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Pleurnicher le Vivant

par Frédéric Lordon, 29 septembre 2021
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Gustave Doré. — « La Vallée de larmes », 1883.

Rechercher dans la page : « capital » — Expression non trouvée.

Pourtant avec capital on avait mot compte triple : capital, capitalistes, capitalisme. On fait des recherches dans l’article de tête de Nicolas Truong qui introduit une grande série d’été dans Le Monde : « Les penseurs du vivant ». Pas une occurrence. Enfin si, il faut être honnête, une : « Nous vivons un bouleversement capital ». Si la situation terrestre n’était pas si tragique, ce serait presque drôle.

Des penseurs concernés

Lire aussi Guillaume Pitron, « Quand le numérique détruit la planète », Le Monde diplomatique, octobre 2021.

Nous apprenons en tout cas qu’il y a maintenant des « penseurs du vivant ». Jusqu’à présent c’étaient plus ou moins des biologistes ou des zoologistes. « Penser le vivant », ça doit être davantage. Mais quoi exactement ? Essentiellement : être concerné. Penser le vivant c’est ajouter à la compétence biologique (ou ornithologique, ou entomologique, ou philosophique) le fait d’être concerné. Car Le-Vivant ne va pas bien, il est même gravement en danger, on en pleurerait de concernement. Et puis ? Et puis c’est tout. Dame, c’est déjà pas mal. Avec un si beau concernement, on peut faire des festivals des idées tout l’été, aller à Beaubourg, ou bien sur France Culture, pour être une Grande conscience.

« Grande conscience » est un segment parfaitement identifié de la division du travail culturel. Il faut avoir une vue altière, l’inquiétude des enjeux essentiels, parler au nom des entités maximales (le Vivant, la Terre, bientôt le Cosmos), sonner des alarmes, et ne rien déranger. Alors on est reçu partout à bras ouverts — puisque c’est pour rire. En tout cas pour ceux qui contrôlent la définition du sérieux : les capitalistes. Le « sérieux », c’est quand on commence à s’en prendre à leurs intérêts. Autrement, c’est pour rire. Ce que les capitalistes trouvent formidable avec la bourgeoisie culturelle, c’est qu’elle prend systématiquement le « pour rire » pour du sérieux — et ignore le sérieux. Dans ces conditions on peut tolérer, encourager même les Grandes consciences (« elles nous secouent, elles nous éclairent ») — et personne ne pourra contester l’intimité du capitalisme et du pluralisme démocratique. À la Fondation Cartier, par exemple, on peut faire une exposition « Nous les arbres », d’abord parce qu’il y a des arbres dans le jardin, ensuite parce que, les arbres, c’est important. Quand il y a trop de CO2. Bolsonaro dévaste l’Amazonie. Bolsonaro est un personnage vraiment hideux. Qui peut aimer Bolsonaro ? À peu près personne. En tout cas pas la Fondation Cartier, ni les commissaires de l’exposition « Nous les arbres », ni les visiteurs. Qui repartiront en ayant compris qu’il y avait de l’arbre en eux et, du coup, se sentiront plus solidaires.

On pourrait penser à un gag au moment où la planète part en morceaux, malheureusement tout est vrai

Il n’y a pas que les arbres dont il faut se sentir solidaires : nous sommes invités à entrer en communion avec le monde entier. Aux éditions Actes Sud, propriété de Françoise Nyssen, ex-ministre de Macron Protecteur du Vivant et Conservateur des Yeux, une collection particulière, « Mondes sauvages », abrite les plus audacieuses propositions de communion : Habiter en oiseau ; Être un chêne ; L’ours, l’autre de l’homme ; et pour les plus flexibles dans leur tête Penser comme un iceberg. On pourrait penser à un gag au moment où la planète part en morceaux, malheureusement tout est vrai.

La « communion sensible » en quelques années s’est installée comme la-pensée-politique-pour-notre-temps : à hauteur des grands-enjeux-écologiques. Mais installée auprès de qui, et surtout par qui ? Installée pour un public conquis d’avance : bourgeoisie culturelle citoyenne et concernée, mais surtout par et pour d’aimables forces de l’ordre symbolique, médias « de référence », institutions culturelles sous surveillance étatique ou sous emprise capitaliste, tous lieux où la « liberté de penser » devrait être moins certaine de n’avoir rien de commun avec celle de Florent Pagny. En tout cas, lieux toujours en quête de leur produit-type : la radicalité qui ne touche à rien. Et qui l’a enfin trouvé : les intellectuels latouriens. Immense soulagement — c’est que l’équation était difficile à résoudre. La destruction capitaliste de la classe ouvrière n’intéressait pas la bourgeoisie culturelle, il était donc simple et logique de la passer sous silence. Celle de la planète est plus difficile à évacuer, impossible de ne pas en dire « quelque chose ». Mais quoi — qui ne portera pas trop à conséquence ? Arrivent les latouriens, qui n’ont pas seulement trouvé une manière merveilleusement poétique de reformuler le problème — « où atterrir ? » —, mais en proposent également la réponse qui convient  : n’importe où pourvu que ce ne soit pas en le seul lieu où la piste est vilaine et cabossée : la mise en cause du capitalisme. Tous les organes de la Grande conscience en frétillent d’aise : frisson de se porter, et surtout d’inviter les autres à se porter en hauteur ; paix de l’âme à être bien certain qu’il ne s’ensuivra aucun dérangement pénible, vis-à-vis ni de leur tutelle publique, ni de leur tutelle capitaliste, ni, et c’est bien le principal, de leur conviction profonde.

Attention : la radicalité rend sourd

Profonde et imbibée, elle l’est au point qu’on la retrouve partout, et jusque dans les endroits les plus inattendus. Par exemple dans Le Monde des Livres. Où Roger-Pol Droit s’inquiète de tant de radicalité — il s’agit d’un essai visiblement bien énervé d’Eva von Redecker. « Tout repose dans cet essai radical sur la croyance en un axiome unique : “le capitalisme détruit la vie” (…) L’ennui, c’est que pareil axiome demeure fort discutable ». C’est vrai, on l’a beaucoup discuté à France Télécom par exemple, on en parlait encore récemment au séminaire de Lubrizol, et les rapports du GIEC sont bien plus dialectiques que ce qu’on dit. Hélas le livre-radical méconnaît « quantité d’arguments bien connus (qui) pourraient faire du capitalisme un allié de la vie ». D’ailleurs « la radicalité rend aveugle et sourd » (c’est le titre de l’article) — on dirait un aliéniste du XIXe devant un enfant masturbateur.

Les latouriens n’ont rien contre la masturbation. Eux ont trouvé la manière d’être radical qui ne risque pas le lit à sangles. Car on dira ce qu’on voudra, mais penser en iceberg ou habiter en oiseau, ce sont tout de même des propositions drôlement radicales — au sens où : c’est une sacrée gymnastique de s’y mettre. C’est le genre de radicalité qui séduit beaucoup Roger-Pol Droit. De même que la radicalité de l’effort méthodiquement poursuivi pour ne jamais parler du capitalisme — qui esquinte tout de même un peu plus la vie que Roger-Pol ne le croit.

« Être bégonia » : un point ; « Capitalistes » : moins un ; « Renverser le capitalisme » : éliminatoire. Le champion imprenable, c’est Bruno Latour

N’en jamais parler, c’est ce qui fait la complicité implicite, et objective, de tout ce joli monde. À Nyssenland (Arles), par exemple, et en toute amitié, la tour Luma de Maja Hoffmann (des laboratoires Hoffmann La Roche), s’offre, elle aussi, à accueillir tous les radicaux de l’insignifiance. On s’y concerne pour la planète avec des mines graves mais intellectuellement créatives et, comme dans un anti-bingo, le jeu est de ne jamais dire le mot capital (compte triple), là où un soupçon de logique demanderait qu’on l’utilise à peu près à toutes les phrases — mais c’est tout l’intérêt du jeu (1). « Être bégonia » : un point ; « Capitalistes » : moins un ; « Renverser le capitalisme » : éliminatoire. Le champion imprenable, c’est Bruno Latour. Mais lui a trouvé une méthode infaillible : le capitalisme, ça n’existe pas. Ça n’est qu’un mot. Bien sûr on peut mettre des choses dessous, mais tellement, et qui font un ensemble si foisonnant, si complexe, qu’à la fin on ne sait plus ce qu’on dit. Autant n’en pas parler.

Ce qui ne nous laisse pas du tout sans ressource. À la place de dire des choses dont on ne sait pas ce qu’elles signifient, on peut faire des ateliers. Infortune de la prospection façon tapis de bombes, les Luma Days (sic) ont eu le malheur d’envoyer un mail sous le titre « Où atterrir ? » sans savoir exactement où ils atterrissaient, en l’occurrence dans la boîte d’un collectif pas trop Luma, et pour les inviter à un « atelier »… où l’on s’initie à l’atterrissage. Et voilà que nos facétieux amis cassent le morceau et donnent copie du mail : c’est un régal. On s’y propose d’« explorer les options du futur afin d’entreprendre l’action adéquate dans le présent. Un avenir partagé, pour les humains comme les non-humains, les animaux comme les végétaux [ici, tout de même : pas un mot pour les minéraux, les éternels oubliés, lithophobie inadmissible]. Que faire ? Comment agir ? Par où commencer ? Ce chantier semble immense et hors de portée. Nous nous donnons quelques mois pendant lesquels : nous allons apprendre à nous décrire, un par un, à nous présenter ». « Bonjour, je m’appelle Michel, je suis un ficus » — « Bonjour Michel ». Quelques mois, ça peut sembler long, mais en fait on va bien avancer. Bien sûr pendant ce temps, chez Total, Patrick Pouyanné pense avoir la paix pour forer comme il veut, mais il ne perd rien pour attendre.

Le salut par les « liens »

La vérité c’est que si quelqu’un venait lui raconter, à Patrick Pouyanné, les ateliers d’atterrissage des Luma Days, il n’en croirait pas ses oreilles d’émerveillement, et s’en taperait les cuisses de rire. La vérité, c’est que l’époque lui est bonne fille : alors qu’elle devrait le menacer de lui donner du rail à goudron ou de la pelleteuse à chaque instant, elle lui offre une occasion d’hilarité après l’autre. Parce qu’au moment où la fondation Luma fait des ateliers Monomoteurs débutants, une autre joyeuse bande rivalise dans le tranchant et créé un « Parlement des liens ». Car voilà notre vrai problème : nous manquons de liens. Il faut faire du lien, plus de lien. Et tout ira bien. Lions-nous ! Mais Papou (il paraît qu’on surnomme ainsi Patrick Pouyanné dans les étages supérieurs de la tour Total), Papou, donc, est très pour qu’on se lie. Lui-même a un Labrador et il fait tous les week-ends la démonstration qu’il sait se lier aux non-humains. Bras dessus, patte dessous, ils doivent bien se promener en forêt de temps en temps. Papou n’ira sans doute pas jusqu’à être noisetier, parce que c’est un peu radical, mais pour peu qu’il ait vu un jour un lapin sortir d’un fourré, lui aussi doit avoir eu sa petite émotion, peut-être même éprouvé fugacement la connexion universelle.

On rebouchera les forages, on fermera les mines de terres rares, on reboisera l’Amazonie, on mettra des couvertures de survie aux glaciers

Beaubourg, qui s’est extasié un long week end d’une idée si merveilleuse, n’a pas dû penser à ça, et encore moins que Papou a aussi plein d’autres liens : avec ses salariés. Et puis ses actionnaires — il sont très liés. Dans le capitalisme, injustement accusé, il y a plein de liens : pas seulement celui du rapport salarial, ou bien des stock-options, également celui de la relation de crédit avec le banquier, le lien de contrepartie dans les marchés financiers, celui de la relation de sous-traitance, etc. Des liens, des liens, des liens. Le Parlement des liens se trouve alors dans cette position difficile soit d’enfoncer une énorme porte ouverte en appelant à créer ce qui existe déjà à profusion — la société, c’est un tissu de liens —, soit d’échouer à l’exercice de discernement minimal : nous lier, mais avec qui et comment ? Et le cas échéant contre qui ? « Nouons-nous », proposait il y a quelques années un roman dans la même veine post-humaniste et bienveillante. Voilà, très bien – mais au fait, qui est « nous » ? Au Parlement des liens, cette question ne sera pas posée, et « contre » est le mot à ne surtout pas prononcer : la bonté seule sauvera le monde. Le Parlement des liens sera la Pentecôte à Papou. Car le spectacle de la bonté est irrésistible. Papou va se rendre compte — et tous ses semblables avec lui. On rebouchera les forages, on fermera les mines de terres rares, on reboisera l’Amazonie, on mettra des couvertures de survie aux glaciers.

Lire aussi Philippe Descamps, « Comment éviter le chaos climatique ? », « Vérités et mensonges au nom de la science », Manière de voir n˚179, octobre-novembre 2021.

Pendant que la bourgeoisie culturelle fait le serment de se lier aux non-humains, Elon Musk envisage le plus naturellement du monde d’envoyer quelques dizaines de milliers de satellites en orbite basse, dont certains destinés à émettre de la publicité. On n’en finirait pas de dresser la liste des projets capitalistes cinglés, des nouvelles frontières délirantes, des accumulations forcenées, ni celle, complémentaire, des désastres climatiques à répétition, dont l’été écoulé a pourtant donné un spectacle frappant. Ce qui ne frappe pas moins, c’est l’obstination des amis du sensible et des liens à ne jamais mettre les deux listes en rapport un peu clairement. La destruction de la nature demeurant une tristesse sans cause, il ne reste plus qu’à la pleurnicher — mais dans des formes élevées : philosophiques et artistiques. Le Vivant est détruit, c’est terrible, proclamons-nous concernés à Beaubourg ou faisons une semaine spéciale sur France Culture, des ateliers à Luma. Au fait, détruit par quoi, le Vivant ? Et même par qui ? On ne saura pas — « expression non trouvée ».

Entendons-nous bien : être ornithologue et prendre fait et cause pour les oiseaux depuis sa position disciplinaire d’ornithologue est une chose très belle en soi, et surtout très incontestable. Non, le problème c’est de se laisser happer sans s’en rendre compte, ou sans vouloir s’en rendre compte, par un tout autre jeu que celui de l’ornithologie (ou de la zoologie, ou de la dendrologie), le jeu politique des institutions médiatiques, culturelles, qui savent très bien ce qu’elles font quand elles élisent qui elles élisent pour ne rien dire d’embêtant — le jeu très politique de la dépolitisation. Se retrouver propulsé dans la position très politique de la pensée-à-la-hauteur-du-péril sans jamais prononcer la seule parole politique à la hauteur du péril, sans jamais dire que la Terre est détruite par les capitalistes, et que si nous voulons sauver les humains de l’inhabitabilité terrestre, il faut en finir avec le capitalisme, c’est un exploit qui mérite bien une élection. Le jeu de la climatologie concernée auquel invitent les forces de l’ordre symbolique est le jeu de la climatologie sans idée des causes, et surtout sans aucun désir de les trouver : le jeu de la climatologie pleurnicheuse. C’est-à-dire compatible.

À propos des latouriens, on hésite entre l’hypothèse de la sincérité benête et celle de l’habitus institutionnel — qui sait très bien jusqu’où mettre en danger ses intérêts essentiels et (conformément au concept d’habitus) n’a même plus besoin de calculer stratégiquement pour ce faire. Davantage sur le nerf de l’époque, Le Gorafi titre pour sa part : « Les cafards commencent à penser que même eux ne survivront pas à la catastrophe écologique humaine ». Mais c’est beaucoup d’agitation désordonnée, peut-être même d’exagération, de la part des cafards, tout ça : Pierre Charbonnier, lui, prend le parti d’un « centrisme  » raisonnable des petits pas. Quelle riche idée, on est frappé par la justesse de la position, par son adéquation aux temps. Surtout : de la pondération, pas de geste brusque et inconsidéré, en toute circonstance de la modération. Pourtant Le Monde, haut lieu de la pensée clivée, et logiquement terre d’accueil des « penseurs du vivant », nous informe que « les trois quarts des 16-25 ans dans dix pays, du Nord comme du Sud, jugent le futur “effrayant” ». Mais, il est vrai, continue de considérer que « la radicalité rend aveugle et sourd ». Ce qui en un sens n’est pas faux : radicale, c’est la situation qui l’est et, manifestement, il y a beaucoup de gens qu’elle laisse aveugles et sourds — et modérés.

Les empêcher de nuire

On se tromperait de beaucoup avec l’hypothèse de la métonymie malhonnête — qui donne une citation de Roger-Pol pour une image complète du Monde. La totalité du journal (mais tout le système des médias de la bourgeoisie culturelle pourrait être cité avec lui) la confirme. On peut donc à la fois s’inquiéter du désastre climatique à coup de titraille maximale et s’extasier de la dernière licorne française valorisée à 4 milliards d’euros pour une histoire de vignettes Panini numériques à sucer de la blockchain à gogo — excellent pour le climat, en effet. Comme on dirait sur Twitter, « Mesdames et Messieurs : le capitalisme ». On prendra les latouriens et leurs médias au sérieux quand ils oseront dire publiquement qu’il faut empêcher ces crétins de nuire. Et pas seulement eux, car ici aussi la métonymie vaut : derrière les Panini boys, il y a Musk, Papou, Bezos et tout ce qu’en dessous d’eux ils font marcher au knout. Il faut les empêcher de nuire.

Oui, le capitalisme fait quelques salissures, mais il est capable d’inventer le balai-brosse

En vérité, le latourisme politique (2) est un mystère : on n’en finit pas de se demander comment ça peut s’organiser dans ces têtes l’amour sincère de leurs objets, le spectacle de leur anéantissement méthodique, et l’incapacité totale à ce que ces deux choses mises ensemble débouchent sur quoi que ce soit d’un peu significatif. Il faut qu’il y ait dans ces esprits des contre-forces inhibitrices d’une puissance phénoménale pour empêcher à ce point de voir et nommer — rectification : la radicalité (de la situation) rend aveugle et muet. Au Monde, à L’Obs, à Télérama, à France Inter et France Culture, on sait comment ça se présente : oui, le capitalisme fait quelques salissures, mais il est capable d’inventer le balai-brosse. L’innovation capitaliste nous sauvera du désastre capitaliste — on se détend, on respire.

Dans un ouvrage glaçant, Hélène Tordjmann consacre 340 pages à faire le tour de ce cauchemar qui sert de béquille mentale à toute la corporation de l’accompagnement symbolique : « Envoyer des nanoparticules de soufre dans l’atmosphère pour atténuer le rayonnement solaire ; fertiliser les océans avec du fer ou de l’urée pour favoriser la croissance du phytoplancton, grand consommateur de dioxyde de carbone ; fabriquer de toutes pièces des micro-organismes n’ayant jamais existé pour produire de l’essence », etc. Nous sommes aux mains de fous dangereux. Alors de deux choses l’une : le latourisme peut continuer de ratifier ce délire, ne serait-ce que par l’implicite du mutisme, ou bien il peut envisager de proférer une réponse enfin sérieuse à la question de savoir, non pas «  », mais sur quoi atterrir — et pour bien l’écraser : sur le capitalisme.

Quand le numérique détruit la planète

par Guillaume Pitron Lu par Anne Lenglet +-
Extrait de la version lue de l’enquête sur la pollution numérique dans « Le Monde diplomatique » d’octobre 2021. Pour écouter cette lecture, connectez-vous ou abonnez-vous sur la page du Journal audio.

Frédéric Lordon

(1À titre d’exemple : dans les 12 entretiens de la série d’été « Les penseurs du vivant », 10 ignorent les mots en « capital », deux seulement les emploient, celui de Matthieu Duperrex et (surtout) de Léna Balaud et Antoine Chopot

(2Car il y a aussi un latourisme théorique (anthropologique et sociologique), mais lui se discute dans de tout autres coordonnées.

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