n’ont qu’à bien se tenir ! Si l’on s’en tient aux résultats obtenus sur les captages prioritaires, cette panoplie séduisante sur le papier n’incite pas à l’optimisme dans sa mise en œuvre dans le monde réel de l’économie agricole. On connaît la puissance d’action plus que limitée des Mesures agro-environnementales (MAE), l’inefficacité d’Écophyto incapable de réduire, même symboliquement, le chiffre d’affaires des phytosanitaires, l’absence d’effets significatifs de l’inscription en zones vulnérables sur la contamination par les nitrates agricoles. Comment dans ces conditions croire aux vertus de ces retenues d’eau, mêmes cautionnées par des projets de territoires ?

Le talon d’Achille de cette collection de bonnes intentions est son modèle économique. Comme déjà évoqué, pourquoi des exploitants, pour certains partis à la conquête des marchés mondiaux, prendraient-ils le risque de s’engager dans des réductions d’utilisation des fertilisants et des pesticides, au motif que cette réduction des coûts de production viendrait équilibrer la réduction des rendements, donc des revenus.

Ce raisonnement atteint rapidement ses limites car, à ce jeu d’équilibriste, l’aléa climatique ne pardonne pas. La plupart des exploitants ne prennent pas de risques, et choisissent le mode de production intensif, qui fait les fortunes des actionnaires du système agro-industriel, mais ruine la biodiversité et l’environnement.

Bien sûr dans des parcelles expérimentales, ce jeu d’équilibriste est exploré et il faut se souvenir qu’en Bretagne la compensation pour services environnementaux rendus, a permis d’obtenir des résultats insuffisants mais réels. Généraliser cette pratique revient à changer la politique agricole et son système économique, une voie explorée par Marc Dufumier entre autres.

Lire aussi Stefano Liberti, « Les paysans mozambicains font reculer l’agro-industrie », Le Monde diplomatique, juin 2018.

Dans ce contrat territorial du Clain, une mesure mérite une attention particulière, une cerise (bio) sur le gâteau pour convaincre les bobos : 10 % du territoire concerné verra le développement de l’agriculture biologique. Si cette mesure est effective, sur ces 10 %, nous aurons l’assurance d’une agriculture sans pesticide, peu polluante avec ses fertilisations organiques, viable économiquement car son marché est en plein essor, et plutôt robuste, pour affronter les changements climatiques.

Mais ce ne sont que 10 %, restent les 90 % cultivés en conventionnel, tout en étant estampillés « projets de territoire », ce qui ne change pas grand-chose mais donne l’illusion de l’anticipation face aux changements climatiques. Alors, pourquoi se contenter de 10 % ? Avec 90 % en bio, la chimie excessive serait reléguée au rayon des accessoires, et la reconquête de la prairie pourrait redonner de la vigueur à l’élevage. Dans ce contexte, le projet Clain apparaît d’autant plus disproportionné que des retenues existent déjà. Le projet de territoire devrait être reconsidéré à l’aune des défis à venir, climatique, écologique et économique, et pas seulement en réponse à un syndicalisme agricole qui inscrit ses revendications dans le passé. Une obligation, faire baisser réellement la pollution des eaux dans les captages prioritaires, ce qui impose de changer de logique économique agricole en passant à l’agriculture biologique par exemple.

Faire ou ne pas faire de nouvelles retenues ?

Bien que les volumes stockés soient considérables, nous devons envisager qu’une augmentation des températures puisse nous conduire à faire de nouvelles retenues, probablement bien différentes de celles qui sont actuellement installées, et dont l’eau s’évapore sous la canicule. En premier lieu, pour fournir de l’eau potable aux populations, pour sauver ce qui reste de biodiversité et secondairement pour satisfaire les autres usages, parmi lesquels une agriculture nouvelle qui n’aurait pas les faiblesses décrites ci-dessus. Par exemple l’agriculture biologique, longtemps combattue, et qui aujourd’hui enregistre des succès aussi bien environnementaux qu’économiques et qui trace une voie pour l’agriculture nouvelle. Une voie de résistance aux changements climatiques qui ne prendrait pas le terroir agricole comme un lieu d’épandage des dernières trouvailles de l’industrie chimique.

Faire ou ne pas faire des retenues ? Cette question est trop binaire et ne recoupe pas la complexité des problèmes qui se posent actuellement et se poseront avec encore plus d’acuité dans l’avenir. La question serait plutôt : pour quels usages raisonnables et pour quels besoins faudrait-il de nouveaux stockages d’eau ?

Dans le contexte actuel, être contre le développement de nouvelles retenues n’est pas l’expression d’une idéologie comme cela a pu être exprimé en comité de bassin Loire-Bretagne par des acteurs économiques aspirant à bénéficier de ces aménagements. L’enjeu est de ne pas réduire la question des changements climatiques à des problèmes ponctuels et locaux de stockages d’eau, mais bien d’engager un processus de réflexion globale de gestion de l’eau dans un modèle agricole gouverné par le climat à venir.

En réponse aux revendications des irriguants, la cellule d’expertise du préfet Bisch apporte des avis au cas par cas, mais la viabilité économique de ces réponses peine à convaincre : nous sommes toujours dans une démarche de l’ancien monde.

Dans un autre ordre d’idées, le colloque national organisé en novembre prochain par les comités de bassin, dédié à leurs « Plans d’adaptation aux changements climatiques », pourrait être un temps fort pour relever le défi climatique, en évaluant des solutions d’avenir pour l’agriculture qui intégreraient l’économique, le social, le sociétal, le climatique et l’environnemental, et ne seraient pas gouvernées par des intérêts de court terme.

Mais ce travail en commun des Comités de bassin, représente bien plus : il doit être considéré comme un évènement fondateur de leur résistance à l’affaiblissement du système des agences de l’eau, et au détournement des principes qui fondent la politique de l’eau comme « l’eau paie l’eau ». Un discours de vérité à opposer aux explications fausses comme « l’inertie des milieux » pour justifier comme vient de le décider le gouvernement en catimini de repousser les délais d’atteinte du bon état des masses d’eau de la directive-cadre européenne à l’après 2027. Encore un choix shakespearien : être ou ne pas être, avant et après 2027.

Bernard Rousseau

(1Rapport d’information sur la ressource en eau présenté par les députés Adrien Morenas (LaREM), président de la commission et rapporteur et Loic Prud’Homme (La France Insoumise) vice-président de la commission et rapporteur. Enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 21 juin 2018.

(2CGAAER : Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux

(3La gestion quantitative : voir l’article de François-Marie Pellerin, dans la Lettre Eau de FNE, no 73 de décembre 2015, pp. 14 et 15.

(4Convention Oslo-Paris signée en 1992 par 15 États européens et par l’Union européenne, est entrée en vigueur en 1998. La convention Medpol concerne le programme de surveillance de la pollution en Méditerranée. Voir la Lettre eau de FNE no 56, octobre 2011.

(5ESCo Expertise Scientifique Collective 2017 eutrophisation, confiée au CNRS, à l’Ifremer et à l’INRA par les ministères de l’environnement et de l’agriculture.

(6Arnaud Leparmentier, « Les guerres de l’eau aux Etats-Unis. Okeechobee, le lac qui étouffe la Floride », Le Monde, 31 juillet 2018.

(7Bruno Philip et Harold Thibault, « Effondrement d’un barrage hydroélectrique au Laos… au moins sept villages submergés », Le Monde, 26 juillet 2018.

(8Martine Valo, « Après Sivens… Caussade », Le Monde, 21 septembre 2018.

(9Sage Nappe de Beauce : voir l’article de Jonathan Bourdeau-Garrel, Lettre eau de FNE, no 55 de juin 2011, pp 16 à 20.

(10(UICN) : Union internationale de conservation de la nature (UICN) et l’ONEMA, Office national d’étude des milieux aquatiques, désormais intégré à l’AFB, Agence française pour la biodiversité.

(11MNHN : Muséum d’histoire naturelle et CNRS, Centre national de la recherche, travaux rapportés par Stéphane Foucart dans Le Monde du 21 mars 2018.

(12IPBES, Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques c’est un organisme intergouvernemental ouvert à tout membre des Nations unies (127 États-membres en octobre 2017). Elle a été créée en avril 2012 et est considérée comme l’équivalent du GIEC pour la biodiversité.

(14Évolution des quantités de fongicides herbicides, autres produits, insecticides à retrouver sur le site du ministère de la transition écologique et solidaire.

(15Banque nationale des ventes de phytosanitaires réalisées en France (PDF).

(16Calcul du NODU Ecophyto 2018. Le NODU est le nombre de doses unitaires calculé pour chaque substance active selon la formule NODU = QSA/DU/ha. QSA est la quantité totale de la substance vendue exprimée en kilogrammes. DU est la dose unité de cette substance active utilisée par hectare. Selon cette formule l’indicateur NODU est formellement exprimé en hectares (en fait des millions d’hectares). Dans ce raisonnement tout se passe comme si la quantité totale d’une substance était représentée par un nombre de doses unitaires rapporté à un ha. Cette démarche est conduite pour différentes substances, ensuite les NODU sont agglomérés en un indicateur final. Une drôle de cuisine pour un cocktail de molécules, il n’en reste pas moins que la comparaison du NODU, d’une période à une autre, apporte un éclairage sur les évolutions de la toxicité épandue. Voir la note méthodologique du ministère de l’agriculture.

(17Écophyto, Note de suivi 2017 - juillet 2018.

(18UIPP, Repères 2016-2017, « Protéger les plantes c’est protéger l’avenir ».

(19Stéphane Foucart, « Monsanto Papers », Le Monde du 12 au 14 août 2018.

(20Audrey Dufour, La Croix, 12 septembre 2018. Mercredi 12 septembre, le « Mouvement des coquelicots » se lance pour mobiliser les citoyens contre les pesticides. Mais pourquoi avoir choisi cette fleur emblématique de nos prairies ?

(21Rapport du préfet Pierre-Étienne Bisch. Dans un communiqué commun paru le mercredi 26 septembre 2018, la FNSEA, JA, les chambres d’agriculture, Coop de France et Irrigants de France s’estiment déçus par le contenu du rapport Bisch, qu’ils jugent « peu opérationnel ». Ils s’attendaient à « une véritable ambition pour l’agriculture française, en lui permettant de s’adapter au changement climatique. Nous en sommes très loin », selon La France Agricole. Pour plus d’information, voir la version du 1er juin 2018 du rapport, avant la filtration par le pouvoir politique.

(22État des lieux 2013 du bassin Loire-Bretagne, pages 100 et 103.

(23Laurence Girard, Le Monde, 4 mai 2018, supplément économie et industrie.

(24Gilles Billen, « L’empreinte environnementale de l’agglomération parisienne », La Lettre eau de FNE, no 62, mars 2013.

(25Frédéric Hénin dans un titre évocateur signale « Approvisionnement des villes et agriculture de proximité, attention aux pièges », Wikiagri.fr, 3 mai 2018.

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